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Déclaration de M. Kossi Assimaidou, Administrateur du FMI pour le Gabon, 18 février 2011

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
June 2011
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I. Introduction

Je voudrais, au nom des autorités gabonaises, remercier le Conseil d’administration, la direction et les services du FMI pour leurs conseils et leur disponibilité permanente à l’égard du Gabon. Les autorités gabonaises se félicitent en particulier des entretiens qu’elles ont eus avec les services du FMI à l’occasion des missions effectuées au Gabon en mars et novembre 2010. Elles accueillent avec satisfaction les recommandations et suggestions apportées à l’élaboration de leur plan de développement économique dans l’optique de l’après–pétrole.

II. Évolution récente

Après avoir été négative en 2009 en raison de la crise économique mondiale, la croissance du PIB réel est estimée à 5,7 % pour 2010 et devrait se maintenir à ce niveau en 2011, tirée par une forte demande publique et le rebond du secteur minier. L’inflation devrait rester faible en 2010, mais on s’attend à ce qu’elle augmente en 2011, sous l’effet de la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie. Le système financier a bien résisté à la crise mondiale et le secteur bancaire reste rentable.

Le Gabon a connu une transition politique en 2009, marquée par l’élection d’un nouveau président en août. Dès leur prise de fonction, les nouvelles autorités ont centré leur attention sur les grands défis à long terme du Gabon, privilégiant notamment la réalisation d’une croissance hors pétrole forte et durable et l’amélioration des indicateurs sociaux dans un contexte d’épuisement des réserves pétrolières.

Pour relever ces défis, les autorités gabonaises ont élaboré et énoncé un plan de développement économique visant à réduire la dépendance du pays vis–à–vis du pétrole par la diversification de l’économie. Ce plan comporte une série de réformes institutionnelles et structurelles portant sur un large éventail de domaines, ainsi qu’un vaste programme d’investissement public destiné à renforcer les infrastructures de base du Gabon. Il a pour objectifs essentiels, le soutien au développement du secteur privé non pétrolier et l’amélioration de la qualité de vie des populations gabonaises.

III. Resultats Budgetaires et Viabilite Des Finances Publiques

En 2009 et 2010, les autorités gabonaises ont pris des mesures décisives pour réduire les dépenses non essentielles. Elles ont en particulier mené à bien le recensement des agents de la fonction publique pour identifier et éliminer les travailleurs fictifs du fichier de la solde. En outre, les autorités ont considérablement réduit le nombre des postes élevés dans la fonction publique. Les économies ainsi réalisées ont permis au gouvernement gabonais de donner une forte impulsion au recrutement de nouveaux agents dans la santé, l’éducation et la sécurité. Le programme d’investissement pour 2010 est axé sur la modernisation et le développement du transport, de l’énergie, de la communication et de l’infrastructure. Dans les secteurs de l’éducation et de la santé, de nouvelles classes sont construites et l’infrastructure des services de santé est mise à niveau.

Globalement, la mise en œuvre du programme économique a permis d’accroître les dépenses totales de 4,9 % du PIB en 2010, qui ont été prises en charge grâce à l’augmentation des recettes pétrolières (4,5 % du PIB) découlant de l’accroissement de la production et des prix pétroliers. Si le solde budgétaire global reste excédentaire, le déficit primaire hors pétrole (DPHP) s’est creusé passant de 14 % du PIB hors pétrole en 2009 à 21,1 % en 2010.

Le gouvernement reconnaît qu’il importe dorénavant, de maintenir une orientation budgétaire prudente et la viabilité des finances publiques pour préserver la stabilité macroéconomique et la compétitivité extérieure du Gabon, ce qui impose la réalisation de ses objectifs de développement. Les autorités gabonaises souscrivent aux recommandations des services du FMI visant à éviter une politique budgétaire pro–cyclique et à ramener le DPHP à un niveau viable à moyen terme. Elles soulignent toutefois que le niveau des dépenses devrait rester élevé durant la période de mise en œuvre du programme d’investissement public, c’est–àdire, quelques années encore. Les autorités gabonaises préparent actuellement un cadre de dépenses à moyen terme destiné à réduire progressivement le DPHP, notamment par une réduction progressive des dépenses d’investissement, la poursuite des réformes des salaires et de l’emploi, celle de la rationalisation des dépenses allouées aux biens et services, ainsi que celle des transferts et des subventions.

Les autorités gabonaises considèrent aussi que la réforme des administrations fiscale et douanière engagée et l’amélioration du contrôle des exonérations seront de nature à affermir, à terme, la mobilisation des recettes non pétrolières. Elles soulignent que les exonérations accordées dans le cadre de la zone économique spéciale (ZES) iront jusqu’à expiration conformément à la loi. Les autorités estiment que l’impact de la ZES sur la croissance et, en définitive, sur les recettes publiques feront plus que compenser les dépenses fiscales y afférentes. Elles s’emploient à résoudre plus spécifiquement la question de la taxe sur les transferts de fonds. La réforme de cette taxe est néanmoins une question politiquement délicate parce que son produit contribue au financement de la Caisse d’assurance–maladie.

Pour renforcer la gestion des finances publiques, les autorités gabonaises ont aussi instauré les budgets de programme et adopté des principes modernes de gestion financière qui prendront effet en 2012, conformément aux recommandations de la mission d’assistance technique du FMI. Désormais, des réunions hebdomadaires de suivi des décaissements liés au programme d’investissement public ont lieu, pour éviter toute accumulation d’arriérés et renforcer la responsabilisation de la gestion de ce programme. S’agissant des nouvelles institutions mises en place, les autorités veilleront à ce qu’elles ne soient pas de nature extrabudgétaire et qu’elles obéissent à des normes de gouvernance rigoureuse.

Les autorités entendent poursuivre une politique dynamique de gestion de la dette qui soit conforme à la stratégie de la dette pour 2011–13, adoptée avec le budget 2011. Au regard des conclusions de l’analyse de viabilité de la dette, cette stratégie plafonne le montant annuel de toutes nouvelles dettes contractées par l’État et en définit les critères. Le cadre de gestion de la dette a été renforcé par la création d’une direction générale de la dette et la mise sur pied d’un comité national de la dette publique.

IV. Programme d’ Investissement Public

Le programme d’investissement public vise à satisfaire les besoins en infrastructures du pays. Le choix des projets dans ce domaine en particulier sera guidé par l’impératif de dynamisation et de liaison des cinq pôles géographiques de développement signalés dans le plan de développement comme présentant un potentiel spécifique dans les secteurs qui sont considérés comme essentiels à la diversification de l’économie. Conformément à cette approche, la ZES qui est mise en place offrira des infrastructures de développement et diverses incitations à l’investissement du secteur forestier dans la transformation du bois sur place et à l’exportation de produits du bois à forte valeur ajoutée.

Afin de renforcer la gestion de l’investissement public, une agence nationale des grands travaux a été créée. Celle–ci est chargée de planifier, gérer et mettre en œuvre les grands projets d’infrastructure publique. Cette agence bénéficie de l’appui d’experts techniques étrangers. En outre, un contrat de service a été signé en novembre 2010 avec la Banque mondiale pour renforcer les capacités nationales dans ce domaine.

V. Reformes du Secteur Financier

Dans le secteur financier, les autorités gabonaises reconnaissent l’importance du rôle qu’un système de crédit efficient peut jouer pour le développement d’une économie. À cet égard, des réformes ont été engagées pour renforcer l’infrastructure de crédit. Ces réformes visent notamment à améliorer les mécanismes et procédures de règlement des différends en matière de crédit, à rationaliser les procédures de réalisation des garanties de prêt, et à créer une centrale des bilans des entreprises à la Banque centrale qui fournirait aux banques commerciales un accès aux bilans des entreprises. Les autorités ont aussi réduit le nombre d’entreprises publiques et accompagné les institutions financières engagées dans le financement des PME et de l’habitat, notamment par la promotion des fusions et des restructurations ainsi que par la désignation de nouvelles équipes de gestion à leur tête. Le travail se poursuit par ailleurs pour achever la stratégie de développement de la microfinance et l’expansion de l’accès au crédit, tout en limitant les risques opérationnels et les risques associés à la sécurité. Pour l’avenir, le Gabon entend souscrire au capital du Fonds africain de garantie et de coopération économique qui garantit les crédits bancaires aux PME. Les autorités gabonaises estiment que toutes ces mesures contribueront à abaisser les coûts de financement et à élargir l’accès des PME et des ménages aux services financiers.

VI. Autres Reformes Structurelles

De pair avec le développement des infrastructures et la réforme du secteur financier, l’amélioration du climat des affaires est une pièce maîtresse du plan de promotion du développement du secteur privé et d’amélioration des perspectives de croissance à long terme du Gabon. À cet égard, les autorités ont signé un accord de service avec la Société financière internationale (SFI) en novembre 2010 pour aider le gouvernement gabonais à élaborer les mesures nécessaires pour éliminer les lourdeurs réglementaires qui entraînent des procédures interminables, sur la base de l’analyse du rapport de la Banque mondiale sur le climat des affaires. Le Gabon a également réduit le nombre des agences gouvernementales chargées de la promotion des exportations et de l’investissement, et créé une autorité de régulation de la concurrence qui veillera à ce que des ententes illicites sur les prix ne nuisent pas à la transparence de la concurrence, notamment sur le marché de détail.

Les autorités sont aussi entrain de réformer le secteur pétrolier. Une société nationale des hydrocarbures est en cours de création et le Fonds des générations futures a été transformé en un Fonds souverain stratégique qui devrait notamment permettre au gouvernement de prendre des participations dans les entreprises d’importance stratégique pour le Gabon.

L’administration publique est aussi en cours de rénovation. Les structures organisationnelles des départements ministériels sont réaménagées et leurs mandats mis à jour.

VII. Monnaie et Taux de Change

Le Gabon est membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). La monnaie régionale, le franc CFA, est arrimé à l’euro. L’appartenance à la CEMAC a été bénéfique à l’économie et la politique monétaire a été adéquate et prudente. Comme indiqué ci–dessus, les autorités gabonaises poursuivront leurs efforts de réforme structurelle afin de renforcer la compétitivité de l’économie.

VIII. Conclusion

Le Gabon est confronté au défi majeur à long terme qui est de réaliser une croissance hors pétrole forte et durable, et d’améliorer les indicateurs sociaux dans un contexte d’épuisement des réserves pétrolières. Pour relever ce défi, les autorités gabonaises ont élaboré un plan de développement économique visant à réduire la dépendance de l’économie à l’égard du pétrole par la diversification économique. Conscientes des contraintes de capacité qui pèsent sur le pays et afin d’assurer une mise en œuvre rigoureuse, convenablement échelonnée et à faible coût de leur plan, les autorités gabonaises ont activement recherché l’expertise technique d’organisations et d’entreprises internationales réputées, notamment le FMI, la Banque mondiale et la SFI. Elles restent déterminées à maintenir la stabilité macroéconomique et adapteront leur cadre de politique budgétaire en conséquence, notamment en se dotant d’un cadre budgétaire à moyen terme.

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