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Chapitre 5. La mondialisation de la Main-d’œuvre

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 2007
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Nous assistons depuis une vingtaine d’années à une intégration croissante des marchés du travail de par le monde. Les mutations politiques et les réformes économiques ont transformé la Chine, l’Inde et les pays de l’ancien bloc de l’Est, ouvrant leur vaste vivier de main-d’œuvre aux économies de marché. Sous l’effet conjugué des percées technologiques et de la libéralisation progressive du commerce extérieur et des flux de capitaux, il s’est par ailleurs produit un éclatement des processus de production, un éventail grandissant de biens et de services pouvant désormais être produits loin des marchés qu’ils sont censés desservir. L’implantation des centres de production a commencé à obéir davantage aux coûts relatifs de main-d’œuvre des différents pays. Les flux migratoires transfrontaliers se sont en outre développés aussi bien par les voies légales que par les voies informelles.

Le présent chapitre traite de cette question importante et délicate. À la différence de la plupart des études réalisées jusqu’à présent, qui portent sur un pays ou un mécanisme de transmission particulier, il suit une démarche globale, en examinant un large éventail de pays avancés et toute une série de mécanismes de transmission (concurrence des importations de produits finis, délocalisation de la production intermédiaire et immigration). Le chapitre s’efforce notamment de répondre aux questions suivantes:

  • Quel est le rythme de croissance de l’offre mondiale de main-d’œuvre, et quels mécanismes de mondialisation de la main-d’œuvre ont été les plus importants?
  • Dans quelle mesure l’évolution récente de la part des revenus du travail et des rémunérations dans les pays avancés s’explique-t-elle par l’évolution de l’offre mondiale de main-d’œuvre par opposition à d’autres facteurs tels que les progrès technologiques ou la réforme du marché du travail? L’impact a-t-il été différent dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée?
  • Quelles politiques pourraient aider les pays avancés à relever les défis d’une plus grande mondialisation du marché du travail?

La population active mondiale effective a quadruplé ces deux dernières décennies. Les pays avancés puisent dans ce vivier grandissant de main-d’œuvre de diverses manières: l’importation de produits finis, la délocalisation de la production intermédiaire et l’immigration. La mondialisation de la main-d’œuvre a contribué à augmenter la rémunération du travail dans les pays avancés grâce aux gains de productivité et de production, mais les pays à marché émergent ont également profité d’une progression des salaires. La mondialisation n’est cependant que l’un des facteurs qui ont contribué à réduire la part des revenus du travail dans les pays avancés. Les percées technologiques ont d’ailleurs eu une incidence plus profonde, notamment chez les travailleurs des secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. L’analyse révèle que dans les pays, qui ont entrepris des réformes pour réduire les coûts de main-d’œuvre et assouplir le marché du travail, la part des revenus du travail a généralement moins diminué. Dans une perspective d’avenir, il importe que les pays tirent le plus grand parti de la mondialisation de la main-d’œuvre et des progrès technologiques, sans perdre de vue l’effet distributif de ces phénomènes. Il faut en ce sens veiller à améliorer le fonctionnement des marchés du travail, faciliter l’accès à l’éducation et à la formation, et mettre en place des dispositifs de protection sociale adéquats en faveur des populations touchées par l’ajustement sans pour autant faire obstacle à ce processus.

Ampleur de la mondialisation de la main-d’œuvre

L’une des premières questions à poser est de savoir quel a été l’effet de l’ouverture de la Chine, de l’Inde et de l’ancien bloc de l’Est et des phénomènes démographiques sur l’offre mondiale de main-d’œuvre. La réponse n’est pas aisée car elle dépend pour beaucoup des hypothèses sur le pourcentage de la main-d’œuvre d’un pays qui entre, ou pourrait entrer, en concurrence sur le marché mondial. Il est une formule simple qui consiste à pondérer cette main-d’œuvre à partir du ratio exportations/PIB1. D’après cet indice, l’offre effective de main-d’œuvre mondiale a quadruplé entre 1980 et 2005, le gros de l’augmentation s’étant produit après 1990 (graphique 5.1)2. L’Asie de l’Est a contribué pour près de moitié à cette augmentation, du fait de la forte augmentation de la population en âge de travailler et d’une ouverture croissante au commerce extérieur. En revanche, l’Asie du Sud et l’Europe de l’Est y ont moins contribué. Si en termes absolus le gros de l’augmentation de l’offre mondiale de main-d’œuvre portait sur des travailleurs moins instruits, c’est-à-dire sans formation supérieure, l’offre relative de travailleurs ayant une formation supérieure a augmenté d’environ 50 % durant les 25 dernières années, phénomène principalement attribuable aux économies avancées, mais également à la Chine.

Graphique 5.1.Mesures de l’offre mondiale de main-d’œuvre

En Asie de l’Est, la nette augmentation de la population en âge de travailler et l’ouverture croissante aux échanges ont contribué pour près de moitié au quadruplement de l’offre mondiale effective de main-d’œuvre. L’Asie du Sud et l’ancien bloc de l’Est y ont contribué dans une moindre mesure.

Sources: Nations Unies, Population Prospects: The 2004 Revision Population Database; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

1Comprend les Amériques, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ainsi que l’Afrique subsaharienne.

2Populations actives nationales ajustées en fonction du ratio exportations/PIB.

3≪Supérieur≫ correspond à un niveau de formation universitaire et ≪Primaire et secondaire≫ couvre l’enseignement élémentaire et secondaire ainsi que les populations sans instruction.

Les pays avancés peuvent accéder à cette offre croissante de main-d’œuvre mondiale par le truchement des importations de biens et de services et par celui de l’immigration. Le commerce a été le mécanisme le plus important et celui qui a connu la croissance la plus rapide, ne serait-ce que parce que l’immigration reste fortement limitée dans la plupart des pays (graphique 5.2). Les pays en développement et les économies à marché émergent présentent une évolution comparable, en ce sens que le ratio exportations/PIB est en général beaucoup plus élevé que le ratio émigrants/main-d’œuvre nationale3. Cependant, l’immigration s’est considérablement développée durant les vingt dernières années dans certains grands pays européens (Allemagne, Italie et Royaume-Uni) et aux États-Unis. La part des immigrants dans la population active américaine est aujourd’hui proche de 15 % et donc comparable à la part des importations dans le PIB. Ailleurs, la part des immigrants est nettement inférieure à la part des importations dans le PIB, sans pour autant être négligeable.

Graphique 5.2.Immigration et commerce extérieur

(En pourcentage de la population active et du PIB, respectivement)

L’immigration s’est considérablement intensifiée durant les deux dernières décennies dans plusieurs grands pays européens et aux États-Unis, mais le commerce extérieur est un mécanisme plus important d’accès à une main-d’œuvre mondialisée.

Sources: Docquier and Marfouk (2005); OCDE, données sur les migrations internationales Bureau de recensement des États-Unis; calculs des services du FMI.

1Données de 2000 sur l’immigration et l’émigration.

2Faute de données, Hong Kong (RAS), la Grèce, Israël, la Nouvelle-Zélande, Singapour et la province chinoise de Taiwan ne sont pas inclus dans l’immigration moyenne. Faute de données, la Russie et la République slovaque ne sont pas incluses dans l’émigration moyenne.

3Main-d’œuvre étrangère pour l’Australie, le Canada et les États-Unis. Pour l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège et le Royaume-Uni, les données concernent la part de l’emploi étranger dans l’emploi total.

S’agissant du commerce extérieur, la part des produits des pays en développement dans les importations de produits transformés des pays avancés a doublé depuis le début des années 90 (graphique 5.3). La Chine y est pour beaucoup mais les pays en développement en général ont gagné une part croissante des marchés mondiaux. Cela dit, au niveau agrégé, il n’y a pas de perdants. Avec l’ouverture de la Chine, de l’Inde et des pays de l’ancien bloc de l’Est, les marchés mondiaux et les débouchés à l’exportation se sont considérablement développés tant pour les pays avancés que pour les pays en développement. Les importations des pays en développement ont connu une croissance plus rapide que celle des pays avancés et la part des exportations des pays avancés destinée aux pays en développement a augmenté (certes moins rapidement que la part des pays en développement dans leurs propres importations). En outre, même si les prix des importations et des exportations ont subi une baisse tendancielle par rapport aux prix de la production, les termes de l’échange des pays avancés se sont améliorés de 7 % en termes cumulés depuis 1980. Il convient notamment de souligner l’amélioration sensible des termes de l’échange du Japon durant la première moitié des années 80, à cela près que la chute des prix à l’importation durant cette période tenait surtout à la forte appréciation du yen au moment d’un repli des cours mondiaux du pétrole, et non pas directement à la mondialisation.

Graphique 5.3.Part des pays en développement dans le commerce international

Avec l’ouverture de la Chine, de l’Inde et de l’ancien bloc de l’Est, les marchés et les débouchés à l’exportation se sont considérablement développés tant pour les pays avancés que pour les pays en développement.

Sources: OCDE, base de données STAN du commerce bilatéral; calculs des services du FMI.

Comme le montre le graphique 5.4, l’essor des exportations des pays émergents et en développement concerne aussi bien les produits à main-d’œuvre qualifiée que ceux à main-d’œuvre non qualifiée: la part des pays en développement dans les exportations de produits et de services à main-d’œuvre qualifiée a augmenté durant ces dernières années4. La Chine se situe en tête, fruit de sa très forte croissance et de la décision d’orienter davantage ses exportations vers les produits exigeant plus de main-d’œuvre qualifiée. La composition des exportations de l’Inde évolue, elle aussi, rapidement vers les services à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée, mais la part du pays dans le commerce mondial reste modeste.

Graphique 5.4.Pays en développement: exportations de biens manufacturés et services dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée

(Pourcentages)

La forte croissance de la part des pays en développement dans les exportations mondiales, notamment dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée, est attribuable dans une grande mesure à la Chine.

Sources: OCDE, base de données du commerce des services, base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Banque mondiale, World Integrated Trade Solution Database; FMI, Statistiques de balance des paiements.

1Bangladesh, Chine, Inde, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

2Hongrie, Pologne, République slovaque, République tchèque, Roumanie et Turquie.

3Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

4Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Maroc, Soudan et Tanzanie.

Dans le commerce international, les échanges de biens intermédiaires ont reçu une attention particulière durant ces dernières années. Du fait de la réduction des barrières aux échanges et aux mouvements de capitaux et des progrès technologiques dans les transports et les télécommunications, les entreprises arrivent plus facilement à redéployer certaines étapes de leur processus de production dans des pays moins coûteux—ce qu’il est convenu d’appeler la délocalisation. Cependant, contrairement à certaines idées reçues, le commerce des intrants délocalisés, qui représente près de la moitié des importations totales (le reste étant constitué d’importations de produits finis), a progressé un peu plus lentement que le commerce total (voir également OCDE, 2006a). Par ailleurs, l’ampleur de la délocalisation reste fort limitée par rapport à l’ensemble de l’économie (graphique 5.5). Les importations de produits intermédiaires et d’intrants pour les services (à l’exclusion de l’énergie) représentaient environ 5 % de la production brute et environ 10 % de la production intermédiaire totale dans les pays avancés en 2003, la dernière année pour laquelle l’on dispose de données5. Ces pourcentages n’ont connu qu’une progression modérée depuis le début des années 806. La part des intrants délocalisés dans la production brute se situe dans une fourchette allant de 12 %, aux Pays-Bas, à 2–3 %, aux États-Unis et au Japon. Autrement dit la délocalisation est relativement limitée aux États-Unis et au Japon, au même titre que l’ouverture commerciale est généralement faible dans les grandes économies.

Graphique 5.5.Délocalisation dans les pays avancés1

L’ampleur de la délocalisation reste limitée dans les pays avancés. En 2003, la délocalisation des intrants dans les services et la transformation hors énergie représentait en moyenne 5 % de la production brute et environ 10 % des intrants totaux de la production intermédiaire. Ce faible niveau de délocalisation est particulièrement patent dans les principales économies de la planète, les États-Unis et le Japon.

Sources: OCDE, tableaux d’entrées-sorties (éditions de 1995, 2002 et 2006), base de données du commerce des services et base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Groningen Growth and Development Centre, 60-Industry Database (septembre 2006); calculs des services du FMI.

1Délocalisation calculée à partir des tableaux d’entrées-sorties de l’OCDE; séries résultantes étendues de 2001 à 2003 en estimant la portée de la délocalisation en combinant les données de la base de données STAN pour l’analyse de l’industrie de l’OCDE et de Groningen 60-Industry Database. Seule la délocalisation dans les intrants des secteurs de la transformation hors énergie et des services a été considérée.

2Les pays avancés de l’OCDE inclus dans les calculs des séries longues comprennent l’Allemagne, l’Australie, le Canada, les États-Unis, la France, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

3Les pays avancés de l’OCDE inclus dans les calculs des séries courtes comprennent l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, le Canada, la Corée, l’Espagne, les États-Unis, la Finlande, la France, la Grèce, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

Le secteur de la transformation a été le plus touché par la délocalisation car sa production est plus échangeable. Dans les pays pour lesquels il existe des séries longues de données (G-7, Australie et Pays-Bas), la part des importations d’intrants manufacturiers dans la production manufacturière brute est passée de 6 % en 1980 à 10 % en 2003, la progression étant légèrement plus intense durant les dernières années (graphique 5.6). En 2003, l’intensité de la délocalisation dans le secteur de la transformation variait de 4 %, au Japon, à environ 25 %, au Canada. Les importations d’intrants de services pour l’économie dans son ensemble restent faibles, à 1 % de la production brute, encore que la délocalisation dans les services se soit intensifiée durant ces dernières années dans plusieurs pays dont l’Allemagne, le Canada et les Pays-Bas7.

Graphique 5.6.Pays avancés: délocalisation par catégorie d’intrants1

Le secteur de la transformation a été plus touché par les délocalisations car sa production est plus échangeable, mais l’on observe des différences considérables entre pays (les barres verticales indiquent les fourchettes de résultats nationaux). Les intrants des secteurs à main-d’œuvre qualifiée ont en outre joué un rôle plus important que les intrants des secteurs à main-d’œuvre non qualifiée dans la croissance de la délocalisation dans les pays avancés.

Sources: OCDE, tableaux d’entrées-sorties (éditions de 1995, 2002 et 2006), base de données du commerce des services et base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Groningen Growth and Development Centre, 60-Industry Database (septembre 2006); calculs des services du FMI.

1Délocalisation calculée à partir des tableaux d’entrées-sorties de l’OCDE; séries résultantes étendues de 2001 à 2003 en estimant la portée de la délocalisation en combinant les données de la base de données STAN pour l’analyse de l’industrie de l’OCDE et de Groningen 60-Industry Database. Seule la délocalisation dans les intrants des secteurs de la transformation hors énergie et des services a été considérée. Les pays avancés de l’OCDE inclus dans les calculs des séries longues comprennent l’Allemagne, l’Australie, le Canada, les États-Unis, la France, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

2À l’exclusion des États-Unis, car les données sur les importations incluent les coûts, assurance et fret. Autrement dit, les valeurs qui normalement seraient imputables aux services aux entreprises sont incluses dans les biens correspondants.

Il est intéressant de constater que la montée de la délocalisation dans les pays avancés concerne principalement les importations d’intrants provenant de secteurs à main-d’œuvre qualifiée plutôt que de secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. À cela plusieurs raisons. Premièrement, comme les pays avancés ont un avantage comparatif dans les productions à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée, les biens généralement produits dans les secteurs à main-d’œuvre peu qualifiée (par exemple, textiles) tendent à être importés comme produits finis plutôt que comme produits intermédiaires8. Les secteurs concernés par la montée des importations de produits intermédiaires sont ceux du matériel électronique, des autres matériels et équipements, et des produits chimiques, plastiques et caoutchoucs. Il importe cependant de noter que la délocalisation fait vraisemblablement intervenir les maillons les moins qualifiés de la production dans ces secteurs à main-d’œuvre qualifiée, encore que les données disponibles ne permettent pas de le confirmer. Deuxièmement, le gros des importations des pays avancés (tant en produits finis qu’en produits intermédiaires) continue de provenir d’autres pays avancés et englobe vraisemblablement plus de produits ≪qualifiés≫ que de produits ≪non qualifiés≫. Troisièmement, comme signalé plus haut, l’offre mondiale de main-d’œuvre ayant un niveau d’instruction supérieur s’est accrue par rapport à l’offre de main-d’œuvre moins instruite.

Effet de la mondialisation de la main-d’œuvre sur les travailleurs des pays avancés

Vu la croissance rapide de l’offre de main-d’œuvre mondiale et l’augmentation corollaire des exportations des pays émergents et en développement, quelles conséquences ces phénomènes ont-ils eues sur les travailleurs des pays avancés. Les exportations des pays émergents et en développement étant à forte intensité de main-d’œuvre, notamment non qualifiée, la théorie commerciale classique voudrait que l’intégration de ces pays dans l’économie mondiale pousse les salaires (corrigés de la productivité) à la baisse dans les pays avancés. Autrement dit, il serait logique de s’attendre à ce que la part du revenu national revenant au travail diminue. Pour examiner ce phénomène de plus près, il importe de noter que la part du travail dans le revenu total peut s’exprimer sous la forme du ratio de la rémunération par travailleur par rapport à la productivité moyenne des travailleurs.

Les travailleurs des pays avancés pourraient en fait être gagnants si les effets positifs sur le revenu total attribuables à la progression des échanges et de la productivité dépassaient les effets négatifs sur la part du travail dans ce revenu. D’après les nombreuses études sur les effets bénéfiques du commerce international (voir, par exemple, Lewer and Van den Berg, 2003;Berg and Krueger, 2003), l’augmentation du revenu total pourrait effectivement être considérable. Dans une étude récente, Grossman et Rossi-Hansberg (2006) posent que les effets bénéfiques du commerce de biens intermédiaires sur la productivité pourraient être même plus importants que ceux du commerce de produits finis car, outre l’effet lié à la concurrence des secteurs productifs, le commerce de produits intermédiaires réduit par ailleurs les coûts de production des secteurs utilisateurs. Cependant, les données empiriques relatives aux effets de la délocalisation sur la productivité ne sont pas catégoriques9.

Que révèlent les données? Tout d’abord, en ce qui concerne la part des revenus du travail, celle-ci a clairement diminué depuis le début des années 80 dans l’ensemble des pays avancés (graphique 5.7)10. Ce recul est plus net pour la part des revenus du travail que pour la part de la rémunération des employés, ce qui s’explique par une réduction de la part des autres catégories de travailleurs dans la population active totale (ces autres catégories comprenant les professions libérales, les employeurs et les employés d’entreprises familiales)11. Ce tassement est en partie une inversion de l’augmentation des parts du revenu du travail enregistrée durant les années 70, notamment en Europe et au Japon (Blanchard, 1998)12.

Graphique 5.7.Pays avancés: parts des revenus du travail

(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Durant les deux dernières décennies, la part des revenus du travail dans le revenu total a enregistré une constante diminution, notamment en Europe et au Japon. La part revenant aux secteurs à main-d’œuvre non qualifiée a fortement chuté alors que celle des secteurs à main-d’œuvre qualifiée a enregistré de légères augmentations en règle générale.

Sources: Haver Analytics; Organisation internationale du travail, base de données des statistiques du travail; OCDE, Statistiques de l’emploi et du marché du travail, Statistiques de comptabilité nationale et base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Nations Unies, Statistiques de comptabilité nationale (2004); calculs des services du FMI.

1Ratio rémunération des employés/valeur ajoutée.

2Estimation de la part de la rémunération des employés et des travailleurs ≪non employés≫ dans la valeur ajoutée.

3Les pays avancés comprennent l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la Finlande, la France, l’Irlande, l’Italie, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

4Faute de données, les pays anglo-saxons couvrent l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni. L’Australie est exclue de l’analyse par niveau d’aptitudes.

5L’Europe comprend l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la France, l’irlande, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède. Faute de données, l’Espagne, l’Irlande et les Pays-Bas sont exclus de l’analyse par niveau d’aptitudes.

La diminution de la part des revenus du travail depuis 1980 a été beaucoup plus nette en Europe et au Japon (environ 10 points) que dans les pays anglo-saxons, dont les États-Unis (environ 3–4 points)13. En Europe, elle a été plus marquée en Autriche, en Irlande et aux Pays-Bas. De plus, elle est principalement attribuable à la perte de vitesse des secteurs à main-d’œuvre non qualifiée, laquelle a été plus prononcée en Europe et au Japon que dans les pays anglo-saxons. Cette diminution résulte à la fois d’une réduction de la part sectorielle des revenus du travail et d’un redéploiement de la production des secteurs à main-d’œuvre non qualifiée vers les secteurs à main-d’œuvre qualifiée (graphique 5.7). La part des revenus du travail dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée a, quant à elle, augmenté, notamment dans les pays anglo-saxons, où elle a gagné environ 5 points. Il importe de souligner que de par la nature des données disponibles ces résultats se rapportent à la part des revenus des travailleurs dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée, plutôt qu’aux parts des revenus des travailleurs qualifiés ou non qualifiés eux-mêmes.

Malgré la diminution de la part globale des revenus du travail, la rémunération réelle de la main-d’œuvre a fortement progressé dans tous les pays avancés depuis 1980, surtout depuis le milieu des années 90. Cette tendance s’explique à la fois par la croissance de l’emploi et par l’augmentation de la rémunération réelle par travailleur, le premier facteur ayant eu plus de poids dans les pays anglo-saxons et le second en Europe (graphique 5.8). Cependant, depuis le milieu des années 90, on constate une reprise de l’emploi en Europe à un rythme qui dépasse celui de la croissance de la rémunération réelle par travailleur, encore que l’augmentation de la rémunération dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée ait été très lente (graphique 5.9). Si l’emploi non qualifié s’est solidement maintenu aux États-Unis, les augmentations de la rémunération réelle par travailleur ont été modestes et l’écart de rémunération entre les secteurs à main-d’œuvre qualifiée et les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée s’est creusé de 25 %. En Europe, la rémunération réelle par travailleur dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée a connu une évolution comparable à celle de la rémunération dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée, mais l’emploi dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée a perdu du terrain par rapport à celui des secteurs qualifiés (en termes cumulés, il s’est d’ailleurs contracté de 15 %)14.

Graphique 5.8.Pays avancés: rémunération et emploi

(Indice, 1980 = 100)

Bien que la part des revenus du travail ait chuté, les rémunérations réelles ont solidement progressé dans les pays avancés, la croissance de l’emploi ayant joué à cet égard un rôle prépondérant dans les pays anglo-saxons.

Sources: Haver Analytics; Organisation internationale du travail, base de données des statistiques du travail; OCDE, Statistiques de l’emploi et du marché du travail, Statistiques de comptabilité nationale et base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Nations Unies, Statistiques de comptabilité nationale (2004); calculs des services du FMI.

1Les pays avancés comprennent l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la Finlande, la France, l’Irlande, l’Italie, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

2Les pays anglo-saxons couvrent l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni.

3L’Europe comprend l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la France, l’Irlande, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède.

Graphique 5.9.Pays avancés: rémunération de la main-d’œuvre et emploi dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée

(Indice, 1980 = 100)

En dépit d’une solide croissance de la rémunération globale, la progression des rémunérations dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée a été très lente. Aux États-Unis, l’écart de rémunération entre travailleurs qualifiés et travailleurs non qualifiés s’est creusé de près de 25 % depuis 1980, alors qu’en Europe l’emploi s’est contracté dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée.

Sources: Haver Analytics; Organisation internationale du travail, base de données des statistiques du travail; OCDE, Statistiques de l’emploi et du marché du travail, Statistiques de comptabilité nationale et base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Nations Unies, Statistiques de comptabilité nationale (2004); calculs des services du FMI.

1Pour l’analyse par niveau d’aptitudes, les pays avancés comprennent l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, la France, l’Italie, le Japon, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

2Pour l’analyse par niveau d’aptitudes, les pays anglo-saxons couvrent le Canada et le Royaume-Uni.

3Pour l’analyse par niveau d’aptitudes, l’Europe comprend l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la France, l’Italie, la Norvège, le Portugal et la Suède.

S’agissant des pays à marché émergent, la théorie voudrait que la mondialisation de la main-d’œuvre soit fortement bénéfique aux travailleurs de par une convergence des salaires vers les niveaux des pays avancés. Les données du secteur de la transformation confirment que les salaires réels dans les pays à marché émergent, notamment en Asie, se sont rapprochés de ceux pratiqués aux États-Unis (graphique 5.10). Les salaires réels (corrigés en parité de pouvoir d’achat) enregistrent une rapide convergence et sont relativement élevés dans les pays d’Asie qui ont commencé à se développer les premiers (Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan). Les salaires dans les autres pays d’Asie, notamment en Chine, manifestent une convergence plus lente, encore qu’elle se soit accélérée durant ces dernières années15. Des études confirment que le commerce extérieur et l’émigration ont contribué à accroître les revenus des populations des pays en développement, mais les données relatives à leur impact sur les inégalités sont mitigées (l’encadré 5.1 analyse les conséquences de la mondialisation pour les marchés du travail des pays en développement).

Graphique 5.10.Pays émergents: rattrapage des salaires dans le secteur manufacturier

(En pourcentage des salaires du secteur manufacturier aux États-Unis en dollars constants en PPA)

Les salaires relatifs au secteur manufacturier dans les pays émergents d’Asie sont généralement en hausse, mais le rattrapage a été le plus évident dans les nouvelles économies industrielles telles que la Corée, la RAS de Hong Kong et Singapour. En revanche, il n’y a pas eu tellement de convergence en Amérique latine.

Sources: ONUDI, base de données sur les statistiques industrielles (2006); base de données Asie de CEIC; Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística, Pesquisa Industrial Mensal; calculs des services du FMI.

Mondialisation de la main-d’œuvre et rémunération: examen empirique

Pour frappante qu’elle soit, la mondialisation de la main-d’œuvre n’est qu’une des forces qui ont façonné les marchés du travail dans les pays avancés durant les deux dernières décennies. Les percées technologiques sont un autre phénomène fondamental pouvant avoir de profondes répercussions sur le marché du travail (graphique 5.11). La révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC), révolution technologique multiforme que Blinder (2006) a comparée à la troisième révolution industrielle, a encouragé l’accumulation de capital (voir l’édition de septembre 2001 des Perspectives) et favorisé la main-d’œuvre qualifiée—avec laquelle elle est beaucoup plus complémentaire—plutôt que la main-d’œuvre non qualifiée. La technologie a également progressé dans d’autres domaines comme le montre la forte montée des demandes de brevets dans les pays de l’OCDE, surtout depuis le début des années 90.

Graphique 5.11.Technologies de l’information et de la communication (TIC): capital, brevets et marché du travail

La mondialisation de la main-d’œuvre n’est qu’un des facteurs qui a exercé une influence sur le marché du travail dans les pays avancés durant les deux dernières décennies. Les percées technologiques et l’évolution des politiques régissant les marchés du travail et des produits peuvent également avoir de profondes répercussions sur le marché du travail.

Sources: Bassanini and Duval (2006); Jorgenson and Vu (2005); OCDE, Statistiques de base de la science et de la technologie; calculs des services du FMI.

1Australie, Canada, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni.

2Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Suède et Suisse. Faute de données, la Grèce n’est pas incluse.

3Brevets déposés auprès de l’Office européen des brevets et du bureau des brevets du Japon, et reconnus par le bureau des brevets et marques déposées des États-Unis (mesurés par année de priorité, c’est-à-dire l’année de la première application).

4Différence entre le coût de main-d’œuvre pour l’employeur et la rémunération effective que perçoit l’employé, en pourcentage du coût total de main-d’œuvre.

Des changements se sont aussi produits dans les politiques régissant les marchés du travail et des produits. Des réformes ont été engagées dans plusieurs secteurs, mais en général dans le souci de réduire les coûts de main-d’œuvre et d’assouplir les marchés. S’agissant du marché du travail, il convient de noter quatre grandes tendances (graphique 5.11): 1) des prestations d’assurance chômage de plus en plus généreuses en Europe (vu le taux de remplacement moyen du revenu), par opposition à un léger recul dans les pays anglo-saxons; 2) une diminution générale du coin fiscal, en particulier aux États-Unis où il a baissé d’environ 10 points de pourcentage depuis 1995; 3) une réduction substantielle de la protection légale de l’emploi et de la réglementation du marché des produits, notamment en Europe et au Japon, où l’on partait dans les deux cas de positions particulièrement restrictives; et 4) des différences notables et persistantes d’un pays à l’autre en matière de protection de l’emploi, celle-ci étant faible aux États-Unis et dans les autres pays anglo-saxons et relativement forte en Europe et au Japon. De récentes études (Bassanini and Duval, 2006;Annett, 2006) voient dans la réduction des coins fiscaux, la diminution des prestations d’assurance chômage, la déréglementation des marchés des produits, et la protection plus limitée de l’emploi les principaux facteurs qui ont contribué à la croissance de l’emploi et au recul du chômage16. Il est très difficile de faire la part de chacune de ces variables, ne serait-ce que parce que les progrès technologiques et la mondialisation de la main-d’œuvre devraient en principe avoir des effets comparables sur la rémunération et la part des revenus du travail. L’influence des variables de politique économique est complexe, notamment du fait qu’elles peuvent agir indirectement sur la part des revenus du travail en facilitant ou en freinant l’adaptation de l’économie à la mondialisation de la main-d’œuvre et aux progrès technologiques.

La présente section s’appuie sur un modèle économétrique pour analyser la relation entre la rémunération du travail et la mondialisation de la main-d’œuvre—mesurée à partir d’indices des termes de l’échange, de la délocalisation et de l’immigration—en faisant la part des progrès technologiques et de l’évolution des politiques régissant le marché du travail. Le modèle de base, qui s’appuie sur de solides fondements microéconomiques et a été amplement utilisé dans de récentes études sur le commerce extérieur (voir, par exemple, Feenstra, 2004;Harrigan, 1998; et Kohli, 1991), rapporte la part des revenus du travail au ratio capital/main-d’œuvre et aux prix des importations et des exportations (en fonction des prix intérieurs)17. Les deux dernières variables expriment les effets de la mondialisation du commerce: une diminution des prix à l’importation devrait entraîner une réduction de la part des revenus du travail puisque les importations qui proviennent de plus en plus des pays en développement sont produites par des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. En revanche, la baisse des prix à l’exportation devrait profiter au travail plutôt qu’au capital du fait de la forte intensité de capital des exportations des pays avancés. Le modèle de base est développé pour tenir compte de l’intensité de la délocalisation, de la part de l’immigration dans la main-d’œuvre intérieure, de la part du capital lié aux TIC dans le capital total, des politiques liées au marché du travail, et des effets fixes liés aux pays18. Le modèle a été appliqué à un panel de 18 pays avancés de l’OCDE sur la période 1982–2002, pour l’ensemble de la part des revenus du travail et pour les parts correspondant aux secteurs à main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée (voir l’appendice 5.1 pour plus de détails). Il convient de noter d’entrée de jeu qu’il est difficile de distinguer les effets de la mondialisation de ceux de la technologie, et en particulier des progrès technologiques dans les transports et les communications, lesquels développent considérablement les débouchés d’une production mondialisée. Dans le même ordre d’idées, la baisse des importations (et dans certains cas, des exportations) peut être en partie attribuable à des améliorations dans la production des technologies des transports et des communications.

Encadré 5.1.Émigration et commerce: incidence sur les pays en développement

Cet encadré présente une synthèse des travaux relatifs aux effets de l’émigration et du commerce sur le marché du travail et les revenus des pays en développement.

Émigration

Si les études théoriques et empiriques abondent sur l’impact de l’immigration dans les pays d’accueil, peu de travaux ont été réalisés sur l’émigration et ses effets sur les pays d’origine1. Ce qui est étonnant, compte tenu de la forte proportion de main-d’œuvre qui émigre de nombreux pays, par rapport aux variations que produit l’immigration sur la population active dans plusieurs pays d’accueil. À titre d’exemples, la population active a diminué de 20 % ou plus à la Barbade, au Belize, à El Salvador, au Guyana et à la Jamaïque en raison de l’émigration vers les pays de l’OCDE2. En revanche, les travailleurs immigrés représentent environ 15 % de la population active aux États-Unis et beaucoup moins dans la plupart des pays de l’OCDE.

En général, les pays d’origine ne rassemblent pas d’informations sur les émigrants. Mais le Mexique et d’autres pays latino-américains—dont les travailleurs émigrent en majorité vers les États-Unis—représentent de parfaits cas d’école parce que les sources de données des États-Unis peuvent servir à analyser les conséquences du phénomène sur les pays d’origine. À cet égard, Cardarelli et Ueda (2004) ont étudié l’impact des flux migratoires à destination des États-Unis sur la richesse des pays d’origine. Prenant pour référence le revenu généré par les ressortissants du pays, quelque soit leur lieu de résidence, leurs estimations ont montré que le bien-être des personnes nées au Mexique a été en moyenne supérieur de 20 % à celui qui découlerait du PIB seul sur la période 1994–2003. Cardarelli et Ueda concluent aussi que les flux migratoires à destination des États-Unis ont relevé le bien-être des ressortissants de plusieurs autres pays en développement, notamment d’Amérique latine et de la Caraïbe (Jamaïque, Haïti, Nicaragua et El Salvador par exemple), des Philippines et du Vietnam. L’un des vecteurs d’accroissement du revenu des résidents des pays en développement inclus dans ces calculs est celui des envois de fonds des ressortissants de ces pays vivant à l’étranger (voir les Perspectives, avril 2005). Si les envois de fonds annuels au Mexique ont avoisiné 3 % du PIB sur la période 1990–2003, ils ont dépassé 10 % du PIB à El Salvador et en Jamaïque pour la même période.

Dans une étude axée sur les travailleurs restés dans leur pays, Mishra (2007) examine l’effet de l’émigration vers les États-Unis sur les salaires au Mexique, à partir des données des recensements effectués au Mexique et aux États-Unis pour 1970–2000. Elle observe un puissant effet positif de l’émigration sur les salaires mexicains: une diminution de 10 % du nombre de travailleurs mexicains dans un groupe de qualification donné (défini par la durée des études et l’expérience) augmente le salaire moyen du groupe de près de 4 % (Abdurrahman et Borjas, 2006, obtiennent un résultat similaire). L’incidence sur les salaires varie considérablement d’un groupe à l’autre, l’augmentation la plus forte concernant les plus hauts salaires (personnes ayant 12 à 15 ans de formations scolaires et universitaires) en raison du taux d’émigration plus élevé dans ce groupe. De ce fait même, si toutes les catégories de travailleurs qui décident de rester dans leur pays voient leurs salaires augmenter, l’émigration peut expliquer en partie l’augmentation de l’inégalité des salaires au Mexique3.

L’effet positif de l’émigration sur les salaires au Mexique est corroboré par l’étude de Hanson (à paraître). L’auteur examine les variations de la distribution des revenus salariaux entre les régions du Mexique durant les années 90, période d’intégration accélérée du pays à l’économie mondiale. Il constate que sur la décennie le salaire horaire moyen des États à fort taux d’émigration a augmenté de 6 à 9 % par rapport aux États à faible taux d’émigration.

Les travailleurs obtiennent un gain de salaires et les familles bénéficient des envois de fonds des émigrés, mais les détenteurs de capital qui emploient ces travailleurs sont perdants. Globalement, les estimations indiquent cependant un léger gain du bien-être annuel agrégé dans le cas du Mexique. Il n’empêche que l’émigration peut entraîner une diminution du bien-être si l’on tient compte du fait que l’émigration des travailleurs hautement qualifiés induit une diminution de la productivité de ceux qui restent dans leur pays. À titre d’exemple, les médecins, chercheurs et ingénieurs confèrent une externalité positive au reste de la population, qui se perd lorsque ces personnes émigrent. Les estimations de Mishra (2006) montrent par exemple des pertes substantielles de productivité de ceux qui restent dans leur pays en raison des taux extrêmement élevés d’émigration de personnes hautement qualifiées dans les pays de la Caraïbe. Gupta, Pattillo et Wagh (2007) montrent aussi un taux élevé d’émigration chez les travailleurs qualifiés des pays d’Afrique subsaharienne, dont l’une des conséquences est la pénurie de ressources humaines dans le secteur de la santé de ces pays, le personnel de santé qualifié étant recruté dans les pays de l’OCDE où la demande est forte.

Commerce

Plusieurs travaux montrent que l’ouverture des pays en développement au commerce a rehaussé le niveau global de revenu et les taux de croissance (voir Berg and Krueger, 2003, pour une revue). À partir de régressions transversales et par panel, plusieurs travaux montrent que l’ouverture au commerce est une importante variable explicative du niveau et du taux de croissance du PIB réel par habitant, ce que le gros des données confirme même lorsque l’on tient compte du caractère endogène de l’ouverture au commerce et que l’on fait la part d’autres grands déterminants comme la qualité des institutions et la situation géographique.

Par contre, les incidences de la réforme du commerce sur la distribution interne du revenu dans les pays en développement suscitent encore un vif débat (voir Pavcnik and Goldberg, à paraître, pour une revue). Le modèle éprouvé qui sert à l’analyse des effets de la libéralisation du commerce sur le marché de l’emploi—le théorème de Stolper-Samuelson—prévoit que la libéralisation aura pour effet d’orienter le revenu vers le facteur abondant du pays4. Pour les pays en développement, cela signifie que la libéralisation du commerce devrait profiter principalement à la main-d’œuvre non qualifiée qui est abondante. Néanmoins, plusieurs pays en développement, Argentine, Brésil, Colombie, Chine, Inde et Mexique par exemple, ont vu l’écart des salaires se creuser entre la main-d’œuvre non qualifiée et qualifiée durant les périodes de réforme des années 80 et 905.

Il va sans dire que l’accroissement de l’inégalité des salaires n’a pas nécessairement un lien de causalité avec la réforme du commerce (d’autant que ces réformes sont allées en général de pair avec d’importantes réformes intérieures dans la plupart des pays)6. Les travaux réalisés au cours des dix dernières années se sont donc efforcés d’établir le lien de causalité entre la libéralisation du commerce et la distribution du revenu. Les deux principales méthodes utilisées ont été les approches sectorielles et régionales pour savoir si les secteurs ou régions les plus exposés à la libéralisation du commerce ont connu des variations plus fortes sur le marché du travail. Les deux méthodes ont néanmoins l’inconvénient de permettre d’identifier directement les écarts relatifs entre régions ou secteurs, mais pas l’incidence sur le pays tout entier7.

Les résultats économétriques sont contrastés quant à l’incidence relative des réformes du commerce sur les produits du marché de l’emploi selon les pays et les secteurs d’activité. Topalova (2005); Edmonds, Pavcnik et Topalova (à paraître) constatent que la réduction de la pauvreté a été plus lente dans les zones les plus exposées à la libéralisation du commerce en Inde, allant de pair avec un niveau d’investissement moins élevé dans la mise en valeur du capital humain et une plus faible diminution du travail des enfants. Par contre, utilisant une mesure élargie de l’ouverture, Hanson (2007) constate que les États de la fédération du Mexique très exposés à la mondialisation (exposition mesurée par la part de l’IDE, des produits d’importation ou d’exportation montés sur place, dans le PIB de ces États) ont enregistré une augmentation des revenus salariaux.

Les preuves empiriques de l’effet de la libéralisation du commerce sur les salaires par secteur sont aussi contrastées8. Les études montrent par exemple qu’il n’y a pas une forte corrélation entre la politique commerciale et les salaires par secteur au Brésil et au Mexique (Pavcnik et al. 2004, Feliciano, 2001), alors que les réductions tarifaires dans un secteur sont associées à une réduction significative des salaires dans ce secteur, en Colombie (Goldberg and Pavcnik, 2004) et des augmentations de salaires en Pologne (Goh and Javorcik, à paraître). Les résultats obtenus en Inde sur les effets des changements tarifaires sur les salaires sont contrastés (voir Topalova, 2005;Dutta, 2004; Kumar and Mishra, à paraître). Étant donné que les secteurs qui ont connu les plus fortes réductions tarifaires sont ceux qui emploient le plus grand nombre de travailleurs non qualifiés, les études par branche d’activité suggèrent donc que la libéralisation du commerce a des effets contrastés sur l’écart général des salaires entre travailleurs qualifiés et non qualifiés; en effet, les réformes du commerce sont allées de pair avec un creusement de l’écart en Colombie, peut-être un écart quasiment inchangé au Brésil et au Mexique, et avec une réduction de l’inégalité des salaires en Pologne.

En conclusion, l’émigration et le commerce augmentent les revenus agrégés dans les pays en développement (une fois que le revenu des migrants est intégré). Par contre, les preuves actuelles des études d’impact de la mondialisation sur l’inégalité sont contrastées, en particulier dans le cas du commerce. De plus amples travaux de recherche s’imposent pour une compréhension complète de ces questions.

Note: Le principal auteur de cet encadré est Prachi Mishra.1Voir Borjas (1994, 1995) pour des revues des travaux empiriques sur l’immigration.2Les flux de travailleurs émigrés sont essentiellement à destination des États-Unis, et se situent entre 1970 et 2000. En 1965, les États-Unis ont adopté une loi sur l’immigration et la nationalité qui modifie les conditions d’entrée aux États-Unis, passant d’un système fondé sur les contingents par pays à des critères de rassemblement familial, ce qui a profondément modifié la composition des flux migratoires venant des pays en développement.3L’émigration compte pour près de 37 % de l’accroissement des salaires relatifs de personnes ayant achevé leurs études secondaires (12 années d’études) et pour 14 % de celui des salaires des personnes qui ont quelques années d’études universitaires (13 à 15 ans d’études) entre 1990 et 2000.4Davis et Mishra (à paraître) se penchent sur une série de raisons qui expliquent que les hypothèses qui soustendent le modèle Stolper-Samuelson sont peut-être trop simplistes par rapport à la réalité. L’une des raisons est que la configuration des échanges dépend du caractère ≪localisé≫ ou ≪global≫ du facteur abondant dans un pays, c’est-à-dire qu’il est nécessaire de comparer l’abondance d’un facteur dans un pays à celle d’autres pays qui produisent la même gamme de biens. Au Mexique par exemple, la main-d’œuvre peu qualifiée abonde par rapport aux États-Unis où la main-d’œuvre qualifiée est relativement plus abondante qu’en Chine. Au moment de son adhésion au GATT au milieu des années 80, le Mexique a ouvert ses frontières aux produits de pays où la main-d’œuvre peu qualifiée est abondante, ce qui pourrait expliquer le creusement de l’inégalité des salaires à la fin des années 80.5La définition de la notion de qualification varie en fonction des études offertes dans les pays. Les travaux basés sur les enquêtes des ménages définissent le niveau de qualification par le nombre d’années d’études du chef de famille tandis que les travaux fondés sur les données des usines ou des entreprises distinguent les emplois productifs des emplois de bureau, c’est-à-dire, les cadres techniques des cadres administratifs.6D’autres explications de l’augmentation des écarts de salaires renvoient notamment au biais du progrès technologique en faveur de qualifications plus poussées ou à la délocalisation accrue des activités à niveau relativement élevé de qualification du point de vue des pays en développement (encore que la délocalisation peut découler d’un accord de libre-échange avec un pays avancé, induisant des réductions tarifaires) (Feenstra, 2007).7Porto (2006) est l’un des auteurs qui a recours au modèle d’équilibre général du commerce pour répondre à la question ambitieuse de l’effet global de la libéralisation du commerce sur l’inégalité dans le cadre des réformes du commerce en Argentine. Le modèle a servi à simuler l’effet des aménagements de la politique commerciale sur la répartition de la richesse des ménages (c’est-à-dire, les dépenses des ménages par habitant). Il constate que les réformes présentent un biais en faveur des pauvres. En moyenne, les ménages pauvres en ont davantage bénéficié que les ménages à revenu intermédiaire. Mais le modèle a pour inconvénient que ses résultats dépendent fondamentalement d’estimations d’un paramètre qui sont en général inconnues (élasticités salaires–prix en particulier) et difficiles à rapprocher de manière cohérente avec les séries temporelles des salaires et des prix, lorsque plusieurs autres modifications de politique ont accompagné la réforme du commerce (voir Goldberg and Pavcnik, à paraître pour une analyse de cette étude).8Ces travaux s’appuient sur une double méthodologie. Primo, les données des enquêtes sur les ménages servent à estimer les ≪primes salariales sectorielles≫ définies comme la part du revenu salarial liée au secteur d’activité du travailleur, en tenant compte des caractéristiques évidentes du travailleur (années d’étude, expérience, etc. par exemple). Secundo, l’estimation des primes fait l’objet de régressions partant du chiffrage de l’incidence des réformes du commerce ventilée par secteur.

D’après les résultats de l’estimation de ce modèle, la mondialisation de la main-d’œuvre, les progrès technologiques et les politiques du travail ont tous eu une incidence sur la part des revenus du travail durant les deux dernières décennies (graphique 5.12)19. La mondialisation de la main-d’œuvre et les progrès technologiques ont contribué à réduire la part des revenus du travail, la technologie ayant eu un effet relativement plus important, alors que l’évolution de la politique du travail a eu un effet généralement plus modeste mais positif sur la part des revenus du travail20. Chacun des mécanismes de mondialisation à lui seul (prix des échanges, délocalisation et immigration) joue un rôle relativement faible dans la diminution de la part des revenus du travail.

Graphique 5.12.Contributions à la variation annuelle de la part des revenus du travail1

(Points)

La mondialisation de la main-d’œuvre et les avancées technologiques ont réduit la part du travail, alors que celle de la technologie s’est accrue. L’évolution des politiques de travail a généralement eu un effet moindre mais positif sur la part du travail. Les prix des biens échangés, la délocalisation et l’immigration sont des facteurs explicatifs minimes de la diminution de la part des revenus du travail.

Source: calculs des services du FMI.

11982–2002 ou période disponible la plus longue. 1986–2001 pour le Japon, car les variations des prix relatifs à l’importation durant les années précédentes s’expliquaient davantage par la forte appréciation du yen que par la mondialisation. Les contributions s’appuient sur des coefficients de régression estimés et sur des variations annuelles moyennes dans les variables respectives par pays (voir appendice 5.1).

2La variation annuelle de la part des revenus du travail dans ce graphique correspond à la période pour laquelle l’on disposait de toutes les variables de régression et peut donc différer de celle indiquée au graphique 5.7.

3L’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie.

4L’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède.

5L’Australie, le Canada, les États-unis et le Royaume-Uni.

La mondialisation de la main-d’œuvre a contribué à réduire la part des revenus du travail dans la plupart des pays, avec des effets globalement comparables dans les pays anglo-saxons et les pays européens21. Cependant, les effets de cette mondialisation obéissent à des facteurs différents dans ces deux groupes de pays. En Europe, les délocalisations et l’immigration ont été prépondérantes alors que dans les pays anglo-saxons les délocalisations ont eu un effet moins important. Par ailleurs, en Europe, les principales économies ont été affectées davantage par l’immigration que par la délocalisation alors qu’il s’est produit l’inverse dans les économies de moindre envergure. La variation des prix des échanges, une autre composante de la mondialisation, n’a eu en règle générale qu’un effet net négligeable sur la part des revenus du travail. Autrement dit, si la mondialisation a poussé à la baisse la part des revenus du travail du fait d’une diminution des prix des importations, cela a été globalement compensé par une réduction comparable des prix des exportations, laquelle a dopé la part des revenus du travail puisque les exportations des pays avancés sont à forte intensité de capital. Dans les grands pays européens et au Japon, en termes nets, les variations des prix des échanges ont eu pour effet d’accroître la part des revenus du travail, ce qui s’explique probablement par une plus forte concentration des exportations dans les produits à forte intensité de capital.

Le déclin plus modéré de la part des revenus du travail dans les pays anglo-saxons par rapport à l’Europe tient aux progrès technologiques et aux politiques du travail plutôt qu’aux différences d’impact de la mondialisation de la main-d’œuvre. Les progrès technologiques ont contribué à réduire la part des revenus du travail dans les deux groupes de pays, mais dans une moindre mesure dans les pays anglo-saxons. De manière plus précise, aux États-Unis le capital investi dans les TIC a même contribué à accroître la part des revenus du travail, sans doute du fait que les États-Unis sont plus avancés dans l’utilisation des TIC. Les effets négatifs des TIC sur la demande de main-d’œuvre semblent être plus marqués durant les phases initiales de l’adoption de ces technologies, avant que ne se produisent les ajustements nécessaires dans l’éducation des travailleurs.

L’évolution des politiques du travail a eu un effet positif sur la part des revenus du travail dans les pays anglo-saxons, mais cet effet a été beaucoup plus modeste en moyenne en Europe, notamment dans les grands pays où l’on estime que la politique du travail a plutôt contribué à la diminution de la part des revenus du travail. La contribution des politiques du travail tient principalement à l’évolution du coin fiscal et des prestations de remplacement de l’assurance chômage22. La compression du coin fiscal dans les pays anglo-saxons, et en particulier aux États-Unis, a profité à la part des revenus du travail, alors qu’en Europe celle-ci a souffert de l’augmentation des taux de remplacement des prestations d’assurance chômage.

Si l’on examine séparément les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée et à main-d’œuvre qualifiée sur la période prise comme échantillon, il apparaît que dans les premiers les progrès technologiques constituent le principal facteur, outre l’évolution de l’emploi vers les secteurs qualifiés, agissant sur la part des revenus du travail (graphique 5.13). Ce résultat rejoint l’idée que les ordinateurs et autres équipements de TIC peuvent se substituer à la main-d’œuvre non qualifiée, mais ils tendent à compléter la main-d’œuvre qualifiée. Par ailleurs, la mondialisation de la main-d’œuvre a contribué à réduire la part des revenus du travail dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée beaucoup plus que dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. Ceci est conforme à de précédents résultats selon lesquels la progression des délocalisations s’explique beaucoup plus par la délocalisation des intrants ≪qualifiés≫ que par celle des intrants ≪non qualifiés≫. Cependant, cet effet a été plus que compensé par le redéploiement de l’emploi des secteurs non qualifiés vers les secteurs qualifiés et la part des revenus du travail dans les secteurs qualifiés a en fait légèrement augmenté23.

Graphique 5.13.Pays avancés: contributions à la variation annuelle de la part des revenus du travail par niveau d’aptitude1

(En points)

Les progrès technologiques ont surtout agi sur la part des revenus du travail dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée, mais dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée cette part a subi davantage les effets de la mondialisation de la main-d’œuvre.

Source: calculs des services du FMI.

11982–2002 ou période disponible la plus longue. 1986–2001 pour le Japon, car les variations des importations durant les années précédentes s’expliquaient davantage par la forte appréciation du yen que par la mondialisation. Les contributions s’appuient sur des coefficients de régression estimés et sur des variations annuelles moyennes dans les variables respectives par pays (voir appendice 5.1).

Bien entendu, l’évolution de la part des revenus du travail ne permet pas d’expliquer à elle seule l’effet que la mondialisation et les progrès technologiques ont sur le bien-être des travailleurs. Ces facteurs agissent également sur la production et sur la rémunération totale du travail. Les résultats du modèle semblent indiquer qu’en moyenne dans les pays avancés la baisse des prix des produits échangeables a entraîné une augmentation d’environ 6 % de la production et de la rémunération totale du travail en termes réels sur une période de 25 ans24. Autrement dit, si la part des revenus du travail a diminué, la mondialisation de la main-d’œuvre, en rendant moins chères les importations dans les pays avancés, a augmenté ≪la taille du gâteau≫ à partager entre tous les citoyens, d’où un gain net de la rémunération totale des travailleurs en termes réels (graphique 5.14)25.

Graphique 5.14.Effets des variations des prix du commerce sur la part des revenus du travail, la production et la rémunération du travail1

(Pourcentages)

Bien que la part globale des revenus du travail ait diminué, la mondialisation de la main-d’œuvre a accru la part de richesses à partager entre les citoyens, d’où une augmentation nette de la rémunération du travail dans la plupart des pays.

Source: calculs des services du FMI.

11980–2004 ou période disponible la plus longue. 1986–2004 pour le Japon, car les variations des prix relatifs à l’importation durant les années précédentes s’expliquaient davantage par la forte appréciation du yen que par la mondialisation. Les effets s’appuient sur des coefficients de régression estimés et sur des variations annuelles moyennes dans les variables respectives par pays (voir appendice 5.1).

2L’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie.

3L’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède.

4L’Australie, le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni.

En résumé, il se dégage de l’analyse économétrique que la mondialisation de la main-d’œuvre et les progrès technologiques ont été des facteurs importants de la diminution de la part des revenus du travail dans les pays avancés. Les percées des TIC ont eu une incidence particulièrement profonde sur les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. Le rôle des politiques du travail varie d’un pays à l’autre: leurs effets positifs étant les plus importants aux États-Unis et beaucoup plus modestes en moyenne en Europe (voire négatifs dans certains pays). Enfin, la concurrence mondiale a poussé à la baisse les prix des produits échangés. La réduction des prix des importations a entraîné une augmentation de la rémunération totale réelle de la main-d’œuvre, ce qui laisse supposer que les travailleurs ont profité de l’augmentation de la taille du ≪gâteau économique≫, même si leur part a diminué.

Synthèse et conséquences pour la politique économique

La population active effective mondiale a augmenté de façon spectaculaire durant les deux dernières décennies; elle aurait quadruplé d’après certains calculs. Cette expansion devrait se poursuivre durant les années à venir. D’après les prévisions de l’ONU, la population mondiale en âge de travailler devrait augmenter de 40 % d’ici à 2050, et l’ouverture au commerce devrait continuer de s’accentuer, tout particulièrement dans les services. Selon certaines projections préliminaires, l’offre effective de main-d’œuvre mondiale pourrait plus que doubler d’ici à 205026.

Les pays avancés peuvent puiser dans le vivier mondial de main-d’œuvre par le biais des importations et de l’immigration. Le commerce extérieur constitue le mécanisme le plus important et celui qui se développe le plus vite, dans une grande mesure à cause du fait que l’immigration fait l’objet de fortes restrictions dans beaucoup de pays. Contrairement à ce qu’il est courant de penser, l’intensité de la délocalisation de la production intermédiaire reste faible dans l’ensemble de l’économie, encore que le secteur de la transformation soit plus touché car sa production est plus échangeable. Les importations d’intrants délocalisés ont également progressé un peu plus lentement que le commerce total.

L’intégration des travailleurs des pays émergents et en développement dans la population active mondiale a été fortement avantageuse pour les pays avancés. Les débouchés à l’exportation se sont considérablement développés et cette intégration a donné accès à des importations moins chères et permis aux entreprises de fonctionner de manière plus efficiente. Cela a dopé la production et la productivité et contribué à accroître la rémunération réelle de la main-d’œuvre. Pour les pays à marché émergent, l’intégration de la main-d’œuvre au marché mondial a profité aux travailleurs, les salaires dans le secteur de la transformation ayant progressé rapidement.

Cependant, la mondialisation de la main-d’œuvre a eu une incidence négative sur la part des revenus du travail dans le revenu total dans les pays avancés. Elle ne constitue toutefois que l’un des multiples facteurs qui ont agi sur la part des revenus du travail durant les deux dernières décennies. Les percées technologiques—notamment dans les secteurs de l’information et de la communication—ont eu un impact plus profond, notamment sur la part des revenus du travail dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. Ceci concorde globalement avec les résultats d’une récente étude conjointe du Bureau international du travail et de l’Organisation mondiale du commerce (2007).

Au vu de ce qui précède, la mondialisation grandissante de la main-d’œuvre soulève d’importants défis pour la politique économique dans les pays avancés. Elle doit en effet mettre à profit les atouts que représente une population active mondiale en expansion. Cela signifie qu’il faut poursuivre la libéralisation du commerce extérieur tout en veillant à ce que les économies nationales soient à même de répondre aux pressions de la mondialisation et de s’y adapter. Il importe par ailleurs de tenir pleinement compte des coûts d’ajustement, et les politiques mises en œuvre doivent aider les populations lésées par la mondialisation de la main-d’œuvre. De manière générale, la politique économique doit suivre trois axes:

  • Améliorer le fonctionnement des marchés du travail. Plusieurs pays ont été mieux à même de s’adapter aux pressions de la mondialisation en adoptant des mesures pour réduire les coins fiscaux et permettre aux travailleurs de conserver une plus grande partie de leur rémunération brute, et en veillant à ce que les taux de remplacement des prestations d’assurance chômage n’aient pas d’effet dissuasif sur la recherche d’un emploi. La durée des prestations d’assurance chômage et les obligations liées à la disponibilité d’emploi sont également importantes (voir Annett, 2006; et Bassanini and Duval, 2006). En outre, les politiques donnant plus de souplesse à l’économie et, partant, permettant aux travailleurs de s’orienter plus facilement vers les secteurs en expansion facilitent le processus d’ajustement. Ainsi que le démontre l’expérience des nombreuses réformes réussies en Europe de l’Ouest, plusieurs démarches spécifiques sont envisageables pour les différents pays (voir encadré 2.2). Les réformes doivent en outre être conçues en tenant compte de leurs conséquences budgétaires.
  • Faciliter l’accès à l’éducation et à la formation. Il est nécessaire de développer les aptitudes des travailleurs pour suivre la rapide évolution des technologies et entretenir l’innovation. Les secteurs à main-d’œuvre qualifiée ont été mieux à même de s’adapter aux changements issus de la révolution des TIC que les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. En outre, les pays qui ont été les premiers à adopter les TIC et à former les travailleurs dans ces domaines ont enregistré une plus faible diminution de la part des revenus du travail. Les travailleurs doivent se tenir prêts à livrer concurrence au vivier grandissant de travailleurs qualifiés des pays à marché émergent, en particulier d’Asie. S’il importe d’investir davantage dans l’éducation et la formation, la qualité de cet investissement est également cruciale. L’expérience montre que l’évaluation et le ciblage de la formation sont importants pour en tirer le meilleur parti.
  • Veiller à ce que les travailleurs reçoivent une protection sociale adéquate durant la période d’ajustement. Il importe notamment de fournir un soutien adéquat aux revenus afin d’amortir les effets du processus de changement sans pour autant lui faire obstacle. En outre, il convient de rendre l’assurance maladie moins dépendante de la permanence de l’emploi et les régimes de retraite plus transférables dans certains pays. Cette dernière mesure devrait d’ailleurs rendre l’économie plus souple en facilitant le passage des secteurs en perte de vitesse aux secteurs en expansion. À la question de savoir s’il est souhaitable d’adopter des mesures visant spécifiquement les travailleurs déplacés par le commerce international, la réponse est moins évidente (voir, par exemple, OCDE, 2005). Vu que ces travailleurs risquent de se heurter à des obstacles particuliers pour regagner le marché du travail, du fait qu’ils sont souvent plus âgés et moins instruits et que leurs aptitudes sont spécifiques à des métiers ou des secteurs en déclin, ce type de mesures semblent recommandables. En outre, en limitant les pertes pour ces travailleurs on peut contribuer davantage au processus d’intégration économique internationale. Cependant, il pourrait être difficile (ne serait-ce que théoriquement) d’établir une distinction entre les pertes d’emplois imputables à la mondialisation et celles causées par d’autres facteurs, car la plupart des marchés du travail se caractérisent par des taux de rotation et une variabilité annuelle des salaires élevés. Si les travailleurs déplacés par le commerce extérieur reçoivent un traitement plus généreux, y compris, par exemple, sous la forme de subventions salariales supplémentaires, il faut que cette rémunération soit structurée de manière à ne pas diminuer les incitations à chercher activement un nouvel emploi.
Appendice 5.1. Méthodologie de compilation et sources de données

Les principaux auteurs de cet appendice sont Florence Jaumotte et Irina Tytell.

Définitions des variables et sources des données

Cet appendice détaille la construction des variables utilisées dans ce chapitre et les sources de données.

Classification sectorielle

Tout au long de ce chapitre, l’analyse porte à la fois sur les données agrégées de l’économie et sur les données désagrégées par type de qualification. La classification des secteurs d’activité et du travail par degré de qualification repose sur la proportion d’emplois qualifiés du secteur considéré. Ainsi, les exportations à haute qualification renvoient aux exportations de biens et de services dont la production est à forte intensité d’emplois qualifiés. La part de la main-d’œuvre qualifiée correspond à la part du revenu national qui revient aux travailleurs des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée. Cette approche a l’inconvénient de ne pas rendre compte des changements qui interviennent dans la composition des secteurs entre emplois qualifiés et non qualifiés. Une formule plus élaborée n’a toutefois pas pu être appliquée en raison du manque de données transversales sur les salaires des fonctions de production (employés non qualifiés) et non productives (agents qualifiés), qui auraient été nécessaires pour calculer les parts du travail et de la rémunération du travail d’agents qualifiés et non qualifiés.

La distinction entre secteurs à main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée repose sur la proportion d’agents qualifiés dans un secteur donné, agent qualifié s’entendant de toute personne qui a au moins atteint le second cycle d’études secondaires. Les données sur la proportion moyenne d’agents qualifiés par secteur (sur 16 pays de l’OCDE de 1994 à 1998) sont tirées des travaux de Jean et Nicoletti (2002). Le chapitre recense 18 secteurs (selon la Classification internationale type, par industrie (CITI), révision 3)) répartis en deux grandes catégories agrégées de main-d’œuvre, qualifiée et non qualifiée, comme indiqué au tableau 5.1. Pour tester la robustesse des résultats, une autre ventilation en trois catégories a été utilisée, distinguant trois niveaux de qualification: faibles, moyens et élevés. Le graphique 5.15 montre que l’évolution des parts du travail (et la rémunération réelle par travailleur et par catégorie d’emploi) des tranches plus restreintes de niveaux de qualification faibles et élevés, en données agrégées, est comparable à celle des agrégats des catégories plus larges d’agents qualifiés et non qualifiés.

Tableau 5.1.Classification des secteurs par intensité de qualification
Classification de baseClassification dérivée
Main-d’œuvre non qualifiéeFaiblement qualifiée
AgricultureAgriculture
MinesMines
Alimentation et tabacAlimentation et tabac
Textiles, habillement et cuirTextiles, habillement et cuir
BoisBois
Autres produits minéraux non métalliquesAutres produits minéraux non métalliques
Métaux et produits métalliquesMétaux et produits métalliques
Matériel de transportConstruction
Autres industries
ConstructionMoyennement qualifiée
Commerce, hôtellerie et restaurationPapier et imprimerie
Matériel de transport
Autres industries
Main-d’œuvre qualifiéeServices publics
Papier et imprimerieCommerce, hôtellerie et restauration
Pétrochimie et plastiques
Matériel et équipementTransport et communications
Services publics
Transport et communicationsHautement qualifiée
Services aux entreprisesPétrochimie et plastiques
Matériel et équipement
Services aux entreprises
Services sociaux et personnels
Sources: OCDE et estimations des services du FMI.
Sources: OCDE et estimations des services du FMI.

Graphique 5.15.Parts des revenus du travail, rémunération et emploi dans les pays avancés: effets de l’adoption de niveaux d’aptitudes différents1

Sources: Haver Analytics; Organisation internationale du travail, base de données des statistiques du travail; OCDE, Statistiques de l’emploi et du marché du travail, Statistiques de comptabilité nationale et base de données STAN pour l’analyse de l’industrie; Nations Unies, Statistiques de comptabilité nationale (2004); calculs des services du FMI.

1Pour l’analyse par niveau d’aptitude, les pays avancés comprennent l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, la France, l’Italie, le Japon, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Pondération sur les séries du PIB en dollars EU, tirées de la base de données des Perspectives.

Rémunération et parts du travail

La rémunération de la main-d’œuvre a été établie en ajoutant à la rémunération salariale le revenu des autres catégories de travailleurs (indépendants, employeurs, employés familiaux). Selon l’étude de Gollin (2002) et en raison des données disponibles, nous avons pris pour hypothèse que les autres catégories de travailleurs perçoivent la même rémunération moyenne que les salariés. La rémunération de la main-d’œuvre correspond donc au produit du revenu du travail et du ratio de la demande totale d’emplois sur le nombre des salariés27. D’autres procédés de correction (pour une revue, voir Gollin, 2002), pour lesquels les données ne sont pas d’un accès aisé, donnent des résultats similaires sur le sous-ensemble de l’échantillon retenu dans ce chapitre et pour lequel ces données étaient disponibles. Cette correction a été appliquée aux données agrégées et aux données ventilées par secteur. Lorsque les données sectorielles sur les salariés et sur la demande totale d’emplois n’étaient pas disponibles, le procédé appliqué a été le suivant:

  • Le ratio demande totale d’emplois/nombre de salariés a été supposé identique aux années précédentes ou, en l’absence de données pour une année, il a été supposé comme étant égal à la moyenne des autres pays de l’OCDE pour le secteur considéré.
  • Il a été imposé une contrainte à la somme des travailleurs non salariés tous secteurs confondus pour arriver au chiffre agrégé pour l’économie, en appliquant un facteur multiplicatif proportionnel au nombre induit de travailleurs non salariés.

Les variables se définissent comme suit. La rémunération réelle du travail correspond aux revenus salariaux, déflatés par l’IPC fourni par la base de données des Perspectives. La part du travail est le ratio de la rémunération du travail à la valeur ajoutée, calculée aux prix de base28. La part du travail dans les secteurs à main-d’œuvre qualifiée (non qualifiée) est calculée par le ratio de la rémunération du travail dans ces secteurs à la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie.

La base de données de l’OCDE pour l’analyse structurelle (STAN) a été la principale source de données. Toutefois, plusieurs autres sources ont servi à combler l’absence de données et à étendre les séries temporelles à l’année la plus récente possible. Pour la rémunération et la valeur ajoutée du travail, on a eu notamment recours aux statistiques des comptes nationaux des pays de l’OCDE, aux statistiques de comptabilité nationale des Nations Unies et aux données de Haver Analytics (pour le Japon). Les données complémentaires sur la demande totale d’emplois et des salariés ont été extraites des statistiques de la population active de l’OCDE, et de la base de données des statistiques de l’emploi de l’Organisation internationale du travail. En raison des données disponibles, les calculs ont été limités aux pays avancés de l’OCDE.

Salaires du secteur manufacturier

Les salaires du secteur manufacturier des pays développés et en développement sont tirés de la base de données des statistiques industrielles de l’ONUDI. Ils ont été convertis en parité de pouvoir d’achat (PPA) en dollars constants à partir des IPC et des taux de change en PPA de la base de données des Perspectives. Les données sur la Chine sont extraites de la base de données CEIC Asia.

Immigration

Les données sur la main-d’œuvre étrangère de tous les pays (sauf les États-Unis) sont extraites de l’édition de 2003 des Tendances des migrations internationales, publiées par l’OCDE. Les données sur les États-Unis sont celles du bureau du recensement et du bureau des statistiques de l’emploi (U.S. Census Bureau et Bureau of Labor Statistics). Les données pour l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont trait à l’emploi des étrangers plutôt qu’à la population active. Celles de l’Australie, du Canada et des États-Unis, portent sur la main-d’œuvre née à l’étranger plutôt que sur la main-d’œuvre étrangère. Les séries disponibles ont fait l’objet d’une extension rétrospective utilisant les taux de croissance des stocks de population étrangère (ou née à l’étranger pour l’Australie, le Canada et les États-Unis), lorsque ces données étaient disponibles; les données des années manquantes étant obtenues par interpolation.

Les données sur l’émigration de 1990 à 2000 sont extraites de Docquier et Marfouk (2005) et se rapportent au stock d’immigrants dans les pays de l’OCDE.

Commerce et délocalisation

Les données du commerce utilisées dans ce chapitre sont tirées de différentes sources. Les données agrégées sur le volume et le prix du commerce proviennent de la base de données des Perspectives, y compris les agrégats relatifs aux produits et aux services non pétroliers. Les données du commerce par secteur des pays avancés (qui ont servi à établir les chiffres du commerce à base de main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée) sont tirées de la base de données STAN par secteur d’activité de l’OCDE (secteur manufacturier) et de la base de données sur le commerce international des services de l’OCDE (services). Pour les pays en développement, les données sectorielles du commerce ont été obtenues par le logiciel World Integrated Trade Solution (secteur manufacturier) et des Statistiques de balance des paiements du FMI (services). Les données du commerce de produits manufacturés des pays avancés de l’OCDE ventilées par pays d’origine sont extraites de la base de données STAN sur le commerce bilatéral de l’OCDE. Les données sur les services pour l’Inde sont extrapolées de la base de données CEIC Asia.

Le transfert d’activités à l’étranger (délocalisation) consiste à sous-traiter des activités de production intermédiaire à des entreprises installées dans un pays étranger, qui peuvent être des succursales ou des sociétés indépendantes. Il est mesuré par les importations de produits intermédiaires selon les tableaux entrées-sorties de l’OCDE (éditions 1995, 2002 et 2006). Ces tableaux partent de l’hypothèse qu’une proportion donnée d’un produit d’importation entre dans l’utilisation totale de ce produit pour la production d’un secteur d’activité (≪l’hypothèse de proportionnalité des importations≫) et que cette proportion représente la part de la demande intérieure du produit à l’échelle de l’économie. Les chiffres utilisés dans ce chapitre ne comprennent que les intrants du secteur manufacturier de produits non pétroliers et des services. Les produits intermédiaires importés d’un secteur donné sont multipliés par la production brute du secteur ou par son utilisation totale de produits intermédiaires. Les intensités de délocalisation sectorielle sont ensuite agrégées sur la base des pondérations attribuées à la production sectorielle brute. Enfin, les données d’intensité globale de délocalisation font l’objet d’interpolations pour les années manquantes.

Pour les années postérieures à 2000, les données de l’OCDE ont été extrapolées du dernier tableau entrées-sorties disponible par pays (2000 dans la plupart des cas) et de la mise à jour des données sur la proportion d’importations pour chaque catégorie de produit intermédiaire. Cette proportion est obtenue par approximation de la part des importations dans l’absorption intérieure (consommation et investissement) pour la catégorie de produit (secteur) concerné. Les données d’importation par secteur sont extraites de la base de données STAN par secteur d’activité de l’OCDE pour les produits manufacturés et de la base de données du commerce international des services de l’OCDE pour les services. Les données de valeur ajoutée par secteur (utilisées pour calculer l’absorption) sont tirées à la fois de la base de données STAN par secteur de l’OCDE et de Groningen 60-Industry Database29.

Les importations de produits finis et de services sont obtenues comme élément résiduel en soustrayant les produits intermédiaires importés du total des importations.

Offre mondiale de main-d’œuvre

Plusieurs mesures de l’offre mondiale de main-d’œuvre sont calculées, y compris la population en âge de travailler dans le monde, la population active occupée et le taux d’activité mondial pondéré sur les exportations. Ce dernier paramètre tente de mesurer la présence de la main-d’œuvre des pays sur le marché mondial et représente la somme de la population active des pays, chacune étant pondérée sur le ratio exportations non pétrolières/PIB (Harrigan and Balaban, 1999). Le ratio exportations non pétrolières/PIB est plafonné à 1 afin de limiter le poids des pays spécialisés dans le commerce de réexportation. Les données sur la population en âge de travailler et sur la population active occupée proviennent de différentes sources, notamment des Perspectives, des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale, des Projections sur la population des Nations Unies et de la base de données CEIC Asia. L’offre mondiale de main-d’œuvre par niveau de formation est calculée à partir de la série de Barro-Lee (2000) sur le niveau d’études de la population âgée de 15 ans ou plus, en posant pour hypothèse que la part de la population active ayant un niveau d’études supérieur est quasiment la même que la proportion de la population âgée de 15 ans ou plus ayant atteint le niveau supérieur. Pour les années 2001 à 2005, cette part a fait l’objet d’une extrapolation linéaire pour chaque pays.

Les projections de l’offre mondiale de main-d’œuvre pour la période 2006–50 sont basées sur les projections de la population en âge de travailler des Nations Unies. Le taux d’activité par pays est supposé converger, d’ici 2050, vers le taux d’activité actuel des États-Unis. Par contre, en posant que les taux d’activité demeurent à leurs niveaux actuels, on n’observe aucun effet significatif sur les projections de l’offre mondiale de main-d’œuvre. Les projections du ratio exportations/PIB sont fondées sur les projections des Perspectives allant à 2012 et sur l’augmentation tendancielle du ratio mondial exportations/PIB observée pour les années suivantes. Selon ces hypothèses, la croissance cumulée de l’offre de main-d’œuvre mondiale pondérée sur les exportations pour la période 2005–50 s’établirait sur une fourchette allant de 120 % (sous la variante basse des projections de population) à 190 % (variante haute).

Stock de capital et capital de TIC

L’étude de Fajnzylber et Lederman (1999) est la source des séries sur les stocks de capital à l’échelle de l’économie. Cette série est une extrapolation des séries sur les stocks de capital de Nehru et Dhareshwar (1993) par ajout du flux annuel de formation de capital fixe et pose l’hypothèse d’un taux de dépréciation de 4 % du stock de capital préexistant.

Jorgenson et Vu (2005) font état de séries sur l’investissement en technologies de l’information en utilisant les données de dépenses nationales allouées à l’achat de matériel, de logiciels et d’équipements de télécommunication. Une méthode d’inventaire perpétuel utilisant des taux d’amortissement variables sert à estimer le stock de capital de TI. Cette méthode pose l’hypothèse d’un taux d’amortissement géométrique de 31,5 % et d’une durée de vie de 7 ans pour le matériel informatique, de 31,5 % et 5 ans pour les logiciels et de 11 % et 11 ans pour les équipements de télécommunication.

Indicateurs des politiques du marché de l’emploi

Les indicateurs des politiques des marchés de l’emploi et des produits ont été fournis par Bassanini et Duval (2006). Ces indicateurs se définissent comme suit:

  • Le taux moyen de remplacement des indemnités de chômage est la moyenne des taux de remplacement des indemnités de chômage correspondant à différentes situations de revenu, de famille et de durée du chômage. Ceci comprend deux situations de revenus (100 et 67 % du salaire de l’ouvrier moyen), trois situations de famille (célibataire, marié avec conjoint à charge et marié avec conjoint en activité), trois durées de chômage (1re année, 2e et 3e années, et 4e et 5e années). Les données initiales proviennent de la base de données de l’OCDE sur les prestations et salaires.
  • L’écart fiscal est la différence entre le coût total du travail supporté par l’employeur et le salaire net après cotisations sociales versé à un employé marié disposant d’un seul salaire avec deux enfants à charge et percevant 100 % du salaire d’un ouvrier moyen. C’est donc la somme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et de toutes les cotisations sociales, en pourcentage du coût salarial total. Les données initiales proviennent de la base de données de l’OCDE sur la fiscalité salariale.
  • La législation de protection de l’emploi est l’indicateur de synthèse de l’OCDE qui mesure la rigidité de la législation afférente à la protection de l’emploi. Les données initiales sont tirées des Perspectives de l’emploi de l’OCDE (2004).
  • La réglementation du marché des produits est l’indicateur de synthèse de l’OCDE qui mesure les entraves réglementaires à la concurrence sur le marché des produits pour sept secteurs non manufacturiers (gaz, électricité, poste, télécommunications, transport aérien de passagers, transport ferroviaire de passagers et de fret, et transport routier). Les données initiales sont tirées de Conway et al. (2006).
  • Le taux de syndicalisation mesure la proportion de travailleurs affiliés à un syndicat. Les données initiales sont tirées des Perspectives de l’emploi de l’OCDE (2004).

Approche économétrique

Cette partie expose le modèle qui a servi à étudier la relation entre la mondialisation et les parts du travail et présente les résultats de la modélisation.

Méthodologie

La méthode économétrique utilisée pour ce chapitre repose sur un modèle utilisé fréquemment dans les travaux sur le commerce (voir Feenstra, 2004, Harrigan, 1998, and Kohli, 1991). Le modèle utilise une fonction de revenus avec des quantités de facteurs fixes (travail et capital) et de prix des produits exogènes (exportations, importations et absorption intérieure). Il pose pour hypothèse que les entreprises cherchent à maximiser leurs profits, que tous les marchés sont ouverts à la concurrence et qu’il y a libre circulation des facteurs entre les entreprises. La fonction de revenus est linéairement homogène, concave dans les quantités de facteurs et convexe dans les prix des produits. Elle est généralement d’une forme translogarithmique ou translog (Christensen, Jorgenson, and Lau, 1975).

Avec la fonction de revenus translogarithmique, les parts des produits et des facteurs peuvent être obtenues de la manière suivante:

S représente les parts des produits, R les parts des facteurs, p les prix des produits, v les quantités de facteurs et z les variables pivot. Les variables pivot prennent en compte tout facteur censé modifier la dynamique de la fonction de revenus, telles que les mesures du progrès technologique ou des délocalisations, comme le suggère Feenstra (2004). Les équations de parts sont soumises à un certain nombre de restrictions transversales qui découlent de la symétrie et de l’homogénéité linéaire de la fonction de revenus correspondante.

Eu égard au thème de ce chapitre, les calculs portent surtout sur les équations de parts salariales. L’équation suivante a été retenue comme spécification de base de l’analyse:

PE, PM, PA représentent les prix des exportations, des importations et l’absorption, L le travail, K le capital, X le facteur délocalisation, LM l’emploi de travailleurs immigrants et KICT le capital de TIC. Les prix et les quantités relatives sont utilisés pour imposer les restrictions d’homogénéité nécessaires. Les parts du facteur travail sont ajustées sur le revenu d’autres catégories de travailleurs (indépendants), les variables de prix et de stock de capital étant exprimées en dollars EU de 2000, et les variables de stock de main-d’œuvre représentées par le niveau d’emploi. Les délocalisations sont mesurées en part de produits intermédiaires importés sur le total des produits intermédiaires, l’immigration étant la proportion de travailleurs immigrés sur le total de l’emploi local, et le capital de TIC mesuré comme la part de capital de TIC dans le stock total de capital (voir ci-dessus pour plus de précisions sur ces paramètres). L’effet du capital de TIC est représenté par une fonction quadratique afin de rendre compte d’éventuelles non-linéarités liées au besoin d’apprendre à maîtriser la nouvelle technologie: l’effet négatif sur les salaires et l’emploi est probablement plus marqué dans la période qui précède l’acquisition par les travailleurs des connaissances nécessaires pour utiliser efficacement le nouveau matériel. Le modèle a été estimé sur un panel de 18 pays sur la période 1982–2002, en utilisant des effets fixes par pays. La spécification de base a été étendue afin d’intégrer plusieurs paramètres représentant les politiques du marché du travail, notamment l’écart social, le taux de remplacement des indemnités de chômage, les indices de réglementation du marché des produits, de législation de protection de l’emploi et le taux de syndicalisation30.

L’une des préoccupations que peut susciter l’exactitude du résultat de la modélisation tient au fait que les variables liées à la mondialisation du travail—prix de commerce, délocalisation et immigration—peuvent être endogènes. Les prix de commerce sont probablement exogènes pour les pays de taille économique suffisamment grande31. Le lien de causalité inverse ou des facteurs communs tiers peuvent induire des biais dans les effets des délocalisations et de l’immigration sur la part du travail. Pour y remédier, on a eu recours à une estimation des variables instrumentales avec des variables reflétant les conditions de l’offre et de la demande intérieure et extérieure, ainsi que les décalages des variables endogènes potentielles utilisées comme instruments. La liste des instruments comprend en particulier la part de la consommation publique dans le PIB, le taux de taxation de la consommation, le (log du) total de la population, le (log du) PIB réel des partenaires commerciaux pondéré par les exportations, l’emploi dans le reste du monde pondéré par la distance et corrigé des exportations (une mesure de l’offre mondiale de main-d’œuvre), et les décalages des (logs des) prix relatifs du commerce, des délocalisations et de l’immigration.

Outre l’équation de la part agrégée du travail, un système d’équations des parts des travailleurs qualifiés et non qualifiés dans l’emploi à été également établi comme suit:

S et U représentent la qualification et la nonqualification, tandis que les autres variables restent les mêmes. Une restriction de symétrie part du postulat que les coefficients du (log du) ratio travail–capital de la main-d’œuvre non qualifiée dans la première équation et de la main-d’œuvre qualifiée dans la seconde, sont les mêmes. Le système a été augmenté pour intégrer les effets fixes par pays et les mesures des politiques du marché du travail, et estimé par itération des moindres carrés à trois phases, en utilisant les instruments précités.

Résultats de la modélisation

Les résultats de l’équation de la part agrégée du travail figurent au tableau 5.2. La plupart des variables sont statistiquement significatives et présentent les signes attendus:

Tableau 5.2.Impact de la mondialisation du travail et du progrès technologique sur les parts du travail
Variable dépendante:

Part du travail
Estimation

des effets fixes

(hors politiques

du marché

du travail)
Estimation

des effets

fixes
Estimation

des variables

instrumentales
Prix relatifs à l’exportation (log des)–0,117***0,113***–0,165***
Prix relatifs à l’importation (log des)0,076**0,087***0,138***
Ratio main-d’œuvre/capital (log des)0,055**0,015–0,025
Délocalisation–0,196*–0,156*–0,285***
Immigration–0,627***–0,553***–0,746***
Capital de TIC–2,871***–2,643***–3,517***
Carré du capital de TIC56,407***44,962***55,598***
Écart fiscal–0,002*–0,002***
Indemnités de chômage–0,001***–0,001***
Effets fixesOuiOuiOui
Observations231225208
R-carré0,610,62
Test d’Anderson151,63***
Test de Hansen6,61
Source: calculs des services du FMI.Note:*degrédesignificationsatistique = 10%; **degré de signification statistique = 5%; *** degrédesignification = 1%. Les écarts-types sont robustes à l’hétéroscédasticité et à l’autocorrélation. TIC = technologies de l’informationetdela communication.
Source: calculs des services du FMI.Note:*degrédesignificationsatistique = 10%; **degré de signification statistique = 5%; *** degrédesignification = 1%. Les écarts-types sont robustes à l’hétéroscédasticité et à l’autocorrélation. TIC = technologies de l’informationetdela communication.
  • Des prix relatifs plus élevés pour les exportations et plus bas pour les importations sont associés à la diminution de la part du travail. Ceci est conforme au fait que les exportations des pays avancés présentent une forte intensité relative de capital et qu’ils importent davantage de pays en développement dont la production comporte une forte intensité relative de main-d’œuvre.
  • La délocalisation et l’immigration présentent une relation négative avec la part du travail, ce qui s’explique par l’effet négatif de l’augmentation de l’offre mondiale de main-d’œuvre sur la demande intérieure de main-d’œuvre. Les coefficients de ces variables dans la régression des variables instrumentales sont légèrement plus élevés en valeur absolue, ce qui suggère la présence d’une causalité inverse: la baisse de la part du travail, qui dénote des coûts unitaires du travail plus bas, diminue l’attrait de la délocalisation pour les entreprises locales et de l’immigration pour les travailleurs étrangers.
  • Le progrès technologique semble avoir un effet non linéaire sur la part du travail, ce qui corrobore l’idée que l’innovation réductrice du facteur travail crée au départ un besoin de formation complémentaire des travailleurs mais améliore ensuite leur productivité à mesure qu’ils acquièrent les compétences nécessaires.
  • Parmi les variables de politique, seul l’accroissement des écarts fiscaux et des taux de remplacement des indemnités de chômage sont liés à une baisse de la part du travail, dénotant les rigidités du marché qui découlent de ces politiques32. Une spécification non linéaire comprenant les termes d’interaction avec la mondialisation de l’emploi et le progrès technologie suggère en outre que la législation de protection de l’emploi tend à amplifier les effets de ces variables sur la part du travail.

Les résultats sont généralement robustes à l’exclusion des valeurs aberrantes (identifiées par leur influence sur les valeurs prévues et la matrice de variance–covariance des calculs) et de certains pays33. Ils sont aussi robustes à la ventilation du prix à l’importation entre importations pétrolières et non pétrolières (le prix a un effet statistiquement significatif sur la part du travail, mais de faible ampleur). Les coefficients du stock de capital de TIC, de son carré et des délocalisations deviennent statistiquement insignifiants lorsque les effets temporels sont intégrés, ce qui n’est pas surprenant étant donné que ces effets servent souvent, dans les études empiriques, à capturer l’effet du progrès technologique mondial et d’autres grandes tendances à l’échelle mondiale. Les effets temporels révèlent une évolution tendancielle à la baisse, conforme à l’effet négatif de la croissance du stock de capital de TIC et des délocalisations sur la part du travail. Les coefficients de la part du capital de TIC sont plus robustes à l’intégration des effets temporels mesurés en part de l’investissement plutôt que du stock de capital. De même, le coefficient de la délocalisation de la main-d’œuvre qualifiée est plus robuste à l’intégration des effets temporels que celui de la délocalisation totale.

Les résultats des estimations des équations de parts du travail pour les secteurs à main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée figurent au tableau 5.3. Les deux premières colonnes présentent l’estimation des effets fixes indépendants des deux équations, les deux colonnes du milieu celle des variables instrumentales indépendantes, et les deux dernières, l’estimation du système avec la restriction transversale imposée. La mondialisation de l’emploi et le progrès technologique semblent avoir des effets quelque peu différents sur les parts du travail dans les secteurs employant des travailleurs qualifiés et non qualifiés. La mondialisation du travail a un effet un peu plus prononcé sur les secteurs d’emplois qualifiés, ce qui est conforme par exemple au constat de l’accroissement des délocalisations d’emplois qualifiés. L’évolution technologique a un effet négatif sur les deux catégories de travailleurs mais il est moins prononcé chez les travailleurs qualifiés, ce qui est conforme à la non-linéarité due aux besoins de formation comme indiqué précédemment. Ces résultats devraient être néanmoins considérés comme provisoires étant donné que le classement par catégorie repose sur les grands secteurs économiques.

Tableau 5.3.Impact de la mondialisation du travail et du progrès technologique sur les parts de main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée
Estimation des effets fixesEstimation des variables

instrumentales
Estimation des triples

moindres carrés
Variable dépendantePart de main-d’œuvre

qualifiée
Part de main-d’œuvre

non qualifiée
Part de main-d’œuvre

qualifiée
Part de main-d’œuvre

non qualifiée
Part de main-d’œuvre

qualifiée
Part de main-d’œuvre

non qualifiée
Log de:
Prix relatif à l’exportation–0,072***–0,049***–0,117***–0,060***–0,115***–0,058***
Prix relatif à l’importation0,053***0,031**0,089***0,041***0,097***0,044***
Ratio main-d’œuvre qualifiée/capital0,093**–0,203***0,075**–0,210***0,156***–0,163***
Ratio main-d’œuvre non qualifiée/capital–0,089***0,181***–0,098***0,177***–0,163***0,143***
Délocalisation–0,134*–0,016–0,203***–0,052–0,191***–0,043
Immigration–0,507***–0,162**–0,678***–0,225**–0,663***–0,216***
Capital de TIC–0,808–0,922*–1,413*–1,099**–2,046***–1,409***
Compte de TIC carré22,358*10,45829,792***13,346*38,688***17,860***
Écart fiscal–0,001–0,001**–0,002***–0,001***–0,002***–0,001***
Indemnités de chômage–0,001**–0,000*–0,001***–0,000**–0,001***–0,000***
Réglementation du marché des produits0,0000,0020,0010,002**0,0000,002**
Effets fixesOuiOuiOuiOuiOuiOui
Observations219219202202202202
R-carré0,530,94
Test d’Anderson140,83***140,83***
Test de Hansen7,78,4
Source: calculs des services du FMI.Note:*degrédesignificationsatistique = 10%; ** degrédesignificationstatistique = 5%;*** degrédesignification = 1%. Les écarts-types sont robustes à l’hétéroscédasticité et à l’autocorrélation. TIC = technologies de l’information et de la communication.
Source: calculs des services du FMI.Note:*degrédesignificationsatistique = 10%; ** degrédesignificationstatistique = 5%;*** degrédesignification = 1%. Les écarts-types sont robustes à l’hétéroscédasticité et à l’autocorrélation. TIC = technologies de l’information et de la communication.

Les incidences des différents facteurs sur l’évolution de la part du travail présentée dans le texte du chapitre correspondent aux moyennes de la variation annuelle de chaque variable, multipliées par le coefficient estimé correspondant. Les moyennes par groupes de pays sont pondérées sur le nombre d’années pour lequel des données sont disponibles par pays, de manière à accorder aux pays offrant un volume important de données une plus forte pondération dans ces moyennes. Ces incidences permettent de distinguer l’influence de chaque pays dans le rôle des différents facteurs, bien qu’elles ne reflètent pas complètement l’hétérogénéité des pays, les coefficients estimés étant les mêmes pour tous les pays de l’échantillon.

Calculs d’élasticité

Le modèle économétrique utilisé dans ce chapitre permet d’aller au-delà des effets des différents facteurs sur la part du travail en calculant les élasticités de la rémunération par travailleur et de l’emploi par rapport à ces facteurs (Kohli, 1991).

Les élasticités de la rémunération par travailleur par rapport aux prix du commerce (pour un niveau d’emploi donné) sont obtenues de la manière suivante:

i = E, M et les parts de production RL et Si sont évaluées à la moyenne pour chaque pays.

Les élasticités de l’emploi par rapport aux prix du commerce (pour un niveau donné de rémunération du travail) sont obtenues de la manière suivante:

En combinant ces élasticités, on obtient l’élasticité de la rémunération totale du travail par rapport aux prix du commerce:

ε(WL,pi) = ε(W,pi) + ε(L,pi),

i = E, M. Il importe de signaler que ces élasticités sont tirées du modèle qui pose par hypothèse la fixité des prix, raison pour laquelle les éventuels ajustements de prix ne sont pas pris en compte dans ces calculs34.

Pour calculer les variations réelles en pourcentage du total de la rémunération du travail résultant des fluctuations des prix du commerce, ces élasticités sont multipliées par le pourcentage de variation réelle des prix relatifs du commerce pour chaque pays. Les moyennes des groupes de pays sont pondérées par le nombre d’années pour lequel chaque pays dispose de données afin d’accorder une pondération plus forte aux pays qui offrent un volume important de données. Les résultats sont présentés dans le corps du chapitre.

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1

Cette démarche, qui s’inspire de Harrigan and Balaban (1999), donne des résultats plus fiables dans les pays en développement spécialisés dans des activités à forte intensité de main-d’œuvre que dans les pays avancés dont les exportations présentent une plus forte intensité de capital. Pour appréhender l’exportation de main-d’œuvre issue de l’émigration, on peut ajouter aux pondérations commerciales des pondérations d’émigration. Cependant, en règle générale, ces pondérations sont très faibles.

2

À comparer avec les estimations de Freeman (2006) pour qui l’intégration de la Chine, de l’Inde et de l’ancien bloc de l’Est a doublé le nombre de travailleurs dans l’économie mondiale. La différence s’explique par la pondération des populations actives nationales à partir du ratio exportations/PIB dans la présente étude.

3

Le stock des émigrants est limité à ceux qui vont vers les pays de l’OCDE.

4

Les exportations à main-d’œuvre qualifiée sont les exportations de biens et de services des secteurs à main-d’œuvre qualifiée, c’est-à-dire ceux dont la main-d’œuvre présente une part plus importante de travailleurs qualifiés. De manière générale, les résultats restent robustes lorsque l’on exclut les secteurs à main-d’œuvre semi-qualifiée et que l’on se concentre sur les secteurs fortement qualifiés et peu qualifiés (voir appendice 5.1 pour plus de détails). À partir d’une classification plus fine des produits selon l’intensité des qualifications entrant dans leur fabrication, Rodrik (2006) conclut que la composition des exportations de la Chine présente une plus forte intensité de qualifications que ne le laisserait penser son niveau de développement.

5

Il est courant de considérer l’importation de produits intermédiaires en fonction du total des intrants intermédiaires afin d’estimer l’intensité de la délocalisation. Cependant, il semble plus juste de faire cet ajustement par rapport à la totalité des facteurs de production (y compris travail et capital), puisque les importations de produits intermédiaires peuvent se substituer, non seulement aux intrants intermédiaires locaux, mais également au travail et au capital autochtones.

6

La stabilisation constatée en 2001–02 était passagère et s’expliquait par le ralentissement du commerce mondial causé par la récession.

7

Voir Jensen and Kletzer (2005) et Amiti and Wei (2005) pour plus de détails sur la délocalisation des services. La deuxième étude conclut que la délocalisation des services reste très limitée, même si elle a progressé durant ces dernières années.

8

La part des importations de produits intermédiaires dans les importations totales de produits ≪non qualifiés≫ est inférieure à la part de ces produits dans les importations totales de produits ≪qualifiés≫ (37 % et 68 %, respectivement).

9

À ce jour, les données empiriques relatives aux effets de la délocalisation sur la productivité sont limitées (voir Olsen, 2006). Selon certaines indications, les effets positifs de la délocalisation de la transformation sur la productivité dépendent du degré d’internationalisation des entreprises. Cependant, cette internationalisation est sans doute déjà proche des niveaux optimaux dans les pays avancés, et donc le potentiel de gains de productivité est vraisemblablement plus important pour les délocalisations de services. Les effets positifs de productivité issus de la délocalisation des services semblent être à ce jour généralement modestes dans les entreprises de transformation, mais relativement plus importants dans le secteur des services. Amiti et Wei (2006) ont observé, sur la productivité aux États-Unis, un effet sensiblement positif de la délocalisation des services et un effet positif un peu plus modéré de la délocalisation des industries de transformation.

10

Les comptes nationaux donnent la part de la rémunération des employés dans le revenu total, mais ils ne définissent pas séparément la part des revenus du travail des autres catégories de travailleurs (professions libérales, employeurs et employés d’entreprises familiales). Il existe plusieurs procédures de correction (Gollin, 2002) et pour des raisons de disponibilité des données, l’on a ajouté à la rémunération des employés la rémunération des autres catégories de travailleurs en supposant que les salaires unitaires de ces derniers étaient comparables à ceux des employés. Les résultats se maintiennent si d’autres procédures sont appliquées (voir appendice 5.1).

11

Dans le cas particulier des États-Unis, pays pour lequel l’on dispose de données depuis 1930, la part de la rémunération des employés dans le revenu national ne semble pas avoir atteint un minimum historique (cela pouvant certes s’expliquer en partie par l’augmentation de la part des employés dans la population active totale).

12

Pour Blanchard (1998), l’augmentation de la part des revenus du travail en Europe durant les années 70 était attribuable à une évolution négative de l’offre de main-d’œuvre, les salaires ne s’étant pas adaptés de façon suffisamment rapide au ralentissement de la croissance de la productivité des facteurs sous-jacents. Cependant, l’emploi s’est progressivement adapté en exerçant une pression à la baisse sur les salaires et en ramenant la part des revenus du travail à leur niveau précédent (certes avec un niveau de chômage supérieur). La poursuite de la diminution de la part des revenus du travail depuis le milieu des années 80 s’explique par un choc adverse de la demande de main-d’œuvre: à un niveau donné de salaires et de stock de capital, les entreprises ont continué de réduire l’emploi. À ce phénomène plusieurs raisons: l’adoption de technologies plus gourmandes en capital qu’en main-d’œuvre ou une redistribution des rentes au détriment des travailleurs.

13

Aux fins du présent chapitre, l’Europe comprend les pays de la zone euro, le Danemark et la Norvège, et les pays anglo-saxons couvrent l’Australie, le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni.

14

Katz et Autor (1999) constatent une évolution comparable de l’écart entre les travailleurs les plus rémunérés et les moins rémunérés aux États-Unis et dans les pays européens.

15

La productivité du travail en Asie a également convergé vers les niveaux des États-Unis (voir, FMI, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2006).

16

Certaines de ces variables peuvent également agir sur la part des revenus du travail de façon analogue, en particulier si l’élasticité de substitution entre le travail et le capital est élevée. Par exemple, une augmentation du taux de remplacement du revenu à la base des prestations d’assurance chômage accroît le salaire de réserve et entraîne à très court terme un relèvement de la part des revenus du travail. Mais à mesure que se produit un ajustement à la baisse de l’emploi, cette part diminue et elle peut tomber en dessous de son niveau initial si l’élasticité de substitution entre le capital et le travail est suffisamment élevée (Blanchard, 1998). D’autres chocs susceptibles d’accroître le coût de la main-d’œuvre—tels que l’augmentation du coin fiscal ou le renforcement de la protection de l’emploi—pourraient avoir des effets comparables. Bien qu’une réglementation stricte des marchés des produits soit génératrice de rentes, il est difficile de savoir si elle influence la répartition de ces rentes entre travail et capital et, partant, la part des revenus du travail.

17

Les équations relatives à la part des facteurs reposent sur la maximisation d’une fonction de revenus (pour l’ensemble de l’économie), en considérant comme donnés la dotation en facteurs et les prix sectoriels (importation, exportation et absorption). Voir l’appendice 5.1 pour plus de détails.

18

L’inclusion de ces variables s’appuie sur l’argument théorique qu’elles peuvent servir d’exposants dans la fonction de revenu (PIB) (Feenstra, 2004).

19

La contribution d’un facteur à la variation annuelle moyenne de la part des revenus du travail sur la période considérée est égale au produit de son coefficient et de sa propre variation annuelle moyenne sur la même période.

20

La plupart des études ont tenté d’expliquer la baisse des salaires relatifs (ou de la part des revenus du travail) des travailleurs non qualifiés aux États-Unis (Freeman, 1995, et Feenstra, 2004, en donnent un aperçu). Les études qui cherchent à expliquer l’évolution de la part globale des revenus du travail sont plus rares. La plupart concluent que les progrès technologiques qui privilégient la main-d’œuvre qualifiée sont une cause plus importante d’inégalité des salaires que les échanges (par exemple Harrigan, 1998; et Harrigan and Balaban, 1999). Feenstra (2004et 2007) conclut que les échanges et les progrès technologiques contribuent de la même manière à expliquer les inégalités croissantes de salaires. Dans une récente étude, Guscina (2006) constate que les progrès technologiques et l’ouverture agissent de la même ma nière sur la part des revenus du travail dans les différents pays. Harrison (2002) conclut également que la mondialisation tend à réduire la part des revenus du travail. D’autres études ont cherché à savoir si la mondialisation augmentait l’élasticité salaire de la demande de main-d’œuvre et ont abouti à des résultats mitigés (voir, par exemple, Slaughter, 2001; et OCDE, 2006a). Les études sur l’immigration tendent à conclure que ses effets sur les salaires et l’emploi des populations locales sont modestes (Greenwood, Hunt, and Kohli, 1996; et OCDE, 2006b).

21

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence car ils reposent sur des coefficients de régression identiques pour tous les pays et sur des variations annuelles moyennes de variables spécifiques à chaque pays.

22

Les autres variables, à savoir la législation de protection de l’emploi, la réglementation des marchés des produits et la densité syndicale, n’ont pas eu d’effets notables. L’analyse a été développée pour vérifier si certaines institutions du marché du travail tendaient à amplifier ou à atténuer l’impact de la mondialisation de la main-d’œuvre et des progrès technologiques. Bien qu’une législation de protection du travail stricte ne semble pas avoir d’effet spécifique, d’après certaines données elle tendrait à accroître les effets négatifs de la mondialisation de la main-d’œuvre sur la part des revenus du travail. Autrement dit, l’assouplissement du marché du travail pourrait contribuer à atténuer la diminution de la part des revenus du travail attribuable à la mondialisation.

23

Les travailleurs des secteurs à main-d’œuvre non qualifiée ont par ailleurs relativement moins bénéficié des changements de politique du travail. Bien que la réglementation des marchés des produits ait un impact négligeable sur la part globale des revenus du travail, elle semble profiter à la part des revenus du travail dans les secteurs à main-d’œuvre non qualifiée. De là le fait que la moindre réglementation des marchés des produits sur la période considérée ait eu un effet négatif sur cette part des revenus du travail.

24

Ce résultat a été calculé comme suit. Le modèle permet de calculer l’élasticité de la rémunération de la main-d’œuvre par rapport aux prix des échanges: en moyenne, une baisse de 1 % du prix relatif des importations entraîne une augmentation de la rémunération totale réelle du travail de 0,5 %, alors qu’une diminution de 1 % du prix relatif des exportations entraîne une diminution légèrement inférieure de 0,4 %. En combinant ces élasticités et les variations moyennes réelles des prix relatifs des exportations et des importations, on obtient une augmentation annuelle moyenne de la rémunération de la main-d’œuvre d’environ 0,2 % dans les pays avancés (ou de 6 % en effet cumulé sur 25 ans). L’augmentation de la production induite par les variations des prix des biens échangés correspond à la différence entre la variation de la rémunération totale de la main-d’œuvre et celle de la part des revenus du travail (qui en l’occurrence est très faible).

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Il convient de noter que, pour faire une évaluation complète de l’impact de la mondialisation sur les moyens financiers des travailleurs, il faut aller au-delà de la simple rémunération de la main-d’œuvre et tenir compte de l’augmentation de la détention directe et indirecte d’actifs (voir l’édition de septembre 2006 des Perspectives).

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Cette projection s’appuie sur la variante moyenne des projections de population en âge de travailler de l’ONU et sur l’hypothèse que le ratio d’exportation hors pétrole/ PIB continuera de s’accroître au rythme constaté durant ces dernières années (voir appendice 5.1). La Banque mondiale (2006) offre également des prévisions de la population active mondiale jusqu’en 2030 et prévoit que même si la grande majorité de la main-d’œuvre mondiale continuera d’être non qualifiée, l’offre de main-d’œuvre qualifiée augmentera vraisemblablement plus vite.

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La Corée n’entre pas dans l’échantillon parce qu’une partie du revenu des travailleurs indépendants figure déjà dans les revenus salariaux, ce qui rend la correction inopérante (voir aussi Young 1995 et 2003).

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Exceptés le Japon où la valeur ajoutée est calculée par les prix au producteur et les États-Unis où elle se mesure aux prix du marché.

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Les intensités de délocalisation sectorielles ont été agrégées en utilisant les pondérations des valeurs ajoutées sectorielles, du fait du manque de données sur la production brute ventilée par secteur pour les dernières années. Les séries temporelles étendues ont ensuite été étoffées en utilisant les taux de croissance.

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Une spécification intégrant les termes de l’interaction entre ces variables de politique et les mesures de la mondialisation du travail et du progrès technologique a aussi été envisagée.

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Le prix d’absorption pourrait néanmoins être affecté par les variations de la part salariale, qui reflète les variations des coûts unitaires du travail.

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Les autres variables des marchés de l’emploi et des produits—en particulier l’indice de législation de protection de l’emploi, l’indice de réglementation du marché des produits et le taux de syndicalisation—ont été exclues de la spécification finale, n’apparaissant pas statistiquement significatives.

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Les courbes de corrélation partielle, montrant la corrélation entre la part du travail et chaque régresseur, après intégration des variables explicatives, confirment la forte robustesse de la relation estimée.

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En outre, l’élasticité de la rémunération totale du travail par rapport aux prix des importations et des exportations pourrait être quelque peu surestimée étant donné que l’élasticité des salaires (emplois) suppose un niveau d’emploi (de salaire) constant. Toutefois, l’effet net des prix du commerce sur la rémunération totale du travail ne devrait pas en être considérablement affecté.

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