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Chapitre I. Les perspectives et les enjeux économiques

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 2005
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Dans l’ensemble, l’expansion de l’économie mondiale est restée en bonne voie, évoluant dans une large mesure comme prévu lorsque la dernière édition des Perspectives a été publiée en septembre 2004. Après avoir avoisiné en moyenne 6 % fin 2003 et début 2004, la croissance mondiale a ralenti, avec un fléchissement notable de la production industrielle et des échanges internationaux, qui s’explique par le retour à un rythme d’expansion plus soutenable et par les effets négatifs du renchérissement du pétrole (graphiques 1.1 et 1.2, et tableau 1.1). Selon les données les plus récentes, le point le plus bas a été dépassé et les indicateurs avancés semblent annoncer une expansion solide en 2005, bien que la montée des cours du pétrole constitue un risque croissant. En dépit des épouvantables pertes en vies humaines et dégâts matériels provoqués par le tsunami de décembre 2004, ainsi que de ses implications substantielles pour le budget et la balance des paiements de quelques pays (encadré 1.1: ≪Le tsunami survenu dans l’océan Indien: conséquences pour les économies de l’Asie du Sud≫), son impact sur la croissance devrait être modeste.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

En 2005, la croissance mondiale devrait ralentir, tout en restant supérieure à la tendance, et l’inflation restera faible.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.

2Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée en fonction de la parité de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans (ou à échéance la plus proche de dix ans) des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

4Moyenne arithmétique des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï Fateh et West Texas Intermediate.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Projections actuellesÉcart par rapport

aux projections

de septembre 2004
200320042005200620042005
Production mondiale4,05,14,34,40,2
Économies avancées2,03,42,63,0‒0,2‒0,3
États-Unis3,04,43,63,60,10,1
Zone euro0,52,01,62,3‒0,2‒0,6
Allemagne‒0,11,70,81,9‒0,4‒1,0
France0,52,32,02,2‒0,3‒0,3
Italie0,31,21,22,0‒0,2‒0,7
Espagne2,52,72,83,00,1‒0,2
Japon1,42,60,81,9‒1,8‒1,5
Royaume-Uni2,23,12,62,6‒0,30,2
Canada2,02,82,83,0‒0,1‒0,4
Autres économies avancées2,54,43,43,90,1‒0,1
Nouvelles économies industrielles d’Asie3,15,54,04,80,1‒0,1
Autres pays émergents et en développement6,47,26,36,00,60,4
Afrique4,65,15,05,40,6‒0,5
Afrique subsaharienne4,25,15,25,60,6‒0,6
Europe centrale et orientale4,66,14,54,50,6‒0,3
Communauté des États indépendants7,98,26,56,00,1
Russie7,37,16,05,5‒0,2‒0,6
Russie non comprise9,110,57,77,00,81,2
Asie, pays en développement d’8,18,27,47,10,60,6
Chine9,39,58,58,00,51,0
Inde7,57,36,76,41,0
ASEAN-415,45,85,45,80,4
Moyen-Orient5,85,55,04,90,50,3
Hémisphère occidental2,25,74,13,71,10,5
Brésil0,55,23,73,51,20,2
Mexique1,64,43,73,30,30,5
Pour mémoire
Union européenne1,22,52,12,5‒0,1‒0,4
Croissance mondiale calculée sur la base des cours de change2,74,03,23,4‒0,4‒0,3
Volume du commerce mondial (biens et services)4,99,97,47,61,00,1
Importations
Économies avancées3,68,56,56,30,80,9
Autres pays émergents et en développement8,915,512,011,02,7
Exportations
Économies avancées2,88,15,96,8‒0,4
Autres pays émergents et en développement10,713,89,99,73,0‒0,4
Cours des produits de base (en dollars)
Pétrole215,830,723,2‒5,91,823,2
Produits de base hors combustibles (moyenne fondée sur la pondération des exportations mondiales de produits de base)7,118,83,8‒5,12,07,8
Prix à la consommation
Économies avancées1,82,02,01,9‒0,1‒0,1
Autres pays émergents et en développement6,05,75,54,6‒0,20,1
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)3
Dépôts en dollars1,21,83,34,10,2
Dépôts en euros2,32,12,32,9‒0,5
Dépôts en yen0,10,10,10,4‒0,2
Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 31 janvier et le 28 février 2005. Voir l’appendice statistique pour détails, groupes et méthodologies.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne simple des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le cours moyen du pétrole en 2004 était de 37,76 dollars le baril; hypothèse pour 2005: 46,50 dollars le baril et pour 2006: 43,75 dollars le baril.

Taux à six mois pour le dollar EU et le yen. Taux à trois mois pour l’euro.

Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 31 janvier et le 28 février 2005. Voir l’appendice statistique pour détails, groupes et méthodologies.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne simple des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le cours moyen du pétrole en 2004 était de 37,76 dollars le baril; hypothèse pour 2005: 46,50 dollars le baril et pour 2006: 43,75 dollars le baril.

Taux à six mois pour le dollar EU et le yen. Taux à trois mois pour l’euro.

Cependant, cette vue globale masque des divergences croissantes d’une région à l’autre. En particulier:

  • L’expansion est moins équilibrée. La croissance a été plus vive que prévu aux États-Unis, où le ≪passage à vide≫ s’est avéré plus modéré qu’on ne le pensait précédemment; en Chine, où l’activité reste vigoureuse en dépit de mesures d’austérité; et dans la plupart des pays émergents et des pays en développement. Par contre, en Europe et au Japon, la croissance a été décevante en raison — à des degrés divers — d’un essoufflement des exportations et de la faiblesse de la demande intérieure finale (et, au Japon, des révisions apportées à la méthode des comptes nationaux).
  • Les déséquilibres des transactions courantes à l’échelle mondiale se sont creusés. Le déficit courant des États-Unis est estimé à un taux record de 5,7 % du PIB en 2004, les effets de la dépréciation du dollar jusqu’à présent étant compensés par la persistance d’une demande intérieure vigoureuse par rapport aux partenaires commerciaux et par le renchérissement du pétrole. Ce déficit trouve une contrepartie dans les excédents courants des pays émergents d’Asie, du Japon, des pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient et de la Communauté des États indépendants (CEI), et — dans une bien moindre mesure — de la zone euro. Dans les pays émergents d’Asie et les pays producteurs de pétrole, les réserves de change, dont une partie considérable serait en dollars, ont continué d’augmenter nettement.
  • En partie à cause de cette évolution, le dollar américain a continué de se déprécier, tandis que la monnaie des autres pays industrialisés et des pays émergents, dont plusieurs d’Asie, s’est appréciée (graphique 1.3). Depuis début septembre, le dollar a perdu quelque 6 % en valeur pondérée en fonction des échanges commerciaux — essentiellement à la fin de 2004, les principales monnaies s’étant maintenues plus ou moins dans leur fourchette depuis le début de 2005 — et 17 points par rapport à son record de février 2002. Jusqu’à présent, l’ajustement s’est opéré de manière ordonnée et — les données des marchés des options indiquant que la volatilité reste modérée — les marchés semblent convaincus que cela continuera d’être le cas.

Graphique 1.3.Taux de change: évolution mondiale

Le dollar EU se déprécie depuis septembre 2004, tandis que la monnaie de la plupart des pays industrialisés ou émergents s’apprécie modérément.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; calculs des services du FMI.

1Australie et Nouvelle-Zélande.

2Danemark, Norvège et Suède.

3Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4Hongrie, Pologne et République tchèque.

5Afrique du Sud, Russie et Turquie.

6Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

7Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

En dépit du ralentissement de la croissance mondiale, les cours du pétrole sont restés élevés et instables. Après avoir augmenté vivement jusqu’à la mi-octobre, ils sont redescendus nettement, mais ils ont rebondi récemment pour atteindre de nouveaux records nominaux, du fait de la persistance d’une demande vigoureuse, de la baisse de l’offre des pays non membres de l’OPEP et des incertitudes entourant les programmes de production de l’OPEP, tous ces facteurs étant aggravés par le niveau très bas des capacités excédentaires (appendice 1.1, ≪Évolution récente des marchés des produits de base≫). Début avril, le cours au comptant s’établissait à 52,96 dollars le baril1; selon les marchés à terme, le cours devrait avoisiner en moyenne 54 dollars le baril pour le reste de 2005, avant de retomber quelque peu en 2006 et au-delà. Comme il est prévu que les capacités excédentaires resteront faibles — et essentiellement sous la forme de pétrole lourd, pour lequel les capacités de raffinage sont limitées — les cours du pétrole resteront probablement instables; d’après le marché des options, il existe un certain risque de hausse. Par contre, les cours des produits de base non énergétiques se sont stabilisés depuis la mi-2004, la hausse des boissons et des métaux étant compensée par la baisse de quelques produits alimentaires et matières premières agricoles, essentiellement le coton. Le marché des semi-conducteurs s’est contracté notablement aussi, en raison du niveau élevé des stocks et de capacités excédentaires substantielles; si les indicateurs avancés sont contrastés, la plupart des analystes prévoient un ralentissement notable des ventes de semi-conducteurs en 2005.

Graphique 1.2.Indicateurs courants et avancés

(Variations trimestrielles en pourcentage, en taux annuels, sauf indication contraire)

La croissance de la production industrielle et du commerce a ralenti en 2004, mais les entreprises et les ménages restent confiants dans l’ensemble.

Sources: confiance des entreprises: pour les États-Unis, Institute for Supply Management; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon. Confiance des consommateurs: pour les États-Unis, Conference Board; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Bureau du Premier Ministre (Agence de planificacation économique). Pour les autres indicateurs: Haver Analytics.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Colombie, Corée, Estonie, Hong Kong (RAS), Hongrie, Inde, Indonésie, Israël, Lettonie, Lituanie, Malaisie, Mexique, Pakistan, Pérou, Philippines, Pologne, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Russie, Singapour, Slovénie, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Turquie, Ukraine et Venezuela.

3Les données pour la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Russie ont été calculées par interpolation.

L’inflation et les tensions inflationnistes restent relativement modérées, avec peu de signes jusqu’à présent d’effets secondaires considérables du renchérissement du pétrole (graphique 1.4). La plupart des pays avancés dans le cycle conjoncturel étant en train de durcir leur politique monétaire et les anticipations inflationnistes étant généralement bien ancrées, il est prévu que l’inflation restera modérée dans un avenir proche. Cependant, les tensions inflationnistes vont augmenter progressivement à mesure que l’expansion se poursuit et il convient de suivre de près deux facteurs qui pourraient faire remonter l’inflation. Premièrement — en phase avec le vif redressement des bénéfices des entreprises — les coûts unitaires de main-d’œuvre dans la plupart des pays industrialisés ont diminué considérablement. Si cela s’explique peut-être en partie par des facteurs structurels — tels que la concurrence croissante des pays émergents en Asie et en Europe — il existe un risque de forte remontée si des tensions apparaissent sur le marché du travail, en particulier si la croissance de la productivité du travail ralentit. Deuxièmement, dans un certain nombre de pays émergents — notamment en Asie et dans la CEI — la politique monétaire est de plus en plus compliquée par des entrées massives de capitaux extérieurs. Si l’impact sur la liquidité intérieure peut être compensé temporairement par des opérations de stérilisation, les tensions inflationnistes finiront par s’intensifier faute d’un assouplissement des taux de change.

Graphique 1.4.Inflation mondiale

(Variation annualisée en pourcentage d’une moyenne mobile sur trois mois par rapport à la moyenne précédente sur trois mois)

L’inflation globale est retombée après être montée au milieu de 2004 du fait du renchérissement du pétrole; il n’y a jusqu’à présent guère d’indices d’effets secondaires substantiels sur l’inflation de base.

Sources: Haver Analytics; calculs des services du FMI.

1Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Royaume-Uni, Suède et zone euro.

2Afrique du Sud, Brésil, Chili, Chine, Corée, Hongrie, Inde, Indonésie, Mexique, Pologne et province chinoise de Taiwan.

La reprise a continué d’être appuyée par des conditions favorables sur les marchés de capitaux, la plupart des pays appliquant encore des taux directeurs proches de zéro en termes réels, bien que les conditions se soient durcies quelque peu récemment avec la montée des taux d’intérêt américains à long terme et l’élargissement des marges obligataires des entreprises et des pays émergents (graphiques 1.5 et 1.6). Néanmoins, les marchés d’actions restent robustes; les taux d’intérêt à long terme semblent encore bien en deçà de leur niveau d’équilibre et les marges sont proches de leur plus bas; les entrées de capitaux privés dans les pays émergents ont été vigoureuses aussi (tableau 1.2). Cette évolution s’explique en partie par une amélioration des données économiques fondamentales, y compris des anticipations inflationnistes bien ancrées, un renforcement des bilans des entreprises et une réduction des facteurs de vulnérabilité extérieure dans les pays émergents. Cependant, les conditions monétaires très accommodantes dans le monde entier, qui s’accompagnent d’une recherche permanente du rendement, et — dans le cas de faibles taux d’intérêt à long terme — une offre abondante de fonds à investir ont joué aussi un rôle important (encadré 1.2: ≪Faut-il s’inquiéter de la faiblesse des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis?≫. En conséquence, comme noté dans l’édition d’avril 2005 du Global Financial Stability Report du FMI, les conditions sur les marchés de capitaux pourraient se durcir considérablement, notamment en cas de chocs imprévus.

Graphique 1.5.Évolution des marchés financiers matures

La situation sur les marchés financiers reste exceptionnellement favorable, les taux d’intérêt à long terme et les marges étant exceptionnellement faibles.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Office of Federal Housing Enterprise Oversight; Japan Real Estate Institute, Halifax; National Institute for Statistics and Economic Studies; calculs des services du FMI.

1Obligation d’État à dix ans moins bons du Trésor à trois mois.

2Indice Halifax des prix de l’immobilier (valeur de toutes les maisons).

3Indice des prix de l’immobilier (valeur des maisons unifamiliales dans l’ensemble des États-Unis, dans diverses régions du pays, et dans les États et le District de Columbia).

4Indice des prix immobiliers: toutes les maisons.

5Indice des prix des terrains urbains: moyenne de toutes les catégories dans six grandes communautés urbaines.

Graphique 1.6.Pays émergents: conditions de financement

Les emprunts des pays émergents sont montés en flèche, les marges étant faibles par rapport au passé.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Capital Data; calculs des services du FMI.

1Corrélation moyenne glissante sur 30 jours entre les marges des marchés obligataires émergents.

Tableau 1.2.Pays émergents et en développement: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1997199819992000200120022003200420052006
Total
Flux nets de capitaux privés2198,484,889,160,860,975,8149,5196,6175,1193,9
Investissements directs nets147,2159,8173,3174,3184,7144,4151,9186,4217,4222,3
Investissements de portefeuille nets60,442,569,120,5‒86,9‒90,0‒9,928,82,316,0
Autres flux nets de capitaux privés‒9,2‒117,6‒153,3‒134,0‒36,921,47,5‒18,6‒44,6‒44,4
Flux nets de capitaux publics27,753,518,2‒42,71,88,5‒58,1‒58,0‒65,0‒55,3
Variation des réserves3‒105,2‒37,4‒93,5‒121,9‒115,1‒194,4‒369,3‒518,9‒523,4‒515,7
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4‒83,5‒51,938,9126,689,4142,5233,8336,3395,4345,8
Afrique
Flux nets de capitaux privés214,310,811,5‒1,77,66,912,311,415,613,5
Investissements directs nets7,96,69,08,023,014,814,615,416,716,6
Investissements de portefeuille nets7,44,39,1‒1,8‒7,7‒0,90,43,92,73,1
Autres flux nets de capitaux privés‒1,1‒0,1‒6,6‒7,9‒7,7‒7,0‒2,8‒8,0‒3,8‒6,2
Flux nets de capitaux publics‒4,52,91,1‒0,2‒2,63,82,8‒0,5‒1,40,7
Variation des réserves3‒11,31,7‒2,8‒12,8‒11,9‒8,1‒19,2‒33,1‒34,3‒32,1
Europe centrale et orientale
Flux nets de capitaux privés220,227,236,739,112,255,352,060,665,857,7
Investissements directs nets11,619,222,623,924,225,115,122,129,529,0
Investissements de portefeuille nets5,4‒1,45,73,10,51,47,124,922,419,1
Autres flux nets de capitaux privés3,29,48,412,2‒12,428,729,813,613,99,6
Flux nets de capitaux publics‒3,30,3‒2,61,55,5‒7,6‒5,5‒6,9‒5,0‒3,3
Variation des réserves3‒10,7‒9,5‒11,3‒2,97,4‒10,5‒11,4‒12,9‒6,9‒5,1
Communauté des États indépendants5
Flux nets de capitaux privés219,96,7‒6,4‒13,0‒1,8‒9,516,42,9‒6,42,7
Investissements directs nets5,95,34,22,44,63,95,37,78,69,4
Investissements de portefeuille nets17,67,7‒3,1‒6,1‒9,2‒8,2‒4,8‒1,1‒10,8‒2,8
Autres flux nets de capitaux privés‒3,7‒6,3‒7,5‒9,42,8‒5,315,9‒3,7‒4,3‒3,9
Flux nets de capitaux publics8,610,00,1‒4,3‒4,5‒1,7‒5,2‒1,0‒5,4‒1,7
Variation des réserves3‒4,37,5‒2,7‒17,2‒11,3‒11,8‒33,8‒55,5‒69,8‒70,7
Pays émergents d’Asie6
Flux nets de capitaux privés2,736,5‒49,911,8‒2,010,723,956,1130,1108,9115,0
Investissements directs nets55,756,667,167,154,852,570,687,0104,3105,8
Investissements de portefeuille nets6,88,755,820,0‒57,6‒62,02,525,811,29,1
Autres flux nets de capitaux privés7‒26,0‒115,2‒111,1‒89,213,533,3‒17,017,3‒6,60,2
Flux nets de capitaux publics22,715,4‒0,21,0‒6,6‒0,2‒14,47,016,717,2
Variation des réserves3‒36,0‒52,9‒87,5‒61,2‒89,6‒158,4‒235,7‒344,3‒310,0‒315,5
Moyen-Orient8
Flux nets de capitaux privés27,919,1‒3,1‒2,24,5‒4,0‒2,4‒21,0‒31,2‒25,1
Investissements directs nets8,310,14,53,56,84,211,68,89,511,2
Investissements de portefeuille nets‒6,8‒2,30,73,9‒2,9‒4,9‒5,1‒10,5‒15,0‒12,3
Autres flux nets de capitaux privés6,411,3‒8,3‒9,60,5‒3,3‒9,0‒19,3‒25,7‒24,0
Flux nets de capitaux publics‒1,17,914,3‒33,3‒16,4‒5,5‒44,6‒49,2‒61,6‒57,6
Variation des réserves3‒16,68,9‒1,0‒29,5‒11,3‒3,5‒33,4‒51,2‒81,2‒79,1
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés299,670,838,740,527,83,315,212,722,430,3
Investissements directs nets57,762,065,969,371,343,834,745,448,750,4
Investissements de portefeuille nets29,925,51,01,3‒10,0‒15,5‒10,1‒14,2‒8,2‒0,1
Autres flux nets de capitaux privés12,0‒16,7‒28,2‒30,1‒33,6‒25,0‒9,5‒18,5‒18,1‒20,0
Flux nets de capitaux publics5,416,95,5‒7,426,419,88,7‒7,3‒8,3‒10,5
Variation des réserves3‒26,47,011,81,61,6‒2,3‒35,8‒21,9‒21,3‒13,2
Pour mémoire
Pays exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés225,317,7‒21,2‒51,8‒13,7‒24,94,5‒25,8‒53,6‒41,7
Pays non exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés2173,167,0110,3112,674,7100,7144,9222,4228,7235,6

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. La Corée, Israël, la RAS de Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan sont pris en compte dans ce tableau.

En raison des lacunes présentées par ces données, les ≪autres flux nets de capitaux privés≫ peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 25 de l’appendice statistique.

Les données cumulées de la Russie ayant été révisées, et un certain nombre de problèmes d’interprétation réglés, les données rétrospectives ont elles aussi été révisées.

Pays en développement d’Asie et nouvelles économies industrielles d’Asie.

Sans tenir compte des effets de la recapitalisation de deux grandes banques commerciales en Chine à l’aide de réserves de change de la Banque de Chine (45 milliards de dollars EU), les flux nets de capitaux privés vers les pays émergents d’Asie atteignaient 101,1 milliards de dollars EU en 2003, alors que les autres flux nets de capitaux privés vers la région étaient de 28,0 milliards de dollars EU.

Y compris Israël.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. La Corée, Israël, la RAS de Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan sont pris en compte dans ce tableau.

En raison des lacunes présentées par ces données, les ≪autres flux nets de capitaux privés≫ peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 25 de l’appendice statistique.

Les données cumulées de la Russie ayant été révisées, et un certain nombre de problèmes d’interprétation réglés, les données rétrospectives ont elles aussi été révisées.

Pays en développement d’Asie et nouvelles économies industrielles d’Asie.

Sans tenir compte des effets de la recapitalisation de deux grandes banques commerciales en Chine à l’aide de réserves de change de la Banque de Chine (45 milliards de dollars EU), les flux nets de capitaux privés vers les pays émergents d’Asie atteignaient 101,1 milliards de dollars EU en 2003, alors que les autres flux nets de capitaux privés vers la région étaient de 28,0 milliards de dollars EU.

Y compris Israël.

Il est prévu que la croissance du PIB mondial ralentira à 4,3 % en 2005, soit 0,8 point de moins qu’en 2004, et restera proche de ce niveau en 2006. Le point le plus bas du ralentissement de 2004 devrait être dépassé début 2005, et la croissance mondiale devrait s’accélérer de manière marginale par la suite, grâce à une reprise progressive dans la zone euro et au Japon, ainsi qu’à une recrudescence de l’activité dans une bonne partie des pays émergents d’Asie (graphique 1.7.). L’expansion restera soutenue par des politiques macroéconomiques accommodantes, quoique dans une moindre mesure qu’en 2004 (graphique 1.8.); une amélioration des bilans des entreprises; des conditions favorables sur les marchés de capitaux; une montée graduelle de l’emploi; et la persistance d’une croissance vigoureuse en Chine. En ce qui concerne les principaux pays et régions:

Graphique 1.7.Perspectives mondiales

(PIB réel; variations en pourcentage sur quatre trimestres)

Après avoir ralenti en 2004, la croissance mondiale devrait se stabiliser légèrement au-dessus de la tendance en 2005 et au-delà.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

3Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4Estonie, Hongrie, Lettonie, Pologne et République tchèque.

5Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

6Afrique du Sud, Israël, Russie et Turquie.

Graphique 1.8.Politiques budgétaires et monétaires dans les principaux pays avancés

De manière générale, les politiques monétaires devraient être modérément durcies en 2005; la situation est plus nuancée pour ce qui est des politiques budgétaires.

Source: estimations des services du FMI.

1Abstraction faite de l’aide octroyée aux banques.

  • Parmi les pays industrialisés, l’économie américaine a continué de croître à son niveau tendanciel ou au-delà, tirée par une demande intérieure vigoureuse. La plupart des indicateurs avancés restant solides, l’expansion devrait se poursuivre en 2005, même si — l’épargne des ménages étant quasi nulle — une réduction de la consommation privée demeure un risque, en particulier si la hausse des prix immobiliers ralentit. Par contre, dans la plupart des autres pays industrialisés, la croissance a été inférieure aux prévisions. Dans la zone euro, la croissance du PIB a ralenti considérablement au deuxième semestre de 2004, la contribution des exportations nettes devenant nettement négative. Si de timides signes de reprise apparaissent, les indicateurs de la confiance ont généralement baissé et le redressement en 2005 devrait être bien plus faible que prévu. Au Japon, la croissance stagne depuis le 2e trimestre de 2004, du fait du fléchissement des exportations, des investissements et de la consommation; cependant, les données récentes semblent indiquer dans l’ensemble que l’activité se ranime, et les bénéfices vigoureux des entreprises et la confiance solide des consommateurs et des entreprises devraient favoriser un renouveau d’expansion en 2005, plus lent néanmoins. Dans la zone euro et au Japon, une nouvelle nette appréciation des monnaies constitue un risque important.
  • Pour ce qui est des pays émergents, la croissance du PIB en 2004 a dépassé les prévisions dans presque toutes les régions et, en phase avec l’évolution de l’économie mondiale, devrait se poursuivre en 2005, quoique à un rythme généralement plus lent. En Asie, l’expansion reste très vigoureuse en Chine, en dépit des mesures d’austérité prises par les autorités, et l’investissement demeure excessivement élevé; en Inde, la croissance reste assez robuste aussi. Si la croissance vigoureuse dans ces pays soutiendra l’activité ailleurs dans la région, l’évolution en dehors de la région demeure très importante — en particulier l’ampleur de la correction sur les marchés des technologies de l’information, qui a contribué à un ralentissement marqué de la croissance dans quelques pays asiatiques en 2004. En Amérique latine, l’activité a continué de dépasser les prévisions, grâce au niveau élevé des cours des produits de base, à une amélioration de la confiance de la communauté internationale, aux progrès des réformes structurelles et, dans certains cas, à un redressement durable après une crise. La gestion budgétaire a été moins procyclique que lors de reprises antérieures et la plupart des pays de la région ont tiré parti de conditions favorables sur les marchés de capitaux pour améliorer la structure de leur dette et préfinancer des obligations arrivant à échéance en 2005, bien que les niveaux élevés de la dette publique et de la dollarisation financière demeurent des sources importantes de vulnérabilité. Au Moyen-Orient, il est prévu que la croissance du PIB ralentira modérément, tandis que la production pétrolière se stabilisera du fait de capacités excédentaires limitées. La perspective de cours du pétrole qui se maintiendraient à un niveau élevé offre une occasion importante de s’attaquer aux problèmes budgétaires et d’accélérer les réformes nécessaires pour réduire le chômage tandis que la population active s’accroît rapidement. En Turquie, la croissance reste vigoureuse et l’objectif fixé en matière d’inflation a été atteint, mais le niveau élevé de la dette publique et du déficit courant souligne qu’il est nécessaire de continuer de mener une politique budgétaire prudente et d’opérer des réformes. Dans les pays en transition, la croissance demeure robuste, grâce à la bonne tenue des cours des produits de base, mais la détérioration récente du climat d’investissement en Russie est préoccupante. Les pays qui viennent de rejoindre l’Union européenne (UE) continuent d’enregistrer une croissance solide, le niveau élevé des déficits budgétaires et extérieurs — en particulier en Hongrie — étant les principaux facteurs de vulnérabilité.
  • Parmi les pays les plus pauvres, la croissance du PIB a atteint 5,1 % en Afrique subsaharienne en 2004, grâce à des politiques macroéconomiques généralement prudentes, à la bonne tenue des cours des produits de base, même si quelques pays ont été durement touchés par la baisse des cours du coton, à l’amélioration des conditions climatiques, notamment en Éthiopie, et à l’allégement de la dette accordé au titre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). En 2005, la croissance du PIB devrait rester robuste, principalement grâce à la persistance d’une croissance vigoureuse dans les pays producteurs de pétrole du fait de la mise en opération de nouvelles capacités de production; cependant, beaucoup dépend de l’amélioration de la stabilité politique — le récent accord de paix au Soudan étant un pas dans la bonne direction — et de conditions climatiques favorables2. Par ailleurs, la suppression des contingents textiles constituera un grave problème pour de nombreux pays pauvres, en Afrique, en Asie du Sud et en Amérique centrale (encadré 1.3: ≪La fin des contingents textiles mondiaux≫).

Les perspectives à court terme sont plutôt orientées à la baisse qu’à la hausse. Pour ce qui est des facteurs positifs, le rebond conjoncturel pourrait rester plus vigoureux que prévu, surtout étant donné l’amélioration des bilans des entreprises et des ménages (graphique 1.9), et la croissance pourrait aussi s’avérer plus vive que prévu en Chine en 2005 (même si, comme noté plus loin, ce serait au risque d’un ralentissement plus net par la suite). Du côté négatif, outre les problèmes géopolitiques, qui restent substantiels mais ne sont pas quantifiables, les principaux risques sont les suivants:

Graphique 1.9.Bilans des ménages et des entreprises

Les bénéfices des entreprises ont continué d’augmenter vigoureusement, grâce à la baisse des coûts unitaires de main-d’œuvre. L’épargne des ménages varie largement d’une région à l’autre, mais elle a continué de baisser dans la plupart des cas, en partie à cause d’une hausse du patrimoine net.

Sources: OCDE, Perspectives économiques de l’OCDE; Banque centrale européenne; Haver Analytics; calculs des services du FMI.

1Hors Luxembourg pour le taux d’épargne des ménages. Pour le patrimoine net des ménages, inclut Allemagne, France et Italie. Pour la dette des entreprises, inclut Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas et Portugal.

2Coût salarial unitaire pour le Royaume-Uni.

  • Les conditions sur les marchés de capitaux pourraient se durcir notablement. Une nette hausse des taux d’intérêt américains à long terme — qui sont montés de quelque 50 points de base depuis début février — pèserait sur la demande intérieure, en particulier si elle est tirée par une augmentation des anticipations inflationnistes ou un affaiblissement de la demande extérieure de titres américains (encadré 1.2); entraînerait une décapitalisation considérable sur les marchés financiers et des ajustements à la baisse des prix des actifs plus risqués — les organes de contrôle et de réglementation doivent donc être vigilants — et provoquerait une détérioration notable des conditions de financement des pays émergents. Si une augmentation des taux américains entraînait une hausse des taux d’intérêt à long terme ailleurs, elle accroîtrait aussi le risque d’un fléchissement synchronisé des marchés immobiliers, qui serait particulièrement préoccupant là où les prix immobiliers sont déjà élevés et où les bilans des ménages sont les plus exposés à une hausse des taux. En outre, comme noté plus loin, comme le déficit courant américain reste à un niveau record, une nouvelle dépréciation du dollar américain — qui pourrait être désordonnée — ne peut être exclue.
  • À l’heure où nous mettions sous presse, le cours du baril de pétrole était supérieur de près de 6 dollars au cours de référence des Perspectives pour 2005; le marché reste très vulnérable aux chocs, avec un risque de hausse notable à plus long terme (voir chapitre IV, ≪Les tensions vont-elles persister sur le marché pétrolier?≫). Dans le passé, on s’attendait à ce qu’une augmentation permanente de 5 dollars le baril ralentisse la croissance du PIB mondial de 0,3 point; dans la pratique, l’impact sur l’année écoulée a été moindre qu’on ne le craignait — en partie parce que la montée des cours a été, entre autres, une conséquence de la vigoureuse croissance mondiale et en partie parce que les politiques monétaires ont acquis une plus grande crédibilité (si bien que les taux d’intérêt n’ont pas dû être relevés pour se protéger contre des effets inflationnistes secondaires). Cependant, l’impact de nouvelles fortes hausses pourrait être plus prononcé, surtout si elles pesaient sur la confiance ou les anticipations inflationnistes; il y aurait aussi un plus gros risque d’effets négatifs sur l’offre à plus long terme. Le renchérissement du pétrole représente aussi des risques particuliers pour les pays industrialisés moins avancés dans le cycle conjoncturel, certains pays émergents lourdement endettés et un grand nombre de pays pauvres.
  • L’expansion mondiale est de plus en plus déséquilibrée. La croissance mondiale reste excessivement tributaire des États-Unis et de la Chine; la croissance dans la zone euro et au Japon — qui représentent près d’un quart de la production mondiale — est de nouveau décevante. Si cette situation persiste, les déséquilibres mondiaux se creuseront et le risque d’un ralentissement ultérieur plus prononcé sera accru, surtout si la croissance ralentit simultanément aux États-Unis et en Chine.

À certains égards, les pays industrialisés et les pays en développement sont mieux armés que dans le passé pour gérer ces risques. Les cadres de politique macroéconomique, en particulier sur le plan monétaire, sont meilleurs; les économies sont généralement plus flexibles, quoique à des degrés divers; les institutions financières sont plus résistantes aux chocs, comme l’ont souligné des éditions antérieures du Global Financial Stability Report; et les facteurs de vulnérabilité extérieure dans les pays émergents sont bien moindres. Cela dit, la marge de manœuvre des pouvoirs publics à court terme face aux imprévus est limitée et une combinaison de chocs — par exemple, un ralentissement de la croissance mondiale, une hausse des taux d’intérêt et une montée des cours du pétrole — pourrait créer de graves problèmes pour beaucoup de pays émergents et de pays en développement. Par ailleurs, trois facteurs de vulnérabilité subsistent à l’échelle mondiale, et, quoique essentiellement à moyen terme par nature, ils influent de plus en plus sur les perspectives à court terme:

  • Les déséquilibres mondiaux se sont creusés et les projections des Perspectives font état d’une faible amélioration dans un avenir prévisible. Le déficit extérieur américain a été financé relativement facilement jusqu’à présent, grâce à la poursuite de la mondialisation des marchés de capitaux. Cependant, la demande d’actifs américains n’est pas illimitée — et, comme le souligne la récente réaction des marchés à la possibilité d’une diversification des réserves de la banque centrale, une forte hausse des engagements extérieurs nets des États-Unis comportera des risques croissants si elle se poursuit à ce rythme (voir chapitre III, ≪La mondialisation et les déséquilibres extérieurs≫). D’un point de vue arithmétique, pour assurer une réduction des déséquilibres mondiaux, il faut que la demande intérieure progresse plus lentement que le PIB aux États-Unis et plus rapidement que le PIB dans les pays en situation d’excédent. Cela devra probablement s’accompagner d’une nouvelle dépréciation du dollar américain à moyen terme et d’une appréciation d’autres monnaies — y compris dans un certain nombre de pays émergents d’Asie. La stratégie globale de rééquilibrage — rééquilibrage budgétaire à moyen terme aux États-Unis; assouplissement des taux de change, appuyé par la poursuite des réformes dans le secteur financier, dans les pays émergents d’Asie; et poursuite des réformes structurelles pour éliminer les goulets d’étranglement, accroître l’efficience de l’investissement et stimuler la croissance en Europe et au Japon — est universellement reconnue, mais elle tarde à être exécutée (encadré 1.4: ≪Où en est la réduction des déséquilibres mondiaux?≫). Comme expliqué plus en détail cidessous, le rythme auquel les pays producteurs de pétrole utiliseront leur surcroît de recettes pétrolières jouera aussi un rôle important.
  • La situation budgétaire de nombreux pays reste très difficile et menace sérieusement la stabilité macroéconomique à moyen terme. Dans les plus grands pays industrialisés — sauf au Canada — le déficit budgétaire demeure élevé; les améliorations prévues sont généralement peu ambitieuses et, dans de nombreux cas, ne sont pas appuyées par des mesures crédibles (tableau 1.3). Dans les pays émergents, les indicateurs budgétaires se sont généralement améliorés, notamment en Amérique latine, mais de nombreux pays ont encore beaucoup à faire pour ramener leur dette publique à un niveau soutenable (entre 25 et 50 % du PIB)3. En dépit de certains progrès, notamment dans la zone euro et au Japon, la plupart des pays industrialisés et des pays émergents restent mal préparés pour faire face au vieillissement de leur population, leur système de soins de santé en particulier exigeant une plus grande attention.
Tableau 1.3.Principales économies avancées: solde budgétaire et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1989–98199920002001200220032004200520062010
Principales économies avancées
Solde effectif‒3,5‒1,2‒0,2‒1,8‒4,1‒4,6‒4,2‒4,2‒4,1‒3,0
Écart de production2‒0,20,61,4‒0,1‒1,4‒2,0‒1,2‒1,3‒0,9
Solde structurel‒3,4‒1,4‒1,3‒1,9‒3,6‒3,8‒3,7‒3,7‒3,7‒3,1
États-Unis
Solde effectif‒3,40,61,3‒0,7‒4,0‒4,6‒4,3‒4,4‒4,2‒2,9
Écart de production2‒0,81,92,2‒0,5‒2,0‒2,5‒1,6‒1,3‒1,0
Solde structurel‒3,1‒0,10,5‒0,6‒3,3‒3,7‒3,7‒3,9‒3,9‒3,0
Dette nette54,144,639,338,340,943,645,247,048,751,0
Dette brute69,562,857,156,658,660,561,061,962,762,3
Zone euro
Solde effectif‒1,3‒1,0‒1,8‒2,4‒2,8‒2,7‒2,6‒2,6‒1,5
Écart de production20,21,61,1‒1,3‒1,2‒1,5‒1,2
Solde structurel‒1,5‒1,9‒2,5‒2,6‒2,4‒2,0‒1,9‒1,9‒1,4
Dette nette61,859,359,159,160,861,361,661,659,8
Dette brute72,269,669,669,570,871,271,671,568,9
Allemagne3
Solde effectif‒2,5‒1,51,3‒2,8‒3,7‒3,8‒3,7‒3,5‒3,4‒2,0
Écart de production21,10,21,61,1‒0,1‒1,5‒1,1‒1,6‒1,1
Solde structurel4‒3,3‒1,9‒2,5‒3,9‒3,7‒3,5‒3,1‒2,5‒2,3‒1,6
Dette nette38,454,952,853,555,558,761,163,665,066,0
Dette brute50,361,260,259,460,963,866,168,669,870,3
France
Solde effectif‒3,7‒1,8‒1,4‒1,4‒3,2‒4,2‒3,7‒3,1‒3,1‒1,0
Écart de production2‒1,0‒0,61,21,0‒1,4‒1,3‒1,4‒1,1
Solde structurel4‒2,9‒1,4‒2,0‒2,1‒3,2‒3,2‒2,7‒2,6‒2,3‒1,0
Dette nette37,748,847,548,249,153,955,456,156,553,3
Dette brute46,958,557,156,858,763,665,065,766,263,0
Italie
Solde effectif‒8,4‒1,7‒0,6‒3,0‒2,6‒2,9‒3,0‒3,5‒4,3‒3,4
Écart de production2‒0,50,70,9‒1,2‒1,7‒2,2‒1,9
Solde structurel4‒8,2‒1,6‒2,3‒3,6‒3,5‒2,6‒2,6‒3,0‒3,5‒3,4
Dette nette106,6109,2105,6105,5103,1103,1102,6102,2102,4105,7
Dette brute112,7115,5111,2110,7108,0106,3105,8105,4105,5108,9
Japon
Solde effectif‒1,9‒7,2‒7,5‒6,1‒7,9‒7,8‒7,1‒6,9‒6,5‒6,4
Sécurité sociale non comprise‒4,1‒8,2‒8,0‒6,2‒7,7‒7,9‒7,0‒6,7‒6,1‒5,7
Écart de production20,9‒1,7‒0,4‒1,3‒2,6‒2,3‒0,9‒1,3‒0,5
Solde structurel‒2,2‒6,5‒7,2‒5,5‒6,8‒6,8‒6,7‒6,4‒6,3‒6,4
Sécurité sociale non comprise‒4,3‒7,8‒7,9‒5,9‒7,1‒7,4‒6,8‒6,4‒6,0‒5,7
Dette nette23,353,859,364,671,676,082,088,994,3111,2
Dette brute85,6131,0139,2148,9158,5164,7169,4176,0180,0187,5
Royaume-Uni
Solde effectif‒3,71,03,90,8‒1,7‒3,3‒3,0‒3,1‒2,9‒2,4
Écart de production2‒0,2‒0,11,00,9‒0,2‒0,7‒0,2
Solde structurel4‒3,60,91,30,2‒1,9‒3,0‒2,7‒3,0‒2,9‒2,5
Dette nette33,440,134,332,832,834,635,236,938,041,2
Dette brute43,844,741,738,538,139,540,442,043,146,3
Canada
Solde effectif‒5,11,62,91,10,30,61,41,31,21,4
Écart de production2‒0,30,72,10,40,7‒0,3‒0,4‒0,5‒0,30,1
Solde structurel‒4,81,31,90,80,81,61,51,41,4
Dette nette78,975,465,359,556,551,947,643,940,628,3
Dette brute110,5111,6101,599,195,490,984,378,773,855,6
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année. Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18 % du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et ½–1 %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1 % en France (en 2001 et en 2002), 1,2 % en Italie (en l’an 2000) et 2,4 % au Royaune-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs, en particulier 0,5 % du PIB pour la France en 2005.

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année. Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18 % du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et ½–1 %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1 % en France (en 2001 et en 2002), 1,2 % en Italie (en l’an 2000) et 2,4 % au Royaune-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs, en particulier 0,5 % du PIB pour la France en 2005.

  • Les faiblesses structurelles entravent la croissance dans des domaines importants et accroissent la vulnérabilité aux chocs. Les problèmes varient largement d’une région à l’autre, mais il s’agira d’accélérer la réforme des marchés du travail et des produits dans la zone euro, de s’attaquer aux faiblesses qui subsistent dans les entreprises et le secteur financier au Japon et dans une bonne partie des pays émergents d’Asie, de renforcer le climat d’investissement en Amérique latine, d’améliorer le contrôle bancaire en Europe centrale et orientale, et de développer l’infrastructure institutionnelle pour assurer le développement du secteur non pétrolier au Moyen-Orient.

Encadré 1.1.Le tsunami survenu dans l’océan Indien: conséquences pour les économies de l’Asie du Sud

Le 26 décembre 2004, un séisme d’une magnitude de 9,0 survenu au large de la côte occidentale de l’île indonésienne de Sumatra a déclenché une série de raz-de-marée dans l’océan Indien, qui ont entraîné une catastrophe aux proportions tragiques. On estime à plus de 140.000 le nombre de morts et à 150.000 celui des disparus. La catastrophe a forcé plus d’un million et demi de personnes à fuir leurs habitations. Les pays où les pertes en vies humaines ont été les plus nombreuses sont l’Indonésie (227.000) et Sri Lanka (37.000), mais l’Inde (16.500) et la Thaïlande (8.500) ont aussi été durement éprouvées1. Des victimes sont à déplorer aussi au Bangladesh, en Malaisie, aux Maldives et au Myanmar, ainsi qu’aux Seychelles, au Kenya, en Somalie et en Tanzanie.

Le coût humain de cette catastrophe est bien sûr incommensurable. Même s’il est encore trop tôt pour en connaître avec précision les coûts économiques, on sait déjà que, dans certains pays et régions, ils seront considérables. En outre, la destruction des habitations et des moyens de subsistance a été d’une telle ampleur que des centaines de milliers de personnes vivent maintenant dans la précarité. Selon une première évaluation des dommages et des besoins, réalisée par la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement en collaboration avec les autorités nationales, les dégâts sont estimés à 4,5 % du PIB (de 2005, avant le tsunami) à Sri Lanka, à 1,5 % du PIB en Indonésie, à 0,5 % du PIB en Thaïlande et à moins de 0,25 % du PIB en Inde. Aux Maldives, où ils sont estimés à environ la moitié du PIB, ils sont beaucoup plus lourds par rapport aux pays de plus grande taille du fait que les infrastructures et les installations touristiques ont été gravement endommagées.

Malgré les dégâts matériels considérables, dont la réparation demandera des années, les effets de la catastrophe sur la croissance économique devraient être modérés. Le tourisme, qui a été l’un des secteurs les plus durement ébranlés, surtout aux Maldives et en Thaïlande, devrait se relever assez rapidement (les touristes se tournant vers les zones qui n’ont pas été touchées, telles que la côte orientale de la Thaïlande et Bali) et, en tout cas, plus vite que lors de l’épidémie de SRAS qui a éclaté dans la région en 2003. L’autre secteur frappé de plein fouet est celui de la pêche; on estime que Sri Lanka a perdu près des deux tiers de sa flotte de pêche. Dans ce cas, le redressement pourrait être beaucoup plus long, car les pêcheurs survivants, dont beaucoup sont pauvres, auront du mal à financer l’acquisition de nouveaux bateaux et de matériel de pêche. L’agriculture a aussi été touchée par endroits et la production de riz paddy va sans doute souffrir à moyen terme de la salinité des sols résultant des inondations.

Dans l’immédiat, la disparition de logements et d’emplois dans les secteurs et les régions les plus gravement sinistrés va avoir des conséquences considérables pour d’innombrables familles et individus. Pourtant, étant donné que le tourisme et la pêche ne représentent qu’une part relativement faible de l’activité économique nationale, les effets directs de la catastrophe sur la croissance économique resteront marginaux dans la plupart des pays. En outre, si la reconstruction est entamée sans délai, la croissance dans les pays les plus éprouvés sera probablement égale, voire supérieure, aux projections établies avant la catastrophe. Seules font figures d’exception Sri Lanka, où la croissance pourrait être réduite de 0,75 point cette année, et les Maldives, où elle pourrait diminuer de 5,5 points pour tomber à 1 % à cause des dommages subis par le secteur du tourisme, qui représente environ un tiers du PIB. On prévoit que l’effet sera plus modéré, de l’ordre de 0,25 point, sur l’économie thaïlandaise. Dans les pays qui ont le plus souffert, on peut s’attendre à des effets directs sur l’inflation en raison de la hausse des prix de la nourriture et des transports, mais celle-ci devrait être temporaire et limitée aux régions sinistrées.

Impact humain et économique du tsunami en Asie du Sud
VictimesCroissance du PIB réel en 20051

(projection, en pourcentage)
Dégâts2
Morts et disparus

déplacées
PersonnesAvant-tsunamiAprès-tsunamiMillions de

dollars EU
En %

du PIB
Aide promise3

(millions de)

dollars EU)
Inde16.389646.9676,86,82.0000,20
Indonésie>227.000>425.0005,55,25–5,54.5001,63.955
Maldives10813.0006,51,040647,0108
Sri Lanka36.940420.2596,05,31.0004,5308
Thaïlande8.4385,95,65000,30
Total288.8751.505.2268.4064.371
Sources: estimations des Nations Unies et des autorités nationales; projections des services du FMI.

Estimations des services du FMI.

Sur la base des évaluations préliminaires des dégâts et des besoins effectuées par la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement avec les autorités nationales et d’autres organisations internationales. Les prévisions du PIB de 2005 datent d’avant les tsunamis.

Promesses effectives faites jusqu’à présent.

Sources: estimations des Nations Unies et des autorités nationales; projections des services du FMI.

Estimations des services du FMI.

Sur la base des évaluations préliminaires des dégâts et des besoins effectuées par la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement avec les autorités nationales et d’autres organisations internationales. Les prévisions du PIB de 2005 datent d’avant les tsunamis.

Promesses effectives faites jusqu’à présent.

Dans les pays les plus gravement touchés, les dépenses publiques devraient s’accroître considérablement pour financer la reconstruction. En Indonésie, elles devraient s’établir à 0,5 % du PIB (1,7 milliard de dollars EU) en 2005 et à Sri Lanka, elles ont été fixées provisoirement à 2,5 % du PIB (environ 0,5 milliard de dollars EU) pour cette année. Aux Maldives enfin, elles devraient atteindre 13 % du PIB (110 millions de dollars EU) en 2005.

Les dépenses de reconstruction pourraient être très élevées, au point d’entraîner des problèmes de gestion macroéconomique pour les pays les plus ébranlés par la catastrophe. Si ces dépenses engendrent une demande d’importations, la balance des paiements sera soumise à des tensions, même si l’on peut s’attendre à ce qu’une bonne part des concours financiers soit fournie sous forme de dons et d’autres formules d’assistance (voir infra). En fait, des apports massifs d’aide pourraient aussi susciter une tendance à la hausse des taux de change régionaux, comme on peut déjà le voir à Sri Lanka. Cependant, si ces dépenses sont consacrées à l’achat de biens et de services locaux, elles pourraient provoquer des poussées inflationnistes; aussi les autorités monétaires devront-elles rester vigilantes.

Dans la plupart des pays, l’aide extérieure devrait jouer un rôle fondamental dans le financement de la reconstruction. Lors de la réunion annuelle des donateurs qui s’est tenue en Indonésie à la mi-janvier, ceux-ci ont promis près de 4 milliards de dollars EU pour financer les dépenses de reconstruction de 2005 à 2009, ce qui couvre l’essentiel des besoins de financement de l’Indonésie engendrés par le tsunami. Sur cette somme, près de 1,7 milliard de dollars EU ont été promis pour 2005. Les Maldives comptent sur le décaissement d’environ 67 millions de dollars EU de nouveaux dons et de prêts concessionnels en 2005. Le pays aura toutefois besoin de contributions supplémentaires substantielles pour combler l’écart de financement. Dans le cas de Sri Lanka, le gouvernement s’attend à recevoir environ 500 millions de dollars EU d’aide en 2005. Cependant, étant donné que le coût des projets publics de reconstruction a été chiffré à 1,5 milliard de dollars EU sur les trois prochaines années, Sri Lanka sollicite un financement additionnel des donateurs pour éviter de trop puiser dans les deniers publics.

Le FMI s’emploie activement à aider les gouvernements des pays sinistrés à faire face aux conséquences de la catastrophe. Il le fait de plusieurs manières. Sur le plan technique, le FMI aide les autorités à évaluer les implications de la catastrophe pour la politique macroéconomique, notamment ses effets prévisibles sur la croissance de l’économie, la politique budgétaire et la balance des paiements. Sur le plan financier, des concours à décaissement rapide sont disponibles au titre de l’aide d’urgence que le FMI accorde en cas de catastrophe naturelle lorsque celle-ci met gravement en péril la balance des paiements. En principe, un pays peut recevoir jusqu’à 25 % de sa quote-part au FMI, mais cette limite peut être dépassée dans des circonstances exceptionnelles. Le Conseil d’administration du FMI a récemment décidé de créer un compte administré pour bonifier l’aide d’urgence accordée aux États membres les plus pauvres (c’est-à-dire ceux qui peuvent bénéficier de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance) en cas de catastrophe naturelle.

Le 4 mars, le Conseil d’administration du FMI a approuvé une aide d’urgence de 4,1 millions de DTS (environ 6,3 millions de dollars EU, soit 50 % de la quote-part) en faveur des Maldives, et de 103,35 millions de DTS (environ 157,5 millions de dollars EU, soit 25 % de la quote-part) en faveur de Sri Lanka. Les montants approuvés ont été immédiatement mis à disposition. Le taux de commission appliqué à cette aide sera bonifié de 0,5 % par an, sous réserve que des ressources soient disponibles à cette fin. Sri Lanka bénéficie aussi de la politique du FMI en matière de remboursements, qui lui a permis, à la suite de la catastrophe, de faire passer ses conditions de remboursement sous le ≪régime des obligations envers le FMI≫, dont les échéances sont plus longues. Quant à l’Indonésie, dont la balance des paiements ne devrait guère se ressentir de la catastrophe, elle ne demandera sans doute pas d’aide d’urgence au FMI.

Les créanciers publics du Club de Paris ont aussi offert un moratoire de la dette aux pays frappés par la catastrophe. À la mi-janvier, ils ont offert aux pays victimes du cataclysme de suspendre temporairement leurs remboursements, jusqu’à ce que l’on dispose d’une évaluation plus précise des dommages et des besoins. Début mars, les créanciers ont accepté que les pays sinistrés n’effectuent aucun remboursement au titre de certaines créances souveraines jusqu’au 31 décembre 2005. (Le moratoire couvrirait l’aide étrangère au développement ainsi que les crédits commerciaux déjà rééchelonnés.) Les remboursements différés seraient étalés sur cinq ans (dont un délai de grâce d’un an) et les intérêts courus pendant le moratoire en 2005 seraient capitalisés et payés en même temps que les remboursements différés. Les taux d’intérêt applicables pendant le moratoire devraient cependant être fixés bilatéralement avec chaque créancier.

Un moratoire du service de la dette à l’égard des créanciers du Club de Paris conforterait les réserves et aiderait à financer la reconstruction sans compression compensatoire des dépenses ni réaffectation des ressources financières intérieures. Un moratoire d’un an du service de la dette permettrait de réaliser des économies considérables en 2005, qui s’élèveraient à 0,3 milliard de dollars EU pour Sri Lanka et à 4,5 milliards de dollars EU pour l’Indonésie. Le gouvernement de Sri Lanka a accueilli favorablement cette offre, mais a fait savoir qu’il entendait continuer à plaider pour une prolongation de deux ans du moratoire. Le gouvernement indonésien s’est dit aussi très intéressé. Dans le cas des Maldives, la dette à l’égard du Club de Paris est trop faible pour qu’un allégement soit vraiment utile.

L’Inde et la Thaïlande, qui jouissent de réserves de change abondantes, d’une dette publique extérieure peu élevée et d’un libre accès aux marchés, ont décliné l’offre du Club de Paris. La Thaïlande a aussi repoussé la plupart des autres offres d’aide et a l’intention de financer elle-même sa reconstruction. Le gouvernement a déjà approuvé un plan de secours dont le coût s’élève à 0,8 % du PIB (1,5 milliard de dollars EU). L’Inde a accepté des prêts à la reconstruction de la Banque mondiale, de la Banque asiatique de développement et des Nations Unies, qui représentent environ 0,15 % du PIB et qui couvriront l’essentiel du coût estimatif des dommages subis. Le gouvernement a déjà dégagé des crédits budgétaires supplémentaires au titre de l’exercice en cours sous forme d’aide d’urgence en faveur des États qui ont été les plus touchés et le prochain budget, annoncé fin février, propose un programme de secours additionnel en faveur des îles Andaman et Nicobar.

Note: Le principal auteur de cet encadré est Andrea Richter Hume.1Ces chiffres incluent les personnes portées disparues, dont la plupart sont présumées mortes.

Au-delà de l’incertitude qu’ils font peser sur la stabilité macroéconomique, ces trois facteurs de vulnérabilité représentent un risque pour la croissance mondiale. Comme noté dans des éditions antérieures des Perspectives, l’histoire semble indiquer que même un ajustement ordonné du déficit courant américain s’accompagnera probablement d’un ralentissement de la croissance américaine. Étant donné les contraintes décrites ci-dessus, il est peu probable que ce ralentissement soit compensé par une recrudescence de l’activité ailleurs. Par ailleurs, la dette publique croissante — implicite ou explicite — poussera à la hausse les taux d’intérêt à long terme et limitera de plus en plus la marge d’ajustement des pouvoirs publics face à des chocs imprévus. Enfin, les rigidités structurelles limitent la capacité de tirer pleinement profit des occasions offertes par la mondialisation — y compris l’émergence de la Chine — et les progrès technologiques.

Dans ces conditions, les grandes priorités semblent être les suivantes:

  • Premièrement, les taux d’intérêt directeurs se situant en général bien en deçà d’un niveau neutre, la plupart des pays devront finalement les relever; cependant, étant donné les divergences notées ci-dessus, le moment et le rythme appropriés diffèrent de plus en plus. Parmi les plus grands pays, il est très souhaitable de durcir les conditions monétaires en Chine pour éviter une résurgence de l’investissement; aux États-Unis, il demeure approprié pour l’instant de les durcir à un rythme modéré. Par contre, au Japon, la politique de relâchement quantitatif doit rester en place jusqu’à ce que la déflation soit bel et bien vaincue; dans la zone euro, le cap de la politique monétaire doit être fermement maintenu jusqu’à ce qu’une reprise autonome soit bien ancrée, et si l’économie continue de tourner au ralenti et si les anticipations inflationnistes restent modérées, la possibilité d’une baisse des taux d’intérêt ne peut être exclue. En cas de nouvelle dépréciation du dollar, la politique monétaire devrait être de plus en plus différenciée, avec une tendance accrue au durcissement aux États-Unis et au relâchement dans les pays dont la monnaie s’apprécie. Dans les pays émergents, la réaction appropriée varie, mais, dans de nombreux cas — notamment dans les pays émergents d’Asie — un assouplissement des taux de change sera nécessaire. À cet égard, si l’appréciation du taux de change pèse sur le solde des transactions courantes, elle tend aussi à réduire le ratio de la dette extérieure — en raison de l’incidence des variations de change qui est examinée au chapitre III — et donc à rendre celle-ci plus viable.
  • Deuxièmement, il convient de tirer pleinement parti de l’expansion pour se prémunir contre les risques à moyen terme décrits ci-dessus. À cet effet, si la politique économique devra être plus ambitieuse dans bon nombre de cas, il sera essentiel aussi qu’elle soit plus crédible. En particulier, il est nécessaire d’agir rapidement pour ajuster les déséquilibres mondiaux — comme noté ci-dessus. Un ajustement ordonné et graduel de ces déséquilibres a le plus de chances d’être possible si tous les pays jouent leur rôle en s’attaquant à ce qui est fondamentalement un problème multilatéral et si les marchés de capitaux sont convaincus que des cadres solides et réalistes de politique économique à moyen terme sont en place. Si, par contre, les marchés commençaient à douter de la détermination des autorités et jugeaient simultanément que le déficit courant deviendra insoutenable à un moment donné, ils vendraient probablement leurs actifs en dollars de manière préventive, ce qui accroîtrait substantiellement le risque d’un ajustement abrupt du dollar4.
  • Troisièmement, d’un point de vue multilatéral, il reste essentiel d’assurer une libéralisation suffisamment ambitieuse du commerce dans le cadre du cycle de Doha pour soutenir la croissance mondiale à moyen terme. Aujourd’hui, il est prioritaire de traduire les accords-cadres de la mi-2004 en un programme plus spécifique à examiner lors de la conférence ministérielle de l’OMC qui se déroulera dans la RAS de Hong Kong en décembre 2005. Si des progrès considérables ont été accomplis dans le domaine agricole, certaines questions fondamentales — y compris la période de transition pour l’élimination des subventions aux exportations et l’ampleur des réductions des aides nationales à l’agriculture — doivent encore être résolues. Cela faciliterait des accords plus ambitieux dans des domaines tels que les services, où les progrès ont été lents jusqu’à présent.

Enfin, la plupart des pays en développement continuent de faire face à des problèmes énormes pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement5. Si l’Inde et la Chine atteindront probablement l’objectif de réduction de moitié de la pauvreté entre 1990 et 2015, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne en seront encore très éloignés, sur la base de la tendance actuelle; pour ce qui est de la plupart des autres objectifs, les perspectives sont encore moins prometteuses. À cet égard, même si les prévisions de croissance relativement optimistes des services du FMI se concrétisent, la croissance reste bien en deçà de ce qui est nécessaire dans la plupart des pays. La stabilité macroéconomique étant maintenant assurée dans l’ensemble, il reste indispensable d’opérer les réformes de politique économique et de gouvernance qui sont nécessaires pour créer un climat plus propice à la croissance et à l’investissement (voir le deuxième essai du chapitre II, ≪Deux questions d’actualité pour les pays en développement≫). Il sera essentiel, entre autres, d’utiliser efficacement les gains tirés de nouvelles ressources pétrolières — ainsi que d’autres ressources naturelles.

Pour être couronnés de succès, ces efforts doivent être appuyés par une aide substantiellement plus élevée de la communauté internationale. Jusqu’à présent, en dépit de progrès importants, les pays développés n’ont pas encore tenu les promesses faites en 2002 à Monterrey, ces engagements étant eux-mêmes largement inférieurs à ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Comme le souligne le rapport des Nations Unies sur le Projet Objectifs du Millénaire (UN Millennium Project, 2005), l’année 2005 devrait inaugurer une décennie d’action audacieuse. Deux priorités particulières sont une augmentation substantielle de l’aide publique au développement — qui reste inférieure à un tiers de l’objectif de 0,7 % du PNB fixé par les Nations Unies — ciblée sur les pays qui appliquent une politique économique saine et où la pauvreté est la plus grave, et une amélioration substantielle de l’accès des pays en développement aux marchés dans le cadre du cycle de Doha. À cet égard, comme environ trois quarts des pauvres travaillent dans les zones rurales et entrent en concurrence avec les agriculteurs des pays industrialisés dont un tiers du revenu est constitué de subventions, une réduction rapide des obstacles aux échanges agricoles est particulièrement importante. Mais il convient aussi de rappeler que les pays en développement tireraient le plus grand profit de leurs propres réformes commerciales; tous les pays doivent donc tirer pleinement parti du cycle de Doha pour libéraliser leurs échanges.

États-Unis et Canada: un rééquilibrage budgétaire plus ambitieux est nécessaire aux États-Unis

Aux États-Unis, le ralentissement de la mi-2004 s’est avéré relativement modéré. Après avoir ralenti nettement au deuxième trimestre, la croissance de la consommation est remontée vivement, en raison de l’affaiblissement de l’effet du renchérissement du pétrole, de la montée des cours des actions et des prix immobiliers, ainsi que des incitations offertes par les fabricants d’automobiles qui ont dopé les ventes. L’investissement des entreprises — qui reste néanmoins en deçà des normes historiques à ce stade du cycle — a progressé solidement aussi, grâce à la rentabilité solide des entreprises, qui a été soutenue par la persistance d’une croissance vigoureuse — quoique en ralentissement — de la productivité qui a limité les coûts de main-d’œuvre. Si le déficit des transactions courantes — examiné plus en détail ci-dessous — a continué de se creuser, la croissance du PIB réel pour 2004 est estimée à 4,4 %, soit bien plus que le potentiel (tableau 1.4).

Tableau 1.4.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
200320042005200620032004200520062003200420052006
Économies avancées2,03,42,63,01,82,02,01,96,66,36,16,0
États-Unis3,04,43,63,62,32,72,72,46,05,55,35,2
Zone euro10,52,01,62,32,12,21,91,78,78,88,78,4
Allemagne‒0,11,70,81,91,01,81,51,29,69,29,49,2
France0,52,32,02,22,22,32,01,99,59,79,58,9
Italie0,31,21,22,02,82,31,81,88,78,38,07,6
Espagne2,52,72,83,03,13,13,12,711,310,810,39,9
Pays-Bas2‒0,91,31,52,22,21,41,41,13,84,65,35,0
Belgique1,32,72,12,31,51,92,22,07,97,87,87,7
Autriche0,82,02,12,31,32,02,01,84,44,54,54,2
Finlande2,43,73,13,01,30,11,31,69,08,88,48,1
Grèce4,74,23,03,03,43,13,13,19,78,98,88,8
Portugal‒1,21,01,82,33,32,52,22,26,46,86,86,8
Irlande3,75,14,84,64,02,32,12,04,64,54,14,0
Luxembourg2,44,43,53,42,02,22,32,43,84,44,85,2
Japon1,42,60,81,9‒0,2‒0,25,34,74,54,4
Royaume-Uni12,23,12,62,61,41,31,72,05,04,84,74,7
Canada2,02,82,83,02,71,82,11,97,67,27,27,1
Corée3,14,64,05,23,53,62,93,03,43,53,63,3
Australie3,43,22,63,32,82,32,72,76,15,55,15,3
Taiwan, province chinoise de3,35,74,04,3‒0,31,61,61,55,04,64,34,2
Suède1,53,53,02,52,31,11,62,44,95,55,14,4
Suisse‒0,41,71,22,00,60,81,21,03,43,53,73,5
Hong Kong (RAS)3,28,14,04,0‒2,6‒0,41,01,17,96,85,74,9
Danemark0,42,32,21,92,11,22,01,85,85,95,65,5
Norvège0,42,93,72,82,50,41,42,14,54,44,04,0
Israël1,34,33,73,60,7‒0,41,02,010,810,49,89,5
Singapour1,48,44,04,50,51,71,51,54,74,03,63,4
Nouvelle-Zélande33,45,02,82,61,82,33,02,74,63,93,84,2
Chypre1,93,73,84,04,12,32,52,53,53,43,23,0
Islande4,35,75,42,52,13,13,43,53,33,12,31,7
Pour mémoire
Principales économies avancées2,03,32,52,91,72,01,91,86,76,36,26,0
Nouvelles économies industrielles d’Asie3,15,54,04,81,52,42,22,34,34,14,03,7

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

La prévision des prix à la consommation n’inclut pas les effets statistiques de la réforme du système des soins de santé prévue pour 2006.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

La prévision des prix à la consommation n’inclut pas les effets statistiques de la réforme du système des soins de santé prévue pour 2006.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Encadré 1.2.Faut-il s’inquiéter de la faiblesse des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis?

Pourquoi les taux d’intérêt à long terme sontils si bas aux États-Unis et dans quelle mesure une hausse soudaine serait-elle dommageable pour l’économie mondiale? Tombés en dessous de 4 % à la mi-février, les rendements nominaux des obligations d’État à dix ans sont proches des plus bas niveaux enregistrés depuis longtemps et étaient même en baisse quand la Réserve fédérale a commencé à relever le taux des fonds fédéraux (voir graphique)1. Les taux nominaux sont remontés ensuite au-dessus de 4,5 % vers la fin mars, mais sont demeurés faibles par rapport aux niveaux observés dans le passé. Si la faiblesse des taux nominaux s’explique en partie par le fait que l’inflation reste modérée, une comparaison des rendements nominaux et des rendements corrigés de l’inflation indique que les rendements réels sont anormalement bas. Cela a favorisé les effets de richesse et les dépenses intérieures, en encourageant notamment les emprunts hypothécaires, dont le marché est relativement sensible à l’évolution des taux d’intérêt, ce qui a aidé à soutenir les prix immobiliers2.

Si les rendements obligataires nominaux sont peu élevés, c’est en partie en raison de l’aisance monétaire et de la progressivité du resserrement attendu, rendue possible par le haut degré de crédibilité de la politique monétaire. Contrairement à ce qui s’est passé lors des épisodes antérieurs de durcissement de la politique monétaire, les anticipations d’inflation restent fermement ancrées, car les marchés s’attendent à un retrait lent des mesures de stimulation monétaire, ce qui s’explique en partie par la lourdeur de la conjoncture, qui a contenu les pressions inflationnistes. La hausse plus récente des rendements à long terme tient pour une large part au fait que, en raison d’une accentuation des craintes d’inflation et de la perspective d’un resserrement moins progressif, ces facteurs ont commencé à jouer en sens inverse. Les marchés s’attendent à ce que le taux des fonds fédéraux à court terme augmente progressivement, pour passer de 2,75 % actuellement à 4 % environ à la fin de 2005. Les taux à long terme reflétant l’évolution attendue des taux à court terme (augmentés d’une prime de liquidité), la lenteur du resserrement prévu aide à maintenir bas les taux à long terme — d’après la courbe des rendements, les taux d’intérêt à dix ans augmenteraient d’environ 50 points de base au cours de cette période. Les taux nominaux et réels resteraient pourtant largement en dessous de leurs moyennes historiques; c’est ce que le Président de la Réserve fédérale, M. Greenspan, a appelé ≪une énigme≫.

Taux américains et flux de capitaux

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Haver Analytics; Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis; estimations des services du FMI.

1Entreprises non financières plus financières, signe inversé.

Au-delà du sentier prévu de la politique monétaire — et de la possibilité que les prix déterminés par les marchés soient erronés —, les rendements actuels pourraient aussi tenir à plusieurs autres facteurs, dont les variables économiques fondamentales, les considérations d’ordre structurel et la dynamique de la conjoncture.

  • On voit mal comment les variables économiques fondamentales pourraient expliquer cet écart persistant des rendements à long terme par rapport à la moyenne historique. En effet, on s’attend à ce que le déficit budgétaire des États-Unis reste considérable au cours des années à venir, ce qui laisse prévoir une émission massive d’obligations d’État qui poussera les rendements réels à la hausse. De plus, la révolution des technologies de l’information semble avoir rehaussé la croissance tendancielle de la productivité et du PIB réel, d’où une augmentation du taux de rendement du capital et, partant, des taux d’intérêt réels (voir Laubach and Williams, 2001).
  • Il se pourrait que les facteurs structurels tirent les rendements à long terme vers le bas. En effet, après l’effondrement du marché boursier en 2000, l’aversion pour le risque s’est accentuée et a incité les investisseurs à rechercher la qualité, ce qui a accru la demande d’obligations d’État et eu un effet modérateur sur les rendements. En outre, les changements apportés à la réglementation, en particulier ceux qui tendent à encourager une meilleure symétrie entre les échéances des actifs et des passifs des fonds de pension, ont peut-être aussi stimulé la demande d’obligations à long terme (ces questions sont traitées plus en détail dans l’édition d’avril 2005 du Global Financial Stability Report).
  • Il est probable aussi que les facteurs conjoncturels, notamment l’abondance de fonds prê-tables, pèsent sur les taux d’intérêt réels à long terme. Les entreprises et les investisseurs étrangers mettent à disposition des sommes records. La solide rentabilité des entreprises n’ayant pas encore été compensée de façon significative par une augmentation de l’investissement, l’écart de financement global des entreprises non financières et financières s’est amélioré de 5 points de PIB depuis 2001, une proportion jamais vue auparavant (voir graphique). Pendant la même période, les entrées de capitaux étrangers se sont accrues dans la même proportion, cette augmentation trouvant environ pour moitié son origine dans les achats par des entités publiques étrangères de bons du Trésor et de titres d’organismes publics des États-Unis — qui traduisent surtout l’accumulation de réserves dans les pays émergents d’Asie — et pour le reste dans le secteur privé. L’augmentation de l’offre de fonds qui s’est ensuivie a plus que compensé la hausse rapide des emprunts de l’État au cours de la même période, ce qui a aidé à contenir les taux réels.

Dans ces conditions, quelles conséquences aurait une hausse soudaine des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis? Le meilleur cas de figure serait celui où la hausse résulterait d’une réduction du montant net des fonds prêtables consécutive à une augmentation des investissements des entreprises nationales. La hausse aurait des conséquences défavorables pour le marché immobilier national et pour la consommation, mais l’accroissement des investissements des entreprises compenserait en partie les effets sur la demande globale. Cela dit, la montée des rendements obligataires américains aurait des retombées négatives sur le reste du monde en poussant à la hausse le coût des emprunts, car il existe une corrélation très forte entre les taux d’intérêt à long terme dans les différents pays et, dans les pays émergents, les marges s’accroissent en général en même temps que les taux à long terme aux États-Unis.

Si la hausse des taux d’intérêt se produisait alors que la demande globale n’augmente pas — par exemple sous l’effet d’une baisse des bénéfices des entreprises ou d’une poussée d’inflation —, elle serait beaucoup plus préoccupante. On pourrait craindre en particulier que la croissance de la productivité du travail ralentisse plus qu’on le prévoit actuellement en entraînant une compression des marges bénéficiaires, une baisse des valeurs mobilières et une hausse des salaires sous l’effet du raffermissement du marché du travail. Là encore, la hausse des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis freinerait sans doute la demande de logements et les dépenses de consommation, mais sans que cela soit compensé par une augmentation des investissements des entreprises. La baisse de la demande intérieure amplifierait aussi les retombées internationales en réduisant la demande de biens étrangers. De manière plus générale, le ralentissement de la croissance de la productivité pourrait aussi avoir d’autres conséquences négatives pour la croissance économique et l’inflation aux États-Unis et ailleurs3.

Enfin, une diminution des apports nets de fonds en provenance de l’étranger pourrait avoir des effets comparables sur l’économie américaine, mais pas forcément sur celle des autres pays. Une évolution dans ce sens pourrait résulter d’un moindre intérêt du secteur privé étranger pour les actifs américains en raison d’inquiétudes au sujet de la valeur du dollar ou d’un tarissement progressif des entrées de capitaux officiels. Les conséquences dans les autres pays dépendraient des raisons du fléchissement des entrées de fonds aux États-Unis. à supposer que cette baisse soit à attribuer à un regain de pessimisme à l’égard de l’économie américaine, on peut concevoir qu’il en résulterait une augmentation des fonds disponibles sur les autres marchés.

Note: L’auteur principal de cet encadré est Calvin Schnure.1La faiblesse des taux n’est pas un phénomène purement américain; dans nombre de pays industrialisés, les rendements nominaux sont même inférieurs à ceux des bons du Trésor des États-Unis.2L’encours des prêts hypothécaires se situe à un niveau record en proportion du PIB puisque, après une hausse sans précédent de 9 points depuis 2001, il atteint aujourd’hui 61 % du PIB.3Si l’aversion pour le risque continuait de s’accentuer en raison de chocs négatifs, la ≪recherche de qualité≫ qui en résulterait pourrait avoir un effet compensatoire partiel en pesant sur les rendements obligataires américains.

Comme les derniers chiffres sont en général robustes et que les chefs d’entreprises et les consommateurs sont très confiants, les perspectives pour 2005 sont encourageantes. Il est prévu que la croissance du PIB atteindra en moyenne 3,6 %, soit un peu plus que prévu dans l’édition de septembre 2004 des Perspectives, une modération de la croissance de la consommation privée — du fait du retrait graduel de l’impulsion budgétaire et monétaire, ainsi que d’une certaine reconstitution de l’épargne des ménages — étant compensée par la vigueur persistante de l’investissement. Ces prévisions semblent avoir autant de chances d’être révisées à la hausse qu’à la baisse: du côté positif, la solidité des bilans des entreprises, ainsi que la montée des prix immobiliers et des cours des actions, et du côté négatif, la possibilité d’un rebond plus prononcé de l’épargne des ménages, la hausse des taux d’intérêt à long terme (voir plus loin) et la volatilité persistante des cours du pétrole.

Cependant, le déficit des transactions courantes a continué de se creuser — pour atteindre 5,7 % du PIB en 2004 (tableau 1.5) — en dépit de la forte dépréciation nominale effective du dollar ces trois dernières années. Cela peut s’expliquer en partie par une croissance qui est plus rapide aux États-Unis que dans les économies avancées qui sont leurs partenaires commerciaux sur la même période et par les retards avec lesquels les variations des taux de change se répercutent sur les exportations nettes6. En fait, on n’attend guère d’amélioration à moyen terme pour plusieurs raisons: l’écart de croissance en faveur des États-Unis devrait persister, compensant une partie des effets décalés des variations des taux de change, l’ajustement budgétaire prévu à moyen terme n’est pas suffisamment ambitieux pour contribuer à accroître l’épargne nationale et l’investissement privé devrait retrouver son niveau historique. En outre, la combinaison d’une hausse des taux d’intérêt américains et des engagements extérieurs nets du pays entraînera une augmentation inexorable des paiements d’intérêts à l’étranger.

Tableau 1.5.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
2003200420052006
Économies avancées‒0,8‒1,0‒1,1‒1,1
États-Unis‒4,8‒5,7‒5,8‒5,7
Zone euro10,30,40,50,5
Allemagne2,23,63,83,4
France0,3‒0,3‒0,4‒0,1
Italie‒1,5‒1,5‒1,3‒0,9
Espagne‒2,8‒5,0‒4,8‒5,4
Pays-Bas2,93,44,24,5
Belgique4,44,24,34,2
Autriche‒0,9‒0,7‒1,0‒1,1
Finlande4,24,54,75,0
Grèce‒6,2‒4,1‒3,5‒3,2
Portugal‒5,5‒7,9‒7,1‒6,9
Irlande‒1,4‒1,5‒1,7‒1,4
Luxembourg9,47,19,210,1
Japon3,23,73,33,5
Royaume-Uni‒1,7‒2,2‒2,3‒2,4
Canada2,02,62,62,5
Corée2,03,93,62,9
Australie‒5,9‒6,4‒5,6‒5,7
Taiwan, province chinoise de10,26,26,65,9
Suède7,68,16,17,0
Suisse13,212,011,111,3
Hong Kong (RAS)10,39,69,49,3
Danemark3,01,41,91,7
Norvège12,813,716,214,9
Israël0,10,1‒0,2
Singapour29,226,123,422,9
Nouvelle-Zélande‒4,2‒6,2‒6,4‒6,6
Chypre‒3,4‒4,1‒3,4‒2,7
Islande‒4,1‒5,2‒10,1‒11,8
Pour mémoire
Principales économies avancées‒1,6‒1,7‒1,9‒1,8
Zone euro20,30,60,40,4
Nouvelles économies industrielles d’Asie7,47,16,86,2

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Les craintes des marchés quant à la viabilité à moyen terme du déficit courant constituent le principal facteur d’explication de l’affaiblissement du dollar américain, même si le financement du déficit n’a pas posé de problème jusqu’à présent. Les investissements de portefeuille privés et officiels aux États-Unis restent solides en dépit de l’affaiblissement du dollar. Les investisseurs étrangers ont maintenu une demande stable de titres de créance, y compris obligations du Trésor, des organismes publics et des entreprises, jusqu’à la fin de 2004, et ont accru leurs achats de valeurs mobilières à la fin de l’année. Les achats de titres en provenance de l’Europe ou passant par l’Europe ont prédominé; les investisseurs japonais se sont tournés de plus en plus vers les obligations de premier ordre et les achats d’investisseurs officiels asiatiques sont remontés en fin d’année.

Les tensions inflationnistes sont restées généralement modérées en raison de la persistance d’un volant de capacités inutilisées et de conditions favorables sur le marché du travail (graphique 1.10). Les indicateurs de l’inflation de base ont progressé, mais les effets secondaires du renchérissement du pétrole sont dans l’ensemble bien contenus. Cela s’explique en partie par la clarté de la stratégie de communication de la Réserve fédérale, qui a assuré aussi une réaction ordonnée des marchés lorsque le cycle de resserrement monétaire a été engagé en juin 2004. Cependant, il subsiste une marge de hausse considérable pour les taux directeurs, aujourd’hui bas en valeur réelle, avant que la politique monétaire ne devienne plus neutre. La politique de resserrement modéré de la Réserve fédérale reste donc appropriée pour l’instant, sous réserve des indices de la tendance inflationniste dans les données économiques qui seront publiées prochainement. Les principaux risques inflationnistes sont les tensions sur le marché du travail, à mesure que le volant de capacités inutilisées diminue et que la productivité du travail ralentit, ainsi qu’une nouvelle hausse des cours du pétrole.

Graphique 1.10.États-Unis: principaux indicateurs financiers et économiques

L’inflation et les taux d’intérêt restent modérés, et la demande intérieure est robuste.

Sources: Haver Analytics; calculs des services du FMI.

1Hors alimentation et énergie. DCM: dépenses de consommation des ménages.

2Productivité du travail et coût unitaire de main-d’œuvre (CUM) dans le secteur non agricole. Les bénéfices des entreprises sont les bénéfices après impôt sans réévaluation des stocks et ajustement de la consommation de capital.

3Bénéfices des entreprises après impôt sans réévaluation des stocks et ajustement de la consommation de capital.

4Emprunts hypothécaires, déduction faite des investissements nominaux consacrés à l’immobilier à usage résidentiel.

5Taux des fonds fédéraux moins hausse de l’IPC sur un an.

6Inclut les cycles de resserrement, qui ont débuté en mars 1984, août 1987, avril 1994 et juillet 1999 sur la base du taux de réescompte du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale.

7Le resserrement a débuté en juin 2004 sur la base du taux primaire du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale.

Un élément dominant de la conjoncture actuelle est la persistance de taux d’intérêt à long terme bas, bien qu’ils aient augmenté de quelque 60 points de base depuis début février (encadré 1.2). Du début du cycle de durcissement monétaire aux États-Unis jusqu’au début de février, les taux d’intérêt à long terme ont en fait baissé, l’intérêt des investisseurs pour les titres à revenu fixe ayant persisté et les anticipations inflationnistes restant bien ancrées, d’où un aplatissement substantiel de la courbe des rendements. Cela a probablement modéré l’impact du relèvement des taux d’intérêt directeurs sur l’activité économique. Une poussée inattendue de l’inflation, un nouvel affaiblissement du dollar et une recomposition soudaine des portefeuilles au détriment des titres américains, une réorientation à grande échelle des obligations vers les actions, ou une hausse des emprunts à long terme des entreprises pourraient tous pousser à la hausse les taux d’intérêt à long terme. Après plusieurs années de restructuration, les bilans des entreprises semblent plus ou moins en mesure de résister à des hausses soudaines des taux à long terme, mais certains segments du secteur des ménages, surtout en cas de ralentissement notable de la hausse des prix immobiliers, seront peut-être obligés d’accroître rapidement leur épargne. Il est difficile d’évaluer les répercussions d’une nette hausse des taux d’intérêt sur les marchés financiers, mais du fait de la longue période de faibles taux d’intérêt et de la prise de risque qu’elle a entraînée, les opérateurs sont peut-être très vulnérables à des hausses de taux imprévues, et les opérateurs des marchés et les organes de réglementation doivent prêter attention aux signes de tensions émergentes.

En pourcentage du PIB, le déficit budgétaire américain est maintenant le plus élevé parmi les grandes économies avancées, à l’exception du Japon. Le rééquilibrage budgétaire constitue une tâche importante à terme, tant pour assurer la viabilité à moyen terme des finances publiques américaines que pour faciliter une réduction ordonnée des déséquilibres courants à l’échelle mondiale. La proposition de budget de l’administration américaine pour l’exercice 2006 réaffirme son engagement à réduire de moitié le déficit de l’administration centrale d’ici 2009, bien qu’une légère augmentation du déficit nominal soit prévue pour l’exercice en cours, en raison essentiellement d’un financement supplémentaire pour l’Iraq et l’Afghanistan. Cependant, le plan financier à moyen terme n’est pas suffisamment ambitieux et il existe des risques substantiels qu’il ne soit pas réalisé. Le plan financier actuel repose sur une limitation des dépenses rigoureuse par référence au passé — avec une réduction prévue des dépenses discrétionnaires hors défense nationale à son plus bas niveau du PIB en plus de quarante ans — et n’inclut pas de financement supplémentaire pour l’Iraq et l’Afghanistan, ni les coûts de la réforme de l’impôt minimal de remplacement et de la sécurité sociale.

À terme, la politique budgétaire doit avoir pour objectif l’équilibre structurel, hors sécurité sociale, sur la durée du cycle économique. À cet effet, il faudra réduire le déficit de 1 point de PIB chaque année jusqu’à la fin de la décennie. La compression des dépenses discrétionnaires étant limitée, l’élargissement de l’assiette de l’impôt — notamment en passant à un système davantage fondé sur la consommation — devra jouer un rôle important pour assurer un rééquilibrage plus ambitieux. La nomination récente d’un groupe de travail bipartite sur la réforme fiscale pourrait faciliter la tâche, notamment en explorant la possibilité de réduire le grand nombre de déductions fiscales, entre autres mesures. L’accent mis récemment sur la réforme de la sécurité sociale est le bienvenu aussi, mais les comptes de retraite personnels ne seront pas suffisants pour assurer la viabilité financière du programme afin d’éviter un creusement du déficit budgétaire et une hausse de la dette dans les décennies à venir, et impliqueront des coûts de transition considérables à moyen terme. La priorité doit être l’élimination du déficit de financement du système en ralentissant la croissance des prestations et/ou en accroissant les cotisations. Il convient de prêter attention aussi aux engagements non financés bien plus élevés du système Medicare, le récent programme de remboursement du prix des médicaments aggravant le déficit de financement énorme du système.

Encadré 1.3.La fin des contingents textiles mondiaux

Le 1er janvier 2005, les restrictions quantitatives qui limitaient le commerce des produits textiles et des vêtements depuis quarante ans ont été abrogées. Jusqu’à la fin du cycle de négociations de l’Uruguay, en 1994, ce type de commerce était régi par plus de 1.300 contingents fixés bilatéralement dans le cadre de l’Arrangement multifibres (AMF). En 1995, l’AMF a été remplacé par l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les textiles et les vêtements (ATV), qui prévoyait une période transitoire de dix ans pour l’élimination progressive des contingents. En pratique, la libéralisation a eu lieu pour l’essentiel au début de 2005. Sur les quatre membres de l’OMC qui continuaient d’appliquer des restrictions à l’importation dans le cadre de l’AMF, seule la Norvège a aboli ses contingents par anticipation1. En revanche, le Canada, la Communauté économique européenne et les États-Unis ont repoussé leur libéralisation en fin de période, de sorte que l’élimination de 83 % des contingents, couvrant environ 80 % de la valeur des importations contingentées pendant la période de référence de l’ATV, a été reportée à l’année 2005.

L’expiration des contingents concerne une part importante des exportations des pays en développement. En 2003, les États-Unis et l’Union européenne ont absorbé à eux seuls plus de la moitié des importations mondiales de produits textiles et de vêtements, qui se sont élevées à près de 400 milliards de dollars EU, et près des deux tiers des importations mondiales provenaient de pays en développement. Pour environ une demi-douzaine d’entre eux, les exportations de produits textiles et de vêtements représentent plus de 50 % du total des exportations. On ne peut donc guère s’étonner que, pendant une bonne partie des années 90, les pays en développement aient reproché à l’Union européenne et aux États-Unis la lenteur de leur libéralisation.

Depuis un certain temps, toutefois, les effets de la libéralisation suscitent une préoccupation croissante. En effet, si l’on s’attend à ce que, globalement, elle apporte de nets avantages aux pays en développement en terme d’exportations et d’emploi, ces bienfaits ne seront pas répartis également. Le régime des contingents a fini par protéger les exportations des pays en développement les moins concurrentiels. Pour certains d’entre eux, la libéralisation pourrait donc entraîner des difficultés de balance des paiements ainsi que des coûts d’ajustement considérables, compte tenu du fait que bien souvent le secteur des textiles et des vêtements absorbe une part disproportionnée des emplois manufacturiers, et en raison de la concentration géographique de ce secteur.

L’expérience de la suppression des contingents dans le passé, de même que les simulations réalisées à l’aide de modèles et la réussite relative des exportateurs après l’élimination des contingents, sont autant d’indices qui laissent à penser qu’un petit nombre de pays seulement, en particulier la Chine, l’Inde et le Pakistan, bénéficieront à terme de la libéralisation. L’élimination progressive de certains contingents textiles en 2002 a entraîné une profonde restructuration des importations de l’Union européenne et des États-Unis. Pour ces produits, seules la Chine, la Roumanie et la République tchèque ont réussi à accroître leurs exportations à destination de l’Union européenne; quant aux exportations vers les États-Unis, elles n’ont augmenté que pour la Chine, le Pakistan et l’Inde. De plus, en raison de l’intensification de la concurrence, de la suppression des primes de contingentement et de l’atonie de la demande mondiale, les prix unitaires ont fortement baissé.

Le tableau ci-après présente les résultats d’une simulation réalisée par les services du FMI à l’aide d’un modèle GTAP du commerce international. Les nombreuses autres simulations publiées concernant les effets de l’expiration des contingents arrivent presque toutes aux mêmes conclusions2. D’après l’expérience des pays qui, traditionnellement, n’appliquaient pas de contingents, on peut s’attendre à ce que la libéralisation entraîne une diminution du nombre des pays d’origine et confirme la solidité concurrentielle de la Chine, de l’Inde et du Pakistan. Ainsi, la Chine produit plus de la moitié des importations de vêtements de l’Afrique du Sud, de l’Australie et du Japon, pays qui n’appliquaient pas de contingents. (Il est intéressant de constater que la part de la Chine dans les importations suisses de vêtements n’a pas augmenté et s’est maintenue au faible niveau d’environ 10 %.) Le potentiel d’exportation de la Chine retient beaucoup l’attention, car la part de ce pays dans les exportations mondiales de textiles et de vêtements (voir graphique), qui est déjà en plein essor, devrait continuer à s’accroître dans l’avenir proche. D’ailleurs, le dynamisme des importations chinoises de machines servant à produire des textiles et des vêtements montre que la Chine est en train de renforcer sa capacité de production.

Effets de l’élimination des contingents sur les exportations de textiles et de vêtements
Exportations
En milliards

de dollars EU

de 1997
Variations

en pourcentage
Pays en développement19,09,6
Chine24,251,2
Inde10,397,2
Reste de l’Asie du Sud1,512,1
Moyen-Orient et Afrique du Nord‒2,8‒29,9
Mexique‒3,3‒44,4
Amérique centrale et Caraïbes‒4,3‒47,3
Amérique du Sud‒0,2‒7,0
Union douanière de l’Afrique australe‒0,2‒21,3
Reste de l’Afrique subsaharienne‒0,4‒21,6
Source: simulation des services du FMI à l’aide du modèle Global Trade Analysis Project (GTAP).Note: Pour une description du modèle, voir Hertel (1997). Les données utilisées datent de 1997. En conséquence, il n’est pas tenu compte de récents accords commerciaux régionaux et dispositifs préférentiels tels que l’Everything but Arms (EBA) et l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui ont des répercussions sur les échanges de textiles et de vêtements.
Source: simulation des services du FMI à l’aide du modèle Global Trade Analysis Project (GTAP).Note: Pour une description du modèle, voir Hertel (1997). Les données utilisées datent de 1997. En conséquence, il n’est pas tenu compte de récents accords commerciaux régionaux et dispositifs préférentiels tels que l’Everything but Arms (EBA) et l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui ont des répercussions sur les échanges de textiles et de vêtements.

Part de la Chine dans le commerce des textiles et des vêtements

(Pourcentages)1

Source: Organisation mondiale du commerce.

1Part de la Chine dans les exportations mondiales de textiles et de vêtements; et part de la Chine dans les importations de textiles et de vêtements du Canada, de l’Union européenne, des États-Unis et de la Norvège.

La perspective d’une transformation rapide et profonde des marchés mondiaux a suscité des mesures protectionnistes à l’encontre essentiellement de la Chine. Au niveau de l’OMC, certains pays en développement ont demandé, en vain, que le régime des contingents soit prorogé pour quelques années encore. Les producteurs américains ont déposé une multitude de requêtes en invoquant les sauvegardes spéciales concernant les textiles prévues dans le protocole d’accession de la Chine à l’OMC, qui permet de limiter l’augmentation des importations de produits textiles et de vêtements chinois qui causent une ≪désorganisation des marchés≫. La Commission européenne, quant à elle, n’a pas encore eu recours aux sauvegardes, mais elle a fait savoir qu’elle prendrait des mesures si les importations chinoises étaient détournées vers l’Union européenne à la suite de mesures de sauvegarde des États-Unis. Elle a aussi proposé d’exclure les importations de textiles et de vêtements chinois de son système généralisé de préférences (SGP). Enfin, l’Union européenne et les États-Unis ont invité publiquement les autorités chinoises à prendre des mesures pour freiner les exportations de textiles et de vêtements. La Chine a annoncé récemment qu’elle imposerait des taxes à l’exportation de 146 catégories de produits textiles et de vêtements. (La Turquie a aussi imposé des mesures de sauvegarde à l’encontre des exportations chinoises. L’Argentine a fixé le cadre légal de l’utilisation des sauvegardes contre les exportations chinoises.)

D’après les simulations, la restriction des exportations chinoises pourrait ralentir la transformation structurelle du secteur des textiles et des vêtements, mais ne la remettrait pas en question, en partie parce que d’autres fournisseurs compétitifs, en Asie du Sud par exemple, pourraient profiter des restrictions imposées à la Chine. En outre, cela provoquera sans doute des distorsions sur le marché mondial, distorsions que l’ATV est censé éliminer. Étant donné que le système des contingents limitait les exportations des producteurs efficients, les importateurs tels que les détaillants se sont constitué un réseau diversifié de fournisseurs qu’ils ont l’intention de rationaliser profondément lorsque les contingents disparaîtront. Les mesures protectionnistes semblent cependant avoir fait naître l’incertitude et incité les importateurs à conserver une liste de fournisseurs plus diversifiée. De ce fait, l’ajustement serait moins douloureux pour les fournisseurs les moins concurrentiels, encore que cet effet s’estompera avec le temps.

Comment les pays devraient-ils réagir à l’intensification de la concurrence? Chacun devra bien sûr s’adapter en fonction de sa situation propre. Certains pays pourraient trouver un secteur de spécialisation particulier. Tous devront en tout cas s’efforcer d’éliminer les obstacles à l’exportation qui peuvent l’être. Ils pourraient ainsi réduire les lourdeurs administratives, veiller à ce que l’accès aux intrants bon marché ne soit pas entravé par des barrières à l’importation ou des restrictions de financement, mettre en place les moyens de transport les plus efficaces et, de manière générale, créer un environnement propice à l’investissement.

Note: Le principal auteur de cet encadré est Jean-Jacques Hallaert. Yongzheng Yang a effectué la simulation GTAP.1En 1994, l’AMF comptait 44 signataires, mais six seulement (Canada, CEE, États-Unis, Norvège, Autriche et Finlande) appliquaient des restrictions au titre de cet accord. L’Autriche et la Finlande sont devenues membres de la CEE en 1995.2Pour un récapitulatif des études quantitatives, voir OCDE (2004).

Au Canada, la croissance est remontée à 2,8 % en 2004 du fait de l’envolée des cours des produits de base. L’économie devrait continuer sur sa lancée en 2005 grâce à la forte progression de l’emploi et aux solides bénéfices des entreprises. Le volant de capacités inutilisées semblant se réduire, la Banque du Canada a commencé à retirer progressivement son impulsion à l’automne, mais elle a marqué une pause récemment en réaction à l’appréciation de la monnaie et à la faiblesse des tensions inflationnistes et salariales. Un durcissement modéré et patient reste approprié dans ce contexte. La politique budgétaire a contribué à maintenir des résultats macroéconomiques solides, l’administration publique enregistrant un excédent considérable. À la lumière des implications de l’évolution démographique, le projet du gouvernement de réduire les ratios d’endettement est suffisamment ambitieux, mais il faut encore considérer comme prioritaires aussi les réformes structurelles visant à stimuler la croissance de la productivité et la flexibilité de l’économie. Enfin, il est nécessaire d’opérer des réformes fondamentales pour accroître l’efficience du système de soins de santé afin de faire face aux pressions démographiques émergentes.

Encadré 1.4.Où en est la réduction des déséquilibres mondiaux?

Les déséquilibres mondiaux se sont accentués au cours de l’année écoulée. Aux États-Unis, le déficit des transactions courantes a atteint 5,7 % du PIB, tandis que l’excédent du Japon s’est accru. L’excédent courant est resté considérable dans les pays émergents d’Asie et il s’est amplifié au Moyen-Orient et en Russie, où les prix pétroliers élevés ont gonflé les recettes d’exportation — en dollars, ces excédents sont à peu près de même ampleur que ceux des pays émergents d’Asie et du Japon. Dans ces conditions, les engagements extérieurs nets des États-Unis, qui étaient équivalents à 25 % du PIB et à plus de 250 % des exportations fin 2003, ont continué de s’accroître tandis que les avoirs extérieurs nets des pays émergents d’Asie, du Japon, du Moyen-Orient et de la Russie augmentaient.

Étant donné que le déficit d’un pays représente l’excédent d’un autre pays, la résorption ordonnée des déséquilibres au niveau mondial est la responsabilité de tous. C’est pourquoi dans le communiqué d’octobre 2004 du Comité monétaire et financier international, les gouverneurs ont insisté sur l’importance d’avancer dans plusieurs domaines, notamment l’assainissement budgétaire aux États-Unis, les mesures visant à permettre au besoin une plus grande flexibilité des taux de change dans les pays émergents d’Asie, appuyées par la poursuite de la réforme du secteur financier, et la poursuite des réformes structurelles pour stimuler la croissance en Europe et au Japon. Bien que l’application de cette stratégie ait progressé, les résultats restent maigres.

  • Dans son budget récent, le gouvernement américain a réaffirmé sa détermination de réduire de moitié le déficit de l’administration centrale d’ici à 2009. Les services du FMI continuent de penser que cet objectif n’est pas assez ambitieux; en outre, de nombreux risques existent qu’il ne soit pas atteint, car les projections excluent d’éventuels crédits supplémentaires pour l’Afghanistan et l’Iraq, ne tiennent pas compte du coût de la réforme de l’impôt alternatif minimum ni de la réforme de la sécurité sociale, et reposent sur l’hypothèse d’une modération sans précédent des dépenses.
  • Quelques progrès ont été réalisés en Europe sur le front des réformes structurelles — notamment les réformes du marché du travail en Allemagne (Hartz IV) et en France (possibilité donnée aux entreprises de négocier avec leur personnel des adaptations de la loi sur les 35 heures) et le relèvement de l’âge effectif de la retraite en Italie —, mais, dans l’ensemble, l’application et les effets de la stratégie de Lisbonne ont été, au mieux, inégaux, et les réformes se sont heurtées très tôt à un sentiment de lassitude. La Commission européenne a donc récemment proposé de définir les priorités du programme de réformes, en le recentrant sur l’augmentation de la productivité et de l’emploi, bien que le rejet récent de sa proposition concernant la libéralisation des services soit un revers à cet égard. Au Japon, les banques ont continué à consolider leurs bilans — la diminution des prêts improductifs s’est poursuivie et la structure du capital s’est renforcée — et les indicateurs de solidité financière des entreprises se sont améliorés. Cependant, comme cela est expliqué dans le texte principal, de graves problèmes subsistent, qui mettent en évidence la nécessité de poursuivre les efforts. Presque rien n’a été fait pour remédier à l’inefficacité du secteur des biens non échangés.
  • Dans les pays émergents d’Asie, certaines monnaies — dont le won coréen, le baht thaïlandais, le dollar de Taiwan et la roupie indienne — ont fait preuve d’un peu plus de souplesse vis-à-vis du dollar EU depuis le milieu de 2004. Ailleurs, aucune mesure concrète n’a été prise, même si les préparatifs en vue d’une gestion plus souple du taux de change se sont poursuivis, notamment en Chine où des efforts sont en cours pour renforcer le système bancaire. Pour ce qui est des réformes du secteur financier — qui sont indispensables pour maintenir le dynamisme de la demande intérieure dans nombre de nouvelles économies industrielles et dans les quatre pays de l’ASEAN les plus touchés par la crise — les indicateurs de solidité financière continuent de s’améliorer1, mais des défis majeurs subsistent; il conviendrait en particulier de diminuer encore le volume des prêts improductifs et d’accélérer la restructuration de la dette dans la province chinoise de Taiwan et en Thaïlande, et de remédier au problème posé en Corée par les défauts de paiement des ménages.

Déséquilibres courants

1Chine, Corée, Hong Kong (RAS), Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

2Arabie Saoudite, Égypte, Jordanie, Koweït, Oman et Russie.

En somme, malgré quelques progrès, aucune politique crédible ne semble encore en place pour remédier aux déséquilibres à moyen terme. En effet, les dernières projections des Perspectives, qui sont fondées sur l’hypothèse de taux de change réels constants, ne laissent guère entrevoir de modification de la configuration actuelle des déséquilibres mondiaux à moyen terme. En particulier, le déficit extérieur courant des États-Unis se maintient autour de 5,5 % du PIB alors que l’excédent du Japon dépasse 4 % du PIB. D’après les projections, les excédents des pays émergents d’Asie, du Moyen-Orient et de la Russie devraient diminuer, mais cela dépendra dans une très large mesure des réformes entreprises pour stimuler la demande intérieure dans les pays émergents d’Asie et du rythme auquel les recettes pétrolières seront dépensées dans les deux autres régions. L’absence de progrès sur le front de la réduction des déséquilibres engendre naturellement des risques pour l’avenir. Si les investisseurs se détournaient soudainement des titres libellés en dollars, ce qui est peu probable mais coûterait très cher, le dollar se déprécierait à vive allure et les taux d’intérêt américains monteraient en flèche, ce qui pourrait avoir des conséquences graves pour la croissance mondiale et les marchés financiers internationaux.

Enfin, il convient de noter que la discordance statistique des transactions courantes mondiales s’aggrave de 0,4 point de la production mondiale sur la période 2004–10, ce qui laisse penser que les incohérences des projections s’accentuent au niveau multilatéral. Dans une certaine mesure, il est normal que cette discordance augmente compte tenu de la tendance à la hausse des taux d’intérêt et du ralentissement de la croissance du commerce mondial2, mais cela constitue néanmoins un facteur d’incertitude important quant à l’évolution des déséquilibres mondiaux.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont Tim Callen et Gian Maria Milesi-Ferretti.1Pour un examen plus approfondi, voir le chapitre II de l’édition d’avril 2005 du Global Financial Stability Report.2Pour un examen plus approfondi, voir l’appendice II du chapitre I des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2000.

Europe occidentale: le rythme de la reprise suscite de nouveau l’inquiétude

Le modeste redressement observé dans la zone euro depuis la mi-2003 a perdu de sa vigueur au deuxième semestre de 2004. La demande intérieure est restée en veilleuse dans un contexte caractérisé par des cours du pétrole élevés et instables, ainsi que des faiblesses structurelles de longue date, tandis que le ralentissement de la croissance mondiale et l’appréciation de l’euro ont affaibli la croissance des exportations, qui était un moteur essentiel de l’économie au premier semestre de 2004. La forte croissance des bénéfices ne s’est pas encore traduite par un redressement décisif des dépenses d’investissement, les entreprises continuant de privilégier la restructuration de leur bilan, tandis que la faible croissance des salaires et de l’emploi, ainsi que le manque de confiance, ont freiné la consommation. En conséquence, le PIB de la zone euro n’a crû que de 0,2 % (trimestre sur trimestre) aux troisième et quatrième trimestres de 2004. Au quatrième trimestre, l’activité s’est contractée en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Grèce, mais s’est accélérée en France et en Espagne.

Début 2005, les indicateurs économiques sont allés en sens divers. Si la production industrielle et les ventes de détail dans la zone euro se sont affermies en janvier, la confiance des chefs d’entreprises et des consommateurs était généralement fragile. Dans ces conditions, la prévision de croissance pour 2005 a été révisée à la baisse à 1,6 % (contre 2,2 % dans l’édition de septembre 2004 des Perspectives). Cette projection repose sur l’hypothèse selon laquelle la croissance remontera progressivement pendant l’année, quoique plus lentement que prévu précédemment. L’évolution favorable de l’économie mondiale devrait soutenir les exportations, l’investissement devrait remonter tandis que les bénéfices des entreprises restent solides, et une amélioration progressive du marché du travail devrait réanimer les dépenses de consommation. Cependant, ces perspectives sont plutôt orientées à la baisse qu’à la hausse.

  • La croissance reste trop tributaire de l’évolution de l’économie mondiale, surtout en Allemagne, où la demande extérieure représentait trois quarts de la croissance en 2004. Les exportations allemandes ont augmenté vigoureusement, grâce à la baisse marquée des coûts unitaires de main-d’œuvre et à leur structure favorable — une part élevée de biens liés aux technologies de l’information et d’exportations à destination de la Chine et des États-Unis, et une exposition limitée à la concurrence des pays émergents d’Asie sur les marchés tiers (graphique 1.11). Cependant, si le niveau élevé des déséquilibres courants mondiaux pousse de nouveau l’euro à la hausse ou si le ralentissement du secteur des technologies de l’information est plus prolongé que prévu, la croissance des exportations serait touchée.
  • Le niveau élevé et la volatilité des cours du pétrole, une baisse de confiance des chefs d’entreprises, une augmentation de l’épargne des ménages face aux incertitudes concernant les futures réformes des retraites et des soins de santé, ou une nette baisse des prix immobiliers dans quelques pays — notamment en Irlande et en Espagne — pourraient freiner la demande intérieure.

Graphique 1.11.Europe occidentale: exportations de l’Allemagne, de la France et de l’Italie

En dépit de l’appréciation de l’euro, les exportations de la zone euro sont robustes. Cependant, leur évolution varie d’un pays à l’autre, l’Allemagne obtenant de meilleurs résultats que la France et l’Italie. L’évolution des coûts unitaires de main-d’œuvre et de la structure des exportations a contribué à ces divergences.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; United Nations Commodity Trade database; calculs des services du FMI.

1Croissance du volume des exportations moins croissance du volume des importations des pays partenaires.

2Exportations de produits pharmaceutiques, de machines de bureau et de traitement des données, de matériel de télécommunication, de matériel électrique et d’instruments scientifiques.

Dans la zone euro, l’inflation globale reste voisine de 2 % en raison du renchérissement du pétrole et des relèvements des impôts indirects et des prix administrés. Cependant, les tensions inflationnistes sous-jacentes, y compris les charges salariales et les coûts unitaires de main-d’œuvre, sont bien contenues — la hausse des prix à la consommation hors énergie, alimentation, alcool et tabac, était de 1,4 % en février, contre 2 % à la mi-2004 — et l’inflation globale devrait tomber au-dessous de 2 % plus tard dans l’année à mesure que l’impact des facteurs ponctuels s’atténue. Dans ces conditions, le cap de la politique monétaire devrait être fermement maintenu jusqu’à ce qu’une reprise autonome soit clairement en place. En fait, une nouvelle baisse des taux d’intérêt ne peut être exclue si, du fait de l’essoufflement actuel de l’économie ou d’une nouvelle appréciation de l’euro, l’inflation est inférieure aux prévisions.

Bien que les déficits budgétaires dans la zone euro soient plus faibles que dans les autres grandes zones monétaires, l’endettement public est élevé et les paramètres de l’action des pouvoirs publics restent insuffisants pour opérer les ajustements budgétaires nécessaires afin de faire face aux pressions que le vieillissement des populations exercera sur les budgets. Pour l’ensemble de la zone euro, le déficit budgétaire est estimé à 2,7 % du PIB en 2004, avec des déficits de plus de 3 % du PIB en France, en Allemagne et en Grèce. Les budgets pour 2005 prévoient des rééquilibrages d’une ampleur variable dans l’ensemble de la zone. Bien que des ajustements soient prévus en France et en Allemagne, ils reposent sur des mesures ponctuelles et il n’est pas certain que la politique existante permettra d’atteindre durablement les objectifs; en Italie, le déficit devrait augmenter considérablement. Un rééquilibrage budgétaire plus rapide que celui prévu aujourd’hui est nécessaire dans les pays dont la position budgétaire est précaire: il doit aussi reposer sur des mesures de qualité et laisser libre jeu aux stabilisateurs automatiques.

Des réformes du Pacte de stabilité et de croissance ont été arrêtées récemment. L’accord donne aux autorités nationales bien plus de marge de manœuvre budgétaire. Cependant, il ne renforce pas les mécanismes d’exécution, qui se sont avérés inefficaces dans le passé (la France et l’Allemagne ont dépassé le plafond fixé pour le déficit pendant trois années consécutives et la Grèce a communiqué des données budgétaires inexactes), ni les incitations à l’ajustement pendant les phases d’expansion — le talon d’Achille des politiques budgétaires dans la zone euro. Il va de soi qu’un solide cadre budgétaire reste un élément essentiel de l’union monétaire en Europe et il est important que l’application du pacte révisé rétablisse la crédibilité de ce cadre. En dernière analyse, cette crédibilité dépend des politiques budgétaires nationales, en particulier des plus grands pays. Le fait que le pacte révisé encourage la mise en place de meilleurs dispositifs de gouvernance nationale est donc le bienvenu. L’établissement de conseils budgétaires nationaux qui publieraient des évaluations indépendantes des politiques budgétaires et de la viabilité des finances publiques à long terme pourrait contribuer à accroître la transparence, ainsi qu’à sensibiliser davantage l’opinion et à animer le débat sur les politiques budgétaires appropriées.

Les réformes structurelles doivent être au cœur des efforts déployés par l’Europe pour accélérer la croissance; une augmentation du potentiel de croissance aiderait à renforcer les situations budgétaires à moyen terme et faciliterait le fonctionnement du Pacte de stabilité et de croissance. Il convient d’accroître les taux d’utilisation de la main-d’œuvre face à la stagnation de la population en âge de travailler, tandis que la croissance de la productivité totale des facteurs n’a pas été aussi rapide dans la zone euro qu’aux États-Unis ces dernières années. Mais, comme a conclu récemment le groupe de travail de haut niveau présidé par Wim Kok, les progrès accomplis dans l’application des réformes structurelles ces cinq dernières années en Europe sont tout au plus mitigés. Du côté positif, des progrès importants ont été accomplis dans les réformes centralisées, tels que le plan d’action pour les services financiers, tandis que des réformes ont été engagées aussi au niveau national, notamment des réformes des retraites, des soins de santé et du marché du travail en Allemagne (dans le cadre de l’Agenda 2010), des réformes des retraites et des soins de santé en France, ainsi que des réformes des retraites — notamment le relèvement de l’âge effectif de la retraite — en Italie. Néanmoins, il convient d’approfondir et de hiérarchiser ces réformes, en mettant davantage l’accent sur l’élimination des distorsions sur le marché du travail — en particulier des systèmes de prestations trop généreux (la réduction des prestations permettrait aussi de faire des économies budgétaires), des prélèvements fiscaux élevés et des législations du travail restrictives — ainsi que sur la promotion d’une plus grande concurrence sur les marchés de produits. À cet égard, le récent rejet des propositions de la Commission européenne en matière de libéralisation des échanges de services constitue un revers pour les efforts de réforme.

Au Royaume-Uni, les résultats économiques restent solides. La croissance du PIB, qui a ralenti progressivement jusqu’à la fin de l’année, la hausse des taux hypothécaires et l’affaiblissement de l’appréciation des prix immobiliers ayant freiné la consommation, est estimée à 3,1 % en 2004 et devrait s’établir à 2,6 % cette année. La demande intérieure, qui est soutenue par la persistance d’une croissance vigoureuse des salaires et la solide rentabilité des entreprises, reste le principal moteur de la croissance. L’endettement relativement élevé des consommateurs et la possibilité d’une nette baisse des prix immobiliers représentent des risques pour ces perspectives. L’économie fonctionnant à pleine capacité ou presque, la Banque d’Angleterre a durci la politique monétaire au cours de l’année écoulée et est bien placée pour réagir à des variations imprévues dans un sens comme dans l’autre. La politique budgétaire a fourni une impulsion substantielle ces dernières années et il faut accélérer le rythme du rééquilibrage budgétaire — très modeste dans le récent budget — afin d’atteindre les objectifs budgétaires des autorités au cours du prochain cycle économique. Dans un récent rapport intérimaire, la Commission des retraites doute de l’adéquation de l’épargne privée aux besoins de la retraite et il sera important d’encourager une augmentation de l’épargne pour assurer que les retraités ne s’en remettent pas à l’État à l’avenir.

Ailleurs en Europe, la croissance dans les pays nordiques s’est accélérée en 2004, grâce aux exportations (Suède, Danemark), à un redressement de l’investissement (Suède, Norvège — où il est tiré par le secteur pétrolier) et à une expansion budgétaire (Norvège et Suède). Dans les trois pays, la politique monétaire reste accommodante et devra être durcie à mesure que le redressement se poursuit, et il conviendra de rééquilibrer le budget pour atteindre les objectifs à moyen terme. En Suisse, la croissance s’est accélérée pour atteindre 1,7 % en 2004: les exportations ont profité d’une augmentation de la demande mondiale, et des politiques budgétaires et monétaires expansionnistes ont stimulé la demande intérieure. La politique monétaire a commencé à être durcie — bien que les taux d’intérêt restent faibles — et il faudra prendre des mesures pour rééquilibrer la situation budgétaire. Il est nécessaire d’intensifier la concurrence sur les marchés intérieurs pour relever le potentiel de croissance.

Japon: la croissance va-t-elle reprendre?

Après une forte croissance au premier trimestre de 2004, l’activité au Japon a marqué le pas, avec une croissance quasi nulle sur le reste de l’année. l’affaiblissement de la demande mondiale de produits des technologies de l’information a freiné la croissance des exportations et de l’investissement du secteur privé, tandis que les dépenses de consommation ont diminué. Il est maintenant estimé que la croissance du PIB réel a atteint 2,6 % en 2004, soit 1,8 point de moins que prévu dans l’édition de septembre 2004 des Perspectives, dont 1 % environ s’explique par des changements de méthode dans l’établissement des comptes nationaux.

La stagnation de l’économie au cours des trois derniers trimestres de 2004 est préoccupante pour les perspectives à court terme. Cependant, s’il existe des risques de dégradation de la situation, essentiellement du fait de la volatilité persistante des cours du pétrole et de la possibilité qu’une nette appréciation du yen continue de réduire les exportations, les données économiques fondamentales se sont améliorées notablement ces dernières années.

  • Le secteur des entreprises est aujourd’hui plus solide: la rentabilité a augmenté (le ratio des bénéfices courants aux ventes était voisin de 3,5 % en 2004, soit le niveau le plus élevé depuis les années 80), les ratios d’endettement ont diminué et des gains de productivité ont été réalisés. Grâce à ces progrès, les faillites d’entreprises sont tombées à leur plus bas niveau depuis dix ans. L’amélioration des bilans des entreprises et la hausse de leurs bénéfices devraient soutenir une remontée de l’investissement.
  • Le secteur bancaire aussi a renforcé sa situation financière. En particulier, les grandes banques ont amélioré leur assise financière et ont réduit leurs prêts improductifs (qui, selon le gouvernement, devraient tomber à 4 % environ en mars 2005), si bien que leur cote de crédit a été relevée. La meilleure santé financière des banques les a encouragées à adopter une politique de prêt plus libérale, même si l’encours des crédits continue de diminuer, quoique plus lentement.
  • Les entreprises japonaises ont tiré parti de l’évolution de la structure de la production mondiale et ont accru notablement leurs engagements dans les pays asiatiques en croissance rapide. Du fait de l’augmentation de ces relations commerciales et, de manière plus générale, d’une plus grande synchronisation du cycle conjoncturel du Japon avec ceux de l’Asie (en particulier la Chine) et des États-Unis depuis la fin des années 90, les exportations nettes ont été un moteur essentiel de la croissance ces dernières années (graphique 1.12). Comme l’activité en Asie et aux États-Unis devrait rester vigoureuse à court terme, cela devrait appuyer une reprise de la croissance des exportations.

Graphique 1.12.Japon: où se situe l’économie dans l’expansion actuelle?

Les exportations nettes sont un moteur de la croissance dans l’expansion actuelle, en raison de l’intensification des liens commerciaux et de la synchronisation des cycles conjoncturels avec l’Asie et les États-Unis.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; CEIC Data Company Limited; Haver Analytics; United Nations Commodity Trade database; estimations des services du FMI.

1Pendant le cycle de 1999, la croissance de la production a atteint son sommet au quatrième trimestre de 2000.

2Période mobile de dix ans des corrélations de la croissance annuelle des PIB réels.

3Corée, Hong Kong (RAS), Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

1TI = technologies de l’information, c’est-à-dire machines de bureau, machines de traitement automatique des données, matériel de télécommunication, circuits électroniques intégrés, et instruments scientifiques et optiques.

S’ils sont quelque peu contrastés, les récents indicateurs, conjugués à une amélioration des données économiques fondamentales, portent à croire dans l’ensemble que la croissance devrait redémarrer dans le courant de l’année, même si ce rebond sera modéré parce que les entreprises réduiront leurs stocks (en particulier dans le secteur des technologies de l’information). En conséquence, la croissance devrait s’établir à 0,8 % en 2005, avant d’accélérer à 1,9 % en 2006.

Si les tensions déflationnistes se sont atténuées ces dernières années, la baisse de l’IPC de base sur un an étant aujourd’hui proche de zéro, une nouvelle appréciation du yen ou un ralentissement économique plus prolongé pourrait pousser les prix à la baisse. Dans ces conditions, la Banque du Japon devrait maintenir une politique monétaire très accommodante jusqu’à ce que la déflation soit définitivement vaincue. Il convient aussi de réfléchir au cadre monétaire approprié pour l’après-déflation. À cet égard, lorsque les tensions déflationnistes auront perdu de leur intensité, il sera utile d’annoncer un objectif explicite d’inflation à moyen terme pour stabiliser les anticipations inflationnistes.

Étant donné le niveau élevé de la dette publique et l’intensification des pressions démographiques liées au vieillissement de la population, le rééquilibrage du budget constitue une priorité. En dépit des mesures fiscales adoptées récemment, il est prévu que le déficit budgétaire structurel ne diminuera que légèrement pour s’établir à 6,4 % du PIB en 2005. À moyen terme, le gouvernement a pour objectif de dégager un excédent primaire d’ici le début des années 2010. Cependant, les mesures qui permettront d’atteindre cet objectif n ’ont pas encore été définies et il sera peut-être nécessaire de dégager un excédent considérable pour assurer la viabilité des finances publiques. Afin d’accroître la crédibilité de son programme, le gouvernement devrait envisager d’annoncer des mesures spécifiques qui permettront de le réaliser, notamment de nouvelles réductions de l’investissement public, un élargissement de l’assiette de l’impôt et un relèvement du taux de taxation de la consommation. En outre, le gouvernement doit poursuivre la réforme de la sécurité sociale afin de freiner les dépenses médicales et les dépenses de soins à long terme.

Pour mettre en place les conditions propices à une croissance soutenue à moyen terme, le Japon doit accélérer son programme de réformes structurelles.

  • Dans le secteur financier, il convient de continuer de renforcer la rentabilité et l’assise financière des banques afin que ces institutions puissent accorder du crédit et appuyer l’investissement et la croissance. Le gouvernement a annoncé récemment un plan de réforme visant à créer un système financier plus efficient et plus souple, notamment en renforçant les banques régionales. Le gouvernement a l’intention aussi de privatiser la poste et il sera important de mettre sur un pied d’égalité les entités résultant de la privatisation et leurs concurrents du secteur privé.
  • Dans le secteur des entreprises, en dépit de récentes améliorations qui sont les bienvenues, l’endettement reste élevé et le rendement des actifs faible dans certains cas. La persistance d’entreprises non viables dans plusieurs secteurs pèse sur la rentabilité des entités plus saines: des progrès plus importants sont donc nécessaires dans la restructuration des entreprises.
  • Les autres priorités en matière de réforme sont l’intensification de la concurrence dans le secteur protégé de l’économie (notamment en déréglementant le secteur du détail et en facilitant l’entrée et la sortie du marché), l’assouplissement du marché du travail (notamment en accroissant la transférabilité des retraites) et la réforme des entreprises publiques.

Pays émergents d’Asie et Pacifique: l’expansion se poursuit, mais les excédents extérieurs persistent

Dans les pays émergents d’Asie, la croissance du PIB s’est accélérée pour atteindre 7,8 % en 2004 (tableau 1.6), soit 0,5 point de plus que prévu en septembre dernier et le chiffre le plus élevé depuis la crise asiatique. Cependant, ce bon résultat s’explique en grande partie par le dynamisme de l’activité fin 2003 et début 2004. Depuis — à l’exception importante de la Chine — la croissance du PIB dans la plupart des pays a ralenti notablement: il s’agit en partie d’un retour à un niveau plus viable, mais cela s’explique aussi par le fléchissement de l’expansion mondiale, la correction sur le marché des semi-conducteurs et le renchérissement du pétrole (même si l’impact de celui-ci a été modéré puisque la région importe essentiellement du brut lourd, dont le cours a augmenté relativement moins en 2004 — appendice 1.1). L’inflation globale et — dans une moindre mesure — l’inflation de base ont augmenté, mais restent modérées jusqu’à présent. Dans certains pays (notamment en Inde, en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande), cela s’explique en partie par les subventions substantielles aux prix du pétrole, qui ont pour contrepartie une détérioration proportionnelle de la situation budgétaire.

Tableau 1.6.Pays d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200320042005200620032004200520062003200420052006
Pays émergents d’Asie37.47.87.06.92.44.03.73.24.44.43.93.5
Chine9.39.58.58.01.23.93.02.53.24.24.24.0
Asie du Sud47,17,16,56,33,94,34,64,01,40,1‒0,7‒0,6
Bangladesh5,45,45,55,95,46,15,74,50,1‒1,2‒2,4‒2,5
Inde7,57,36,76,43,83,84,03,61,20,3‒0,3‒0,3
Pakistan5,66,56,76,32,96,77,96,54,10,3‒1,2‒0,8
ASEAN-45,45,85,45,84,04,45,34,55,75,54,43,3
Indonésie4,95,15,56,06,86,17,06,53,02,82,20,9
Malaisie5,37,16,06,21,11,42,52,512,913,313,612,2
Philippines4,76,14,74,53,05,56,84,94,34,62,62,0
Thaïlande6,96,15,66,21,82,72,92,15,64,52,01,4
Nouvelles économies industrielles d’Asie3,15,54,04,81,52,42,22,37,47,16,86,2
Corée3,14,64,05,23,53,62,93,02,03,93,62,9
Hong Kong (RAS)3,28,14,04,0‒2,6‒0,41,01,110,39,69,49,3
Singapour1,48,44,04,50,51,71,51,529,226,123,422,9
Taiwan, prov. chinoise de3,35,74,04,3‒0,31,61,61,510,26,26,65,9

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement d’Asie, nouvelles économies industrielles d’Asie et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement d’Asie, nouvelles économies industrielles d’Asie et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

L’évolution récente a été marquée par la catastrophe du tsunami et les terribles pertes en vies humaines et dégâts matériels qu’il a causés en Indonésie, au Sri Lanka, en Inde, en Thaïlande et dans plusieurs autres pays de la région. Comme noté à l’encadré 1.1, les coûts de la reconstruction — et l’impact sur les soldes budgétaires et extérieurs — dans les pays sinistrés seront énormes. Cependant, dans la plupart des cas — à l’exception des Maldives et, dans une moindre mesure, du Sri Lanka — l’impact sur la croissance du PIB sera faible, puisque les régions touchées représentent une petite partie de la production et que les effets négatifs sont largement compensés par les activités de reconstruction. Pour l’ensemble de 2005, il est prévu que la croissance du PIB de la région ralentira, mais restera robuste, à 7 %, avec un ralentissement modéré en Chine, une croissance encore vigoureuse en Inde et — dans les nouvelles économies industrielles et l’ASEAN 4 — un redressement graduel après le ralentissement du deuxième semestre de 2004, grâce à la reprise de la demande intérieure. À court terme, les prévisions sont orientées un peu plus à la baisse qu’à la hausse. D’une part, la croissance du PIB en Chine pourrait être plus forte que prévu, ce qui stimulerait l’activité — en particulier dans les nouvelles économies industrielles — en 2005, quoique avec le risque d’un ralentissement plus prononcé par la suite7. D’autre part, les cours du pétrole — y compris du brut lourd — sont aujourd’hui largement supérieurs au cours de référence des Perspectives, et dans certains pays les augmentations antérieures finiront par peser sur la demande. En outre, il faudra peut-être attendre plus que prévu pour que les capacités excédentaires dans le secteur des technologies de l’information se réduisent, ce qui compromettrait le redressement attendu de la demande intérieure; et la demande extérieure — particulièrement au Japon et en Europe — pourrait être plus faible que prévu. En outre, les Philippines et l’Indonésie sont relativement exposées à une hausse des taux d’intérêt américains.

La tension entre les objectifs du maintien d’une inflation faible et de la stabilité du taux de change nominal demeure un problème fondamental dans la région. Étant donné la solidité des positions extérieures, la plupart des pays opèrent une stérilisation substantielle, une activité généralement coûteuse et de plus en plus difficile à maintenir sur une longue période (graphique 1.13). En posant comme hypothèse des taux de change effectifs réels constants, il est prévu en général que les excédents courants resteront élevés (et étant donné la discordance statistique croissante des transactions courantes mondiales — encadré 1.4 — ces excédents ont des chances d’être plus élevés que prévu); si la situation varie d’un pays à l’autre, les monnaies de la région devront probablement s’apprécier notablement en valeur réelle à moyen terme. Dans ces conditions, sauf évolution défavorable imprévue, les entrées de capitaux pourraient aussi rester soutenues. Dans ce contexte, un assouplissement des taux de change — tant vis-à-vis du dollar américain qu’en valeur pondérée en fonction des échanges commerciaux internationaux — sera de plus en plus souhaitable du point de vue de la gestion monétaire à court terme et conforme aux données économiques fondamentales à moyen terme. Si les indices récents d’un assouplissement des taux de change dans plusieurs pays — notamment en Corée — sont les bienvenus, ce mouvement doit maintenant s’étendre à l’ensemble de la région.

Graphique 1.13.Pays émergents d’Asie: comptes courants, épargne et investissement

Les excédents courants élevés s’expliquent — à des degrés divers — par la vigueur de la croissance de la productivité et de l’épargne, et la faiblesse relative de l’investissement. Avec l’allure soutenue des entrées de capitaux, cela a nécessité des efforts de stérilisation substantiels dans toute la région.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; CEIC Data Company Limited; estimations des services du FMI.

1Pondéré par le PIB établi selon la PPA.

2Augmentation des réserves moins augmentation de la monnaie centrale.

En Chine, la croissance du PIB est restée très vigoureuse en dépit de récentes mesures d’austérité, le ralentissement de la croissance de l’investissement étant compensé par un redressement des exportations. Si la hausse des prix à la consommation reste faible, la pression des coûts — y compris les salaires et la pénurie de services publics, en particulier d’électricité — s’intensifie. Étant donné la vigueur de l’expansion, il faudra probablement continuer de durcir les conditions monétaires pour éviter une résurgence de l’investissement; comme les transactions courantes et les mouvements de capitaux continuent d’exercer de fortes pressions à la hausse sur le renminbi, cela serait facilité par un assouplissement du taux de change. La récente dépréciation effective du renminbi en valeur réelle et la persistance d’une croissance vigoureuse de la productivité par rapport aux partenaires commerciaux aideraient à atténuer le risque d’effets négatifs sur l’emploi. Pour ce qui est du budget, le déficit de 2004 a été largement inférieur aux prévisions, principalement du fait du gonflement des recettes; la poursuite d’une politique budgétaire restrictive aiderait à contenir les pressions de la demande et à faire face aux pressions sur les dépenses qui, à moyen terme, résulteront d’une éventuelle restructuration bancaire et des engagements au titre des retraites, ainsi que des besoins sociaux et des besoins en infrastructure. L’investissement en Chine étant exceptionnellement élevé en pourcentage du PIB, il sera essentiel à moyen terme d’améliorer l’efficience de l’investissement et de modifier la composition de la demande au profit de la consommation et donc du bien-être social. À cet égard, il reste crucial de poursuivre les réformes des banques et des entreprises publiques; un assouplissement du marché du travail — notamment en allégeant les restrictions aux migrations internes — aiderait aussi à gérer les problèmes posés par la croissance rapide de la population active.

Comme l’expansion devrait se poursuivre dans les nouvelles économies industrielles et les pays de l’ASEAN-4, des cycles de durcissement monétaire sont généralement en cours, sauf en Corée, où la demande intérieure reste freinée par le surendettement des ménages et des PME. Si la croissance de la demande intérieure s’est redressée, son niveau reste exceptionnellement faible, les ratios d’investissement s’établissant souvent à peine audessus des plus bas enregistrés après la crise asiatique. Si cette situation est peut-être en partie cyclique par nature, elle souligne aussi qu’il est nécessaire de continuer d’améliorer le climat d’investissement, notamment en s’attaquant aux faiblesses qui subsistent dans le secteur financier et le secteur des entreprises, et, dans certains cas, en prenant des mesures pour améliorer les infrastructures. Depuis la crise, les situations budgétaires se sont améliorées dans l’ensemble, mais la dette publique est élevée, surtout aux Philippines, où l’application des éléments budgétaires du programme de réformes du nouveau gouvernement est à la traîne. En Indonésie, la dette publique est élevée aussi, même si elle a diminué nettement ces derniers temps; si les dépenses liées au tsunami seront financées dans une large mesure par une aide accrue, il est nécessaire de réduire les subventions aux carburants, d’attirer des investissements privés dans les infrastructures et d’améliorer l’administration de l’impôt pour continuer d’assurer que les déficits et la dette resteront viables à moyen terme. De manière plus générale, il convient de se préoccuper de plus en plus des pressions découlant du vieillissement des populations et dans certains pays — y compris en Corée, où le rapport inactifs/actifs augmentera particulièrement nettement — une action supplémentaire est nécessaire pour prévenir un déficit des caisses de retraite.

En Inde, la croissance du PIB a ralenti légèrement, mais devrait rester robuste, l’impact de moussons irrégulières et du renchérissement du pétrole étant compensé par la vigueur de l’activité industrielle et de l’investissement. En réaction à une nette hausse de l’inflation au deuxième semestre de 2004 et à une détente des conditions de liquidité — en partie du fait de l’expansion des entrées de capitaux — la Banque de réserve d’Inde a relevé à juste titre les taux d’intérêt et a assoupli quelque peu le taux de change. L’inflation semble maintenant ralentir, mais comme les taux d’intérêt réels à court terme restent très bas et que la croissance du crédit commercial dépasse 25 %, la banque centrale devra continuer de suivre la situation de près. Le déficit de l’ensemble des administrations publiques restant proche de 10 % du PIB, le rééquilibrage budgétaire reste de première importance, d’autant plus que l’ambitieux programme social qui figure dans le programme minimum commun du nouveau gouvernement pourrait à terme accroître les dépenses de 10 % du PIB. Au-delà des risques à moyen terme qui pèsent sur la stabilité macroéconomique et du frein que constitue le déficit pour l’investissement, il pourrait aussi limiter les progrès en matière de réformes structurelles (notamment dans le secteur financier). La récente loi sur la responsabilité budgétaire fournit un bon cadre d’action à moyen terme, mais elle doit être appliquée plus rigoureusement, la proposition de réduction du déficit figurant dans le budget de l’exercice 2005/06 se situant en deçà de l’ajustement annuel minimum qui est requis par la loi. Il est essentiel aussi de continuer de renforcer les finances des États, qui représentent la moitié du déficit global. Si le budget n’a proposé que des réformes structurelles modestes, la situation économique favorable offre une occasion importante d’améliorer le climat des affaires — un pas important en vue d’accroître la participation du secteur privé dans les infrastructures — notamment en s’attaquant aux rigidités du marché du travail; en opérant une réforme agricole, qui est essentielle pour réduire la pauvreté; en poursuivant la libéralisation des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux; et en renforçant le secteur financier, qui reste exposé au risque de taux d’intérêt, étant donné son large portefeuille de titres publics.

Ailleurs en Asie du Sud, la croissance du PIB s’est redressée notablement au Pakistan, tandis que l’ajustement budgétaire — appuyé par des entrées de capitaux officiels et un allégement de la dette — a entraîné une amélioration substantielle des indicateurs de la dette publique et de la dette extérieure. Il sera nécessaire de continuer d’élargir l’assiette de l’impôt et de réduire la fraude fiscale pour maintenir cette réduction de la dette tout en finançant les dépenses nécessaires dans le domaine social et les infrastructures. Au Bangladesh, la croissance du PIB reste solide aussi en dépit d’inondations dévastatrices l’année dernière. La gestion macroéconomique étant généralement prudente, il est primordial de poursuivre le programme de réformes structurelles — renforcer l’administration de l’impôt, assainir les banques commerciales nationalisées et s’en désengager, et restructurer les entreprises du secteur de l’énergie —, une tâche compliquée par les récentes tensions politiques. Si le Pakistan a accompli des progrès substantiels dans la modernisation de son industrie du textile, l’ajustement à la suppression des contingents textiles constituera une épreuve majeure pour le Bangladesh: il est donc nécessaire d’établir et d’appliquer rapidement un programme de restructuration de ce secteur.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, la croissance du PIB est restée vigoureuse en 2004, même si elle a ralenti au deuxième semestre en raison du fléchissement de la croissance mondiale et du renchérissement du pétrole, de l’appréciation antérieure du taux de change et d’un certain tassement du marché immobilier. En Australie, les limites de l’offre, en particulier pour ce qui est des exportations, ont contribué aussi au ralentissement de la croissance, alors qu’en Nouvelle-Zélande, la baisse des migrations nettes a été un facteur. La Banque de réserve d’Australie et la Banque de réserve de Nouvelle-Zélande ont relevé leurs taux d’intérêt de 25 points de base en mars 2005; en Australie, c’était le premier relèvement des taux depuis fin 2003, alors que la Banque de réserve de Nouvelle-Zélande avait relevé ses taux de 150 points de base en 2004. Comme la croissance devrait ralentir dans les deux pays en 2005, il n’est pas certain qu’un nouveau durcissement monétaire soit nécessaire. Beaucoup dépendra de l’évolution du marché du travail, le chômage étant au plus bas dans les deux pays. La situation budgétaire des deux pays reste solide, avec des excédents budgétaires et une dette publique faible et en baisse, mais les deux pays sont exposés à des pressions substantielles dues au vieillissement de leur population: il est donc nécessaire de poursuivre les réformes pour accroître le taux d’activité, stimuler la productivité, qui, en dépit de progrès récents, demeure bien en deçà de celle des États-Unis, et maintenir les dépenses de santé et de retraite sur une trajectoire viable.

Amérique latine: la politique budgétaire est-elle enfin sur la bonne voie?

La vigueur de la reprise en Amérique latine a continué de dépasser les prévisions et la croissance de la région dans son ensemble en 2004 (5,7 %) a été la plus élevée depuis 1980 (tableau 1.7). La croissance a été particulièrement vive en Argentine, au Venezuela et en Uruguay — qui se sont relevés d’une profonde récession — ainsi qu’au Brésil et au Chili, qui continuent de recueillir les fruits d’une politique macroéconomique saine et de réformes structurelles. L’environnement extérieur favorable continue de soutenir l’activité, mais c’est aujourd’hui la demande intérieure qui tire la croissance, la consommation privée et l’investissement des entreprises progressant vivement. Bien qu’elle reste généralement bien contenue, l’inflation est remontée dans plusieurs pays, tandis que les transactions courantes ont dégagé un excédent de 0,8 % du PIB en 2004. Dans les Caraïbes, les ouragans ont pesé lourdement sur la croissance dans plusieurs pays.

Tableau 1.7.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200320042005200620032004200520062003200420052006
Hémisphère occidental2,25,74,13,710,66,56,05,20,40,80,2‒0,5
Mercosur32,66,14,43,713,45,76,45,01,51,90,7‒0,3
Argentine8,89,06,03,613,44,47,76,75,82,0‒1,2‒2,9
Brésil0,55,23,73,514,86,66,54,60,81,91,10,4
Chili3,36,06,15,42,81,12,53,1‒1,61,50,9‒1,3
Uruguay2,512,05,03,519,49,27,06,20,7‒0,3‒0,2‒0,6
Région des Andes1,47,34,24,010,58,36,97,93,54,43,72,6
Colombie4,04,04,04,07,15,95,24,8‒1,5‒1,1‒2,6‒2,6
Équateur2,76,63,93,77,92,72,02,0‒1,7‒0,50,81,2
Pérou3,85,14,54,52,33,72,12,4‒1,8‒0,10,50,2
Venezuela‒7,717,34,63,831,121,718,225,013,613,512,08,4
Mexique, Amérique centrale et Caraïbes1,94,03,63,56,07,15,14,1‒1,6‒1,6‒1,8‒2,0
Mexique1,64,43,73,34,54,74,63,7‒1,3‒1,3‒1,4‒1,6
Amérique centrale43,53,53,23,45,77,26,05,0‒5,1‒5,1‒4,4‒4,0
Caraïbes51,42,13,05,319,429,07,86,70,4‒0,6‒2,7‒2,5

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés).

Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés).

Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago.

L’activité économique dans la région semble fléchir pour s’établir à un rythme plus viable et une croissance de 4,1 % est prévue pour 2005. Cependant, cette perspective n’est pas dénuée de risques, en particulier si les cours du pétrole restent instables, si les taux d’intérêt dans les pays industrialisés augmentent plus nettement que prévu, si les marges sur la dette des pays émergents continuent de se creuser ou si la croissance dans les pays industrialisés ralentit de manière prolongée. Une dépréciation limitée et ordonnée du dollar américain n’aura probablement pas de répercussions notables sur les économies latinoaméricaines, car bon nombre des monnaies de la région suivent le dollar d’assez près, mais une dépréciation désordonnée pourrait avoir un impact plus sérieux si elle entraînait des turbulences sur les marchés de capitaux internationaux et une détérioration des conditions de financement des pays émergents.

Il est encourageant de constater que, contrairement à ce qui s’est passé lors des phases de redressement des années 90, beaucoup de gouvernements ont tiré parti de la situation économique favorable pour renforcer leur situation budgétaire, préfinancer leurs obligations de 2005 et améliorer la structure de leur dette, même s’il existe des différences entre l’évolution budgétaire des principaux pays exportateurs de pétrole et des autres pays de la région (graphique 1.14):

Graphique 1.14.Amérique latine: les résultats budgétaires s’améliorent, mais la dette publique reste trop élevée

(Moyennes non pondérées)

Les résultats budgétaires ont été meilleurs pendant la phase de redressement actuelle que dans celles des années 90. Cependant, la dette publique demeure excessive dans de nombreux pays. Les pays exportateurs de pétrole n’ont pas tiré parti des cours du pétrole élevés pour améliorer leur situation budgétaire.

Source: calculs des services du FMI.

1Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras et Panama.

2Équateur, Mexique et Venezuela.

  • Dans les principaux pays exportateurs de pétrole — Équateur, Mexique et Venezuela — la hausse des cours du pétrole a engendré un supplément de recettes considérable. Cependant, les dépenses primaires ont progressé substantiellement aussi. Par rapport à 2002, l’excédent primaire en 2004 n’a été qu’un peu plus élevé au Mexique — où les autorités privilégient l’accroissement des dépenses d’équipement — et en Équateur, mais a augmenté plus nettement au Venezuela.
  • Les autres pays — à l’exception de l’Argentine — ont enregistré dans l’ensemble un supplément de recettes plus limité. Un grand nombre de ces pays ont réduit leurs dépenses primaires (en pourcentage du PIB) et l’excédent primaire moyen a augmenté substantiellement depuis 2002. En Amérique centrale, la maîtrise des dépenses primaires a contribué à une légère amélioration de l’excédent primaire sur la période 2002–04.

L’amélioration des situations budgétaires est bienvenue, mais la dette publique en Amérique latine, quoique en baisse, reste élevée et constitue une source notable de vulnérabilité (l’appréciation récente des monnaies locales vis-à-vis du dollar américain a contribué à réduire la dette, mais il n’est pas certain que ces gains seront durables). Par conséquent, il reste prioritaire de rééquilibrer le budget et de prendre des mesures plus générales pour améliorer la viabilité de la dette publique — notamment des réformes structurelles qui permettraient de stimuler la croissance — et les perspectives économiques aujourd’hui favorables offrent une occasion importante d’aller de l’avant dans ce domaine. Il est particulièrement important que les pays exportateurs de pétrole tirent pleinement parti des cours élevés du pétrole pour renforcer leur position budgétaire. Une leçon évidente est à tirer des précédentes phases de rééquilibrage: les excédents budgétaires doivent être durables et non reposer sur des compressions irréalistes des dépenses ou des impôts sources de distorsions qui sapent l’efficience et la croissance et qui en fin de compte doivent être annulés. À cet égard, il est essentiel de disposer d’institutions solides qui appuient une politique budgétaire prudente. En outre, les réformes budgétaires devront mettre l’accent sur un élargissement de l’assiette de l’impôt et une augmentation de l’enveloppe consacrée à l’investissement dans les infrastructures et au dispositif de protection sociale (même si l’amélioration de l’efficacité de la fourniture des services sociaux et le ciblage du dispositif de protection sociale seront aussi importants que l’augmentation des dépenses pour les efforts de réduction de la pauvreté et des inégalités).

Étant donné la remontée récente de l’inflation, la banque centrale de plusieurs pays — dont le Brésil, le Mexique et le Pérou — ont durci à juste titre leur politique monétaire et ont ainsi renforcé la crédibilité de leur relativement récent dispositif de ciblage de l’inflation. La flexibilité des taux de change a joué un rôle important à l’appui de ces dispositifs; elle a aussi contribué à améliorer les résultats du secteur extérieur et à accroître la capacité d’adaptation de la région aux chocs. Si les dispositifs de ciblage de l’inflation n’excluent pas les interventions sur les marchés des changes — en fait, l’accumulation de réserves en fonction des conditions du marché reste une priorité en Argentine et au Brésil —, ces interventions doivent être compatibles avec la réalisation de l’objectif d’inflation. L’inflation étant aujourd’hui bien mieux maîtrisée, les pays devraient saisir chaque occasion de renforcer les incitations à l’intermédiation dans la monnaie locale.

En Argentine, la reprise reste vigoureuse. L’expansion a atteint 9 % l’an dernier, grâce à une robuste croissance de l’investissement des entreprises. L’inflation est remontée ces derniers mois, mais elle devrait se situer à l’intérieur de la fourchette fixée comme objectif par la banque centrale en fin d’année. Les résultats budgétaires ont dépassé les prévisions en 2004, l’excédent primaire étant estimé à 5,1 % du PIB. Pour que ce redressement soit durable et que le chômage diminue, il sera nécessaire de continuer de mener une politique budgétaire prudente — qui facilite une réduction de la dette, l’élimination progressive des impôts sources de distorsions et une augmentation des dépenses sociales et des dépenses d’infrastructures —, de normaliser les relations avec les créanciers privés et d’accélérer les réformes structurelles. En Uruguay, le redressement est plus rapide que prévu — avec une croissance de 12 % l’an dernier — et les indicateurs financiers continuent de s’améliorer, même si la dette publique reste très élevée.

Au Brésil, la poursuite d’une politique macroéconomique saine et de réformes structurelles porte ses fruits. Tirée par un investissement robuste et des exportations dynamiques, la croissance a été vigoureuse en 2004 et devrait s’établir à 3,7 % cette année. L’inflation est remontée et la banque centrale a réagi en relevant les taux d’intérêt à plusieurs reprises depuis septembre. Les résultats budgétaires ont dépassé les prévisions, avec un excédent primaire de 4,6 % du PIB en 2004. Il sera important de maintenir une politique budgétaire restrictive en 2005 et au-delà afin de continuer de réduire la dette publique et l’ajustement budgétaire devra être appuyé par des réformes fiscales et des réformes des retraites. Les autorités ont adopté récemment des lois sur la réforme des faillites, la réforme du système judiciaire et les partenariats public-privé, et devraient continuer de tirer parti de la situation aujourd’hui favorable pour poursuivre leurs réformes.

Au Chili, l’expansion économique est robuste, grâce à la vigoureuse croissance des exportations — liée à la situation favorable sur le marché du cuivre — et à l’investissement privé. L’inflation est revenue dans la fourchette-objectif officielle (après être tombée au-dessous de l’objectif au début de 2004) et la banque centrale a commencé à durcir la politique monétaire. Le gouvernement continue d’observer la règle de l’équilibre du budget structurel et des recettes vigoureuses ont soutenu un excédent budgétaire global de plus de 2 % du PIB en 2004.

Dans la région des Andes, la croissance de l’économie vénézuélienne devrait ralentir en 2005, bien que l’évolution des secteurs pétrolier et non pétrolier ait des chances d’être plus favorable que prévu. Il est important que les autorités prennent des mesures décisives pour renforcer la situation budgétaire, réduisent la dépendance à l’égard des cours du pétrole et opèrent des réformes axées sur les mécanismes du marché pour maintenir le dynamisme de l’activité dans le secteur non pétrolier. En Colombie, la croissance reste robuste, mais il est prévu que le déficit des transactions courantes se creuse, en partie à cause d’une baisse des exportations en volume. Au Pérou, la croissance est vigoureuse aussi et la banque centrale a atteint l’objectif d’inflation fixé pour fin 2004. Dans les deux pays, la monnaie s’est appréciée vis-à-vis du dollar américain et la banque centrale a accru ses achats de devises pour limiter les pressions à la hausse sur la monnaie (la Colombie a aussi limité les entrées de capitaux à court terme). Cependant, il est important que la gestion du taux de change reste compatible avec la réalisation de l’objectif annoncé pour l’inflation. En Équateur, la croissance a été stimulée par une augmentation substantielle des exportations de pétrole, et le gouvernement s’est retrouvé dans une situation favorable pour appliquer son programme de réformes.

Au Mexique, la reprise est générale: elle est dopée par le redressement du secteur manufacturier américain et les réformes du secteur financier qui ont renforcé la confiance et la demande intérieure. Cependant, la hausse des prix à la consommation a été supérieure à la fourchette-objectif de 2–4 % de la Banque du Mexique et la politique monétaire a été durcie au cours de l’année écoulée. Sur le plan budgétaire, si les objectifs du gouvernement ont été atteints, le rééquilibrage budgétaire doit être renforcé tandis que les cours du pétrole sont élevés et que la croissance se redresse. À cet effet, il faudra maîtriser les dépenses et réformer le système fiscal afin d’accroître les recettes du secteur non pétrolier. Pour stimuler la croissance à moyen terme, il faut opérer des réformes structurelles ailleurs que dans le secteur financier, notamment dans les secteurs de l’énergie et des télécommunications pour accroître l’efficience et promouvoir l’investissement, ainsi que sur le marché du travail pour accroître la productivité et l’emploi dans le secteur formel.

En Amérique centrale, la croissance s’est redressée et les déséquilibres économiques ont été réduits, mais la volatilité des cours du pétrole constitue un danger pour les perspectives. La ratification de l’Accord de libre-échange États-Unis/Amérique centrale fournirait une impulsion bien nécessaire à la croissance, en particulier après la suppression des contingents textiles qui nuira probablement au secteur du textile dans plusieurs pays de la région (encadré 1.3). Il sera nécessaire d’accélérer les réformes structurelles, et de les appuyer par des politiques budgétaires et monétaires saines, afin de maximiser les avantages de l’Accord de libre-échange États-Unis/Amérique centrale et de faire face à la concurrence sur les principaux marchés d’exportation. Dans les Caraïbes, plusieurs pays se trouvent confrontés à de graves difficultés après les récents ouragans. La volatilité des cours du pétrole et le niveau élevé de la dette publique représentent d’autres problèmes dans la région et il convient en particulier de s’efforcer de consolider les budgets et d’améliorer la viabilité de la dette publique.

Pays émergents d’Europe: le déficit des comptes courants demeure un problème

En 2004, les pays émergents d’Europe ont enregistré leur plus forte croissance depuis le début de la transition: une robuste activité en Europe centrale et en Turquie a élargi l’expansion qui était tirée par les pays baltes et l’Europe du Sud et du Sud-Est. Le redressement initial — où la croissance rapide du crédit intérieur a financé une envolée de la consommation dans une bonne partie de la région — s’est étendu au secteur des exportations, bien que les monnaies se soient appréciées notablement depuis 2004 — en dépit d’une certaine dépréciation récemment. Cependant, comme la vigoureuse demande intérieure a stimulé les importations, les déficits des transactions courantes se sont généralement creusés, tandis que l’inflation a progressé dans la plupart des pays de la région — à l’exception notable de la Turquie — en réaction au renchérissement du pétrole, aux effets de la croissance du crédit intérieur et aux ajustements fiscaux ponctuels liés à l’adhésion à l’UE (tableau 1.8).

Tableau 1.8.Pays émergents d’Europe: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200320042005200620032004200520062003200420052006
Pays émergents d’Europe4,66,24,54,59,56,75,44,1‒4,3‒4,9‒4,7‒4,3
Turquie5,98,05,05,025,310,69,06,1‒3,4‒5,2‒4,5‒3,7
Turquie non comprise4,15,54,34,33,75,23,93,2‒4,7‒4,8‒4,8‒4,6
Pays baltes8,06,96,96,30,63,13,93,6‒8,8‒10,9‒10,3‒9,6
Estonie5,16,26,05,51,33,03,72,7‒13,2‒13,8‒11,0‒9,7
Lettonie7,58,07,36,22,96,35,75,3‒8,2‒12,3‒10,9‒9,8
Lituanie9,76,67,06,8‒1,21,22,93,0‒7,0‒8,6‒9,5‒9,3
Europe centrale3,64,83,83,92,24,23,12,7‒3,9‒3,8‒4,0‒4,0
Hongrie3,04,03,73,84,76,84,03,8‒9,0‒9,0‒8,6‒8,1
Pologne3,85,33,53,70,83,53,12,5‒1,9‒1,5‒2,1‒2,5
République slovaque4,55,54,84,98,57,53,62,8‒0,9‒3,4‒6,0‒4,6
République tchèque3,74,04,03,90,12,82,52,7‒6,2‒5,2‒4,8‒4,4
Slovénie2,54,44,04,05,63,62,32,00,1‒0,6‒1,4‒2,2
Europe du Sud et du Sud-Est4,67,25,35,010,79,56,64,8‒6,8‒7,2‒6,4‒5,8
Bulgarie4,35,75,55,52,36,14,03,5‒9,3‒7,4‒7,6‒6,9
Chypre1,93,73,84,04,12,32,52,5‒3,4‒4,1‒3,4‒2,7
Malte‒1,81,51,51,81,92,72,41,9‒5,8‒10,3‒4,0‒3,0
Roumanie5,28,35,55,015,311,98,25,7‒6,8‒7,5‒6,9‒6,3

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Il est prévu que l’activité ralentira en 2005: le cycle parviendra à maturité en Europe centrale et dans les pays baltes, et la croissance fléchira pour s’établir à un niveau plus durable en Turquie. Les déficits des transactions courantes devraient alors se réduire et l’inflation baisser dans l’ensemble de la région. Au stade actuel, les perspectives sont orientées plutôt à la baisse qu’à la hausse. Un ralentissement prolongé en Europe occidentale freinerait probablement la croissance des exportations, tandis qu’une nouvelle nette dépréciation du dollar américain vis-à-vis de l’euro présente aussi des risques, puisque la plupart des monnaies de la région sont liées à l’euro. Si la majorité des exportations de la région sont à destination de l’Europe occidentale, les pays qui exportent davantage en dehors de la zone euro pourraient enregistrer une détérioration de leur solde des transactions courantes, tandis que la plupart des pays ne profiteront guère de l’incidence des variations de change sur la dette extérieure puisqu’une part relativement faible de leurs engagements sont libellés en dollars. La hausse persistante des cours du pétrole constitue un autre risque pour la croissance et le solde des transactions courantes. Enfin, la croissance rapide du crédit présente un risque pour les banques dans plusieurs pays, en particulier si la qualité du crédit se détériore face à un ralentissement imprévu de la croissance ou à de fortes fluctuations des taux de change, ce qui constitue un problème pour le contrôle bancaire.

Étant donné ces perspectives, le niveau élevé et croissant des déficits des transactions courantes dans la région demeure un facteur de vulnérabilité important. Cependant, la source de ces déficits variant d’un pays à l’autre (graphique 1.15), les priorités des pouvoirs publics sont différentes.

Graphique 1.15.Pays émergents d’Europe: le problème du déficit des transactions courantes

(En pourcentage du PIB)

L’épargne nationale stagne, mais l’investissement augmente.

1Pondéré par le PIB établi sur la base de la PPA pour les agrégats.

2Pour l’Europe du Sud et du Sud-Est, la dette nette est utilisée pour Chypre.

  • Dans les pays baltes et les pays de l’Europe du Sud et du Sud-Est, les taux d’investissement ont progressé, mais l’épargne a stagné, une baisse de l’épargne privée — due à la forte croissance du crédit qui a financé une hausse de la consommation — compensant l’amélioration des soldes budgétaires. Les mesures visant à contenir les déficits des transactions courantes devront donc mettre l’accent sur la maîtrise de la croissance du crédit intérieur et l’augmentation de l’épargne privée, tout en maintenant une politique budgétaire restrictive.
  • En Europe centrale, si les taux d’investissement ont fléchi, la détérioration des soldes budgétaires a contribué à un creusement du déficit des transactions courantes dans plusieurs pays. Les pouvoirs publics ont pour tâche principale d’entretenir la reprise récente de l’investissement pour appuyer les perspectives de croissance, tout en contenant le déficit des transactions courantes. Cela nécessitera un rééquilibrage budgétaire ambitieux en vue d’accroître l’épargne, tout en opérant des réformes — notamment sur le marché du travail et dans le secteur public — pour améliorer le climat d’investissement. Une augmentation de l’investissement direct étranger aidera aussi à financer le déficit des transactions courantes.

La Pologne a enregistré une reprise vigoureuse grâce à la vigueur des exportations et à une forte accumulation des stocks. L’inflation a augmenté en raison de plusieurs facteurs ponctuels, parmi lesquels des relèvements d’impôts liés à l’adhésion à l’UE, mais la pression des salaires reste limitée, car le marché du travail manque encore de dynamisme. Il est prévu que la croissance ralentira quelque peu — le renforcement du zloty en 2004 devrait freiner les exportations — tandis que les relèvements des taux d’intérêt devraient atténuer les tensions inflationnistes en modérant la demande intérieure. L’exécution du plan Hausner a été décevante et il sera important d’en achever l’application et d’opérer des réformes budgétaires de plus grande envergure.

En Hongrie, l’activité économique a continué de se raffermir, la modération de la croissance de la consommation étant compensée par un rebond de l’investissement et des exportations. Il est prévu que la croissance ralentira quelque peu, tandis que la récente vigueur du forint et la faible pression des salaires semblent indiquer que les tensions inflationnistes sont modérées. Le double déficit (budgétaire et courant) demeure le principal risque, étant donné l’énorme besoin de financement extérieur à terme et la sensibilité des entrées de capitaux aux fluctuations du marché. Les objectifs budgétaires à moyen terme prévoient un rééquilibrage relativement modeste, et un effort budgétaire plus vigoureux et axé sur la maîtrise des dépenses est nécessaire pour maintenir la confiance, réduire le déficit extérieur et conduire à la participation au mécanisme de change européen II.

En République tchèque, le redressement s’est poursuivi à un rythme relativement stable, tiré par la croissance rapide des exportations et des investissements connexes. La vigueur de la demande intérieure et les relèvements des impôts indirects à la veille de l’adhésion à l’UE ont alimenté l’inflation en 2004, même si celle-ci est restée bien contenue, et le cycle de durcissement monétaire en place l’an dernier a pris fin avec une réduction des taux d’intérêt en janvier 2005. La vigueur de la croissance et l’augmentation des recettes de la TVA et des recettes non fiscales ont soutenu les recettes en 2004, mais la poursuite de l’ajustement budgétaire est une priorité des autorités, leur programme d’ajustement triennal étant un élément important de la poursuite du rééquilibrage. Comme dans les autres pays, il convient aussi d’opérer de nouvelles réformes structurelles et des réformes du marché du travail. En République slovaque, la croissance s’est accélérée en 2004 grâce au raffermissement de la demande intérieure, l’inflation globale est restée élevée essentiellement en raison des augmentations des prix administrés et des impôts indirects, et le déficit des transactions courantes s’est creusé. Il est prévu que la croissance ralentira quelque peu cette année, mais il convient d’accélérer le rééquilibrage budgétaire étant donné la concentration en fin de période des mesures prévues dans le cadre budgétaire triennal du gouvernement et les risques d’inflation.

Dans les pays baltes, l’activité reste vigoureuse, grâce à la robustesse de la demande intérieure et des exportations. Après l’adhésion à l’UE, la politique monétaire des trois pays est bien ancrée: l’Estonie et la Lituanie participent au mécanisme de change européen II depuis fin juin 2004, et la Lettonie a rattaché le lat à l’euro au début de 2005. La croissance vigoureuse du crédit, alimentée par les emprunts extérieurs des banques, a contribué à des déficits élevés des transactions courantes, et il est prévu que ceux-ci ne diminueront que légèrement cette année à mesure que la croissance ralentira pour s’établir à un niveau plus viable. Il sera essentiel de chercher à accroître l’épargne intérieure et de bien contrôler le système bancaire afin de réduire les facteurs de vulnérabilité. La Slovénie participe au mécanisme de change européen II depuis fin juin 2004, mais les autorités doivent encore s’attacher à observer le critère fixé par le Traité de Maastricht en matière d’inflation et à maintenir leur compétitivité, notamment au moyen de réformes du marché du travail et de la politique salariale.

En Bulgarie et en Roumanie, la croissance, alimentée par la hausse rapide du crédit, reste solide. En conséquence, le déficit des transactions courantes reste élevé: il est donc nécessaire de continuer de mener une politique budgétaire restrictive et de contenir la croissance des salaires et du crédit. Des réformes structurelles qui amélioreraient le climat d’investissement aideraient à attirer l’investissement direct étranger. La Banque nationale de Roumanie a laissé la monnaie s’apprécier davantage pour atteindre ses objectifs d’inflation et il convient d’accélérer les progrès dans les réformes structurelles et la lutte contre la corruption pour adhérer sans heurts à l’UE en 2007. En Bulgarie, une augmentation de 25 % du salaire minimum et les forces poussant à un relâchement de la politique budgétaire avant les élections parlementaires de la mi-2005 ont réduit les possibilités de contenir le déficit des transactions courantes.

Dans les pays des Balkans, si la croissance s’est redressée en Bosnie-Herzégovine et en Serbie-et-Monténégro, le déficit des transactions courantes demeure élevé: il est donc nécessaire d’opérer des réformes structurelles pour accroître la compétitivité des exportations. En Croatie, l’activité économique a ralenti, en partie à cause du rééquilibrage budgétaire, l’inflation reste modérée et le déficit des transactions courantes s’est réduit quelque peu. Il faudra mener des politiques budgétaire et monétaire restrictives afin de continuer de réduire le déficit courant.

En Turquie, une politique macroéconomique bien orientée et des réformes structurelles solides, ainsi qu’une amélioration de la confiance, ont alimenté une croissance robuste en 2004, tandis que l’inflation est tombée à son plus bas niveau en trente ans. Cependant, le déficit des transactions courantes s’est creusé, et son financement, quoique à court terme, a été facilité par une amélioration de l’opinion des marchés et la décision de l’UE d’entamer les négociations d’adhésion en octobre 2005. Il est prévu que la croissance ralentira pour s’établir à un niveau plus viable, mais le déficit des transactions courantes pourrait se ressentir de l’appréciation de la livre et de la vigueur de la demande intérieure. Des revirements d’opinion soudains des marchés constituent un risque pour le financement du déficit des transactions courantes et les autorités devraient mettre l’accent sur la réduction du déficit et le maintien de la confiance des marchés — notamment sur le plan budgétaire en assurant que l’objectif fixé pour l’excédent primaire est atteint et même dépassé si une croissance vigoureuse entraîne un supplément considérable de recettes — ainsi que sur la réduction de la dette publique, qui reste élevée même si elle a baissé récemment. Par ailleurs, pour soutenir le dynamisme de l’expansion, il faudra poursuivre les réformes structurelles, notamment dans les impôts et les dépenses, renforcer le cadre juridique et le système de contrôle des banques, restructurer les banques publiques et améliorer le climat d’investissement afin d’attirer des capitaux non générateurs d’endettement.

Communauté des États indépendants: la désinflation a-t-elle pris fin?

La croissance dans la Communauté des États indépendants est restée très vigoureuse en 2004, grâce à la bonne tenue des cours des produits énergétiques et des métaux et à la vigueur de la demande intérieure; elle a été renforcée par les solides relations régionales qui ont stimulé les exportations des pays importateurs de produits énergétiques. S’il est prévu que la croissance du PIB ralentira pour s’établir à un niveau plus durable en 2005, les perspectives restent favorables dans l’ensemble; l’évolution à l’extérieur de la région et celle des cours des produits de base devraient en général soutenir l’activité, bien que les limites des capacités de production et l’insuffisance de l’investissement commencent à limiter les gains que certains pays pourraient retirer (tableau 1.9). Une nouvelle hausse des cours du pétrole constitue la principale chance d’amélioration des perspectives, tandis que, comme noté plus bas, les signes récents d’un ralentissement de la croissance et de l’investissement en Russie constituent un risque de détérioration, étant donné le rôle dominant joué par ce pays dans la région.

Tableau 1.9.Communauté des États indépendants: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200320042005200620032004200520062003200420052006
Communauté des États indépendants7,98,26,56,012,010,311,48,86,48,59,46,9
Bélarus6,811,07,16,028,418,113,011,0‒2,9‒3,0‒3,4‒3,3
Kazakhstan9,39,48,07,76,46,97,36,5‒0,22,31,8‒0,8
Russie7,37,16,05,513,710,911,89,78,210,211,48,7
Ukraine9,612,17,04,05,29,012,55,95,811,07,22,5
CEI-77,28,49,514,28,67,98,97,3‒6,9‒9,4‒3,60,8
Arménie13,910,18,06,04,77,02,03,0‒6,8‒5,8‒5,5‒5,5
Azerbaïdjan10,810,121,638,32,28,17,65,0‒28,3‒27,3‒7,86,0
Géorgie11,18,56,05,04,85,76,84,0‒7,2‒7,5‒8,1‒6,0
Moldova6,37,05,04,011,712,310,08,1‒7,3‒7,1‒6,1‒5,9
Ouzbékistan1,57,13,52,514,88,814,113,08,90,84,53,9
République kirghize6,96,05,05,93,14,14,03,7‒2,8‒3,0‒6,3‒4,6
Tadjikistan10,210,68,07,016,47,15,75,5‒1,3‒3,9‒4,2‒4,2
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie37,67,46,46,412,810,411,39,47,19,010,37,9
Importateurs nets d’énergie49,211,57,04,58,810,111,76,52,15,53,10,4

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

De manière générale, les pays de la région ont accompli des progrès impressionnants dans la désinflation ces dernières années en appliquant des politiques monétaires et budgétaires saines tandis que les cours des produits de base s’envolaient (graphique 1.16). Cependant, étant donné l’inquiétude entourant les limites des capacités de production dans un contexte de croissance vigoureuse, les entrées de capitaux et les efforts déployés par de nombreux pays pour ralentir l’appréciation de leur monnaie, il semble que le rythme de la désinflation soit peut-être en train de ralentir notablement, ce qui place les autorités dans une situation difficile. Pour soutenir la désinflation, celles-ci devront gérer prudemment le surcroît de recettes tirées des exportations de pétrole et de produits de base sous la pression croissante des forces poussant à accroître les dépenses intérieures, et assouplir les taux de change. De manière plus générale, la politique monétaire et le contrôle bancaire doivent remédier aux problèmes posés par la croissance rapide de la monnaie et du crédit dans ce contexte.

Graphique 1.16.CEI: la désinflation ralentit-elle?

L’envolée des cours des produits de base a soutenu les soldes courants et budgétaires, mais les tensions inflationnistes subsistent.

Sources: FMI, INSDATA; calculs des services du FMI.

1Variation en pourcentage de décembre à décembre (novembre à novembre pour 2004). La CEI-7 est pondérée par le PIB établi sur la base de la PPA, sauf la Géorgie en raison d’un manque de données.

2La CEI-7 est pondérée par le PIB établi sur la base de la PPA.

3La CEI-7 est pondérée par le PIB établi sur la base de la PPA, sauf la Géorgie en raison d’un manque de données.

En Russie, la croissance du PIB a ralenti considérablement au deuxième semestre de 2004, essentiellement en raison du ralentissement de la croissance de la production pétrolière et d’un fléchissement marqué de l’investissement. Si les causes profondes de cette évolution ne sont pas totalement claires, il s’agit, entre autres, des répercussions de l’affaire Ioukos, qui a perturbé les approvisionnements pétroliers et a fait renaître les craintes concernant la protection des droits de propriété et l’intervention accrue de l’État dans l’économie; le ralentissement de la croissance du crédit après les turbulences dans le secteur bancaire au milieu de 2004; et la lenteur des progrès dans les réformes. Les prévisions pour 2005 supposent une inversion graduelle de cette tendance, mais il sera très important de prendre rapidement des mesures pour améliorer le climat d’investissement, notamment en limitant l’intervention des autorités de tutelle et en redynamisant l’effort de réforme. En dépit du ralentissement, les tensions inflationnistes restent fortes, les marchés du travail dans les régions à croissance rapide étant particulièrement tendus; comme les réserves extérieures continuent d’augmenter rapidement — l’excédent croissant des transactions courantes a plus que compensé la détérioration du compte de capital —, un assouplissement du taux de change sera nécessaire afin d’atteindre l’objectif officiel d’inflation pour 2005. En outre, il sera important d’éviter un nouvel assouplissement discrétionnaire de la politique budgétaire — à cet égard, il est noté avec satisfaction que les autorités ont l’intention de payer par anticipation leur dette vis-à-vis du Club de Paris. Cela dit, lorsque les tensions inflationnistes se seront atténuées, une plus grande partie des recettes pétrolières pourrait être utilisée pour appuyer un programme bien conçu de réformes structurelles.

En Ukraine, la croissance du PIB est montée en flèche à 12,1 % en 2004, grâce essentiellement à des facteurs extérieurs — parmi lesquels l’envolée des cours des métaux, la demande vigoureuse en Chine et en Russie, et un taux de change très compétitif. Dans le même temps, l’excédent des transactions courantes a augmenté nettement pour s’établir à 11 % du PIB et — la politique monétaire ayant pour principal objectif le maintien de la parité nominale vis-à-vis du dollar américain — l’inflation est remontée. En 2005, il est prévu que la croissance du PIB ralentira, tout en restant vigoureuse — les effets défavorables des turbulences financières qui ont entouré les élections présidentielles de décembre ne seront probablement que temporaires. À court terme, il s’agira principalement de réduire le risque de surchauffe et de ramener l’inflation au-dessous de 10 %: la politique monétaire devra donc être resserrée et appuyée par une politique de change plus flexible. Comme la politique budgétaire a été relâchée notablement à la veille des élections — avec notamment une nette augmentation des retraites — cela devra être appuyé par un rééquilibrage budgétaire substantiel. À moyen terme, il demeure essentiel de mettre en place les institutions nécessaires pour appuyer une économie de marché et — l’investissement privé restant très bas — d’améliorer le climat d’investissement.

Au Kazakhstan, la croissance du PIB est restée rapide en 2004, grâce au cours élevé du pétrole et à l’expansion du secteur pétrolier, et les perspectives pour 2005 restent très favorables. Comme les pressions de la demande s’intensifient et que l’inflation s’établit actuellement au-dessus de la fourchette fixée par les autorités pour l’année, il existe aujourd’hui un risque de surchauffe. Si le budget devrait rester excédentaire en 2005 et ne devrait pas donner de nouvelle impulsion, la persistance d’entrées massives de capitaux étrangers maintiendra la pression sur la politique monétaire et il sera nécessaire d’assouplir le taux de change. Étant donné l’envolée de la croissance du crédit, il est souhaitable de surveiller de plus près les portefeuilles des banques, ainsi que de renforcer le contrôle bancaire. L’ajustement des réserves obligatoires des banques — notamment pour les engagements extérieurs, qui augmentent rapidement — devrait aider à ralentir la croissance du crédit et les entrées de capitaux. S’il est important de diversifier l’économie en dehors du secteur pétrolier pour réaliser une croissance stable à moyen terme, il convient d’éviter d’appliquer une politique industrielle qui peut entraîner des distorsions et une mauvaise affectation des ressources.

La vigueur de la croissance dans les plus grands pays de la région a soutenu l’économie des pays à faible revenu de la CEI-7, les plus avancés dans les réformes obtenant de nouveau de meilleurs résultats en moyenne. L’Azerbaïdjan a tiré parti de la montée des cours du pétrole et du gaz, ainsi que des investissements directs étrangers dans ces secteurs, tandis que la hausse des cours des métaux a profité au Tadjikistan (aluminium), à l’Arménie (cuivre) et à la République kirghize (or). L’excédent des transactions courantes de l’Ouzbékistan a diminué du fait de la baisse des cours du coton et des importations liées au secteur de l’énergie. La charge de leur dette étant relativement lourde — sauf en Arménie — les pays de la CEI-7 restent vulnérables aux fluctuations de l’environnement extérieur, tandis que plusieurs pays auront aussi bien du mal à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Il est donc nécessaire d’opérer des réformes budgétaires et structurelles à long terme et d’améliorer le climat des affaires, et important d’obtenir un appui vigoureux et soutenu de la communauté internationale. Il doit être prioritaire aussi d’accorder davantage les règles commerciales avec les normes multilatérales, de libéraliser les régimes de transit au sein de la CEI-7 et avec les pays voisins, ainsi que d’éliminer les obstacles non tarifaires afin de stimuler la croissance en tirant parti d’une intégration économique plus poussée avec des économies plus grandes et de la diversification de la base d’exportation.

Afrique: un tournant?

En Afrique subsaharienne, la croissance du PIB réel s’est accélérée pour atteindre 5,1 % en 2004 (2,8 % par habitant), soit le chiffre le plus élevé depuis près de dix ans (tableau 1.10). La croissance est soutenue par la vigueur de l’économie mondiale, notamment les cours élevés du pétrole et des produits de base, l’amélioration des politiques macroéconomiques nationales et les progrès des réformes structurelles, ainsi que le dénouement de plusieurs conflits armés prolongés. La croissance a été particulièrement vigoureuse dans les pays où la production pétrolière a augmenté nettement (notamment l’Angola, la Guinée équatoriale et le Tchad) et où l’agriculture s’est redressée après une sécheresse (Éthiopie et Rwanda), mais les conflits et l’instabilité politique (Côte d’Ivoire) et une gouvernance déficiente (Zimbabwe) ont continué de peser sur les résultats de quelques autres pays. En dépit de l’appréciation des monnaies rattachées à l’euro, les cours élevés des produits de base ont entraîné une amélioration du solde des transactions courantes de la région. L’inflation a continué de fléchir pour s’établir au-dessous de 10 % en 2004, soit le niveau le plus faible depuis près de trente ans, mais, dans certains pays — notamment au Zimbabwe —, elle est restée très élevée.

Tableau 1.10.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200320042005200620032004200520062003200420052006
Afrique4,65,15,05,410,67,77,75,9‒0,30,20,80,5
Maghreb6,14,94,24,72,23,12,92,87,26,87,77,3
Algérie6,95,34,64,72,63,63,53,513,313,315,414,7
Maroc5,23,53,03,81,22,02,02,03,61,20,3
Tunisie5,65,85,05,92,83,62,52,5‒2,9‒2,1‒2,5‒2,5
Région subsaharienne4,25,15,25,613,39,19,26,8‒2,7‒1,9‒1,3‒1,6
Corne de l’Afrique31,99,17,26,910,68,66,66,1‒6,7‒6,7‒5,5‒6,2
Éthiopie‒3,911,65,74,615,19,05,45,0‒2,7‒6,1‒8,1‒7,5
Soudan6,07,38,38,67,78,47,57,0‒8,2‒6,8‒4,5‒5,5
Région des grands lacs44,15,45,35,98,26,96,84,1‒2,4‒4,0‒5,4‒6,4
Congo, Rép. dém. du5,76,87,07,012,83,912,75,2‒1,5‒2,5‒4,8‒6,7
Kenya1,63,13,33,79,811,56,63,6‒0,2‒3,7‒4,9‒5,7
Ouganda4,75,95,26,45,15,93,53,5‒6,2‒1,9‒4,4‒6,0
Tanzanie7,16,36,57,04,54,64,34,0‒2,4‒5,8‒5,4‒6,6
Afrique australe52,54,95,99,159,940,327,118,1‒4,0‒0,1‒1,5‒1,1
Angola3,411,213,824,598,343,620,111,7‒5,26,53,34,7
Zimbabwe‒10,0‒4,8‒1,6431,7282,4187,2103,7‒5,0‒5,3‒2,7‒3,7
Afrique de l’Ouest et Afrique centrale67,25,65,55,89,48,29,45,5‒3,6‒0,42,41,3
Ghana5,25,55,65,926,712,614,58,41,71,2‒1,3‒0,6
Nigéria10,73,57,45,814,015,014,87,3‒3,72,87,85,1
Zone franc CFA75,47,64,04,21,30,72,82,9‒4,0‒2,6‒1,7‒1,5
Cameroun4,54,33,94,60,60,32,02,0‒2,4‒1,7‒0,6‒0,8
Côte d’Ivoire‒1,6‒0,9‒1,42,03,31,52,02,03,93,14,13,5
Afrique du Sud2,83,74,03,55,81,44,55,0‒0,9‒2,5‒3,0‒2,6
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole3,54,74,54,810,16,87,25,9‒1,8‒2,7‒3,1‒3,1
Pays exportateurs de pétrole8,36,26,47,112,410,69,05,83,97,710,29,0

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Djibouti.

Burundi et Rwanda.

Botswana, Comores, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Namibie, République du Mozambique, Seychelles, Swaziland et Zambie.

Cap-Vert, Gambie, Guinée, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone et zone franc CFA.

Bénin, Burkina Faso, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République Centrafricaine, République du Congo, Sénégal, Tchad et Togo.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Djibouti.

Burundi et Rwanda.

Botswana, Comores, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Namibie, République du Mozambique, Seychelles, Swaziland et Zambie.

Cap-Vert, Gambie, Guinée, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone et zone franc CFA.

Bénin, Burkina Faso, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République Centrafricaine, République du Congo, Sénégal, Tchad et Togo.

Les perspectives restent favorables dans l’ensemble: une croissance de 5,2 % et de 5,6 % est prévue en 2005 et en 2006, respectivement, grâce à des politiques macroéconomiques prudentes, à la poursuite des réformes structurelles et à l’expansion de l’économie mondiale. Les pays exportateurs de pétrole devraient enregistrer la croissance la plus élevée — leur production continuant d’augmenter —, tandis que la croissance dans les pays non producteurs de pétrole devrait être freinée par le ralentissement des cours des produits de base non pétroliers. En particulier, le Bénin, le Burkina Faso et le Mali continueront de souffrir de la déprime des cours du coton. Les Seychelles et la Somalie ont été touchées par le récent tsunami. Si les effets de celui-ci sur la croissance aux Seychelles devraient être modestes, la situation budgétaire et la balance des paiements s’en ressentiront cette année. Pour la Somalie, les informations disponibles sont insuffisantes pour pouvoir évaluer les effets macroéconomiques du tsunami. Cependant, plusieurs risques importants pèsent sur ces perspectives, parmi lesquels un ralentissement de l’économie mondiale et une dépréciation désordonnée du dollar. En particulier, une nette dépréciation du dollar freinera probablement les exportations non pétrolières des pays de la zone franc CFA étant donné leur rattachement à l’euro et leur dépendance croissante à l’égard des marchés de la zone dollar (États-Unis et Asie). Par ailleurs, la hausse des cours du pétrole pèserait sur la croissance et la balance des paiements des pays non producteurs de pétrole, surtout si les cours des produits de base non pétroliers baissaient. Un autre problème important pour plusieurs pays de la région (notamment l’Afrique du Sud, le Kenya, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, Maurice et le Swaziland) sera l’ajustement à la suppression des contingents textiles, qui intensifiera la concurrence des pays asiatiques à faible coût sur les marchés des États-Unis et de l’UE — en conséquence, la production et les exportations de textiles, ainsi que l’emploi (essentiellement des femmes) dans ce secteur, diminueront probablement8.

Les chiffres encourageants de la croissance ces dernières années incitent de nouveau à l’optimisme et à penser que l’Afrique subsaharienne entre peut-être dans une période d’expansion économique vigoureuse et soutenue.

  • La croissance du revenu par habitant en Afrique subsaharienne s’est accélérée et est positive depuis cinq ans — une amélioration notable par rapport aux vingt années précédentes où l’Afrique subsaharienne avait enregistré la croissance la plus faible parmi les régions en développement.
  • La volatilité du revenu par habitant en Afrique subsaharienne a diminué au cours des vingt dernières années, en particulier dans les pays de la zone franc CFA (graphique 1.17). Cependant, comme noté au chapitre II, l’Afrique subsaharienne reste la région la plus instable du monde. Faute de marchés de capitaux et de mécanismes d’assurance développés — tels que les systèmes de sécurité sociale qui existent dans les pays industrialisés — les effets de la volatilité dans les pays pauvres sont substantiels, les ménages et les entreprises faisant face à d’énormes risques non assurables en termes d’emploi, de revenu et d’investissement (voir Pallage and Robe, 2003).

Graphique 1.17.Afrique subsaharienne: croissance de la production et volatilité

La volatilité macroéconomique pèse lourdement sur la croissance. La réduction de la volatilité en Afrique subsaharienne est l’un des facteurs qui ont aidé à accélérer la croissance des dernières années.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; INS DATA; Penn World Table Version 6.1; calculs des services du FMI.

1Croissance médiane de la production par habitant et volatilité (écart-type) des taux de croissance sur une période mobile de dix ans.

2Ratio des exportations plus importations au PIB.

3Chine, Corée, Hong Kong (RAS), Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

4Hors Japon.

Quels facteurs expliquent cette accélération de la croissance et cette baisse de la volatilité? Si la croissance et la volatilité sont influencées par de nombreux facteurs, les réformes économiques — qui conduisent à une utilisation plus efficiente des rares ressources et qui encouragent l’investissement dans des activités à haut rendement — et des politiques macroéconomiques solides ont joué un rôle important pour améliorer les perspectives de croissance soutenue et de stabilité macroéconomique dans le monde (voir chapitre II et Krueger, 2005). Un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne ont accompli des progrès dans la réforme de leur économie et l’exécution de leur politique macroéconomique au cours des dix dernières années, et l’accélération de la croissance et la réduction de la volatilité dans la région peuvent s’expliquer en grande partie par ces efforts de réforme et de stabilisation (voir le rapport du FMI sur les perspectives régionales de l’Afrique subsaharienne, à paraître). Une composante de cette stratégie a été l’adoption de réformes commerciales qui, en intensifiant la concurrence et en atténuant les effets négatifs de la volatilité sur la croissance économique, ont contribué à améliorer le potentiel de croissance des pays d’Afrique subsaharienne (encadré 1.5: ≪L’instabilité macroéconomique étrangle la croissance en Afrique subsaharienne≫). Cependant, les régimes de commerce de ces pays restent généralement plus restrictifs que ceux des économies dynamiques des pays émergents d’Asie.

En dépit de cette évolution encourageante, il demeure peu probable que la croissance du revenu par habitant dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sera suffisante pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Les pays doivent donc approfondir leur programme de réformes pour améliorer leurs perspectives de croissance, notamment en encourageant l’investissement du secteur privé, en développant les infrastructures et en renforçant les institutions (ce qui passe par une amélioration de la transparence, de la gouvernance et de la protection des droits de propriété). Les progrès accomplis dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique — une initiative internationale dont l’objectif est d’aller de l’avant dans ces domaines — ont été jusqu’à présent lents et limités. Par ailleurs, il reste essentiel de poursuivre les réformes dans le commerce, le secteur financier et le secteur public pour améliorer les perspectives de croissance dans la région. En complément de ces réformes, il faut continuer de mener une politique macroéconomique prudente, notamment une meilleure gestion budgétaire des recettes tirées du pétrole et des produits de base. Il est essentiel aussi d’appliquer une stratégie efficace pour atténuer l’impact de la pandémie du VIH/sida. Quant à la communauté internationale, elle doit appuyer ces efforts de réforme nationaux en augmentant son aide, en allégeant les dettes et en améliorant l’accès aux marchés.

L’Afrique du Sud enregistre une croissance plus vigoureuse de la production et une progression notable de l’emploi dans le secteur formel. La croissance a atteint 3,7 % en 2004 et devrait s’établir à 4 % cette année. L’activité est tirée par une demande intérieure soutenue, qui est alimentée par des taux d’intérêt faibles, l’effet de richesse de l’envolée des prix des actifs — en particulier des logements — et, récemment, une politique budgétaire plus expansionniste. En raison de la vigueur de la demande intérieure et de l’appréciation persistante du rand, le déficit des transactions courantes s’est creusé pour atteindre 2,5 % du PIB en 2004. Dopées par des rendements intérieurs élevés, les entrées de capitaux ont aidé la banque centrale à continuer de renforcer sa position en réserves de change. Les perspectives d’inflation semblent favorables dans l’ensemble, bien que la croissance monétaire soit très rapide et que les coûts unitaires de main-d’œuvre soient en hausse, d’où le risque accru que, faute d’un durcissement monétaire, l’objectif d’une inflation de 3–6 % ne soit pas atteint. En dépit de la récente progression de l’emploi, il est probable que le chômage restera élevé à moins que des réformes soient opérées pour réduire les rigidités existantes du marché du travail.

Au Nigéria, les résultats économiques à court terme restent fort tributaires de l’évolution des secteurs du pétrole et du gaz. La croissance a atteint 3,5 % en 2004 et devrait s’accélérer à 7,4 % cette année grâce à la mise en exploitation d’un grand champ pétrolier offshore et de deux trains de liquéfaction. L’adoption d’une politique macroéconomique plus prudente a contribué à contenir l’inflation, à dégager un excédent des transactions courantes et à accroître nettement les réserves de change. Il sera essentiel d’opérer de nouvelles réformes — axées sur un renforcement des politiques budgétaire et monétaire, la réforme de la fonction publique et la lutte contre la corruption — et de mener une politique macroéconomique saine pour réaliser une croissance économique rapide et soutenue. Le gouvernement devrait tirer parti de la situation aujourd’hui favorable pour appliquer d’autres réformes, notamment la libéralisation des échanges, l’unification des taux de change et des privatisations afin d’accroître l’efficience et la capacité d’adaptation de l’économie.

Encadré 1.5.L’instabilité macroéconomique étouffe la croissance en Afrique subsaharienne

De nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont pris ces dernières années d’importantes mesures pour instaurer un climat macroéconomique plus stable. Toutefois, la volatilité de la production reste forte, ce qui freine la croissance à long terme. Il faut donc redoubler d’efforts pour créer les conditions de la croissance forte et soutenue qui seule permettra de réduire la pauvreté. Des travaux récents montrent que la volatilité de l’économie exerce des effets particulièrement nocifs sur la croissance dans les pays à faible revenu (Hnatkovska and Loayza, 2005). Or, les pays d’Afrique subsaharienne ne sont pas seulement pauvres, ils sont aussi confrontés à un certain nombre de problèmes communs qui amplifient encore les effets négatifs de la volatilité. Le présent encadré examine brièvement certains de ces problèmes. Ils concernent la dynamique de l’investissement, le volume et la composition des relations commerciales avec l’économie mondiale, le niveau de développement du secteur financier national et la nature des politiques macroéconomiques.

Dynamique de l’investissement

Le niveau de l’investissement constitue un puissant facteur de transmission de la volatilité en Afrique (Kose, Prasad, and Terrones, 2005). Si le faible taux d’investissement a toujours constitué un handicap pour la croissance économique en Afrique subsaharienne, ses fluctuations ont été particulièrement néfastes (voir Fischer, Hernández-Catá and Khan, 1998, et Perspectives de l’économie mondiale, octobre 1999). Le taux moyen de croissance de l’investissement dans ces pays se situe depuis trois décennies au niveau le plus bas de toutes les régions du monde, et sa volatilité est la plus élevée (voir graphique).

Pourquoi une telle volatilité? Elle s’explique principalement par le risque élevé qui pèse sur le rendement des capitaux investis dans la région. Le niveau moyen de ce risque est déterminé par plusieurs facteurs, à savoir ceux qui affectent la volatilité macroéconomique globale, et les incertitudes qui entourent les décisions économiques futures et leur application (voir Azam and others, 2002). Il n’est donc pas étonnant que, selon les mesures habituelles du risque-pays, l’investissement soit beaucoup plus hasardeux en Afrique subsaharienne que dans les autres régions. On pourrait par conséquent accélérer la croissance en stabilisant les fluctuations de l’investissement dans la région. Si l’on ramenait par exemple la volatilité dans un pays type de l’Afrique subsaharienne au même niveau que celle d’un pays émergent d’Asie type — même avec un taux moyen d’investissement inchangé —, on augmenterait d’un ½ point la croissance annuelle du PIB réel par habitant1.

Principales caractéristiques régionales, 1970–2000

Sources: Penn World Table Version 6.1; FMI, International Financial Statistics;Kose, Prasad, and Terrones (2005).

1Écart-type des taux de croissance.

2Investissement réel par habitant.

3Consommation publique réelle par habitant.

4Somme des exportations et importations divisée par le PIB.

5Indicateur actualisé de Sachs et Warner. Voir Wacziarg and Welch (2003).

6Exportations primaires/total des exportations.

7Ratio crédit/PIB.

8Ratio investissement/PIB.

9100 – indice des investisseurs institutionnels.

Volume et composition des échanges internationaux

La faiblesse relative des relations commerciales entre les pays d’Afrique subsaharienne et le reste du monde limite leurs possibilités de lutter contre les effets négatifs de la volatilité sur la croissance. Malgré les améliorations constatées récemment pour l’ensemble de la région, les politiques commerciales de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont extrêmement restrictives. Elles comportent des tarifs douaniers élevés et dispersés et font un usage généralisé des obstacles non tarifaires. Or, plusieurs études montrent que l’intégration au commerce international constitue un facteur essentiel de croissance rapide dans les pays en développement, y compris ceux d’Afrique subsaharienne (voir Krueger, 2004). En outre, d’après des travaux récents, les échanges commerciaux jouent un rôle particulièrement important pour atténuer les effets négatifs de l’instabilité macroéconomique sur la croissance. Ainsi, l’intégration au commerce international pourrait aider un pays en développement à sortir d’une récession grâce à ses exportations, dans la mesure où une dépréciation de la monnaie aurait des effets plus positifs sur ses recettes que sur celles d’une économie moins orientée vers l’extérieur. L’augmentation des recettes d’exportation pourrait aussi faciliter le service de la dette, qui représente une lourde charge dans certains pays d’Afrique subsaharienne. Une libéralisation plus poussée des régimes commerciaux dans cette région serait donc très favorable à la croissance. Si les pays d’Afrique subsaharienne atteignaient le niveau moyen d’intégration au commerce international qui est celui des pays émergents d’Asie, la croissance annuelle de leur PIB réel par habitant augmenterait d’environ un point2.

Toutefois, dans les pays d’Afrique subsaharienne, les recettes d’exportation sont tributaires d’une gamme étroite de marchandises. Plus précisément, les produits de base représentent près de 90 % du total de leurs exportations, soit une proportion plus de deux fois supérieure à celle des pays émergents d’Asie. Ce pourcentage explique en grande partie les fortes fluctuations des termes de l’échange que l’on observe en Afrique subsaharienne, phénomène qui pèse sur la croissance3.

Secteur financier national et intégration financière internationale

Le fait que les systèmes financiers de la région sont sous-développés et peu intégrés aux marchés mondiaux amplifie l’effet négatif de la volatilité. Ainsi le crédit total au secteur privé en pourcentage du PIB dans les pays d’Afrique subsaharienne représente approximativement le cinquième de celui des pays émergents d’Asie, c’est-à-dire que le secteur financier ne joue qu’un rôle mineur dans leur économie. En outre, l’Afrique subsaharienne attire moins de capitaux que les autres régions du monde en développement (voir Reinhart and Tokatlidis, 2003). Or, des travaux récents montrent que le renforcement du secteur financier contribue beaucoup à la croissance non seulement par ses effets directs, mais aussi parce qu’il amortit l’impact négatif de la volatilité. Si par exemple le niveau de développement du secteur financier en Afrique subsaharienne atteignait celui des pays émergents d’Asie, le taux de croissance annuel de leur PIB réel par habitant pourrait augmenter d’un ½ point. Il apparaît aussi que l’intégration financière internationale atténue la relation négative entre volatilité et croissance dans la mesure où elle accroît les possibilités de partage des risques.

Nature des politiques macroéconomiques

Les pays d’Afrique subsaharienne subissent aussi les effets nocifs que des politiques budgétaires très instables et procycliques exercent sur leur croissance économique. Comme les recettes publiques dans cette région dépendent d’exportations de produits de base qui varient beaucoup, elles sont elles aussi soumises à de fortes fluctuations (Dehn, Gilbert, and Varangis, 2005). En même temps, les carences du contrôle des dépenses et l’absence de cadre budgétaire à moyen terme signifient souvent que les dépenses publiques augmentent en fonction des recettes, d’où une politique budgétaire extrêmement procyclique dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne (Kaminsky, Reinhart, and Vegh, 2004). Or, des travaux récents montrent que les politiques budgétaires instables et procycliques, dans la mesure où elles amplifient souvent les fluctuations macroéconomiques, font obstacle à la croissance (Fátas and Mihov, 2003).

La croissance économique de l’Afrique subsaharienne s’est renforcée ces dernières années et sa volatilité a diminué. Toutefois, malgré cette évolution souhaitable, elle est toujours inférieure au niveau qui permettrait à ces pays d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement et la volatilité de leurs économies reste la plus élevée du monde. Certes, la stabilité macroéconomique ne peut pas à elle seule assurer la croissance en Afrique subsaharienne, mais des travaux récents montrent qu’elle peut y contribuer beaucoup. Sans stabilisation, tous les facteurs qui menacent la croissance dans la région auront des effets beaucoup plus dévastateurs. Cet encadré, comme l’analyse du chapitre II, suggère que l’on ne pourra réduire la volatilité économique et accélérer la croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne que par la création d’un climat plus favorable à l’investissement, l’expansion et la diversification des exportations, l’approfondissement du secteur financier national et la mise en œuvre de politiques budgétaires prudentes.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont Ayhan Kose et Marco Terrones.1Les calculs présentés dans cet encadré sont tirés de Kose, Prasad, and Terrones (2005).2Toutefois, pour obtenir ce gain de croissance, il faudrait que les grands marchés des principaux produits de base procèdent à une libéralisation réciproque. En outre, pour atténuer l’impact négatif de la libéralisation sur le solde des finances publiques, il faudrait que les pays d’Afrique subsaharienne mettent en œuvre une réforme budgétaire.3Comme les chocs sur les termes de l’échange exercent une grande influence sur les décisions d’épargne et d’investissement, ils accentuent beaucoup les effets négatifs de la volatilité sur la croissance (voir Kose and Riezman, 2001, Belaney and Greenaway, 2001, et Calderon and others, 2004). De plus, ces chocs se font sentir très longtemps dans les pays d’Afrique subsaharienne (voir Cashin and others, 2004).

Dans la région du Maghreb, les perspectives restent favorables en dépit d’un fléchissement attendu de la croissance de la production cette année. En Algérie, l’activité a ralenti en 2004 — et cette tendance devrait se poursuivre cette année — en raison d’une modération de l’expansion de la production d’hydrocarbures. La politique budgétaire est restée expansionniste, les dépenses étant liées aux recettes tirées des hydrocarbures. À compter du budget de 2005, le gouvernement a engagé le processus de rééquilibrage budgétaire en déliant les dépenses publiques des recettes tirées des hydrocarbures, qui sont instables. Il est prioritaire de réformer le secteur financier, notamment de privatiser les banques publiques, et de poursuivre la libéralisation des échanges internationaux en vue d’accélérer la croissance et de réduire le chômage, qui reste élevé.

Moyen-Orient: quel est l’effet du recyclage des recettes pétrolières sur l’économie mondiale?

Les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient ont enregistré une hausse substantielle de leurs recettes d’exportation au cours des deux dernières années du fait de l’augmentation de la production et des cours pétroliers. Ces recettes — combinées à des politiques financières saines et aux progrès des réformes structurelles — ont soutenu une croissance vigoureuse, qui a atteint 5,7 % en moyenne en 2004, et permis de dégager des excédents courants et budgétaires élevés. La croissance dans les pays non producteurs de pétrole s’est accélérée aussi, car ces pays ont tiré parti de la croissance vigoureuse dans les pays producteurs de pétrole et, dans certains cas, de l’effet positif des réformes opérées à l’échelle nationale. Si un ralentissement de la croissance est attendu, les perspectives de la région restent favorables, avec une prévision de croissance de 5 % pour 2005 (tableau 1.11); en fait, les cours du pétrole se situant aujourd’hui largement au-dessus du cours de référence utilisé dans les prévisions des Perspectives, il est évident que cette projection a des chances d’être révisée à la hausse. Cependant, la persistance des incertitudes géopolitiques dans la région pourrait freiner la croissance. La monnaie de nombreux pays de la région étant liée au dollar américain, une nouvelle dépréciation du dollar n’aura probablement pas de répercussions notables pour la plupart des pays, sauf si elle s’accompagne d’un ralentissement de la croissance mondiale et d’une baisse des cours du pétrole.

Tableau 1.11.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200320042005200620032004200520062003200420052006
Moyen-Orient5.85.55.04.97.18.38.68.38.313.717.214.9
Pays exportateurs de pétrole36,55,75,25,08,89,09,29,410,115,720,317,5
Iran, Rép. islamique d’6,66,66,05,915,615,615,015,01,55,26,44,5
Arabie Saoudite7,25,34,13,30,60,21,01,013,819,827,725,1
Koweït9,77,23,23,21,01,81,81,817,529,137,834,7
Levant3,04,24,54,73,46,78,16,61,00,10,3‒0,4
Égypte3,14,14,85,03,28,19,98,02,44,44,53,4
République arabe syrienne2,63,43,53,65,03,54,04,03,5‒0,4‒0,4‒2,9
Jordanie3,36,75,05,52,33,43,52,011,3‒0,8‒1,7‒5,0
Liban3,05,04,03,51,33,02,02,5‒13,6‒16,1‒16,3‒12,9
Pour mémoire
Israël1,34,33,73,60,7‒0,41,02,00,10,1‒0,2

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne, République islamique d’Iran et Yémen.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne, République islamique d’Iran et Yémen.

Il est prévu aujourd’hui que les cours du pétrole resteront élevés à moyen terme. La perspective d’une période prolongée de cours élevés constitue une occasion importante à saisir par les pays exportateurs de pétrole pour opérer les réformes nécessaires en vue d’améliorer leurs perspectives de croissance à moyen terme et les perspectives d’emploi pour une population en âge de travailler qui est en croissance rapide, ainsi que de réduire les facteurs de vulnérabilité existants, notamment un endettement public élevé dans plusieurs pays (voir encadré 1.6: ≪Quel emploi les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et d’Asie centrale devraient-ils faire de leurs recettes pétrolières?≫). Les réformes qui stimuleront la croissance dans les pays exportateurs de pétrole profiteront aussi aux autres pays de la région, en particulier grâce aux relations commerciales et aux envois de fonds des travailleurs émigrés (voir chapitre II pour une évaluation des avantages macroéconomiques de ces envois de fonds).

Dans une perspective mondiale, le comportement des pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient pourrait influer sur la correction des déséquilibres externes existants. L’an dernier, l’excédent courant combiné de ces pays était plus élevé (en dollars) que celui des pays en développement d’Asie. À moyen terme, il est probable que ces excédents diminueront, car l’augmentation de la consommation intérieure et de l’investissement dope les importations. Par ailleurs, si l’impact des flux financiers en provenance de la région sur l’économie mondiale a diminué par rapport aux périodes antérieures de cours élevés, ces flux pourraient exercer un effet sur les marchés de capitaux internationaux, même s’il est difficile de savoir où les investissements vont (graphique 1.18).

Graphique 1.18.Moyen-Orient: comment les membres de l’OPEP utilisent-ils le surcroît de recettes pétrolières?1

Le niveau élevé des cours du pétrole a renforcé notablement la position extérieure des pays du Moyen-Orient membres de l’OPEP. Le surcroît de recettes pétrolières a dopé les importations et l’investissement à l’étranger. Cependant, les répercussions sur les marchés de capitaux internationaux sont plus limitées que lors des périodes précédentes de cours élevés.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; Banque des règlements internationaux; calculs des services du FMI.

1Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Iraq, Koweït, Libye, Qatar et République islamique d’Iran.

2Onze premiers mois de 2004 par rapport à la même période de 2003.

3Stock des avoirs des pays du Moyen-Orient membres de l’OPEP auprès des banques déclarantes à la BRI moins engagements envers ces banques. Variation en pourcentage du quatrième trimestre d’une année au quatrième trimestre de l’année suivante. Les données de 2004 datent du troisième trimestre.

Dans la République islamique d’Iran, les perspectives économiques restent favorables, avec une prévision de croissance de 6 % pour la période 2005–06. L’économie tire parti des cours élevés du pétrole et de réformes antérieures qui ont développé le secteur non pétrolier. L’activité est soutenue aussi par des politiques monétaire et budgétaire expansionnistes, mais l’inflation étant ancrée autour de 15 %, il est nécessaire aujourd’hui de resserrer la politique macroéconomique. Il est prioritaire de soutenir une croissance vigoureuse et de réduire le chômage — qui reste élevé même s’il est en baisse — et il faudra à cet effet accélérer les réformes structurelles, en particulier sur le marché du travail et dans le secteur financier.

En Iraq, la stabilisation économique se poursuit, bien que le redressement semble plus lent que prévu et que l’inflation ait augmenté nettement ces derniers mois. Il est maintenant nécessaire de durcir la politique monétaire. Après les élections, le gouvernement doit axer ses efforts sur la mise en place d’institutions à l’appui d’une économie de marché, la reconstruction des infrastructures et le maintien de la stabilité macroéconomique. La décision récente du Club de Paris de réduire ses créances sur l’Iraq de 80 % constitue un pas important vers la viabilité de la dette.

En Arabie Saoudite, la croissance a atteint 5,3 % l’an dernier et l’inflation est restée modérée. Si un ralentissement de la production pétrolière est attendu cette année, le secteur non pétrolier devrait rester robuste — grâce à la progression du tourisme et à l’expansion continue du secteur pétrochimique — et une croissance du PIB global de 4,1 % est prévue. La nette hausse des recettes pétrolières a contribué à une forte augmentation des excédents courant et budgétaire, ainsi qu’à une réduction de la dette publique. Cependant, il convient de maîtriser les dépenses courantes et d’accroître les recettes non pétrolières afin de renforcer la structure sous-jacente du budget. Les réformes structurelles continuent de progresser, des progrès importants étant accomplis dans le domaine législatif et le secteur financier.

Encadré 1.6.Quel emploi les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et d’Asie centrale devraient-ils faire de leurs recettes pétrolières?

Le renchérissement du pétrole et donc l’accroissement des recettes offrent aux pays exportateurs d’or noir l’occasion de faire face à leurs difficultés économiques. Cet encadré porte exclusivement sur les pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale, mais l’analyse générale et ses implications valent aussi pour maints pays en développement exportateurs de pétrole. En particulier, la création d’emplois pour des populations en âge de travailler dont le nombre ne cesse de croître et la promotion de l’initiative privée dans les secteurs non pétroliers peuvent être favorisées par le surcroît de ressources financières aujourd’hui disponible. En principe, l’augmentation des dépenses publiques, accompagnée de l’accélération des réformes structurelles, pourrait faire passer durablement ces pays à un rythme de croissance soutenu plus élevé et améliorer les conditions sociales, grâce aux emplois créés, pour peu que l’on évite avec soin d’entreprendre des dépenses à faible rendement, comme ce fut le cas dans certains pays lors des précédents booms pétroliers1.

Les recettes pétrolières des pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale ont, estime-t-on, progressé de 100 milliards de dollars en 2004. Cette poussée est due pour l’essentiel à la hausse des cours, encore que quelques pays aient accru leur production pour faire face à la hausse de la demande mondiale. En moyenne, les deux tiers environ de ces recettes ont constitué des rentrées budgétaires, mais la situation varie beaucoup d’un pays à l’autre, car ils n’ont pas les mêmes coûts de production et d’extraction, ni le même régime budgétaire, et le degré de contrôle de l’État sur la production ainsi que les systèmes de distribution sont différents. Comme les cours devraient rester élevés en 2005, les pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale continueront à engranger des recettes pétrolières substantielles et il leur faut décider combien dépenser et combien épargner.

Bien entendu, le choix de chaque pays sera fonction de la durée de la hausse des recettes à laquelle on peut s’attendre. Si l’accroissement est très temporaire, il est clairement préférable d’épargner une plus grande partie de la manne pétrolière. Mais la forte progression des prix des contrats à long terme depuis le milieu de 2003 donne à penser que, pour une large part, la hausse persistera sur le moyen terme, et un accroissement des dépenses serait donc viable et judicieux. La marge d’accroissement possible et souhaitable dépend de la situation propre à chaque pays.

Là où la rentabilité sociale de la mise en valeur du capital humain ou des investissements dans les infrastructures est élevée, il est fortement indiqué d’y consacrer une plus grande partie du surcroît de recettes2. Par exemple, dans les pays où les indicateurs du développement humain sont faibles — Algérie, Ouzbékistan, Soudan, Syrie et Yémen, d’après leur rang sur l’indice des Nations Unies (voir tableau) —, il serait particulièrement efficace d’investir davantage dans l’éducation et la santé. De même, dans les pays où le chômage est un problème aigu (Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Iran et Iraq), les initiatives visant à stimuler l’emploi dans le secteur privé — moyennant, le cas échéant, un surcroît de dépenses, combiné à des abattements fiscaux — pourraient améliorer considérablement la situation sociale. Dans d’autres pays, les investissements dans les infrastructures peuvent être plus rentables, du fait qu’ils servent à promouvoir l’initiative privée. Manifestement, en Iraq, il y a de gros besoins de reconstruction, mais la vétusté des infrastructures peut aussi entraver la croissance ailleurs. Comme le suggèrent les deux indices couramment employés, dont l’un mesure la qualité du réseau routier et l’autre l’efficacité du système de distribution de l’électricité (voir tableau), le Kazakhstan, Oman, la Syrie et le Yémen auraient beaucoup à gagner à l’amélioration de leurs infrastructures. Dans les pays où l’incidence de la pauvreté est élevée (Azerbaïdjan, Soudan et Yémen), le renforcement des mécanismes de protection sociale doit sans doute être la priorité.

Principaux indicateurs économiques et sociaux des pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et de l’Asie centrale
Développement des infrastructures
Rang sur

l’indice de

développement

humain1

2002
Routes

goudronnées

(en pourcentage

de toutes

les routes;

1995–2001)
Déperdition

d’électricité

(en pourcentage

de la

production;

2001)
Réserves

prouvées de

pétrole

(milliards

de barils;

fin-2004)
Ratio solde

budgétaire

global/PIB

(pourcentages,

2004)
Algérie108691611,84,7
Arabie Saoudite77308261,97,4
Azerbaïdjan9192137,00,9
Bahreïn4090,17,3
Émirats arabes unis49100997,8‒1,3
Iran, Rép. islamique d’1015616125,82,7
Iraq84115,0‒43,0
Kazakhstan7894179,02,7
Koweït44813101,521,0
Libye585739,018,8
Oman7430175,57,7
Ouzbékistan1078790,616,4
Qatar47715,29,1
Soudan13936150,61,4
Syrie106212,5‒5,7
Turkménistan8681130,5‒2,0
Yémen14912264,0‒3,7
Pour mémoire
Monde2
Pays à revenu élevé22936
Pays à revenu intermédiaire785211
Pays à revenu faible1421623
Sources: PNUD, Rapport mondial sur le développement humain (2004); Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2004); Radler (2004); estimations des services du FMI.

Le rang est la position relative du pays parmi 177; l’indice composite prend en compte l’espérance de vie, le taux de scolarisation, le taux d’alphabétisation des adultes et le revenu par habitant.

Moyenne simple des groupes de pays par tranche de revenu, selon la classification de la Banque mondiale.

Sources: PNUD, Rapport mondial sur le développement humain (2004); Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2004); Radler (2004); estimations des services du FMI.

Le rang est la position relative du pays parmi 177; l’indice composite prend en compte l’espérance de vie, le taux de scolarisation, le taux d’alphabétisation des adultes et le revenu par habitant.

Moyenne simple des groupes de pays par tranche de revenu, selon la classification de la Banque mondiale.

Cela dit, la capacité d’absorption d’un surcroît de dépenses publiques peut, dans certains pays, être limitée du fait de la situation macroéconomique globale. En Azerbaïdjan, en Iran et au Kazakhstan, où les secteurs non pétroliers connaissent une expansion rapide, le crédit est en augmentation sensible et persistante, et des tensions inflationnistes se manifestent ou commencent à poindre, la marge d’assouplissement de la politique budgétaire peut être plus limitée à l’heure actuelle. Dans les pays où les dépenses publiques augmentent déjà rapidement, par exemple l’Algérie et le Koweït, une nouvelle accélération pourrait en compromettre la qualité et l’efficacité, et il peut être nécessaire de diminuer la stimulation budgétaire. Les pays ayant accumulé une dette publique considérable pourraient trouver plus avantageux d’en rembourser une partie, réduisant ainsi leur vulnérabilité aux baisses des cours pétroliers et se ménageant pour l’avenir une marge de désépargne durant les éventuelles périodes moins fastes, que d’accroître la dépense publique à l’heure actuelle. L’Arabie Saoudite, à titre d’exemple, a sensiblement réduit sa dette au cours de l’année écoulée.

Le stock restant de réserves prouvées et la courbe de la production future dicteront aussi les décisions quant à l’usage qui doit être fait des recettes pétrolières, car la viabilité des dépenses publiques dépend de ces facteurs. Dans des pays comme Oman ou le Yémen, dont les recettes pétrolières constituent une grosse partie des ressources publiques, qui ont des champs pétrolifères vieillissants et des coûts d’extraction en hausse, et qui ont récemment revu nettement à la baisse le montant de leurs réserves prouvées, il sera nécessaire d’économiser une plus grande part de la manne pétrolière pour éviter un ajustement désordonné de la situation budgétaire dans l’avenir. En fait, ces caractéristiques doivent les inciter à mener une politique budgétaire prudente et à prendre des mesures pour accroître les recettes non pétrolières et rationaliser les dépenses. En revanche, il est clair qu’il y a plus de marge de détente budgétaire dans les pays dotés de réserves abondantes, et dans ceux où l’on prévoit une nette augmentation du volume de la production de pétrole à moyen terme (Azerbaïdjan et Kazakhstan, par exemple), encore qu’il faille prendre en considération d’autres facteurs pour déterminer le volume d’expansion des dépenses indiqué.

Ces principes peuvent donc servir de critères généraux pour décider de l’emploi des recettes pétrolières, mais c’est la situation propre à chaque pays qui déterminera l’usage qu’il convient d’en faire. Les principes généraux peuvent en effet conduire à des choix contradictoires, par exemple si un pays qui a de gros besoins sur le plan social ou celui des infrastructures est confronté à des signes de surchauffe économique ou risque de voir diminuer ses recettes pétrolières. En pareil cas, il importera de peser avec soin les diverses considérations afin de faire le meilleur usage possible des ressources, et il peut être nécessaire, dans certains pays, d’accroître progressivement les dépenses ou de modifier leur composition pour en rehausser l’efficacité. Lorsqu’une hausse des dépenses paraît indiquée, il faudra mettre en place un système efficace pour les gérer afin que le surcroît de crédits soit affecté à des investissements de qualité, en les situant dans une perspective à long terme de façon à préserver la viabilité des finances publiques. Il conviendra par ailleurs de prendre garde à éviter la perte de compétitivité des secteurs non pétroliers de l’économie, en adoptant des politiques macroéconomiques judicieuses et en faisant progresser les réformes structurelles pour rehausser la productivité.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont Aasim Husain et Hamid Davoodi.1Les études empiriques mettent en lumière l’incidence positive et directe de l’accroissement des dépenses sociales sur l’accumulation de capital humain. Voir, par exemple, Baldacci and others (2004).2La théorie économique appuie l’accroissement des dépenses d’investissement en réaction à la hausse des prix du pétrole. D’après la règle de Hotelling pour la gestion efficace des ressources épuisables, si le taux de rendement des investissements publics est supérieur au taux d’intérêt réel mondial — lui-même égal au rendement que l’on obtient en conservant le pétrole dans le sol à long terme —, le rythme d’extraction devrait augmenter et les recettes devraient servir à accroître les investissements fixes. De même, la hausse des recettes pour un taux d’extraction donné devrait, dans ces conditions, être utilisée pour financer de nouveaux investissements.

En Égypte, l’activité s’est accélérée en 2004 grâce à la bonne tenue des exportations et à un raffermissement de la consommation intérieure, et une croissance de 4,8 % est attendue pour 2005. La confiance a été renforcée par la volonté du gouvernement d’opérer des réformes — notamment une grande réforme du système tarifaire, une restructuration globale du secteur bancaire et une accélération des privatisations — et le marché boursier a atteint un sommet. Cependant, il convient de renforcer la position budgétaire et de réduire la dette publique, ainsi que de resserrer la politique monétaire afin de réduire une inflation élevée.

Dans les autres pays du Levant, la croissance s’est accélérée à 6,7 % en Jordanie en 2004 et devrait rester robuste cette année. Les exportations ont été soutenues par une croissance vigoureuse dans les pays partenaires et la dépréciation de la monnaie, tandis que la demande intérieure a rebondi à mesure que la confiance est revenue après la guerre en Iraq. La politique macroéconomique a stabilisé l’économie, tandis que d’importantes réformes structurelles se poursuivent, notamment dans le domaine des privatisations. Dans la République arabe syrienne, l’économie s’est redressée lentement après la guerre en Iraq. Bien qu’une croissance de 3,5 % soit attendue en 2005, les prévisions restent orientées à la baisse plutôt qu’à la hausse. Une nette accélération des réformes — notamment la libéralisation des régimes de commerce et de change, et le renforcement du secteur financier — est nécessaire pour relever le potentiel de croissance. Au Liban, la croissance a tiré parti indirectement de la hausse des cours du pétrole sous la forme d’une augmentation des entrées de capitaux, des envois de fonds des travailleurs émigrés et du tourisme en provenance des autres pays de la région. Cependant, les événements politiques en cours ont accru l’incertitude sur les marchés des capitaux, ce qui souligne l’intérêt de poursuivre un solide programme de réformes économiques afin de maintenir la confiance des investisseurs.

En Israël, la croissance s’est accélérée à 4,3 % en 2004 — grâce à la bonne tenue de l’économie mondiale et à une amélioration de la sécurité — et devrait s’établir à 3,7 % cette année. La hausse des prix à la consommation est restée très faible, ce qui a permis à la Banque d’Israël de continuer de réduire son taux d’intérêt directeur, mais le taux d’inflation devrait remonter pour s’établir de nouveau dans la fourchette-objectif de 1–3 % dans le courant de l’année. En ce qui concerne la politique budgétaire, les autorités ont annoncé un programme ambitieux dont l’objectif est de réduire la taille de l’État et la dette publique, et il est important que ce programme soit respecté.

Appendice 1.1. Évolution récente des marchés des produits de base

Les principaux auteurs de cet appendice sont Sam Ouliaris et Hossein Samiei, qui ont bénéficié du concours de To-Nhu Dao et de Paul Nicholson.

L’indice global des cours des produits de base a augmenté d’environ 11 % en dollars (de 18 % en DTS) entre juillet 2004 et mars 20059 — reflétant la poursuite de la flambée des cours observée depuis juillet 2002 dans cette catégorie de produits. La hausse de l’indice tient essentiellement à un renchérissement marqué des produits énergétiques. Les cours du pétrole se situaient à un niveau record en avril 2005 par suite d’une forte croissance de la consommation, d’une brève vague de froid dans l’hémisphère nord et des incertitudes quant aux plans de production de l’OPEP. Tiré par les cours des boissons et des métaux, l’indice des cours des produits non énergétiques a progressé d’environ 3 % en dollars et en DTS. Cependant, la hausse des cours de cette catégorie de produits s’est considérablement ralentie au quatrième trimestre de 2004 en raison d’une évolution différente des cours de certains produits de base, et du faible niveau des cours des produits alimentaires et des matières premières en particulier. Le marché des semi-conducteurs a enregistré en 2004 une hausse sensible de ses recettes, dont les chances de poursuite en 2005 semblent limitées par des cours en baisse et une augmentation considérable de la capacité de production.

Pétrole brut

Le cours au comptant moyen du pétrole10 (APSP) a atteint le niveau nominal record de 54,30 dollars au début d’avril 2005 — soit une hausse de 73 % par rapport au début 2004 (graphique 1.19). En outre, la montée des cours du pétrole brut a été générale, comme en témoignent les niveaux sans précédent atteints par toutes les composantes de l’indice APSP. La hausse des cours observée l’année dernière, largement inattendue, tient aux effets conjugués d’une forte demande mondiale de pétrole brut, de chocs temporaires sur l’offre, d’incertitudes géopolitiques accrues et de la marge de capacité excédentaire limitée des producteurs de l’OPEP. En juillet 2004, les marchés à terme laissaient penser que les cours du pétrole se replieraient pendant le reste de l’année pour se situer en moyenne à 32,50 dollars — environ 5 dollars de moins que le cours effectif de 37,65 dollars. La hausse des cours s’est aussi accompagnée d’une forte augmentation de la volatilité; en effet, le taux de variation des cours journaliers au comptant s’est accru de plus de 79 % par rapport à 2003.

Graphique 1.19.Pétrole: cours au comptant et à terme, et production

Sources: Agence internationale de l’énergie; Bloomberg Financial Markets, LP; FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.

1Moyenne des cours au comptant des bruts West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï Fateh.

2Moyenne pondérée sur cinq jours des cours suivants: NYMEX Light Sweet Crude, IPE Dated Brent et Dubaï Fateh (supposé).

3Le pétrole brut d’Arabie Saoudite livrable en Asie (Arab Extra Light, Berri) a une densité API de 37 et une teneur en soufre de 1,15. Le Arab Heavy (Safaniya) a une densité API de 27 et une teneur en soufre de 2,8.

4Iraq non compris.

Si le cours moyen du pétrole en dollars a sensiblement progressé en 2004, les cours dans les autres monnaies ont varié selon la monnaie et la qualité de pétrole brut. Les cours des bruts lourds ont été relativement faibles au second semestre de 2004, tandis que ceux des bruts légers non soufrés sont montés en flèche, ce qui a créé des écarts records entre les cours de ces deux catégories de produits. En outre, le repli marqué du dollar en 2004 a atténué la hausse des prix intérieurs du pétrole brut pour de nombreux pays (par exemple, les États membres de l’UE, où les cours du pétrole brut en monnaie nationale sont restés près de leur niveau de début 2003; voir graphique 1.19).

Pour ce qui est des éléments fondamentaux du marché pétrolier, la consommation mondiale de pétrole brut a augmenté de 2,73 millions de barils par jour (mbj), soit 3,4 %, en 2004 — la croissance la plus rapide depuis 1976. L’essor de la consommation a été dans l’ensemble inattendu. Par exemple, en janvier 2004, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoyait que la demande mondiale s’accroîtrait seulement de 1,2 mbj (soit 1,6 %) — une croissance correspondant à celle de la production hors OPEP d’environ 1,2 mbj.

Le principal facteur à l’origine de la forte augmentation de la demande de pétrole est l’expansion continue de l’économie mondiale, tirée principalement par l’Asie (surtout la Chine) et l’Amérique du Nord (tableau 1.12). La croissance globale de la consommation de pétrole brut tient surtout à la hausse (de 0,86 mbj en 2004) de la consommation de la Chine — qui se place ainsi au second rang des consommateurs de pétrole après les États-Unis —, suivie de l’Amérique du Nord (0,61 mbj) et des autres pays asiatiques hors OCDE (0,45 mbj pour l’Inde, par exemple). Dans le cas de la Chine, de graves pénuries d’électricité ont encouragé l’utilisation de générateurs diesel autonomes de secours, et l’expansion du réseau d’oléoducs et des installations commerciales de stockage du pétrole a conduit à la consommation de grosses quantités supplémentaires de pétrole brut et produits dérivés.

Tableau 1.12.Demande de pétrole par région(Millions de barils par jour, mbj)
DemandeVariation annuelle
2004mbj%
Amérique du Nord25,180,612,5
Europe16,470,261,6
OCDE Pacifique8,62‒0,15‒1,8
Chine6,380,8615,6
Autres pays d’Asie8,550,455,6
CEI3,710,143,8
Moyen-Orient5,880,325,7
Afrique2,810,072,4
Amérique latine4,910,183,8
Monde82,512,733,4
Source: Agence internationale de l’énergie, Oil Market Report, mars 2005.
Source: Agence internationale de l’énergie, Oil Market Report, mars 2005.

Selon l’AIE, la production journalière moyenne de pétrole brut hors OPEP a augmenté d’environ 1,1 mbj en 2004 (1,4 mbj si l’on tient compte des produits liquéfiés hors GPL) —, c’est-à-dire au même rythme qu’en 2003. Cependant, la croissance de la production hors OPEP a été freinée par un recul sensible de la production de l’OCDE (environ 0,35 mbj), dû aux dégâts causés aux infrastructures pétrolières par le cyclone Ivan et aux baisses structurelles de la production de pétrole conventionnel au Royaume-Uni (0,2 mbj) et en Norvège (0,1 mbj). Malgré les tensions actuelles entre la société Ioukos et le gouvernement russe, la production de pétrole brut des pays de la CEI a continué à progresser; en particulier, la Russie et le Kazakhstan ont contribué pour plus de moitié à la hausse de la production hors OPEP en 2004. L’accroissement sensible de la production de pétrole brut synthétique du Canada ayant compensé la baisse de la production de pétrole de sources plus conventionnelles, l’offre hors OPEP a affiché une hausse nette de 0,1 mbj. Les indicateurs avancés de l’AIE donnent à penser que la croissance de la production hors OPEP descendra à 0,9 mbj en 2005, en partie sous l’effet d’une baisse inattendue de la production russe pendant les deux premiers mois de 2005.

La hausse de la production hors OPEP a été inférieure à celle de la consommation mondiale en 2004, donnant lieu à une augmentation sensible de la demande de pétrole brut adressée à l’OPEP — ou ≪recours à l’OPEP≫. L’OPEP-10 (OPEP moins l’Iraq) a adopté une politique accommodante face à l’essor de la demande, portant peu à peu les quotas officiels de 23 mbj en avril 2004 à 27 mbj en novembre 2004, et maintenant la production à un niveau proche de la pleine capacité jusqu’à fin 2004 (graphique 1.20). À la fin de décembre 2004, la production effective de l’OPEP-10 atteignait en moyenne 28 mbj pour l’année — un niveau supérieur d’environ 1 mbj aux quotas officiels et de près de 2 mbj à la production de 2003. Malgré de fréquentes attaques contre son infrastructure pétrolière, l’Iraq a vu sa production pétrolière remonter à environ 2 mbj en 2004, contribuant ainsi à l’expansion globale de 2,5 mbj de la production de l’OPEP pour 2004 — proche de la croissance de la demande mondiale. La progression sensible de la production mondiale a permis une hausse à contre-saison des stocks commerciaux de l’OCDE au quatrième trimestre de 2004, lesquels ont été portés à des niveaux proches de la moyenne pour la décennie écoulée. Cependant, les stocks de pétrole brut des États-Unis, qui se sont pourtant récemment redressés, sont restés à l’extrémité inférieure des moyennes historiques (graphique 1.20).

Graphique 1.20.Stocks de pétrole commerciaux et capacités de raffinage mondiales

Sources: Agence internationale de l’énergie; Bloomberg Financial Markets, LP; calculs des services du FMI.

1Moyenne de chaque mois-calendrier pendant 1992–2004, plus un intervalle de confiance de 40 % basé sur les écarts antérieurs.

2Moyenne des cours au comptant de West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï Fateh.

L’augmentation sensible des stocks commerciaux et les craintes de surproduction à la fin de la saison froide ont incité l’OPEP-10 à annoncer une réduction de l mbj de la production, avec effet au 1er janvier 2005, qui ramènerait la production effective à un niveau se rapprochant davantage du quota officiel de l’OPEP-10 en vigueur à compter de novembre 2004. Bien que la production effective de l’OPEP-10 soit restée au-dessus du quota, les cours du pétrole brut ont nettement augmenté au cours des trois premiers mois de 2005 sous l’effet du froid qui a sévi dans l’hémisphère nord et de l’intensification des préoccupations quant aux plans de production de l’OPEP. Face à la hausse sensible des cours du pétrole brut observée en mars 2005, l’OPEP-10 a porté le quota officiel au niveau record de 27,5 mbj le 16 mars 2005, avec possibilité de le relever une nouvelle fois (de 0,5 mbj) avant la prochaine réunion officielle de l’OPEP en juin.

Par suite de l’essor de la production de l’OPEP-10, la marge de capacité excédentaire en amont n’a jamais été aussi faible, ce qui accroît la sensibilité des cours au comptant aux événements qui affectent ou menacent l’offre de pétrole brut. À la fin de décembre 2004, toutefois, avec la capacité additionnelle d’environ 0,8 mbj de l’Arabie Saoudite, la marge de capacité excédentaire de l’OPEP-10 était sortie de son creux historique et se situait à environ 1,4 mbj. Cependant, même une telle marge — qui est proche de l’objectif de 1,5–2,0 mbj annoncé par l’OPEP pour l’avenir — est peu susceptible de calmer le marché pétrolier, surtout si la demande mondiale poursuit sa progression rapide en 2005. Selon l’AIE, les tensions géopolitiques de la seconde moitié de 2004 menacent de réduire la production de pétrole brut de 1,5–3,0 mbj. En outre, plus de 4 mbj ont été perdus pendant la crise du Moyen-Orient de 1990–91, et la plus grande perturbation de la production pétrolière depuis 1973 (révolution iranienne de 1978–79) a entraîné une baisse de l’offre d’environ 5,6 mbj pendant six mois. La marge de capacité excédentaire a atteint en moyenne près de 5 mbj (8 % de la production) ces trente dernières années. En dépit des importants stocks de précaution des pays de l’OCDE, une marge de capacité excédentaire plus grande que celle actuellement prévue sera nécessaire en vue de réduire la volatilité des cours.

L’érosion de la marge de capacité excédentaire en 2004 a mis en lumière les déséquilibres structurels du secteur pétrolier, qui ont donné lieu à des écarts plus marqués entre les cours des bruts légers et des bruts lourds dans la seconde moitié de 2004.

  • En dépit de la politique accommodante de l’OPEP face à l’évolution de la demande, le baril marginal de l’OPEP — avant addition des champs de Qatif et d’Abu Sa’fah en Arabie Saoudite à la fin de 2004 — était celui de pétrole lourd acide. Par ailleurs, les dégâts causés au réseau d’oléoducs américain par le cyclone de septembre dernier dans le Golfe du Mexique ont empêché d’écouler de grandes quantités de brut léger non soufré et ont perturbé le flux des importations vers le centre des États-Unis. La perte de production cumulée pour ces derniers était d’environ 40 millions de barils à la fin de 2004, ce qui a porté les écarts entre les cours du brut léger non soufré et du brut lourd acide à des niveaux records.
  • À l’insuffisance de brut léger non soufré est venu s’ajouter le déséquilibre structurel du secteur du raffinage. La capacité de raffinage mondiale demeure à peine au-dessus de son niveau des années 80, et les taux d’utilisation, qui ont augmenté peu à peu depuis 2002, restent supérieurs à 90 %. En outre, la majorité des raffineries ont simplement une capacité de distillation qui ne peut servir à traiter des bruts lourds. Bien que ces raffineries puissent être transformées pour assurer ce traitement, le processus de conversion est onéreux et peut prendre des années (graphique 1.20).

Les prix des contrats à terme au début d’avril 2005 restent au-dessus du niveau de référence des Perspectives. Ils impliquent que le cours annuel moyen restera à environ 52,23 dollars pour 2005 et à 52,59 dollars pour 2006. En outre, les prix des contrats à long terme ont fortement augmenté au début de 2005 et restent à ce niveau plus élevé — ils sont supérieurs d’environ 23 dollars à leur niveau de fin 2002 — en raison des préoccupations concernant les limites des capacités excédentaires face à la croissance de la demande à moyen terme (2007–10); en dépit de l’abondance des réserves, il pourrait donc y avoir un ajustement structurel vers des cours qui seraient durablement plus élevés.

En outre, la situation de l’offre et de la demande pour 2005 montre que les cours du pétrole brut resteront élevés. Les indicateurs avancés pour 2005 semblent indiquer que la demande de pétrole brut et de produits dérivés continue à augmenter en Amérique du Nord, et rien ne donne à penser que la demande de ces produits, et en particulier de carburant diesel, s’accroîtra à un rythme plus lent en Chine. Néanmoins, l’AIE comme l’OPEP prévoient pour 2005 un ralentissement de la croissance de la demande de pétrole, qui se situera entre 1,8 et 1,9 mbj — réduction de près de 33 % par rapport à l’augmentation de 2,73 mbj observée en 2004. Ces prévisions reposent sur l’hypothèse que la hausse de la consommation chinoise se réduira de moitié en 2005 par rapport à 2004 grâce à une plus grande capacité de production d’électricité au charbon, ainsi qu’au ralentissement de la constitution de stocks et de la croissance du PIB de la Chine. Il est par ailleurs supposé que les cours sensiblement plus élevés de 2003 et 2004 commenceront à freiner la progression de la consommation mondiale. En ce qui concerne l’offre de l’OPEP, les analystes semblent divisés sur la capacité des pays membres de l’OPEP à répondre à une nouvelle croissance de la demande. Comme une hausse de 0,9 mbj de l’offre hors OPEP est prévue pour 2005, le recours à l’OPEP devrait augmenter à un rythme beaucoup plus lent, atténuant ainsi les pressions à la baisse sur la marge de capacité excédentaire. Compte tenu de la croissance de la production des produits liquéfiés hors GPL, l’AIE et l’OPEP prévoient tous deux une légère augmentation (0,5 mbj) du recours à l’OPEP pour 2005.

Cela dit, à 4,3 %, la croissance mondiale pour 2005 — principal moteur de la demande de pétrole — reste vigoureuse et rien ne laisse penser, pour l’instant, que la progression de la demande de pétrole dans les pays de l’OCDE se ralentira par suite du renchérissement du pétrole brut. Le principal facteur d’incertitude reste l’évolution de la demande en Chine, où les pénuries d’électricité pourraient persister, car la capacité de production d’électricité n’est pas à la mesure de la demande. En outre, la consommation de pétrole par habitant en Chine (environ 2 barils par an) représente moins de 15 % de celle des économies asiatiques avancées comme le Japon, la Corée et la province chinoise de Taiwan, et ces économies ont vu progresser rapidement la consommation de pétrole par habitant seulement après avoir atteint le niveau d’industrialisation actuel de la Chine. D’une manière plus générale, le contrôle des prix et de généreuses subventions fiscales continuent à protéger les utilisateurs finals contre l’effet intégral de l’évolution des cours du pétrole dans un certain nombre de pays en développement. En soi, la croissance de la demande mondiale pour 2005 pourrait facilement dépasser 1,8 mbj et intensifier ainsi les pressions à la hausse sur la demande du pétrole de l’OPEP et, éventuellement, sur les cours au comptant du pétrole brut si l’OPEP n’était pas en mesure de répondre à cette demande en raison de capacités excédentaires limitées. Par exemple, même s’il est tenu compte d’un ralentissement de la croissance de la demande chinoise, l’Agence de l’information sur l’énergie des États-Unis prévoit que la demande mondiale de pétrole augmentera d’environ 2,0 mbj en 2005.

Quelles que soient les conséquence de la croissance de la demande mondiale en 2005, la marge de capacité excédentaire mondiale est appelée à rester faible, et les cours demeureront donc sensibles aux tensions géopolitiques du moment. En outre, la nature compétitive des producteurs hors OPEP donne à penser que ceux-ci ne joueront probablement pas un rôle stratégique dans le maintien de la marge de capacité excédentaire mondiale. Aussi les plans d’expansion des capacités de l’OPEP seront-ils le facteur crucial à l’avenir. Étant donné les dépenses d’équipement considérables qu’ils impliquent et la nature irréversible des investissements dans l’infrastructure pétrolière, l’OPEP pourrait préférer rester en position d’attente, et peut-être — si la croissance de la demande mondiale ne ralentit pas — laisser sa capacité de production perdre du terrain par rapport à la demande. Le gros risque que prend l’OPEP est celui de voir la hausse des cours du pétrole brut et les craintes de difficultés d’approvisionnement futures encourager un déplacement permanent vers d’autres sources d’énergie, ce qui entraînerait une baisse permanente de l’élasticité de la demande de pétrole brut par rapport au revenu mondial.

Globalement, le marché pétrolier à court terme est appelé à rester tributaire du maintien de la production de tous les exportateurs de pétrole à un niveau proche de la pleine capacité, ce qui laisse l’économie mondiale exposée au risque d’une hausse sensible des cours due à une perturbation inattendue de l’offre. Il subsiste en outre le problème pressant des capacités restreintes en aval (raffineries, oléoducs et infrastructure de transport), qui étaient exploitées à un niveau jamais aussi proche de leur limite au début de 2005. Il en a résulté des goulets d’étranglement sur les marchés des produits dérivés (essence, diesel), lesquels ont rendu ces infrastructures en aval moins aptes à faire face aux changements soudains de la qualité de brut disponible sur le marché, aux dernières normes appliquées à l’essence et aux variations saisonnières de la demande. Des normes plus rigoureuses de protection de l’environnement, en particulier aux États-Unis et en Europe, ainsi que l’aversion du public pour les investissements dans le secteur pétrolier — en particulier dans les raffineries — ont accru les coûts de développement des capacités de production en aval. Comme il faut deux à quatre ans pour planifier et réaliser des investissements dans ce secteur, il est fort probable que la croissance robuste de la demande de pétrole maintiendra la production pétrolière à un niveau proche de la pleine capacité.

Cours des produits de base non énergétiques

Dans l’ensemble, les cours des produits de base non énergétiques ont augmenté de 3 % en dollars et en DTS de juillet 2004 à mars 2005, hausse qui tient surtout à l’évolution des cours des boissons et des métaux (tableau 1.13)11. Les cours des produits de base n’ont pas tous évolué dans le même sens en 2004. C’est ainsi que les cours du coton, par exemple, ont baissé de 34 % par rapport à fin 2003 et ceux du soja de 21 %, alors que les cours du sucre, du riz, du porc et du café ont tous augmenté d’au moins 30 % (graphique 1.21). Des récoltes records et une croissance plus lente de la demande — réaction naturelle du marché à la hausse des cours des produits de base, surtout des produits vulnérables — ont fait baisser les cours des matières premières agricoles dans la seconde moitié de 2004. En 2005, les cours des produits de base devraient être soutenus par l’expansion continue de l’économie mondiale. En définitive, toutefois, la hausse des cours de l’ensemble des produits de base non énergétiques devrait ralentir en 2005 sous l’effet de récoltes abondantes et d’un affaiblissement de la demande résultant d’une augmentation des cours des métaux.

Graphique 1.21.Produits de base non énergétiques

Sources: FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.

Tableau 1.13.Cours des produits de base non énergétiques(Variations en pourcentage de juillet 2004 à mars 2005)
En

dollars EU
Contribution1En

DTS
Produits alimentaires‒3,638,1‒3,9
Boissons35,321,938,2
Matières premières agricoles‒0,64,7‒3,5
Métaux10,435,310,7
Ensemble des produits non énergétiques3,3100,02,9
Sources: FMI, base de données des cours des produits de base; estimations des services du FMI.

Les contributions aux variations de l’indice global des cours non énergétiques en dollars EU et en DTS sont exprimées en pourcentage.

Sources: FMI, base de données des cours des produits de base; estimations des services du FMI.

Les contributions aux variations de l’indice global des cours non énergétiques en dollars EU et en DTS sont exprimées en pourcentage.

L’indice global des cours des produits alimentaires a baissé d’environ 4 % par suite de récoltes abondantes, et les services du FMI prévoient de nouvelles pressions à la baisse pour 2005. Bien que les cours du blé, du maïs et du soja se soient tous affermis en mars, des stocks considérables et une forte croissance de l’offre devraient faire reculer les cours des produits alimentaires au cours des mois restants de 2005. À la fin de 2004, les cours de la viande étaient d’environ 17 % supérieurs à leur niveau de 2003 en raison de la popularité croissante des régimes pauvres en glucides. Cependant, ils ont récemment marqué le pas en raison de la levée de l’interdiction d’importer de la viande en provenance d’Amérique du Nord, imposée par crainte de l’ESB, et devraient baisser davantage en 2005.

L’indice des cours des boissons a augmenté de 35 % en dollars principalement du fait d’une hausse sensible des cours du café (56 %), due à d’importantes pertes de production au Brésil et au Vietnam. Si les cours du cacao, comme ceux du thé, se sont affermis au premier trimestre de 2005, ils restent sensibles à la situation politique en Côte d’Ivoire et à l’éventualité d’une récolte plus faible que prévu dans ce pays. En 2005, l’indice des cours des boissons devrait augmenter même si l’offre de café brésilien devrait se redresser et la production de thé indien s’accroître.

Les cours des matières premières agricoles ont baissé de 1 % entre juillet 2004 et mars 2005. En dépit de baisses récentes, les cours du bois d’œuvre avaient progressé d’environ 35 % fin 2004, sous l’effet d’une forte demande du secteur immobilier américain et canadien, mais ils se sont récemment stabilisés. Les cours du coton ont reculé, surtout dans la seconde moitié de 2004, par suite d’une progression sensible de la production mondiale. Cependant, ce mouvement de repli s’est inversé au début de 2005 en raison d’une demande plus forte que prévu et de la baisse de la récolte attendue pour 2005/06. À la fin de 2004, les cours du caoutchouc, qui étaient pourtant en hausse dans la première moitié de l’année, avaient baissé d’environ 4 % par rapport à leur niveau de 2003, car le ralentissement de la croissance de la demande mondiale et l’essor de la production ont entraîné une augmentation de 10 % des stocks mondiaux. La demande de peaux et cuirs est demeurée à un niveau inchangé tout au long de 2004, et les cours sont ainsi restés moroses. L’indice global des cours des matières premières agricoles devrait légèrement s’améliorer en 2005, sous l’effet d’une forte demande de bois d’œuvre en particulier.

Les cours des métaux ont augmenté de 10 %, finissant l’année 2004 en hausse de près de 25 %, due au faible niveau des stocks et à la vigueur de la demande, surtout de la Chine, qui a été l’un des principaux facteurs à l’origine de l’essor continu des cours des métaux. Les cours du cuivre ont grimpé de 20 %. Cependant, l’intensification de l’exploitation minière devrait accroître l’offre de ce produit dans la seconde moitié de 2005 et contribuer à un recul des cours. Les cours de l’aluminium ont progressé de 17 %, mais il semble qu’ils aient à souffrir de la flambée des cours des produits énergétiques, et la demande de ce produit de la part des raffineries pourrait être limitée, les coûts commençant à influer sur la demande finale. En 2005, les stocks limités d’autres métaux importants et la vigueur continue de la demande devraient contribuer à une légère hausse des cours des métaux.

Marchés des semi-conducteurs

L’année 2004 a été une année record pour les ventes de semi-conducteurs, avec des recettes supérieures de 30 % à leur niveau de 2003 et de 5 % à leur niveau de 2000, qui était le précédent record (graphique 1.22). Ce résultat tient surtout à la région Asie/Pacifique (Japon exclu), où une croissance de 44 % de la consommation de semi-conducteurs a contribué à développer davantage le secteur des technologies. À la fin de 2004, cette région consommait deux fois plus de puces électroniques que le deuxième plus gros marché (Japon).

Graphique 1.22.Marché des semi-conducteurs

Sources: World Semiconductor Trade Statistics; Semiconductor International Capacity Statistics; calculs des services du FMI.

1Prix de vente moyen pour tous les semi-conducteurs.

Les pays qui semblent tirer le plus grand profit de l’expansion du marché des semi-conducteurs sont la Chine, la Corée et la Thaïlande, dont les exportations de produits électroniques ont augmenté de 236 %, 48 % et 30 %, respectivement, depuis 2000. En outre, il semble que pas moins du tiers du total du capital-risque dépensé en Chine en 2004 a été affecté au secteur des puces électroniques. De plus, 2004 est, pour la Corée, la première année d’exportations nettes de semiconducteurs depuis 2000.

L’année dernière fut également une année record en matière d’expansion des capacités, comme en témoigne la croissance de 52 % du secteur du matériel à semi-conducteur par rapport à 2003, surtout dans la première moitié de l’année. En conséquence, le taux d’utilisation des technologies de pointe est tombé d’un niveau supérieur à 97 % au début de 2004 à près de 90 % à fin 2004. Cette baisse tient également au fait que certaines entreprises ont réduit leur production pour éviter une accumulation de stocks indésirable. Si les dépenses de matériel à semi-conducteur ont récemment reculé, faisant tomber à 0,78 le ratio commandes/facturations en Amérique du Nord, les commandes ont repris et il n’est pas prévu de nouvelles baisses des dépenses.

En dépit de l’expansion des capacités, le prix unitaire du matériel à semi-conducteur a augmenté — comme on l’avait prévu — dans la seconde moitié de 2004, sous l’effet d’une forte demande saisonnière. En conséquence, certaines entreprises ont annoncé des bénéfices élevés pour 2004, et les indices de certaines valeurs technologiques se sont mieux tenus que le marché boursier dans son ensemble. Néanmoins, au quatrième trimestre de 2004, le nombre des entreprises du secteur technologique dont les bénéfices ont été inférieurs aux prévisions a été de 85 % plus élevé que celui des entreprises dont les bénéfices ont dépassé les prévisions, ce qui donne à penser que la croissance de ce secteur pourrait ralentir en 2005. Par ailleurs, les cours au comptant des mémoires DRAM ont baissé de 30 % depuis le début de février.

Les analystes demeurent préoccupés par l’ampleur des capacités qui sont mises en service. Cela pourrait inciter à maintenir la production à un niveau élevé tout au long de l’année, ce qui devrait faire baisser les cours. Le recul des cours devrait freiner sensiblement la progression du produit des ventes en 2005. Cependant, les dépenses de consommation devraient rester élevées sur plusieurs marchés, car les cours des nouvelles technologies continuent à baisser.

Prévision des cours du pétrole brut

Bien que la dépendance de l’économie mondiale à l’égard du pétrole brut ait peu à peu diminué ces trente dernières années, l’hypothèse de référence concernant le cours du pétrole demeure une variable importante des prévisions des Perspectives. Au début de chaque exercice de prévision, les cours du pétrole brut font l’objet de projections à l’horizon de huit trimestres, ainsi que de prévisions annuelles pour trois autres années. Les projections de référence doivent être établies suivant une méthode bien définie — qui soit facile à comprendre et à vérifier pour les utilisateurs externes.

Le processus de prévision est compliqué par la non-stationnarité (et la grande volatilité) des cours au comptant du pétrole brut et par la nature à l’évidence aléatoire de leurs mouvements journaliers. En outre, ces cours ont été influencés par de nombreux événements géopolitiques imprévisibles, quoique importants, qui n’ont généralement rien à voir avec les éléments fondamentaux du marché et ont eu un effet durable sur leur niveau.

Pour ces raisons, certains chercheurs recommandent d’utiliser le modèle dit de marche aléatoire (ou à ≪prix constants≫) pour prédire l’évolution des cours du pétrole brut. Dans ce modèle, les cours futurs du pétrole brut sont prédits à partir du dernier cours au comptant observable. Par sa nature même, le modèle implique que les cours du pétrole brut ne varieront pas pendant toute la période de prévision. Ce modèle a l’air ≪simpliste≫, mais, si le marché du pétrole brut fonctionnait vraiment bien, le dernier cours au comptant renfermerait toutes les informations pertinentes sur le marché, et le modèle de marche aléatoire fournirait la meilleure prévision possible du cours au comptant.

Une autre méthode de prévision des cours du pétrole brut, qu’utilisent par exemple le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, est celle qui consiste à utiliser les prix des contrats à terme. Pour le brut West Texas Intermediate (WTI), des contrats à terme se négocient depuis 1983 à la Bourse des produits de New York ((NYMEX), avec un délai de livraison de six mois. Ce délai a été peu à peu prolongé et était fixé à 24 mois en 1995, face à l’augmentation sensible du volume des contrats négociés.

Les contrats à terme fournissent un cadre organisé pour les opérations de couverture ou de spéculation. Le prix d’équilibre de ces contrats est l’expression d’une vision consensuelle des futurs cours du pétrole brut sur la base des opérations de marché. Aussi peut-on raisonnablement supposer que le prix des contrats à terme est un moyen objectif de prédire les futurs cours au comptant. Sous réserve que le marché soit efficace et le volume des transactions suffisant, les prix des contrats à terme devraient renfermer toutes les informations disponibles sur le marché du pétrole brut à un certain moment — à peu près comme le modèle de marche aléatoire. Ils devraient en outre refléter les prévisions des opérateurs quant à l’évolution future de ce marché.

Certes, lorsqu’il y a divergence d’opinions sur l’évolution future de ce marché, les prix des contrats à terme peuvent s’écarter du modèle de marche aléatoire. Un examen informel de ces cours donne à penser que c’est particulièrement vrai pour les prix des contrats à long terme, qui sont généralement plus faibles que le cours au comptant courant.

Les résultats de la prévision des prix des contrats à terme de pétrole brut sont formellement évalués par Kumar (1992). S’appuyant sur les prix des contrats à terme pour la période 1986–92 et un horizon de neuf mois, Kumar conclut que 1) les prix des contrats à terme de pétrole brut sont un moyen objectif de prédire les cours au comptant et 2) les prévisions des cours du pétrole fondées sur les contrats à terme donnent des résultats un peu plus exacts que le modèle de marche aléatoire. L’analyse de Kumar est mise à jour ci-après à l’aide des données sur les prix des contrats à terme pour la période 1989–2004.

Cadre de prévision

On évalue a posteriori l’exactitude des prévisions concernant les prix des contrats à terme de pétrole brut en comparant le cours du pétrole brut livrable dans le délai k avec le cours au comptant correspondant. En particulier, l’erreur de prévision d’un contrat spécifique de WTI au moment t est donnée par Ft,t+kSt+k, où Ft,t+k est le cours à terme (fin de mois) du pétrole brut livrable dans le délai k, et St+k le cours au comptant (connu) pour la période t + k. L’analyse repose sur les logarithmes des cours au comptant et à terme de sorte que les erreurs de prévision sont exprimées en pourcentage, et l’opération est ensuite répétée pour chaque période d’un mois 1988:1–2004:6 (pour un total de 198 mois). Ce processus donne une distribution des erreurs de prévision pour chaque mois de l’horizon de 24 mois, et pour l’ensemble de l’échantillon.

L’opération est répétée pour le modèle de marche aléatoire, qui a une erreur de prévision égale à StSt+k, de manière à fournir un repère pour l’évaluation de la contribution marginale des prix des contrats à terme par rapport au dernier cours au comptant connu.

Résultats des prévisions

L’exactitude des prévisions est évaluée par l’erreur de prévision absolue moyenne, et la variabilité de l’erreur de prévision, par la racine de l’erreur quadratique moyenne (REQM) et l’écart-type. L’erreur de prévision absolue moyenne pour l’ensemble de l’échantillon semble indiquer que le modèle de marche aléatoire et le modèle fondé sur les contrats à terme donnent à peu près les mêmes résultats (tableau 1.14). Néanmoins, les prévisions fondées sur les contrats à terme semblent donner des séquences d’erreurs moins volatiles que le modèle de marche aléatoire. Cependant, l’amélioration des résultats est assez légère, correspondant à moins de 5 % de la REQM (8 % de l’écart-type) du modèle de marche aléatoire, et n’est pas statistiquement significative. L’obtention de résultats quasi identiques pour l’ensemble de l’échantillon tient au fait que les cours au comptant et à terme ont en moyenne tendance à évoluer dans le même sens avec le temps.

Tableau 1.14.Comparaison des outils de prévision: contrats à terme et modèle de marche aléatoire
TrimestreErreur absolue

moyenne
Erreur

quadratique

moyenne
Écart-type

de l’erreur

de prévision
11,271,211,05
21,111,050,91
31,061,061,00
41,031,040,99
50,990,950,91
60,960,910,87
70,920,880,81
80,890,840,75
Total1,010,960,92
Source: estimations des services du FMI.
Source: estimations des services du FMI.

L’analyse faite pour la période globale masque les résultats que donnent les deux modèles pour des horizons spécifiques. Comme les cours au comptant et à terme pour de courtes périodes (1–12 mois) ont tendance à réagir aux mêmes chocs, on pourrait s’attendre à ce que les deux modèles donnent des résultats semblables pour le court terme et différents par la suite. L’analyse des sous-périodes confirme cette hypothèse. La répétition de l’analyse pour chaque intervalle de trois mois (ou trimestre) de l’horizon de prévision révèle que l’erreur absolue moyenne et la REQM pour les quatre premiers trimestres (12 mois) de l’horizon de prévision est plus faible dans le modèle de marche aléatoire (graphique 1.23). Cependant, les prévisions fondées sur les contrats à terme donnent de meilleurs résultats après cette période, faisant apparaître une REQM plus faible pour le cours au comptant du pétrole brut — laquelle baisse à mesure que l’horizon de prévision s’allonge. Fait intéressant, l’écart-type du modèle fondé sur les contrats à terme est lui aussi plus faible que celui du modèle de marche aléatoire après quatre trimestres, laissant penser que les prévisions reposant sur ces contrats sont moins variables que celles du modèle de marche aléatoire. En d’autres termes, ces résultats, qui sont conformes à ceux qui sont présentés par Bowman et Husain (2004) pour les cours des produits de base hors combustibles, confirment que, en comparaison du modèle de marche aléatoire, les contrats à terme ont une dimension prévisionnelle à long terme qui fait d’eux un instrument utile pour l’établissement des prévisions à moyen terme du cours du pétrole en particulier.

Graphique 1.23.Prévoir les cours au comptant du pétrole brut

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1Le cours du pétrole utilisé dans les Perspectives est la moyenne arithmétique des cours au comptant des UK Brent, Dubaï et West Texas Intermediate (respectivement 53,46 dollars, 49,56 dollars et 55,85 dollars le baril le 6 avril 2005).
2Depuis 1990, la croissance du PIB de l’Afrique subsaharienne pour l’année courante a été surestimée de 0,7 point dans les éditions du printemps des Perspectives de l’économie mondiale, en partie parce que ces prévisions ne se sont pas matérialisées.
3Voir ≪La dette publique des pays émergents est-elle trop lourde?≫, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2003, pour un examen détaillé.
5Voir le Global Monitoring Report d’avril 2005 pour un examen plus détaillé.
6Lors d’une allocution prononcée à la Advance Enterprise 2005 Conference le 4 février 2005, Alan Greenspan, Président de la Réserve fédérale, a indiqué que la couverture accrue et la plus grande variabilité des marges bénéficiaires des exportateurs étrangers ont peut-être allongé le retard avec lequel les taux de change influent sur les exportations nettes.
7Voir ≪Quelle est la probabilité d’un ralentissement de la croissance chinoise?≫, encadré 1.2, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2004, pour un examen détaillé.
8Cependant, cet effet négatif sera atténué par les accords commerciaux préférentiels qui existent avec les États-Unis et l’UE, ainsi que par d’autres mesures commerciales qui touchent les exportations chinoises dans ce secteur.
9Sauf indication contraire, les pourcentages de variation et les statistiques résumées se rapportent à la période juillet 2004–mars 2005.
10La moyenne des cours au comptant du pétrole calculée par le FMI est une moyenne pondérée à parts égales des cours des bruts West Texas Intermediate, Brent et Dubaï. Sauf indication contraire, tous les cours du brut mentionnés ci-après renvoient à l’indice APSP.
11Sauf indication contraire, les pourcentages de variation des prix indiqués dans la présente section sont ceux de mars 2005 par rapport à juillet 2004.

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