Chapter

Chapitre II. Deux questions d’actualité pour les pays en développement

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 2005
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Les deux essais qui composent ce chapitre traitent des pays en développement. Le premier est consacré aux déterminants et aux conséquences des envois de fonds des travailleurs migrants à destination de leur pays d’origine (≪envois de fonds≫ dans le reste du chapitre), le second aux causes de l’instabilité de la production dans ces pays. L’ampleur significative et la croissance rapide de ces flux donnent un intérêt particulier aux deux questions posées, à un moment où la situation macroéconomique relativement favorable offre l’occasion de s’attaquer à certaines des mesures qui sont à l’origine des fluctuations de la production.

Le premier essai montre que les envois de fonds augmentent régulièrement depuis une trentaine d’années, pour se situer aujourd’hui aux alentours de 100 milliards de dollars par an. Ils représentent la principale source de devises de nombreux pays en développement, devant les recettes d’exportation, l’investissement direct étranger (IDE) ou les autres flux de capitaux privés. Qui plus est, ils affichent une résistance remarquable en période de fléchissement de l’activité économique. L’analyse fait apparaître que ces envois de fonds peuvent aider les pays bénéficiaires à améliorer leurs perspectives de développement, préserver la stabilité macroéconomique, amortir l’impact des chocs et réduire la pauvreté. Ils permettent aussi aux familles qui les reçoivent de maintenir ou d’accroître les dépenses qu’elles consacrent à la consommation de base, au logement, à l’éducation et à la création de petites entreprises. Enfin, ils peuvent stimuler l’intermédiation financière dans les économies en développement qui reposent sur les transactions en espèces. L’essai met donc en lumière l’intérêt considérable qu’il y aurait à réduire le coût de ces envois en levant, par exemple, les obstacles à l’entrée et à la concurrence sur le marché des transferts de fonds. Il fait aussi valoir que les restrictions de change et autres mesures de ce type pourraient avoir un impact négatif sur les envois de fonds, et que c’est une raison supplémentaire de se méfier d’elles. L’essai s’achève sur une note de prudence: il faut veiller à ce que les services de transfert de fonds soient convenablement réglementés afin de diminuer les risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme. Cependant, le cadre juridique mis en place doit prendre en compte et réduire autant que possible l’impact que les réglementations pourraient avoir sur le coût des envois de fonds.

L’instabilité de la croissance de la production influe sur la croissance à long terme, le bien-être et les inégalités de revenu, en particulier dans les pays en développement. Le second essai montre que, bien qu’elle diminue depuis quelques années dans la plupart des économies de marché émergentes et des pays en développement, la volatilité observée demeure beaucoup plus forte que dans les pays industrialisés. En outre, contrairement à ce qui se passe chez ces derniers, l’instabilité de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement est due surtout à des facteurs nationaux, ce qui souligne le rôle clé des mesures que chaque pays peut prendre pour l’atténuer. On est donc en droit de penser que, même s’ils ont considérablement renforcé leurs politiques macroéconomiques et structurelles depuis quelques années, ces pays peuvent et doivent faire plus pour réduire encore l’instabilité de leur production. Un certain nombre de réformes semblent s’imposer en priorité, notamment en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Il importe, par exemple, que ces pays améliorent leur politique budgétaire, développent davantage l’intermédiation financière et poursuivent les réformes structurelles engagées pour diversifier leur base de production et rendre leur économie moins vulnérable aux chocs de termes de l’échange.

Envois de fonds des travailleurs migrants et développement économique

Les envois de fonds ont augmenté ces trente dernières années, pour se situer aujourd’hui aux alentours de 100 milliards de dollars par an. Cette tendance à la hausse devrait se confirmer, car le processus de vieillissement démographique se poursuit et les pressions qui sous-tendent les flux migratoires des pays en développement vers les économies avancées s’intensifient. Les envois de fonds constituent la principale source de devises de nombreux pays en développement, devant les recettes d’exportation, les IDE ou les autres flux de capitaux privés. Qui plus est, ils affichent une résistance remarquable en période de fléchissement de l’activité économique et de crises.

Aussi l’intérêt suscité par les envois de fonds et leur impact augmente-t-il rapidement, que ce soit dans les sphères politiques du Groupe des Huit (G-8), au sein de la communauté des chercheurs ou parmi les fournisseurs potentiels de services de transfert de fonds. Ces envois de fonds sont considérés de plus en plus comme une source de financement extérieur relativement attrayante, qui peut à la fois favoriser le développement et atténuer les crises. Mais ils suscitent aussi des inquiétudes: on craint en particulier que les services de transfert de fonds ne soient utilisés à des fins de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme. Malheureusement, les études comparatives systématiques consacrées aux envois de fonds ont été rares jusqu’à présent. C’est pourquoi cet essai rappelle certaines des caractéristiques essentielles des envois de fonds, examine les données disponibles sur leurs déterminants et leurs conséquences et présente un échantillon des possibilités offertes et des problèmes posés aux autorités qui veulent encourager et réglementer de tels flux.

Ces envois de fonds de plus en plus importants ne sont toutefois qu’un des multiples canaux par lesquels les flux migratoires, en progression également à travers le monde, peuvent influer sur le bien-être des pays en développement. À son actif, l’émigration permet souvent aux migrants eux-mêmes de trouver de meilleurs débouchés dans leur pays de destination, où ils peuvent acquérir des compétences et une expérience qui leur seront précieuses s’ils retournent chez eux. Elle peut aussi encourager la création de réseaux commerciaux, stimuler les échanges et l’investissement et avoir des retombées philanthropiques importantes par l’intermédiaire de la diaspora. À son passif, l’émigration peut entraîner une ≪fuite des cerveaux≫ et une perte de ressources humaines spécialisées qui risquent d’assombrir les perspectives de développement de ceux qui restent au pays, en érodant par exemple l’assiette de l’impôt. Une analyse plus poussée des migrations nous entraînerait cependant bien au-delà du champ de cet essai.

Quelques chiffres

Globalement, les envois de fonds constituent l’une des principales sources de financement extérieur des pays en développement. Ils ont quintuplé entre 1980 et 2003 pour atteindre 91 milliards de dollars — 1,6 % du PIB des pays en développement —, soit un montant guère inférieur au total des IDE à destination de ces pays et supérieur à toutes les autres entrées de capitaux privés (graphique 2.1)1. On notera cependant que ces chiffres sont extraits des statistiques officielles de balance des paiements. Or, comme nous le verrons dans l’appendice 2.1, ces données sont sujettes à caution, car elles excluent probablement les envois de fonds qui empruntent les canaux informels (hawala, transports d’espèces par des parents ou amis, transferts en nature). Il se pourrait donc que les envois de fonds effectifs soient très nettement sous-estimés2.

Graphique 2.1.Envois de fonds et autres flux de devises à destination des pays en développement1

(1970–2003)

Les envois de fonds à destination des pays en développement augmentent régulièrement. À l’heure actuelle, ils sont pour ainsi dire comparables aux IDE et dépassent à la fois les entrées de capitaux privés non liées aux IDE et l’aide publique.

Sources: FMI, Balance of Payments Statistics Yearbook; calculs des services du FMI.

1Pour une définition détaillée des composantes des envois de fonds, voir l’appendice 2.1.

Sur le plan régional, l’Hémisphère occidental et les pays en développement d’Asie, en particulier, ont enregistré un vif essor des envois de fonds et accueillent aujourd’hui l’essentiel des recettes à ce titre (graphique 2.2). En valeur absolue, les cinq principaux bénéficiaires des envois de fonds entre 1990 et 2003 ont été l’Inde, le Mexique, les Philippines, l’Égypte et la Turquie (graphique 2.3). En proportion du PIB, toutefois, ces envois sont particulièrement élevés dans les pays à faible revenu, insulaires, enclavés ou plus généralement de petite taille: le Lesotho, les Tonga, le Samoa, Kiribati ou le Cap-Vert, par exemple. Dans 24 pays, les envois de fonds entre 1990 et 2003 ont dépassé en moyenne 5 % du PIB; ils sont aussi très importants par rapport aux autres sources de devises, telles que l’aide extérieure ou les exportations.

Graphique 2.2.Envois de fonds: expéditeurs et bénéficiaires1

(Milliards de dollars EU; 1970–2003)

Les États-Unis sont aujourd’hui, de loin, la principale source des envois de fonds. Les principaux bénéficiaires sont, parmi les pays en développement, ceux de l’Hémisphère occidental et de l’Asie qui accueillent la plus grande partie des fonds envoyés.

Sources: FMI, Balance of Payments Statistics Yearbook; calculs des services du FMI.

1Pour une définition détaillée des composantes des envois de fonds, voir l’appendice 2.1.

2Les groupements régionaux reposent sur ceux adoptés par le FMI à l’heure actuelle dans les Perspectives de l’économie mondiale. Seuls les pays en développement sont inclus.

Graphique 2.3.Pays en développement: les vingt principaux bénéficiaires des envois de fonds1

(Moyenne sur la période 1990–2003)

En chiffres absolus, l’Inde, le Mexique et les Philippines sont les principaux bénéficiaires des envois de fonds. Dans de nombreuses économies de petite taille (le plus souvent insulaires ou enclavées), cependant, les fonds reçus représentent 5 % ou plus du PIB.

Sources: FMI, Balance of Payments Statistics Yearbook; calculs des services du FMI.

1Pour une définition détaillée des composantes des envois de fonds, voir l’appendice 2.1. Les données correspondent à la moyenne des envois de fonds durant les années de la période 1990–2003 pour lesquelles des chiffres sont disponibles.

Les données sur les pays d’où sont expédiés ces fonds sont encore plus fragmentaires. Les principales sources connues sont les États-Unis, l’Arabie Saoudite, la Suisse, l’Allemagne et la France (graphique 2.2). Depuis la fin des années 90, les États-Unis sont de loin la principale source de ces fonds: 34 milliards de dollars ont été envoyés à partir de ce pays en 2003. Les envois en provenance d’Arabie Saoudite s’expliquent par l’importance de la main-d’œuvre asiatique immigrée depuis le premier boom pétrolier, mais n’ont pas augmenté depuis le milieu des années 90.

Les envois de fonds sont une source de financement relativement stable, qui n’affiche pas les fluctuations souvent associées aux flux de capitaux privés. Tout au long des années 80 et 90, les recettes des pays en développement au titre des envois de fonds sont restées dans une fourchette étroite de 1 à 1,6 % du PIB (graphique 2.1). Les entrées de capitaux privés non liées aux IDE, les exportations et même l’aide publique ou les IDE se sont tous montrés plus instables (graphique 2.4). En outre, les envois de fonds ne présentent pas le caractère fortement procyclique des entrées de capitaux privés non liées aux IDE. Dans de nombreux pays — l’Indonésie après 1997, l’Équateur après 1999, l’Argentine après 2001 —, ils sont en fait montés en flèche après les épisodes de crise économique.

Graphique 2.4.Envois de fonds et autres flux de devises: instabilité et cyclicité1

(1980–2003)

Comparés aux autres formes d’entrées de devises, les envois de fonds à destination des pays en développement sont très stables et affichent un caractère relativement peu procyclique. Cela en fait une source de financement extérieur attrayante.

Sources: FMI, Balance of Payments Statistics Yearbook; calculs des services du FMI.

1Pour une définition détaillée des composantes des envois de fonds, voir l’appendice 2.1.

2L’instabilité est définie comme l’écart-type du ratio des entrées de devises visées au PIB.

3La cyclicité est définie comme la corrélation entre les entrées de devises visées et le PIB (corrigés tous deux des variations dues à la tendance).

Impact des envois de fonds sur le développement

D’une manière très générale, les envois de fonds aident les pays bénéficiaires à desserrer les contraintes budgétaires en leur permettant de consommer davantage de biens durables et non durables. Ils leur permettent aussi d’augmenter l’accumulation de capital humain (via les dépenses d’éducation et de santé) et les investissements physiques et financiers (dans l’immobilier résidentiel ou la création de petites entreprises, par exemple). Ces dépenses accrues pourraient influer sur divers aspects du développement3. Ainsi, l’essor des investissements en capital physique et humain pourrait accélérer la croissance de la production à long terme. C’est un résultat qui pourrait se concrétiser en particulier dans les pays dotés de systèmes et d’établissements financiers bien développés, où les envois de fonds peuvent faire l’objet d’une intermédiation et d’une utilisation efficaces. S’ils prennent de l’importance, toutefois, les envois de fonds risquent de contrecarrer cette évolution en diminuant l’incitation des bénéficiaires à travailler (Chami, Fullenkamp, and Jahjah, 2003), ou entraîner une appréciation du taux de change réel et une contraction concomitante du secteur des biens échangeables (le ≪mal hollandais≫).

Même lorsque les envois de fonds n’ont qu’un effet minime sur la croissance, ils peuvent avoir un impact très sensible sur le bien-être. Dans la mesure où les segments des plus pauvres de la société dépendent des envois de fonds pour leurs besoins de consommation de base, l’augmentation de ces envois s’accompagnerait d’un recul de la pauvreté, voire des inégalités4. Là encore, le caractère relativement stable des envois de fonds laisse penser que les pays qui en bénéficient largement devraient enregistrer moins souvent des fluctuations dommageables de la production, de la consommation ou de l’investissement. Dans des cas extrêmes, les envois de fonds pourraient réduire la probabilité de crises financières. Ces considérations sont corroborées par le fait que les envois de fonds, à la différence des entrées de capitaux, sont des transferts sans contrepartie qui n’alourdissent pas le service de la dette à venir et ne créent pas d’obligations à d’autres titres.

Dans un premier temps, ces hypothèses sont testées à l’aide de données recueillies auprès d’un large éventail de 101 pays suivis entre 1970 et 2003. L’échantillon et les données sont décrits en détail à l’appendice 2.1, et les résultats d’un sous-échantillon de 50 économies plus tributaires des envois de fonds (le ratio moyen des envois de fonds au PIB y est supérieur à 1 %) sont présentés séparément. L’encadré 2.1 analyse plus en détail l’impact des envois de fonds, et plus généralement de l’immigration, sur les pays des Caraïbes, petites économies caractérisées par le rôle majeur qu’y jouent ces entrées de capitaux.

Une remarque d’ordre analytique s’impose: les envois de fonds peuvent à la fois influencer les variables économiques qui nous intéressent, telles que la croissance de la production, et être influencés par elles. Dans les pays et durant les périodes où la croissance est relativement faible, les envois de fonds peuvent augmenter à la fois parce que l’émigration progresse et parce que les travailleurs qui ont déjà émigré apportent une aide financière accrue à leur famille restée au pays. Une telle endogénéité tendrait à fausser les résultats d’une analyse de régression simple. Le présent essai s’efforce de réduire autant que possible ce problème en employant diverses méthodes de variable instrumentale5. Les principaux résultats de cette analyse sont les suivants:

  • L’examen de la croissance des pays de l’échantillon dans le cadre d’une analyse de régression transversale type ne met pas en lumière de lien direct statistiquement significatif entre la croissance du produit réel par habitant et les envois de fonds (tableau 2.1)6. On ne décèle pas non plus de relation significative entre les envois de fonds et certaines des autres variables de contrôle — niveaux d’éducation, ratios d’investissement — incluses dans l’analyse de régression de la croissance. En outre, ces résultats sont confirmés quel que soit le degré d’intermédiation financière dans l’économie bénéficiaire. Certains analystes font valoir que l’impact des envois de fonds sur la croissance pourrait se faire sentir plus fortement dans des secteurs tels que l’immobilier résidentiel, par exemple: les migrants seraient plus disposés à envoyer des fonds si ceux-ci étaient utilisés pour resserrer les liens avec leur pays d’origine (Bouhga-Hagbe, 2004). De fait, certaines données disponibles montrent que l’activité dans le bâtiment est corrélée aux envois de fonds, mais elles portent sur un échantillon de très petite taille.
  • S’agissant du lien avec la pauvreté, si les envois de fonds sont utilisés avant tout pour financer la consommation de base, ils peuvent influer sur la pauvreté même quand leur impact sur la croissance est minime. Les résultats obtenus font apparaître effectivement un lien solide entre la pauvreté — qu’elle soit mesurée par la proportion de pauvres ou par l’écart de pauvreté — et les envois de fonds (tableau 2.1; Adams et Page (2003) et Adams (2004a) présentent des résultats similaires). L’impact économique peut sembler faible: en moyenne, une augmentation de 2½ points du ratio des envois de fonds au PIB7 s’accompagne d’une diminution de moins de ½ point du segment de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. Cependant, l’analyse fait la part des effets du revenu moyen et de l’inégalité de leur distribution, que le coefficient de Gini mesure de façon approchée, et ces variables elles-mêmes sont sans doute influencées par les envois de fonds8. L’impact véritable des envois de fonds sur la pauvreté pourrait donc être beaucoup plus important.
  • Quant au lien entre l’instabilité et les envois de fonds, les études conduites au niveau microéconomique laissent penser que ces envois réduisent très sensiblement la vulnérabilité des particuliers à des chocs tels que les catastrophes naturelles ou les guerres civiles (Rapoport and Docquier, 2005). Les résultats obtenus ici montrent que les envois de fonds réduisent aussi l’instabilité globale de la production, de la consommation et de l’investissement (tableau 2.1)9. En outre, l’impact économique est important: une augmentation de 2½ points du ratio des envois de fonds au PIB va de pair, en moyenne, avec une diminution d’un sixième de l’instabilité de la production. Il est intéressant de noter que l’augmentation des envois de fonds s’accompagne d’une diminution de l’amplitude de la ≪pire chute≫ de la production sur la période étudiée, confirmant qu’ils peuvent aider à atténuer les crises et les récessions. Faute de données suffisantes, il n’est pas possible de vérifier l’hypothèse selon laquelle l’afflux de fonds peut aider à réduire la probabilité d’une crise de balance des paiements; il apparaît cependant que les envois de fonds sont associés de façon significative et positive à la cote donnée à la dette souveraine par les agences de notation du risque-pays. Dans l’ensemble, cela corrobore fortement l’hypothèse selon laquelle les envois de fonds aident à stabiliser l’activité économique dans les pays bénéficiaires.
Tableau 2.1.Résultats de la régression: impact des envois de fonds des travailleurs migrants
Impact des envois de fonds4
Variable dépendanteEnsemble

de l’échantillon
Économies dépendantes

des envois de fonds5
Croissance1
Croissance de la production‒0,30‒0,27
Éducation‒0,431,93
Investissement0,480,12
Pauvreté2
Proportion de pauvres‒0,02*‒0,02*
Proportion de pauvres‒0,02*‒0,02*
Proportion de pauvres‒0,02*‒0,02*
Écart de pauvreté‒0,01*‒0,01*
Instabilité3
Instabilité de la production‒0,29**‒0,17**
≪Pire chute≫ de la production‒0,74**‒0,63**
Instabilité de la consommation‒0,45**‒0,19*
Instabilité de l’investissement‒1,31**0,01
Cote de crédit0,22**0,22**

La ≪croissance de la production≫ est mesurée en termes réels, par habitant. L’≪éducation≫ est mesurée par le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire, l’≪investissement≫ par le ratio investissement/PIB.

Les mesures de la pauvreté reposent sur la consommation lorsque c’est possible, sur le revenu en cas contraire, et sont données en logarithmes. La proportion de pauvres est définie comme la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. L’écart de pauvreté correspond à l’écart moyen, en pourcentage, qui sépare les pauvres de ce seuil, lequel est fixé à 1,08 dollar par jour, aux prix internationaux de 1993.

Toutes les variables sont mesurées en termes réels, par habitant. L’≪instabilité≫ est définie comme l’écart-type du taux de croissance annuel, et la ≪pire chute≫ correspond à la plus forte contraction annuelle de la production (en pourcentage).

Les envois de fonds sont mesurés par le ratio envois de fonds/ PIB, sauf pour les analyses de régression de la pauvreté, où ils sont mesurés par les logarithmes de ce ratio. Les coefficients sont normalisés: ils indiquent de combien d’écarts-types la variable dépendante variera si les envois de fonds augmentent d’un écart-type. Les caractères gras suivis de * ou ** indiquent des chiffres significatifs aux seuils de 10 % et 5 %, respectivement. Voir l’appendice 2.1 pour les détails sur les variables de contrôle supplémentaires.

Les économies ≪dépendantes des envois de fonds≫ sont celles où le ratio envois de fonds /PIB dépasse 1 %.

La ≪croissance de la production≫ est mesurée en termes réels, par habitant. L’≪éducation≫ est mesurée par le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire, l’≪investissement≫ par le ratio investissement/PIB.

Les mesures de la pauvreté reposent sur la consommation lorsque c’est possible, sur le revenu en cas contraire, et sont données en logarithmes. La proportion de pauvres est définie comme la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. L’écart de pauvreté correspond à l’écart moyen, en pourcentage, qui sépare les pauvres de ce seuil, lequel est fixé à 1,08 dollar par jour, aux prix internationaux de 1993.

Toutes les variables sont mesurées en termes réels, par habitant. L’≪instabilité≫ est définie comme l’écart-type du taux de croissance annuel, et la ≪pire chute≫ correspond à la plus forte contraction annuelle de la production (en pourcentage).

Les envois de fonds sont mesurés par le ratio envois de fonds/ PIB, sauf pour les analyses de régression de la pauvreté, où ils sont mesurés par les logarithmes de ce ratio. Les coefficients sont normalisés: ils indiquent de combien d’écarts-types la variable dépendante variera si les envois de fonds augmentent d’un écart-type. Les caractères gras suivis de * ou ** indiquent des chiffres significatifs aux seuils de 10 % et 5 %, respectivement. Voir l’appendice 2.1 pour les détails sur les variables de contrôle supplémentaires.

Les économies ≪dépendantes des envois de fonds≫ sont celles où le ratio envois de fonds /PIB dépasse 1 %.

Encadré 2.1.Envois de fonds et émigration dans les Caraïbes

Principale bénéficiaire des envois de fonds (en proportion du PIB), la région des Caraïbes connaît aussi l’émigration la plus forte du monde et une ≪fuite des cerveaux≫ massive1. Elle offre donc un cadre tout indiqué pour l’étude des déterminants et des effets des envois de fonds et de l’émigration.

Les envois de fonds à destination des Caraïbes augmentent régulièrement depuis une dizaine d’années, alors que les autres entrées de capitaux diminuent. Résultat, ils constituent la seconde source de financements extérieurs de la région, derrière les flux de capitaux privés. Entre 1990 et 2002, ils sont passés de 3 % à 13 % du PIB régional (voir graphique). Sur la même période, en revanche, l’investissement direct étranger (IDE) est tombé de 11 % à 7 %, et l’aide publique au développement (APD) de 4 % à 1 % du PIB. En 2002, 8 pays des Caraïbes — Haïti, Dominique, Grenade, Guyana, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kittset-Nevis et Saint-Vincent-et-les Grenadines — figuraient parmi les 30 premiers bénéficiaires d’envois de fonds (en proportion du PIB).

Les fonds envoyés dans la région sont une source de financement importante pour l’investissement privé. Mishra (2005b) utilise des données recueillies auprès de 13 pays des Caraïbes sur la période 1980–2002 pour analyser l’impact macroéconomique de ces envois de fonds. Ses estimations (établies à partir d’un modèle de régression sur données de panel qui intègre des effets fixes pour des pays et des années spécifiques) montrent que ces envois ont un impact statistiquement et économiquement significatif sur l’investissement privé. Une progression de 1 point des entrées de capitaux à ce titre augmente l’investissement privé de 0,6 point (toutes ces mesures étant faites par rapport au PIB). Le résultat a de quoi surprendre, si on le compare à l’idée répandue selon laquelle ces fonds seraient utilisés en grande partie pour financer la consommation. Mais il cadre avec les études effectuées au niveau microéconomique qui sont évoquées dans le chapitre, lesquelles mettent en évidence l’impact très sensible des envois de fonds sur l’investissement dans l’immobilier, la création de petites entreprises et l’agriculture.

Envois de fonds, IDE et APD à destination des Caraïbes1

(1990–2002; en pourcentage du PIB)

Sources: IMF, Balance of Payments Statistics Yearbook (BOP); Banque mondiale, World Development Indicators; OCDE; autorités nationales; calculs des services du FMI.

1Les envois de fonds seront calculés en faisant la somme des postes suivants: envois de fonds des travailleurs, rémunération des salariés et transferts des migrants. L’IDE est donné en termes d’entrées brutes.

Certaines données disponibles établissent par ailleurs que la consommation privée réelle est moins volatile dans les pays qui bénéficient d’envois de fonds importants. Les études microéconomiques susmentionnées montrent que les envois de fonds jouent un rôle d’assurance: ils augmentent sensiblement en réponse à des chocs (les Caraïbes sont une des régions les plus exposées aux catastrophes naturelles; voir Rasmussen, 2004). Jusqu’à présent, toutefois, peu d’études ont confirmé ce rôle au plan macroéconomique. Mishra (2005b) fait néanmoins apparaître que les envois de fonds à destination des Caraïbes augmentent, avec un certain décalage toutefois, après un choc négatif sur la production. Une contraction de 1 % du PIB réel s’accompagne d’une augmentation des envois de fonds d’environ 3 % qui se concrétise avec un décalage de deux ans.

L’ampleur des envois de fonds à destination des Caraïbes ne saurait surprendre, étant donné que la région affiche les taux d’émigration les plus élevés au monde: 12 % environ de sa population active a émigré vers les pays de l’OCDE. Ce taux global masque cependant des variations dans la répartition des migrants selon le niveau de qualification; le taux d’émigration est beaucoup plus élevé, en particulier, chez les diplômés. Une majorité de pays de la région ont perdu plus de la moitié de leur population active de niveau universitaire (au moins 12 années de scolarisation) et plus de 30 % de la population active de niveau secondaire (9 à 12 années de scolarisation). L’émigration vers les pays de l’OCDE a fait chuter la population active diplômée de l’enseignement supérieur en Jamaïque et au Guyana de 89 % et 83 %, respectivement, entre 1970 et 2000. De fait, les pays de la région sont presque tous classés parmi les 20 pays du monde où le taux d’émigration des diplômés de l’enseignement supérieur est le plus élevé (Docquier and Marfouq, 2004; Mishra, 2005a). Cela tient sans doute au fait que des facteurs d’≪attraction≫ (salaires plus élevés offerts à l’étranger) et de ≪rejet≫ (manque de débouchés sur place pour les plus diplômés) se conjuguent à des coûts de migration peu élevés (ne serait-ce qu’en raison de la proximité géographique des États-Unis).

Mishra (2005a) montre que l’émigration de la population active qualifiée a un coût important. Les calculs fondés sur l’offre et la demande de travail indiquent que les variations de l’offre de travail et des salaires intérieurs induites par l’émigration de la population active très qualifiée entraînent des pertes de bien-être pour tous ceux, salariés ou employeurs, qui restent dans leur pays d’origine. Ces pertes sont encore alourdies par d’autres coûts pour l’économie, tels que les dépenses publiques consacrées à l’éducation des diplômés qui émigrent ou la baisse de productivité de ceux qui restent. Ceci étant, les migrants enregistrent des gains de bien-être considérables.

Cette question de l’émigration et des envois de fonds place les pays des Caraïbes devant un choix. Ils peuvent 1) engager sur place des réformes propices à la croissance, afin d’améliorer le climat de l’investissement et de créer les incitations qui retiendront les plus qualifiés; ou 2) s’efforcer de tirer davantage parti de l’émigration en tablant sur la diaspora. Il s’agit de s’appuyer sur la communauté émigrée pour créer des réseaux commerciaux ou touristiques et promouvoir l’investissement, profiter des connaissances, qualifications et atouts des migrants, et attirer les envois de fonds sous des formes de plus en plus efficientes.

La population active la plus qualifiée pourrait être moins tentée d’émigrer si l’enseignement supérieur est réorienté vers des filières de qualification demandées dans la région, en particulier par le secteur des services, qui joue un rôle prédominant dans ces économies. Cette réorientation pourrait consister, par exemple, à créer des écoles hôtelières répondant aux besoins du secteur du tourisme. Étant donné que l’enseignement supérieur est fortement subventionné dans ces pays, les gouvernements doivent aussi concevoir des mesures propres à assurer que les migrants internalisent le coût de leur éducation.

Il est possible aussi de tirer davantage parti de l’émigration en encourageant, par exemple, les envois de fonds. Ainsi qu’il est expliqué dans le chapitre, les envois de fonds peuvent améliorer le bien-être et stimuler la croissance, notamment par leur impact sur l’investissement dans le capital physique et humain. Pour les autorités qui veulent financer le développement, les fonds envoyés représentent à la fois une chance et un défi. Une chance, car les envois de fonds sont de plus en plus importants alors que l’aide et l’IDE reculent, ce qui laisse penser que leur rôle dans le financement des investissements ne peut que croître. Un défi, car il n’est pas facile de concevoir des politiques qui encouragent les envois de fonds et canalisent ceux-ci vers les utilisations les plus productives. Les chiffres cités ici montrent que ces fonds ont d’ores et déjà un impact très positif sur les économies de la région. Il importe que les gouvernements continuent d’assurer un climat propice à ces flux, et l’améliorent encore si possible en abaissant les obstacles (coûts de transaction élevés, lenteur du processus de compensation des chèques) qui découragent ce type d’opérations2.

Note: L’auteur de cet encadré est Prachi Mishra. Les chiffres cités dans cet encadré sont extraits en grande partie de Mishra (2005a).1Les pays de la région des Caraïbes sont: Antigua-et-Barbuda, la Barbade, le Belize, la Dominique, la Grenade, le Guyana, Haïti, la Jamaïque, la République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, le Suriname et Trinité-et-Tobago.2Pour une analyse plus poussée, dans le contexte de la République Dominicaine, des réformes que les gouvernements pourraient promouvoir au niveau microéconomique, voir Suki (2004).

L’impact des envois de fonds — en particulier sur la croissance de la production — peut être difficile à détecter si l’on s’en tient aux seules données macroéconomiques. En premier lieu, comme cela a déjà été dit plus haut, il est difficile de déterminer avec précision dans quel sens jouent les liens mis en évidence, et le problème risque de ne pas être totalement résolu par l’utilisation de variables instrumentales. Par ailleurs, certains des canaux impliqués, tels que ceux qui opèrent via l’accumulation de capital humain, ne sont détectables que sur de très longues périodes. D’autres études, qui utilisent des données recueillies auprès des ménages et s’appuient en général sur des enquêtes approfondies ou des recensements à l’échelle nationale, peuvent par conséquent se révéler plus convaincantes. En règle générale, celles-ci font apparaître que les ménages qui bénéficient d’envois de fonds offrent à leurs enfants une éducation beaucoup plus poussée, s’engagent davantage dans la création de petites entreprises et accumulent plus d’actifs; en outre, l’impact des envois de fonds est particulièrement important pour les ménages les plus pauvres, qui se heurtent à des contraintes de crédit plus dures10. Au total, il existe de bonnes raisons de conclure que les envois de fonds pourraient contribuer fortement à la croissance. Les recherches doivent toutefois être approfondies si l’on souhaite mieux comprendre les canaux qu’ils pourraient emprunter.

Ceci étant, les envois de fonds, comme tout autre afflux de devises, peuvent être porteurs de ce que l’on appelle le ≪mal hollandais≫. Il arrive, par exemple, qu’ils entraînent une appréciation du taux de change réel et une hausse des prix dans l’immobilier11, lesquelles ont des retombées négatives sur ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier de cet apport de capitaux. Néanmoins, Rajan et Subramanian (2005) font apparaître — comme dans notre analyse — que les envois de fonds, à la différence de l’aide publique et des recettes tirées des ressources naturelles, n’ont pas un impact systématiquement négatif sur la compétitivité des pays, y compris dans les secteurs qui demandent une forte intensité de main-d’œuvre ou de faibles qualifications et dans celui des biens échangeables. Cela tient en partie au fait que, comme les envois de fonds bénéficient aux particuliers, et non aux administrations publiques, ils ne risquent pas autant de favoriser la corruption ou le gaspillage. Par ailleurs, étant donné leur relative stabilité, les envois de fonds ne semblent pas devoir entraîner une instabilité des taux de change réels, ni les ajustements difficiles qui, dans d’autres secteurs de biens échangeables, sont souvent associés aux fluctuations des exportations de ressources naturelles.

Jusqu’à présent, notre analyse a été centrée sur les résultats enregistrés dans le passé. Dans une optique prospective, les flux pourraient aussi être exploités pour accélérer les progrès de l’intermédiation financière dans les pays bénéficiaires. Dans la mesure notamment où l’on réussit à convaincre les particuliers de transformer les fonds qu’ils reçoivent en dépôts auprès des institutions financières, ces envois peuvent ouvrir à un segment plus large de la population l’accès au système financier réglementé et développer l’offre de produits de crédit et d’épargne tels que les prêts à l’éducation, les prêts hypothécaires ou les comptes d’épargne (≪bancarisation des secteurs non bancarisés≫). Ces progrès de l’intermédiation financière auront des effets positifs sur la croissance et le développement économique, à la fois de façon directe et en encourageant une utilisation plus efficace des fonds envoyés. Dans le même ordre d’idées, les banques engagées dans le transfert de ces fonds se rendent de plus en plus compte que ces flux (et les commissions qu’ils engendrent pour elles) peuvent être titrisés efficacement, tout comme les autres montants à recevoir à terme (Ketkar and Ratha, 2001). Depuis 1994, par exemple, près d’une quarantaine d’émissions obligataires adossées aux envois de fonds ont été lancées en Amérique latine, pour un total dépassant 5 milliards de dollars. Ce type de titrisation a permis à certaines banques de pays en développement d’entrer dans la catégorie dite d’≪investissement≫, ce qui a abaissé très sensiblement leurs coûts de financement.

S’il est vrai que les envois de fonds ont un impact très bénéfique sur le plan économique, le risque existe aussi qu’ils soient utilisés pour faciliter le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ces préoccupations importantes sont analysées dans l’encadré 2.2 (voir aussi El-Qorchi, Maimbo, and Wilson, 2003), où l’on fait valoir en particulier que les fournisseurs de services de transfert de fonds informels doivent être ramenés dans le système officiel par une réglementation adaptée. Celle-ci doit être claire et simple, et ne pas avoir pour effet d’entraver ces flux ou de repousser davantage les systèmes informels dans la clandestinité.

Déterminants des envois de fonds

Étant donné l’impact globalement positif des envois de fonds sur les économies bénéficiaires, les facteurs qui peuvent les encourager doivent être identifiés. Diverses études ont été consacrées aux déterminants de ces flux, et il est bon de les résumer ici. Ces travaux se limitant le plus souvent à un seul pays et ne proposant guère d’analyse globale, nous examinerons donc ici les données recueillies sur un large éventail de pays.

Les envois de fonds peuvent être analysés de deux façons: par la méthode ≪altruiste≫ et par celle dite ≪de portefeuille≫12. La méthode altruiste repose sur l’économie de la famille; les envois de fonds sont liés aux préoccupations de travailleurs migrants désireux d’accroître le revenu et de répondre aux besoins de consommation des membres de leur famille restés au pays. Dans l’approche de portefeuille, en revanche, on considère que les travailleurs migrants gagnent des revenus et doivent ensuite allouer leur épargne entre des actifs dans leur pays d’origine et dans le pays hôte. Ici, les envois de fonds répondent essentiellement à un motif d’investissement. De nombreuses études conjuguent les deux approches dans une analyse empirique.

Encadré 2.2.Réglementer les envois de fonds

Les envois de fonds sont une source de financement importante pour de nombreux pays. Comme il est indiqué dans le corps du texte, il est probable qu’une forte proportion de ces flux empruntent des systèmes informels. Le recours aux fournisseurs de services de transfert de fonds informels peut créer un risque d’utilisation à des fins de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme1, auquel il est urgent de faire face en intégrant ces fournisseurs de services de transfert de fonds informels dans le système officiel par le biais d’une réglementation adaptée.

Le cadre mis en place doit cependant prendre en compte, et réduire autant qu’il est possible, l’impact négatif que la réglementation peut avoir sur le coût des envois de fonds et les incitations à fournir ce type de services.

Dans les pays d’où partent ces flux comme dans ceux qui en bénéficient, le cadre réglementaire doit se concentrer sur les fournisseurs de services de transfert de fonds informels qui échappent jusqu’à présent à tout contrôle réglementaire ou prudentiel visant, en particulier, à assurer le respect des obligations prescrites dans le cadre de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Les banques et les autres institutions financières qui effectuent ces envois de fonds, mais sont déjà contrôlées par leurs autorités nationales, y compris pour ce qui concerne la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, n’auraient pas à être soumises à ce cadre réglementaire.

Le Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI) — organe de normalisation internationale dans ce domaine — demande, dans sa recommandation spéciale VI, que chaque pays oblige ≪les personnes physiques ou morales … qui fournissent un service de transmission de fonds ou de valeurs≫ à obtenir une autorisation d’exercer ou à s’inscrire sur un registre, et veille à ce qu’elles s’acquittent des obligations en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il appartient à chaque pays de choisir entre les régimes d’autorisation et d’inscription, en fonction de sa propre situation et de ses us et coutumes réglementaires reconnus. Le GAFI a reconnu que le contrôle de l’État devrait être souple et proportionnel au risque d’utilisation à des fins illicites.

Les régimes d’inscription et d’autorisation sont deux manières de réglementer l’activité des fournisseurs de services de transfert de fonds, compatibles toutes deux avec les recommandations du GAFI. La première oppose peu d’obstacles à la participation au système financier, mais exige que les autorités de contrôle aient des ressources suffisantes pour assurer, ex post, le respect des règles prudentielles et des obligations en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, en utilisant les informations recueillies lors du dépôt des candidatures. La seconde permet de filtrer les participants potentiels au moment de leur candidature, afin de s’assurer que tous remplissent les conditions requises; cela peut permettre d’alléger le contrôle par la suite. Comme le régime d’autorisation met davantage l’accent sur le dépôt des candidatures, les prescriptions imposées dès cette phase initiale peuvent entraîner une diminution du nombre de candidats déclarés.

Les fournisseurs de services de transfert de fonds devraient être consultés avant la publication des règlements et des prescriptions qui s’y attachent. Ils souhaitent en général une protection contre les flux financiers d’origine illicite et sont même favorables à l’adoption d’un cadre réglementaire formel pour éviter d’être associés aux criminels engagés dans le blanchiment des capitaux ou le financement du terrorisme. Les autorités ont intérêt aussi à les consulter au moment de choisir entre les régimes d’inscription et d’autorisation, car elles peuvent ainsi juger si les opérateurs informels sont disposés à participer au cadre proposé. Leur tâche sera facilitée si ces derniers sont déjà regroupés en associations. Sinon, elles devront trouver d’autres moyens de connaître le point de vue de ceux qu’elles entendent réglementer, en favorisant, par exemple, la création d’associations les regroupant ou en appuyant les efforts d’autorégulation du secteur pour faciliter l’accès au système réglementé.

Quel que soit le régime adopté (autorisation ou inscription), les prescriptions devraient être claires et simples. Elles pourraient concerner, selon le cas, le processus de candidature, le contrôle des antécédents, le suivi sur place et sur pièces et les programmes de contrôle de la conformité.

  • La plupart des fournisseurs de services de transfert de fonds étant de petites entreprises, les procédures de candidature devraient être claires et simples. En imposant un renouvellement annuel de l’autorisation accordée, l’autorité réglementaire s’assurerait de maintenir un contact au moins annuel avec eux. Elle serait en mesure de déterminer qui sont les principaux intervenants, mais une attention spéciale devrait être apportée aux agents, franchisés ou concessionnaires de gros fournisseurs de services de transfert de fonds disposant de réseaux étendus.
  • Les propriétaires et gestionnaires des services de transfert de fonds devraient être identifiés et soumis, pour le moins, à un contrôle des antécédents. Les pays qui choisissent le régime d’autorisation pourraient effectuer des tests de solvabilité et de probité afin d’empêcher les personnes qui ont un casier judiciaire de posséder ou de gérer des officines de transfert de fonds. Les candidats impliqués dans des délits financiers ou déclarés insolvables dans le passé ne devraient pas obtenir l’autorisation d’exercer.
  • Les autorités nationales devraient organiser des inspections sur place et un suivi sur pièces pour s’assurer du respect des prescriptions réglementaires. À cet effet, les fournisseurs de services de transfert de fonds devraient être tenus de déclarer et soumettre certaines données financières et autres informations. Cela pourrait aider les autorités réglementaires à mieux suivre les flux financiers et à mieux connaître les activités de transfert de fonds.
  • Dans la situation actuelle, la compensation des soldes reste un point faible important, car les fournisseurs de services de transfert de fonds pourraient continuer de l’assurer en recourant à des dispositifs formels ou informels. C’est un domaine qui demeurera sans doute opaque aux autorités, et qui appelle par conséquent des travaux approfondis pour être mieux compris.
  • Si une évaluation du risque permet de conclure que le secteur des envois de fonds est susceptible d’être utilisé à des fins de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme, tous ceux qui fournissent ce service devraient mettre en place un programme de contrôle de la conformité aux dispositions adoptées pour lutter contre ces deux risques.

Les obligations en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme concernent notamment l’identification de la clientèle, la conservation des documents et la déclaration des opérations suspectes.

  • Toutes les activités financières, y compris les services de transfert de fonds, supposent que l’on identifie la clientèle à partir de documents fiables. Cela peut poser des difficultés aux particuliers qui souhaitent envoyer des fonds, parmi lesquels figurent des travailleurs migrants sans papiers ou illégaux. Les pays concernés se sont appliqués de diverses manières à surmonter ces difficultés. L’un des moyens utilisés consiste à fixer le montant des transferts en espèces au-dessus duquel l’identification est obligatoire à un niveau supérieur à la moyenne des envois de fonds. Certains pays autorisent l’utilisation de cartes d’identité émises par les consulats.
  • La conservation des documents par les fournisseurs de services de transfert de fonds est essentielle, et certains pays ont mis à leur disposition des formulaires simples ou des logiciels. Des directives doivent être données pour assurer la transparence et la traçabilité des transactions, afin de faciliter les enquêtes lorsque des abus sont décelés.
  • L’obligation de déclarer les opérations suspectes pourrait poser des difficultés aux fournisseurs de services de transfert de fonds. Des efforts de sensibilisation, d’éducation et de formation s’imposent si l’on veut que les déclarations d’opérations suspectes soient plus nombreuses et mieux étayées.

Les autorités nationales devraient imposer des sanctions en cas de non-respect des prescriptions réglementaires. Deux types de sanctions peuvent être envisagées. Premièrement, les autorités devraient avoir compétence pour agir contre les fournisseurs de services de transfert de fonds qui choisissent de se soustraire à l’autorisation ou à l’inscription. Deuxièmement, les fournisseurs autorisés ou inscrits qui ne respectent pas les règles de contrôle financier ou les obligations en matière de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme devraient être passibles de sanctions similaires à celles imposées aux autres établissements financiers, lesquelles vont des mises en garde et amendes au retrait de l’autorisation d’exercer.

La réglementation doit aussi prendre en compte d’autres considérations importantes:

  • Dans les pays en développement, où les bénéficiaires des envois de fonds résident souvent dans des régions isolées ou n’ont pas accès aux banques et autres institutions financières, la clientèle risque de continuer à s’en remettre principalement aux réseaux de transfert de fonds informels. Dans ce cas, la mise en œuvre d’une réglementation efficace sera particulièrement difficile.
  • Les autorités nationales peuvent faire valoir des considérations de protection des consommateurs pour encourager ceux-ci à recourir aux fournisseurs de services de transfert de fonds autorisés ou inscrits. En premier lieu, afin de décourager toute tentative de fraude ou d’escroquerie, elles devraient mener des campagnes de sensibilisation et d’éducation pour informer ceux qui souhaitent envoyer des fonds de leurs choix, de leurs droits et des pièges à éviter — à ce stade, il faudrait aussi indiquer très clairement les avantages qu’il y a à utiliser les services des fournisseurs de services de transfert de fonds autorisés ou inscrits plutôt que les réseaux informels. En second lieu, les autorités devraient assurer la transparence des commissions perçues sur les transactions et des taux de change pratiqués.
  • Pour que la réglementation des envois de fonds soit efficace, les autorités doivent avoir les compétences, capacités et ressources requises pour assurer leurs fonctions de contrôle et de cœrcition. En outre, pour inciter les fournisseurs de services de transfert de fonds à adhérer au système réglementé, le régime mis en place ne devrait pas leur imposer des charges financières et administratives excessives.

La réglementation efficace des envois de fonds alourdira — dans les pays en développement, surtout — les charges administratives pesant sur des autorités de contrôle déjà mises à rude épreuve. Dans la mesure où les coûts liés au financement du cadre réglementaire seront répercutés en totalité sur les fournisseurs de services de transfert de fonds, et par conséquent sur leur clientèle, cela devrait tendre à pérenniser le secteur informel. La communauté internationale doit donc aider ces pays à se mettre en conformité avec les normes internationales, en leur apportant notamment une assistance technique.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont Chee Sung Lee et Maud Bökkerink.1Kapur (2004) soutient, entre autres, que ≪… les envois de fonds sont un mécanisme important de financement du terrorisme, des guerres civiles et des mouvements de libération… En Somalie … une forte proportion des envois de fonds a servi à armer les mouvements de guérilla rurale qui ont renversé le gouvernement en janvier 1991.≫ Les séparatistes indonésiens du Mouvement de libération d’Aceh, les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul ou les indépendantistes cachemiri ont bénéficié de tels soutiens en provenance de Suède, du Canada et du Royaume-Uni, respectivement.

À un niveau global, les envois de fonds sont à l’évidence étroitement liés aux flux migratoires13 (même si un examen exhaustif des liens entre envois de fonds et migrations déborde du cadre de cet essai)14. La présente analyse, qui s’appuie sur les travaux disponibles, se concentre sur cinq groupes de variables susceptibles d’influer sur les envois de fonds (en modifiant soit le ≪stock≫ de migrants résidant dans le pays concerné, soit la moyenne des fonds envoyés par chacun d’eux).

  • Activité économique dans le pays hôte des travailleurs migrants. L’amélioration des perspectives économiques dans le pays hôte augmente les chances d’emploi et les conditions de rémunération des travailleurs migrants. Cela permet à ceux qui ont déjà émigré d’envoyer des fonds plus importants et peut aussi encourager davantage l’émigration à partir du pays d’origine, donc augmenter les envois de fonds à venir. Empiriquement, l’activité économique dans le pays hôte est mesurée à partir de la ≪production mondiale≫15, les prix mondiaux du pétrole étant inclus comme variable de contrôle supplémentaire.
  • Activité économique dans le pays d’origine des travailleurs migrants. Les chocs négatifs sur la production, l’emploi et les salaires dans le pays d’origine réduisent les revenus des membres de la famille du travailleur migrant restés au pays. Ils peuvent, là aussi, inciter les travailleurs migrants à envoyer davantage de fonds et encourager plus de personnes à émigrer. L’activité économique dans le pays d’origine est mesurée ici par le PIB du pays concerné, décalé afin de réduire autant qu’il est possible les problèmes d’endogénéité.
  • Politiques et institutions économiques du pays d’origine. L’imposition de restrictions de change et l’existence de primes sur le marché noir peuvent décourager les travailleurs migrants d’envoyer des fonds. Les situations de ce type risquent en particulier de détourner les envois des canaux réglementés, et notamment bancaires, vers les canaux informels d’opérateurs non déclarés; les sommes envoyées risquent aussi d’être conservées sous forme de liquidités en devises. L’instabilité macroéconomique, qu’elle se manifeste par une forte inflation ou une surévaluation du taux de change réel, peut avoir des effets similaires. En revanche, l’existence d’un secteur financier plus développé peut encourager les envois de fonds en rendant leur expédition et leur réception plus faciles et moins coûteuses. Politiques et institutions économiques sont mesurées ici de façon empirique, en utilisant: un indicateur relatif à l’existence de systèmes de taux de change multiples, un indicateur des restrictions sur les dépôts en devises, les primes sur le marché noir, le degré d’intermédiation financière — mesuré par le ratio des dépôts bancaires, des avoirs bancaires ou de la capitalisation du marché boursier au PIB — et l’inflation.
  • Risques d’ordre général dans le pays d’origine. L’instabilité politique ou les carences de l’état de droit peuvent décourager les travailleurs migrants d’envoyer des fonds, au moins à des fins d’investissement — par crainte, notamment, de l’expropriation ou du vol. Les mesures du risque politique et de l’état de droit effectuées par l’International Country Risk Guide (ICGR) donnent ici une valeur approchée de ces risques.
  • Possibilités d’investissement. La possibilité de bénéficier, dans le pays hôte, de rendements plus élevés que ceux escomptés des actifs détenus dans le pays d’origine peut encourager les travailleurs migrants à investir leur épargne dans le pays hôte plutôt que de rapatrier celle-ci chez eux sous forme d’envois de fonds. Le LIBOR aux États-Unis16 est utilisé ici pour donner une valeur approchée des possibilités d’investissement comparées dans les actifs du pays hôte et dans ceux du pays d’origine.

L’analyse repose sur les données annuelles d’un panel de 87 pays suivis entre 1980 et 2003. Les années 80 et 90 ont aussi fait l’objet d’une analyse distincte, mais, celle-ci ayant donné des résultats similaires à ceux obtenus pour l’ensemble de l’échantillon, nous n’en ferons pas mention ici. Les données sont décrites plus en détail à l’appendice 2.1. Une régression de panel est estimée, avec comme variable dépendante les envois de fonds en proportion du PIB du pays bénéficiaire. Tout au long de l’analyse, nous prenons en compte les effets fixes nationaux17 et une tendance temporelle.

Globalement, les résultats de la régression confirment que les politiques menées et les réglementations en vigueur peuvent jouer un rôle important dans les envois de fonds (tableau 2.2). Plus précisément, la production mondiale a un impact positif et statistiquement significatif sur les envois de fonds: les envois de fonds des travailleurs migrants vers leur pays d’origine tendent à augmenter lorsque l’économie du pays hôte est plus dynamique18. L’augmentation de la production dans le pays d’origine a un impact négatif et significatif sur les envois de fonds: cela cadre avec le constat que nous faisions précédemment, à savoir que ces envois de fonds aident à lisser les fluctuations. L’existence de taux de change multiples a aussi un impact négatif et significatif sur les envois de fonds. Quant aux données relatives aux primes sur le marché noir et aux restrictions sur les dépôts en devises, elles ne sont disponibles que pour quelques pays seulement; cependant, dans le souséchantillon ainsi créé, ces deux variables affichent elles aussi un impact négatif et significatif sur les envois de fonds. Sur un plan économique, l’impact des politiques menées et des règlements en vigueur est assez important: l’élimination totale des restrictions et distorsions de change s’accompagne d’une augmentation des envois de fonds de 1 à 2 points de PIB19. Les progrès de l’intermédiation financière n’ont pas, en revanche, d’effet significatif sur les envois de fonds, pas plus que le risque politique ou l’état de droit, dans l’acception large de ces deux termes20. Enfin, les possibilités d’investissement relatives, dont le LIBOR aux États-Unis donne une valeur approchée, n’ont pas elles non plus d’impact significatif sur les envois de fonds; le fait que ces envois ne soient guère influencés par des considérations de taux de rentabilité pourrait expliquer la relative stabilité qu’ils affichent par rapport à beaucoup d’autres types de flux de capitaux.

Tableau 2.2.Résultats de la régression: déterminants des envois de fonds1
Modèles3
Variables explicatives2IIIIII
Production mondiale1,44*5,56*1,47*
Production du pays d’origine‒2,52*‒3,20*‒2,11*
Double marché des changes‒0,59*‒0,52*
Restrictions sur les dépôts en devises à l’étranger‒0,79*
Dépôts bancaires/PIB0,03

Les envois de fonds sont mesurés par le ratio envois de fonds /PIB.

La ≪production mondiale≫ est le logarithme des PIB réels moyens pondérés des pays partenaires, les pondérations étant celles décrites dans le texte. La ≪production du pays d’origine≫ est la valeur décalée du logarithme du PIB réel par habitant (d’après les Penn World Tables). Le ≪double marché des changes≫ et les ≪restrictions sur les dépôts en devises à l’étranger≫ sont des indicateurs égaux à 1 si ces pratiques existent, à 0 dans le cas contraire (Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions du FMI, 2003). Enfin, le ratio ≪dépôts bancaires/PIB≫ correspond au total des dépôts à vue, à terme et d’épargne dans les banques créatrices de monnaie, en proportion du PIB. Les variables de contrôle supplémentaires sont le risque politique et l’état de droit (d’après l’International Country Risk Guide), le LIBOR à six mois aux États-Unis, les prix mondiaux du pétrole, les effets fixes nationaux et une tendance temporelle.

Les caractères gras suivis de * indiquent des chiffres significatifs aux seuils de 5 %.

Les envois de fonds sont mesurés par le ratio envois de fonds /PIB.

La ≪production mondiale≫ est le logarithme des PIB réels moyens pondérés des pays partenaires, les pondérations étant celles décrites dans le texte. La ≪production du pays d’origine≫ est la valeur décalée du logarithme du PIB réel par habitant (d’après les Penn World Tables). Le ≪double marché des changes≫ et les ≪restrictions sur les dépôts en devises à l’étranger≫ sont des indicateurs égaux à 1 si ces pratiques existent, à 0 dans le cas contraire (Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions du FMI, 2003). Enfin, le ratio ≪dépôts bancaires/PIB≫ correspond au total des dépôts à vue, à terme et d’épargne dans les banques créatrices de monnaie, en proportion du PIB. Les variables de contrôle supplémentaires sont le risque politique et l’état de droit (d’après l’International Country Risk Guide), le LIBOR à six mois aux États-Unis, les prix mondiaux du pétrole, les effets fixes nationaux et une tendance temporelle.

Les caractères gras suivis de * indiquent des chiffres significatifs aux seuils de 5 %.

Il convient de noter que l’envoi de fonds s’accompagne souvent de coûts de transaction élevés (regroupant à la fois les commissions explicites et les écarts entre les cours d’achat et de vente des devises) et, dans certains cas, de retards. Il n’existe pas de données systématiques — extraites de séries temporelles portant sur plusieurs pays — sur ces coûts (voir graphique 2.5 pour quelques estimations). Cependant, ces derniers ont été étudiés attentivement dans le cadre des envois de fonds des États-Unis vers l’Amérique latine21, ce qui a permis de mettre en évidence quelques données simples. Premièrement, si les coûts de transaction ont sensiblement diminué ces dernières années, ils représentent encore de 5 à 10 %, voire plus, des montants envoyés. Deuxièmement, ces coûts varient beaucoup d’un pays à l’autre. Ils semblent particulièrement bas sur des marchés, comme le Mexique, qui traitent de gros volumes; cela peut s’expliquer par l’existence d’une concurrence plus vive entre fournisseurs de services de transfert de fonds, ou par la possibilité qu’ont ces derniers d’étaler les coûts d’infrastructure fixes sur une clientèle nombreuse. Troisièmement, même si l’on suppose que le volume des fonds envoyés reste constant, une nouvelle baisse des coûts de transaction entraînerait automatiquement une hausse des recettes des pays en développement au titre de ces envois de fonds. Elle pourrait aussi encourager les intéressés à renoncer aux canaux informels de transferts en espèces, au profit des circuits officiels.

Graphique 2.5.Coût de l’envoi de 200 dollars à partir des États-Unis

Le coût des envois de fonds varie considérablement d’un pays à l’autre. Au cours des quinze dernières années, la concurrence s’est intensifiée et les coûts ont diminué, même s’ils restent parfois très élevés.

Sources: Western Union; Women’s World Banking; calculs des services du FMI.

1Le coût des envois de fonds est mesuré par la différence en pourcentage, en février 2005, entre la valeur de 200 dollars en monnaie d’un pays donné, au taux de change officiel, et la somme effectivement reçue de Western Union, nette des commissions de service et de change.

Conclusions et enjeux

Pour de nombreux pays en développement, les envois de fonds représentent une source de devises très importante, qui s’est révélée beaucoup plus stable et moins procyclique que d’autres entrées de capitaux. Les fonds envoyés peuvent les aider à améliorer leurs perspectives de développement, préserver la stabilité macroéconomique, amortir l’impact des chocs et combattre la pauvreté. Ils permettent aux familles qui les reçoivent de maintenir ou d’accroître les dépenses consacrées à la consommation de base, au logement, à l’éducation et à la création de petites entreprises; ils peuvent aussi stimuler l’intermédiation financière dans les économies en développement qui reposent sur les transactions en espèces.

Pour tirer le meilleur parti du potentiel de ces envois de fonds, toutefois, il est essentiel d’agir sur plusieurs fronts. En effet:

  • Bien qu’il ait baissé ces dernières années, le coût des envois de fonds reste très variable, et bien souvent élevé. Il faut donc s’efforcer de le réduire dans la mesure du possible, en levant notamment les obstacles à l’entrée et à la concurrence sur le marché des transferts de fonds. Les autorités pourraient, par exemple, diffuser les informations disponibles sur les options de transfert de fonds et leur coût.
  • Les politiques macroéconomiques et les régimes de change peuvent, selon le cas, encourager ou décourager les envois de fonds, en particulier ceux qui empruntent le système financier réglementé. Les autorités doivent tenir compte de cet impact possible, notamment dans les pays où les entrées de capitaux (effectives ou potentielles) à ce titre sont considérables. Par exemple, l’analyse donne des raisons supplémentaires de s’inquiéter des mesures de contrôle des changes, telles que les restrictions applicables aux paiements privés ou les systèmes de taux de change multiples. L’instabilité des politiques macroéconomiques et les désalignements monétaires peuvent aussi, dans une certaine mesure, décourager les envois de fonds.
  • Les fonds reçus pourraient être utilisés par les ménages pour accéder aux services bancaires et financiers. C’est un résultat qui serait plus facilement atteint si les intermédiaires financiers officiels, et notamment les banques et les institutions de microfinance, participaient plus activement au marché des transferts de fonds. Là encore, les gouvernements peuvent apporter leur contribution en abaissant les obstacles à l’entrée sur ce marché.
  • Les fournisseurs de services de transfert de fonds doivent faire l’objet d’une réglementation et d’un contrôle adéquats, afin de réduire au minimum le risque de blanchiment des capitaux, de financement du terrorisme ou de fraude aux dépens des consommateurs. Cependant, les cadres de réglementation mis en place doivent prendre en compte, et autant que possible réduire, l’impact négatif que les réglementations peuvent avoir sur le coût des envois de fonds et les incitations à fournir ce type de prestations.
  • Il faut améliorer les informations disponibles sur l’ampleur et les sources des fonds envoyés et reçus. Sans cela, d’autres questions importantes (telles que la réglementation des envois de fonds ou le développement de nouveaux produits financiers visant à répondre aux besoins des expéditeurs et des bénéficiaires de ces fonds) seront extrêmement difficiles à régler.
  • Comme les autres sources d’entrées de devises, les envois de fonds portent en eux le risque de ≪mal hollandais≫. En règle générale, il ne semble pas que celui-ci se soit concrétisé en provoquant des contre-performances économiques majeures. Cela dit, on peut penser qu’en cas de fluctuation significative des envois de fonds, les autorités des pays bénéficiaires pourraient être dans l’obligation d’accepter une plus grande flexibilité du taux de change qu’elles ne le feraient en d’autres circonstances.

Instabilité de la production dans les pays émergents et en développement

Le principal auteur de cet essai est Dalia Hakura, qui a consulté Christopher Otrok. Stephanie Denis a apporté son concours en qualité d’assistante de recherche.

Les épisodes de forte instabilité de la production peuvent avoir des répercussions négatives sur la croissance, le bien-être et la pauvreté, en particulier dans les pays en développement (encadré 2.3). Bien que ses fluctuations aient diminué au fil des ans, la production continue d’afficher, dans les économies de marché émergentes et les pays en développement, une instabilité qui varie selon les régions — elle est beaucoup plus prononcée en Afrique subsaharienne qu’en Asie — et reste très supérieure aux niveaux observés dans les pays industrialisés, ce qui laisse penser qu’elle pourrait encore diminuer considérablement (voir graphique 2.6). Mieux connaître les déterminants de cette instabilité pourrait permettre aux économies de marché émergentes et aux pays en développement de formuler des politiques économiques susceptibles de la réduire.

Graphique 2.6.Instabilité de la croissance de la production

(Écarts-types mobiles sur dix ans des taux de croissance du produit réel par habitant; moyenne pour chaque groupe)1

Au cours des dernières décennies, l’instabilité de la croissance de la production a nettement diminué dans les économies de marché émergentes, les pays en développement et les pays industrialisés. Elle reste toutefois beaucoup plus forte dans les économies de marché émergentes et les pays en développement.

Sources: Penn World Tables, Version 6.1; calculs des services du FMI.

1Les données pour 1979 font référence à l’écart-type des taux de croissance par habitant sur la période 1970–79. Les données pour 1980 font de même pour la période 1971–80, etc.

Le présent essai analyse par conséquent les grandes tendances de l’instabilité de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement et en examine les principaux déterminants. Il s’applique en particulier à répondre aux questions suivantes:

  • Dans quelle mesure l’instabilité a-t-elle diminué dans les économies de marché émergentes et les pays en développement?

Encadré 2.3.Pourquoi l’instabilité est-elle néfaste?

La complexité des relations entre l’instabilité de la production et les résultats économiques à long terme met à l’épreuve les économistes. Dans les années 80, ceux-ci considéraient en général que l’impact de l’instabilité sur la croissance et le bien-être était tout au plus mineur et ne voyaient pas là une source d’inquiétude réelle. Les travaux effectués dans les années 90 ont abouti à une conclusion radicalement différente: l’instabilité de la production peut en fait ralentir la croissance à long terme et entraîner une forte diminution du bien-être1. En outre, les crises financières que bon nombre d’économies de marchés émergentes et de pays en développement ont connues ces vingt dernières années ont bien montré l’effet néfaste des épisodes de forte instabilité sur les inégalités de revenus et la pauvreté. Le présent encadré rend compte de certaines des études récentes sur les conséquences de l’instabilité de la production pour la croissance, le bien-être et la pauvreté.

Impact sur la croissance

L’instabilité de la production pourrait, de diverses manières, mettre à mal la croissance économique2. L’un des principaux canaux qui relient l’instabilité à la croissance est l’investissement: parce qu’elle aggrave les incertitudes qui pèsent sur les rendements à venir, l’instabilité de la production pourrait ralentir la croissance en diminuant l’investissement. Les imperfections du marché associées aux contraintes de crédit ou les difficultés d’accès aux marchés financiers mondiaux pourraient de même amplifier l’impact négatif de l’instabilité à court terme de la production sur la croissance à long terme des marchés émergents et des pays en développement, car ce type d’imperfections limite étroitement les options de financement offertes aux projets d’investissement à long terme (Aghion et al., 2004).

Croissance de la production, et instabilité, 1960–20001

(Pourcentages)

Source: Kose, Prasad, and Terrones (2005).

1Le graphique prend en compte 85 pays, dont 22 pays industrialisés.

2Taux de croissance annuel moyen du PIB réel par habitant sur la période 1960–2000.

3Écart-type de la croissance annuelle moyenne du PIB réel par habitant sur la période 1960–2000.

Plusieurs études empiriques reposant sur des méthodes et des bases de données différentes font apparaître une relation négative entre l’instabilité de la production et la croissance économique (voir graphique)3. Kose, Prasad et Terrones (2005) montrent que les pays où la production est le plus instable affichent une croissance plus faible, en moyenne, que ceux qui bénéficient d’une plus grande stabilité. Qui plus est, la relation négative entre instabilité et croissance est significative sur le plan économique: dans les pays en développement, une augmentation de 1 point de l’écart-type de la croissance de la production s’accompagne d’une baisse de 0,16 point du taux de croissance moyen.

Des facteurs tels que les caractéristiques structurelles de chaque pays, ou la nature et l’origine de l’instabilité constatée, influent sur la relation empirique entre instabilité et croissance.

  • Les pays en développement dont les institutions sont plus fragiles et les marchés financiers moins développés souffrent davantage de l’impact négatif de l’instabilité sur la croissance. Le degré d’intégration au commerce mondial modifie aussi la nature de la relation entre instabilité et croissance. Les économies qui sont plus ouvertes aux échanges internationaux et s’appuient sur une base d’exportation diversifiée résistent mieux à une instabilité plus forte, qui affecte moins leur croissance4.
  • La source de l’instabilité importe elle aussi. Si l’instabilité est associée à des mesures budgétaires discrétionnaires, par exemple, elle risque de fausser les décisions d’épargne et d’investissement et sera alors particulièrement préjudiciable à la croissance (Fatás and Mihov, 2003).

Impact sur le bien-être

L’instabilité de la production peut avoir des répercussions très négatives sur le bien-être via l’impact qu’elle exerce sur la dynamique de la consommation, car la stabilité des habitudes de consommation est un déterminant majeur du bien-être économique (Wolf, 2005). L’instabilité de la production pourrait amplifier les fluctuations de la consommation et, ce faisant, diminuer le bien-être économique. Des travaux récents montrent que la volatilité de la consommation sur le cycle économique s’accompagne en fait de très lourdes pertes de bien-être, puisqu’elles peuvent atteindre 8 % de la consommation sur le cycle de vie dans les pays développés (Barlevy, 2004). Et ces pertes sont beaucoup plus importantes dans les pays en développement, où la volatilité de la consommation est en moyenne double ou triple de celle observée dans les pays développés. Selon Pallage et Robe (2003), l’impact de l’instabilité sur le bien-être dans les pays à faible revenu pourrait être 10 à 30 fois supérieur aux estimations faites pour une économie développée type. Non seulement ces pays sont soumis à divers chocs externes et internes très déstabilisants, mais ils ne disposent pas d’un véritable marché financier et n’ont qu’un accès limité aux marchés internationaux de capitaux, ce qui rend l’instabilité de la consommation encore plus préjudiciable à leur bien-être.

Impact sur la pauvreté

L’instabilité de la production pourrait avoir un impact négatif sur la pauvreté, car les plus démunis sont ceux qui ont le moins accès aux marchés financiers, et le plus de difficultés à diversifier les risques associés à leur revenu, lequel n’a souvent d’autres sources que leur force de travail et les transferts publics. Comme les pauvres sont par ailleurs très tributaires des services publics, notamment en matière d’éducation et de santé, toute modification des dépenses publiques les touche de plein fouet. La politique budgétaire étant procyclique dans la plupart des pays en développement, l’impact négatif de l’instabilité sur la pauvreté s’en trouve amplifié, notamment en période de crise. Enfin, leur manque de formation et de compétences empêche souvent les pauvres de passer d’un secteur d’activité à l’autre pour s’ajuster aux aléas de la conjoncture économique.

Des recherches empiriques récentes font apparaître un lien de causalité négatif et significatif entre l’instabilité et la pauvreté (Laursen and Mahajan, 2005), et que celui-ci est particulièrement net dans les pays en développement à faible revenu de la région MOAN et de l’Afrique subsaharienne. Il apparaît d’autre part que, lors des périodes d’instabilité extrême associées aux crises financières, les économies de marché émergentes enregistrent une aggravation de la pauvreté et une détérioration concomitante de la répartition des revenus.

Il ressort donc des travaux récents que l’instabilité de la production a des effets néfastes sur la croissance économique, le bien-être et la pauvreté. Aussi les politiques de stabilisation qui visent à réduire cette instabilité pourraient-elles avoir des conséquences très bénéfiques pour la croissance à long terme et le bien-être, tout en faisant reculer la pauvreté dans les économies de marché émergentes et les pays en développement.

Note: Le principal auteur de cet encadré est Ayhan Kose.1Pour un bilan récent de ces travaux, voir Kose, Prasad, and Terrones (2005) et Aizenman and Pinto (2005).2La théorie économique ne se prononce pas clairement sur les conséquences de l’instabilité de la production pour la croissance. De fait, certains auteurs soutiennent que la volatilité de la production pourrait être bénéfique à la croissance économique (Blackburn, 1999; Imbs, 2004; Tornell, Westermann, and Martinez, 2004). Ils sont quelques-uns, par exemple, à souligner que, comme les profits attendus d’investissement très volatils et risqués pourraient être plus importants que ceux que l’on attend d’investissements qui le sont moins, ils pourraient se traduire par des taux de croissance plus élevés.3Voir Ramey and Ramey (1995), BID (1995), Martin and Rogers (2000), Fatás (2002), Hnatkovska and Loayza (2005) et Kose, Prasad, and Terrones (2005).4On notera toutefois que, si l’ouverture aux échanges entraîne une plus grande spécialisation par produit, elle peut aggraver l’instabilité et compromettre la croissance.
  • Dans quelle mesure les fluctuations de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement répondent-elles à des événements économiques régionaux et mondiaux, ou à des facteurs plus spécifiques à un pays donné (facteurs nationaux dans le reste de l’essai)? La contribution relative des événements régionaux et mondiaux a-t-elle augmenté (suite au développement des liens économiques et financiers internationaux, par exemple), et ces composantes de la volatilité de la production sontelles devenues plus stables? Ne serait-ce pas plutôt les facteurs nationaux qui sont devenus plus stables, en réponse peut-être au renforcement des politiques en vigueur et des institutions en place?
  • Quelles variables des politiques et des institutions économiques expliquent le mieux l’instabilité de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement?

Le présent essai utilise diverses techniques nouvelles pour répondre à ces questions. Il met aussi en lumière les différences constatées, dans les économies de marché émergentes et les pays en développement, sur le double plan des déterminants de l’instabilité de la production et de l’impact qu’une amélioration des politiques et des institutions peut avoir sur cette instabilité.

Instabilité: quelques données simples sur les économies de marché émergentes et les pays en développement

Si l’instabilité de la croissance de la production diminue dans les économies de marché émergentes et les pays en développement depuis une trentaine d’années, elle reste néanmoins beaucoup plus forte que dans les pays industrialisés. Cette diminution globale masque de surcroît des tendances différentes selon les régions22. Ainsi, le recul de l’instabilité est bien établi en Asie du Sud et en Chine, dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) et dans les pays d’Afrique subsaharienne membres de la zone franc, en particulier (graphique 2.7). En revanche, l’instabilité se maintient à un niveau relativement élevé en Amérique latine, et s’est aggravée depuis 1997 en Asie de l’Est. Des diverses régions d’économies de marché émergentes et de pays en développement, c’est en Asie que l’instabilité est la plus faible en moyenne sur la période 1970–2003, et dans l’Afrique subsaharienne qu’elle est la plus forte.

Graphique 2.7.Instabilité de la croissance de la production selon les régions

(Écarts-types mobiles sur dix ans des taux de croissance du produit réel par habitant; moyenne pour chaque groupe)

L’instabilité de la croissance de la production a diminué dans toutes les régions, sauf en Asie de l’Est et en Amérique latine.

Sources: Penn World Tables, Version 6.1; calculs des services du FMI.

Comment expliquer ces différences régionales? Pour répondre à cette question, un modèle à facteurs dynamiques est estimé afin de décomposer les fluctuations de la croissance du produit réel par habitant. Cette technique identifie et estime les mouvements communs ou forces sous-jacentes (les facteurs) susceptibles de causer les fluctuations de la production dans les différents pays (pour plus de détails sur cette question, voir l’appendice 2.2). En particulier, le modèle utilisé dans cet essai décompose les fluctuations de la production en trois facteurs:

  • un facteur mondial, pour saisir les événements qui influent sur la croissance du produit réel par habitant dans tous les pays;
  • un facteur régional, pour saisir les événements qui influent sur la croissance du produit réel par habitant dans tous les pays d’une région donnée;
  • un facteur national, pour saisir les événements qui influent spécifiquement sur la croissance du produit réel par habitant dans un pays donné.

Ces facteurs saisissent les mouvements des forces qui sous-tendent ces économies (chocs de politique monétaire et budgétaire ou de productivité, chocs pétroliers), dont l’importance relative varie avec le temps et d’un pays à l’autre. Ainsi, les covariations, dans différents pays, de variables qui influent sur la croissance de la production — taux d’intérêt internationaux, prix pétroliers — seraient saisies par le facteur mondial. Les chocs qui se répercutent d’un pays ou d’une région à l’autre en raison de similarités dans la qualité des institutions et des politiques économiques ou dans le stade de développement économique seraient saisis par le facteur régional. Les modifications de la politique macroéconomique ou structurelle conduite par un pays donné qui influent sur la croissance de sa production seraient, quant à elles, saisies par le facteur national23.

L’estimation du facteur mondial rend bien compte des hauts et des bas de la croissance du PIB mondial au cours des 34 dernières années, et notamment des chocs pétroliers des années 70, des récessions du début des années 80 et des années 90, de l’éclatement de la ≪bulle≫ des investissements de haute technologie au début des années 2000 et de la reprise récente de l’activité mondiale (graphique 2.8). Comme c’est le cas pour la croissance mondiale actuelle, le facteur mondial est moins volatil durant la seconde moitié de la période étudiée.

Graphique 2.8.Facteur mondial et croissance mondiale effective

(Variation annuelle en pourcentage; affranchie des effets de moyenne)

L’estimation du facteur mondial rend compte des pics et des creux de la croissance du PIB mondial ces 34 dernières années, et en particulier des chocs pétroliers des années 70, des récessions du début des années 80, de l’éclatement de la bulle des investissements de haute technologie et de la récente reprise mondiale.

Sources: Penn World Tables, Version 6.1; calculs des services du FMI.

1Pour plus de détails sur l’estimation du facteur mondial, voir l’appendice 2.2. Le facteur mondial a été remis à l’échelle voulue pour avoir la même variance que la croissance mondiale effective.

2La croissance mondiale effective représente les taux de croissance du PIB réel par habitant, pondérés sur la base des parités de pouvoir d’achat, pour tous les pays étudiés.

Les estimations des facteurs régionaux saisissent elles aussi des fluctuations cycliques bien connues (graphique 2.9)24. Ainsi, le facteur ≪Asie de l’Est≫ montre que la crise de 1997–98 domine le cycle dans la région; le facteur ≪Amérique du Sud≫ permet d’isoler la crise de la dette du début des années 80 et les problèmes qui ont émaillé la fin des années 90; enfin, le facteur ≪zone franc≫ accuse des oscillations brutales dans les années 70 et au début des années 80 — qui reflètent la récurrence d’épisodes de sécheresse et de chocs des termes de l’échange —, mais montre une moindre instabilité depuis quelque temps. En revanche, certains des autres facteurs ne font apparaître aucune tendance régionale notable.

Graphique 2.9.Facteurs régionaux1

(Variation annuelle en pourcentage; affranchie des effets de moyenne)

Les facteurs régionaux rendent compte de fluctuations cycliques bien connues, telles que la crise de 1997–98 en Asie de l’Est, la crise de la dette du début des années 80 en Amérique du Sud, ou les épisodes récurrents de sécheresse et de chocs des termes de l’échange dans les pays de la zone franc durant les années 70 et au début des années 80.

Sources: Penn World Tables, Version 6.1; calculs des services du FMI.

1Pour plus de détails sur l’estimation des facteurs régionaux, voir l’appendice 2.2. Un facteur ≪autres pays industrialisés≫ est également estimé, mais n’est pas représenté ici.

Afin d’examiner l’importance respective des trois facteurs dans l’explication de l’instabilité de la production dans chaque pays, la part de la variance de la croissance du produit réel par habitant imputable à chacun d’eux est calculée. Il apparaît que les fluctuations de la production dépendent davantage des facteurs nationaux dans les économies de marché émergentes et les pays en développement que dans les pays industrialisés (graphique 2.10). Ainsi, ces facteurs nationaux expliquent plus de 60 % de l’instabilité de la production dans environ 90 % des économies de marché émergentes et des pays en développement, mais dans 40 % seulement des pays industrialisés. Le facteur mondial explique moins de 10 % des fluctuations de la production dans plus de 60 % des économies de marché émergentes et des pays en développement, mais de 10 à 20 % de ces fluctuations dans près de la moitié des pays industrialisés.

Graphique 2.10.Facteurs de l’instabilité de la croissance du produit réel par habitant, 1970–20041

(Pourcentage de pays en ordonnée; importance des différents facteurs en abscisse)

Les fluctuations de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement sont dues davantage à des facteurs nationaux que ce n’est le cas dans les pays industrialisés. Par exemple, le graphique montre que les facteurs nationaux expliquent plus de 60 % de l’instabilité de la production dans environ 90 % des économies de marché émergentes et des pays en développement, contre 40 % seulement dans les pays industrialisés.

Sources: Penn World Tables, Version 6.1; calculs des services du FMI.

1On indique que 20 % est expliqué par un facteur donné lorsque, dans les pays considérés, il explique de 10 à 20 % des variations de la production; le chiffre de 30 % indique de même que ce facteur explique de 20 à 30 % des variations observées dans les pays considérés, etc.

L’examen des contributions des facteurs à l’instabilité de la production montre que, dans tous les groupements régionaux d’économies de marché émergentes et de pays en développement sauf l’Asie de l’Est, au moins 60 % de l’instabilité de la production est imputable aux facteurs nationaux (tableau 2.3). Dans toutes ces régions aussi, et à l’inverse de ce que l’on observe pour les pays industrialisés, le facteur régional explique une plus grande part de l’instabilité que le facteur mondial. La contribution du facteur national à l’explication des fluctuations de la production en Asie de l’Est est à peu près la même que dans les pays industrialisés. En revanche, la contribution du facteur régional est très importante, ce qui s’explique en grande partie la crise financière est-asiatique, qui a entraîné des contractions brutales et simultanées de la production à travers la région. De fait, lorsque le modèle est estimé pour la période 1970–96, le rôle du facteur global prend de l’importance alors que celui du facteur régional diminue, de sorte que l’Asie de l’Est semble partager davantage de caractéristiques des pays industrialisés.

Tableau 2.3.Facteurs d’instabilité de la croissance du produit réel par habitant1(Moyenne pour chaque groupe; en pourcentage)
MondialRégionalNational
Afrique subsaharienne
Pays de la zone franc5,718,276,1
Autres pays6,810,282,1
Moyen-Orient et Afrique du Nord3,815,980,3
Amérique latine12,613,773,7
Asie du Sud et Chine15,620,663,8
Asie de l’Est11,041,847,2
Asie de l’Est (1970–96)18,015,866,3
Marchés émergents et pays en développement9,316,973,8
Pays industrialisés24,321,754,0
Source: calculs des services du FMI.

Le tableau montre la fraction de la variance de la croissance de la production imputable à chaque facteur.

Source: calculs des services du FMI.

Le tableau montre la fraction de la variance de la croissance de la production imputable à chaque facteur.

Comment expliquer la diminution tendancielle de l’instabilité de la production constatée dans la plupart des économies de marché émergentes et des pays en développement? Pour répondre à cette question, le modèle à facteurs dynamiques est estimé sur deux périodes: 1970–96 et 1987–200425. Les résultats obtenus indiquent que la diminution de l’instabilité de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement est due principalement à la moindre volatilité des facteurs nationaux (tableau 2.4)26. Dans toutes les régions sauf l’Amérique latine, au moins 70 % du recul de la variance de la croissance de la production s’explique par ces facteurs27. Dans les pays industrialisés, en revanche, ces facteurs expliquent environ 50 % du recul observé.

Tableau 2.4.Causes de la diminution de l’instabilité de la production entre les périodes 1970–86 et 1987–2004?1(Moyenne pour chaque groupe; variation en pourcentage)
Baisse de la variance de la croissance de la productionContribution du facteur
MondialRégionalNational
Afrique subsaharienne
Pays de la zone franc‒40,0‒2,1‒5,8‒32,1
Autres pays‒53,2‒6,9‒8,3‒38,0
Moyen-Orient et Afrique du Nord‒60,7‒0,5‒17,4‒42,7
Amérique latine‒12,1‒3,4‒2,8‒5,9
Asie du Sud et Chine‒12,0‒0,9‒2,9‒8,2
Marchés émergents et pays en développement‒34,2‒3,2‒6,8‒24,2
Pays industrialisés‒4,1‒1,1‒0,8‒2,3
Source: calculs des services du FMI.

Seuls les pays qui ont enregistré une diminution de l’instabilité entre les périodes 1970–86 et 1987–2004 sont inclus dans les calculs. Pour cette raison, les pays d’Asie de l’Est n’y figurent pas. Le tableau montre la contribution de chaque facteur à la diminution de la variance de la croissance de la production entre les périodes 1970–86 et 1987–2004.

Source: calculs des services du FMI.

Seuls les pays qui ont enregistré une diminution de l’instabilité entre les périodes 1970–86 et 1987–2004 sont inclus dans les calculs. Pour cette raison, les pays d’Asie de l’Est n’y figurent pas. Le tableau montre la contribution de chaque facteur à la diminution de la variance de la croissance de la production entre les périodes 1970–86 et 1987–2004.

Analyse transversale de l’instabilité de production

Cette section examine les déterminants de l’instabilité de la production d’un échantillon de 51 économies de marché émergentes et pays en développement. Contrairement aux études consacrées précédemment à cette question, la variable dépendante dans la régression est l’écart-type de la composante nationale de la croissance du PIB réel par habitant pour la période 1970–2003, telle qu’il découle des estimations du modèle à facteurs dynamiques. Cela permet de faire abstraction des effets des chocs mondiaux et régionaux et de mieux comprendre l’importance des politiques et des institutions de chaque pays dans l’explication de l’instabilité de la production.

Les déterminants de l’instabilité de la production peuvent être regroupés en cinq catégories28.

  • Stabilité des politiques macroéconomiques. L’instabilité accrue de la politique budgétaire — mesurée par l’écart-type des dépenses publiques corrigées des variations conjoncturelles — accentue l’instabilité de la production (Fatás and Mihov, 2003)29. De même, un assouplissement de la politique monétaire qui accélère l’inflation crée de l’incertitude, ce qui influe de façon négative sur l’investissement et ajoute à l’instabilité (Acemoglu et al., 2003). Les résultats de l’analyse de régression — présentés au tableau 2.5 — laissent penser qu’une politique budgétaire plus instable et une inflation plus élevée vont de pair avec une augmentation de l’instabilité, mais seul l’impact de la politique budgétaire se révèle significatif30.
  • Intégration commerciale et financière. La théorie ne donne pas d’indication claire quant à l’impact de l’intégration commerciale et financière sur l’instabilité de la production. L’ouverture aux échanges peut aider à réduire l’instabilité si elle renforce la spécialisation intrasectorielle des pays concernés et augmente le volume de biens intermédiaires échangés, mais elle peut aussi accroître la vulnérabilité aux chocs extérieurs si elle renforce la spécialisation par produit ou si les pays concernés ont des institutions plus fragiles ou une structure de production non diversifiée (Kose, Prasad, and Terrones, 2003). L’ouverture aux échanges est associée de façon positive et significative à l’instabilité d’origine nationale dans l’analyse de régression, bien que les progrès de cette ouverture au commerce international entre les périodes 1970–86 et 1987–2003 n’aient eu qu’un impact limité sur l’instabilité dans la majorité des économies de marché émergentes et des pays en développement. Il apparaît aussi que l’ouverture aux échanges a des effets très favorables sur la croissance (Berg and Krueger, 2003), et des travaux récents montrent que les pays qui s’ouvrent davantage au commerce international peuvent tolérer une plus grande instabilité sans compromettre leur croissance à long terme (Kose, Prasad, and Terrones, 2005). L’impact des restrictions imposées aux transactions courantes et aux mouvements de capitaux sur l’instabilité de la production a été examiné lui aussi, mais aucun lien significatif n’est mis en évidence.
  • Développement du secteur financier. Les résultats montrent que les pays où l’intermédiation financière est plus avancée — ainsi qu’en témoigne le niveau initial plus élevé du ratio crédit à l’économie/PIB — affichent une instabilité nettement moins forte de la production31. Cela cadre avec l’idée selon laquelle les systèmes financiers plus développés aident à desserrer les contraintes financières qui pèsent sur les entreprises — en particulier lors des périodes de ralentissement de l’activité — et, ce faisant, ≪lissent≫ l’instabilité de la production (voir, par exemple, Easterly, Islam, and Stiglitz, 2000, ou Raddatz, 2003).
  • Qualité des institutions. L’existence d’institutions de piètre qualité tend à fragiliser les politiques conduites et rend les économies moins résistantes aux chocs exogènes, aggravant par là même l’instabilité et le risque de crises. Dans notre analyse, la variable de qualité des institutions présente le signe attendu, mais n’est pas significative. Cela ne veut pas dire pour autant que la qualité des institutions soit sans rapport avec l’instabilité constatée dans les économies de marché émergentes et les pays en développement. Les analyses de régression portant sur les variables instrumentales montrent que l’existence d’institutions de meilleure qualité va de pair avec un développement plus poussé du secteur financier et une plus grande stabilité de la politique budgétaire. On peut donc penser que c’est à travers ces variables que la qualité des institutions influe sur l’instabilité32. Les Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2003 mettent en évidence, au demeurant, l’existence d’une forte corrélation entre la solidité des politiques macroéconomiques, la qualité des institutions et l’instabilité de la production33.
  • Autres caractéristiques structurelles. Il apparaît que la volatilité des termes de l’échange s’accompagne d’une instabilité accrue de la production, quoique la flexibilité des taux de change ait un effet modérateur. Le régime de change n’est pas significatif en soi, mais l’interaction de la volatilité des termes de l’échange et d’une variable saisissant la flexibilité du régime de change durant la période étudiée est négative et significative. Cela confirme que l’association entre les chocs de termes de l’échange et l’instabilité de la production est mieux établie en régime de taux fixe qu’en régime de taux flexible (même si les taux de change fixes peuvent présenter bien sûr d’autres avantages, et notamment celui de favoriser la discipline monétaire et budgétaire)34.
Tableau 2.5.Résultats de l’analyse de régression de l’instabilité1
Variables explicatives
Instabilité de la politique budgétaire21.67
Taux d’inflation30.002
Qualité des institutions4‒0.26
Ratio commerce/PIB0.04
Restrictions au compte des transactions courantes et au compte de capital2.64
Niveau de développement initial du secteur financier5–9.05
Volatilité des termes de l’échange0.62
Volatilité des termes de l’échange et flexibilité du régime de change6‒0.29
Flexibilité du régime de change62.25
Revenu relatif initial7‒2.25
Climat tropical‒1.53
R20.44
Test de Sargan (valeur-p)80.93
Nombre d’observations51
Source: calculs des services du FMI.

La variable dépendante est l’écart-type de la composante nationale de la croissance du PIB réel par habitant pour la période 1970–2003. La régression est estimée en utilisant une méthode de variables instrumentales dans laquelle les variables endogènes dans la régression sont la qualité des institutions et l’ouverture au commerce international. Comme dans les Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2003, la fraction de la population parlant une des principales langues d’Europe occidentale, la fraction de la population parlant anglais et la diversité ethnolinguistique sont utilisées comme variables instrumentales pour la qualité des institutions. Les parts des échanges commerciaux prévues, calculées de la même façon que dans Frankel and Romer (1999), sont utilisées comme variable instrumentale pour l’ouverture au commerce international. Les caractères gras indiquent des chiffres significatifs au seuil de 5 %, les caractères gras en italiques indiquent des chiffres significatifs au seuil de 10 %.

L’instabilité de la politique budgétaire est mesurée par l’écart-type des dépenses publiques corrigées des variations saisonnières, selon la méthode de Fatás and Mihov (2003).

L’inflation correspond au taux d’inflation annuel moyen sur la période 1970–2003.

La qualité des institutions est mesurée par la moyenne de trois indices extraits de International Country Risk Guide.

Le développement du secteur financier est mesuré par le ratio crédits à l’économie/PIB en 1970.

La flexibilité du régime de change est mesurée par un indice qui prend des valeurs d’autant plus élevées que le pays a appliqué un régime plus flexible pendant une période plus longue entre 1970 et 2001.

Le revenu relatif initial correspond au niveau du PIB réel par habitant par rapport à celui des États-Unis en 1970.

Valeur-p d’un test de Sargan portant sur la validité des instruments utilisés dans la régression.

Source: calculs des services du FMI.

La variable dépendante est l’écart-type de la composante nationale de la croissance du PIB réel par habitant pour la période 1970–2003. La régression est estimée en utilisant une méthode de variables instrumentales dans laquelle les variables endogènes dans la régression sont la qualité des institutions et l’ouverture au commerce international. Comme dans les Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2003, la fraction de la population parlant une des principales langues d’Europe occidentale, la fraction de la population parlant anglais et la diversité ethnolinguistique sont utilisées comme variables instrumentales pour la qualité des institutions. Les parts des échanges commerciaux prévues, calculées de la même façon que dans Frankel and Romer (1999), sont utilisées comme variable instrumentale pour l’ouverture au commerce international. Les caractères gras indiquent des chiffres significatifs au seuil de 5 %, les caractères gras en italiques indiquent des chiffres significatifs au seuil de 10 %.

L’instabilité de la politique budgétaire est mesurée par l’écart-type des dépenses publiques corrigées des variations saisonnières, selon la méthode de Fatás and Mihov (2003).

L’inflation correspond au taux d’inflation annuel moyen sur la période 1970–2003.

La qualité des institutions est mesurée par la moyenne de trois indices extraits de International Country Risk Guide.

Le développement du secteur financier est mesuré par le ratio crédits à l’économie/PIB en 1970.

La flexibilité du régime de change est mesurée par un indice qui prend des valeurs d’autant plus élevées que le pays a appliqué un régime plus flexible pendant une période plus longue entre 1970 et 2001.

Le revenu relatif initial correspond au niveau du PIB réel par habitant par rapport à celui des États-Unis en 1970.

Valeur-p d’un test de Sargan portant sur la validité des instruments utilisés dans la régression.

Les progrès enregistrés dans les domaines couverts par les principales variables explicatives — développement du secteur financier, instabilité de la politique budgétaire, volatilité des termes de l’échange et flexibilité des régimes de change — sont pour beaucoup dans le recul de l’instabilité observé dans bon nombre d’économies de marché émergentes et de pays en développement. Pour les pays de la région MOAN, c’est la réduction de l’instabilité de la politique budgétaire qui apparaît comme la clé de la diminution de l’instabilité de la production entre les périodes 1970–86 et 1987–2003, puisqu’elle représente 17 % de cette diminution (graphique 2.11)35. Pour les pays de la zone franc, le développement du secteur financier explique 21 % du recul global de l’instabilité. Pour les pays de la région Asie du Sud et Chine et les pays d’Afrique subsaharienne non membres de la zone franc, le principal facteur de stabilisation semble avoir été la réduction de la volatilité des termes de l’échange, conjuguée à l’adoption de taux de change plus flexibles. En dépit de ces améliorations, toutefois, la volatilité des termes de l’échange reste un facteur significatif de l’instabilité observée dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne (graphique 2.12).

Graphique 2.11.Décompositions de la diminution de la volatilité de la production entre les périodes 1970–86 et 1987–20031

(Pourcentage de variation de l’instabilité expliquée; un pourcentage positif indique une réduction de l’instabilité)

Ce sont les progrès enregistrés dans le développement du secteur financier, dans la réduction de l’instabilité de la politique budgétaire et de la volatilité des termes de l’échange et dans l’adoption de taux de change flexibles qui ont contribué le plus à la diminution tendancielle de l’instabilité dans les économies de marché émergentes et les pays en développement, même si l’importance relative de ces facteurs varie selon les pays et les régions.

Sources: Beck, Demirgüç-Kunt, and Levine (1999); Fatás and Mihov (2003); Reinhart and Rogoff (2002); calculs des services du FMI.

1Ce chiffre montre la contribution des variables clés aux variations de l’instabilité globale des composantes nationales de la croissance de la production entre les périodes 1970–86 et 1987–2003 pouvant être expliquées par les estimations d’une régression transversale.

2Le niveau de développement initial du secteur financier est mesuré par les ratios crédit à l’économie/PIB en 1970 et 1987, respectivement.

3Mesurée par l’écart-type des dépenses publiques corrigées des variations saisonnières estimées pour les périodes 1960–86 et 1987–2000 (voir Fatás and Mihov, 2003).

4Somme des effets des variations de la volatilité des termes de l’échange et de l’interaction de celle-ci avec la flexibilité du régime de change.

Graphique 2.12.Réponse de l’instabilité de la croissance de la production à une augmentation d’un écart-type de la volatilité des termes de l’échange

(Pourcentages)

C’est en partie à cause de la rigidité de la parité du franc CFA que les chocs de termes de l’échange survenus entre 1970 et 2003 ont eu l’impact le plus fort sur l’instabilité de la production dans les pays de la zone franc.

Source: calculs des services du FMI.

Les facteurs clés du recul de l’instabilité dans les différents pays de chaque région cadrent, dans l’ensemble, avec ceux mis en lumière pour l’ensemble de la région considérée. Au Sénégal, par exemple, la diminution de l’instabilité de la politique budgétaire représente 30 % du recul de l’instabilité constaté, et le développement du secteur financier 20 %. Les conclusions sont similaires pour l’Égypte et Israël, où la diminution de l’instabilité de la politique budgétaire et le développement du secteur financier représentent de 40 à 50 % du recul de l’instabilité constaté. Au Kenya, en revanche, c’est la diminution de la volatilité des termes de l’échange, conjuguée à l’adoption d’un taux de change plus flexible, qui a contribué le plus au recul de l’instabilité.

Beaucoup d’économies de marché émergentes et de pays en développement ont accompli des progrès considérables dans la réduction de l’instabilité économique ces dernières années. Pourtant, il leur reste encore beaucoup à faire et ils devront déployer des efforts sur un grand nombre de fronts. Cela dit, l’analyse fait ressortir une série de points importants. Ainsi, la mise en œuvre de politiques budgétaires plus stables pourrait jouer un rôle significatif dans la réduction de l’instabilité en Afrique subsaharienne — une diminution de la volatilité des dépenses publiques corrigées des variations cycliques, qui ramènerait celle-ci au niveau observé en Asie de l’Est, réduirait l’instabilité de la production de 1,1 point pour les pays de la zone franc et de 0,9 point pour les autres pays d’Afrique subsaharienne (graphique 2.13). Cela équivaut à environ 15 % de l’instabilité d’origine nationale de la production. Les pays d’autres régions (l’Amérique latine, principalement) gagneraient eux aussi à stabiliser davantage leur politique budgétaire. Les pays d’Afrique subsaharienne gagneraient de même à développer davantage leur secteur financier. S’ils pouvaient porter leur ratio crédit à l’économie/PIB à la moyenne de la région Asie du Sud et Chine, qui présente le niveau initial de développement du secteur financier le plus élevé de l’échantillon, l’instabilité de la production en Afrique subsaharienne diminuerait d’environ 1,2 point, soit environ 20 % de l’instabilité d’origine nationale.

Graphique 2.13.Instabilité de la production et amélioration des politiques menées1

L’adoption de politiques budgétaires axées sur la stabilité et le développement du secteur financier aideraient à réduire l’instabilité, notamment en Afrique subsaharienne et en Amérique latine.

Source: calculs des services du FMI.

1Les chiffres montrent la variation de l’écart-type du taux de croissance annuel du PIB réel par habitant si une région donnée améliorait ses politiques pour les aligner, qualitativement, sur celles des autres régions.

2Mesurée par l’écart-type des dépenses publiques corrigées des variations saisonnières estimées pour la période 1960–2000 (voir Fatás and Mihov, 2003).

3Mesuré par le ratio initial crédit total à l’économie/PIB (voir Beck, Demirgüç-Kunt, and Levine, 1999).

Conclusions et recommandations

L’instabilité de la production a des répercussions négatives sur la croissance économique à long terme, le bien-être et l’inégalité des revenus, en particulier dans les pays en développement. Réduire celle-ci peut donc être un bon moyen d’améliorer la croissance et le bien-être. Bien que l’instabilité de la production ait diminué dans la plupart des économies de marché émergentes et des pays en développement ces trente dernières années, elle reste néanmoins plus élevée que dans les pays industrialisés. L’analyse présentée dans cet essai a montré que, pour une bonne part, l’instabilité de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement résulte de facteurs nationaux, ce qui souligne le rôle clé des politiques conduites par chaque pays. C’est pourquoi, bien que les économies de marché émergentes et les pays en développement aient considérablement renforcé leurs politiques macroéconomiques et structurelles depuis quelques années, il leur reste encore beaucoup à faire.

La conjoncture économique mondiale, favorable à l’heure actuelle, offre l’occasion de s’attaquer aux causes de l’instabilité de la production dans les économies de marché émergentes et les pays en développement. Des réformes devront être engagées sur un grand nombre de fronts pour réduire l’instabilité et améliorer la croissance, mais l’analyse met d’ores et déjà en lumière des points particulièrement importants.

  • Les politiques budgétaires menées ont tendu à amplifier les fluctuations de la production, donc à accroître l’instabilité, notamment en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Pour endiguer l’instabilité de ces politiques, il faudra freiner davantage les dépenses durant les phases de reprise conjoncturelle afin d’accroître les excédents budgétaires et de réduire l’endettement. Le renforcement des institutions budgétaires serait utile à cet égard (voir chapitre III, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2003, et Kaminsky, Reinhart, and Végh, 2004)
  • Les économies de marché émergentes et les pays en développement où l’intermédiation financière est le moins avancée (Afrique subsaharienne et Amérique latine) affichent en moyenne la production la plus instable. Développer le secteur financier tout en veillant à ce qu’il soit bien réglementé et contrôlé aiderait ces pays à desserrer les contraintes financières, en particulier lors des phases de fléchissement de l’activité, et leur donnerait une marge de manœuvre supplémentaire pour absorber les chocs.
  • La volatilité des termes de l’échange s’accompagne d’une instabilité plus forte de la croissance de la production. Les réformes structurelles visant à diversifier la base de la production sont un des moyens de réduire l’incidence des chocs de termes de l’échange, même si elles supposent aussi un engagement politique à long terme. L’essai montre par ailleurs que la flexibilité du taux de change peut atténuer l’impact des chocs de termes de l’échange sur l’instabilité de la production.
Appendice 2.1. Envois de fonds et développement économique: composition de l’échantillon, sources et méthodes utilisées

Le principal auteur du présent appendice est Angela Cabugao

Le présent appendice donne plus de détails sur les données utilisées dans le cadre du premier essai et examine en particulier les séries temporelles à partir desquelles ont été établies les mesures des envois de fonds.

L’analyse de l’impact des envois de fonds s’appuie sur un panel pouvant compter jusqu’à 101 économies, avancées et en développement, qui sont suivies sur la période 1970–200336. Celle des déterminants des envois de fonds utilise quant à elle un panel pouvant compter jusqu’à 92 économies en développement suivies sur la période 1980–2003. Les regroupements régionaux utilisés dans cet essai sont ceux des Perspectives.

Sauf indication contraire, le total des envois de fonds correspond à la somme de trois postes du Balance of Payments Statistics Yearbook, BOPSY (Annuaire de statistiques de balance des paiements) du FMI: ≪rémunération des salariés≫, ≪envois de fonds des travailleurs≫ et ≪transferts des migrants≫37. L’encadré 2.4 examine en détail ces trois rubriques et les problèmes posés par les données. Suivant les notes du BOPSY relatives aux différents pays, la ≪rémunération des salariés≫ est exclue du total des envois de fonds pour les pays suivants: Argentine, Australie, Azerbaïdjan, Barbade, Belize, Bénin, Brésil, Cambodge, Cap-Vert, Chine, Côte d’Ivoire, El Salvador, Équateur, Guyana, Italie, Panama, République Dominicaine, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Turquie et Venezuela38. En général, les ≪autres transferts courants≫ ne sont pas inclus dans la définition du total des envois de fonds. Toutefois, le BOPSY spécifie expressément que les envois de fonds des travailleurs migrants sont enregistrés sous la rubrique ≪autres transferts courants≫ pour le Kenya, la Malaisie et la République arabe syrienne.

Les séries relatives aux envois de fonds ont fait l’objet des ajustements et additions qui suivent, sur la base des informations reçues des économistes du FMI chargés des pays en question et des autorités nationales concernées:

Encadré 2.4.Les données sur les envois de fonds dans la balance des paiements

Concepts retenus et sources utilisées

Il n’existe pas de définition universelle des envois de fonds. On regroupe en général sous cette rubrique les transferts sans contrepartie envoyés par des travailleurs migrants aux membres de leur famille restés dans le pays d’origine. Concrètement, les utilisateurs de données et les analystes incluent dans les envois de fonds les diverses transactions effectuées par des personnes qui vivent ou travaillent hors de leur pays de naissance ou d’origine (certains y ajoutent même les dons des organisations caritatives). Les composantes de la balance des paiements dont il est fait le plus souvent mention expresse sont la ≪rémunération des salariés≫ (rubrique du poste ≪revenus≫ du compte des transactions courantes), les ≪envois de fonds des travailleurs≫ (rubrique du poste ≪transferts courants≫ du compte des transactions courantes), et les ≪transferts des migrants≫ (rubrique du compte de capital et d’opérations financières)1.

Selon la cinquième édition du Manuel de la balance des paiements, MBP5 (FMI, 1993), les ≪envois de fonds des travailleurs≫ sont des transferts courants effectués par des migrants qui ont un emploi dans une autre économie dont ils sont résidents. Il s’agit en général de travailleurs qui entrent dans une économie et y séjournent, ou sont censés y séjourner, pendant au moins un an. La ≪rémunération des salariés≫ comprend en revanche les salaires, traitements et autres prestations (en numéraire ou en nature) gagnés par des travailleurs non résidents pour des travaux effectués au profit de résidents d’autres économies. Ces travailleurs non résidents sont en général des travailleurs frontaliers ou saisonniers, auxquels s’ajoutent quelques autres catégories professionnelles (le personnel d’ambassade recruté localement, par exemple). Les ≪transferts des migrants≫, enfin, incluent les flux financiers qui résultent de la migration (changement de résidence) de particuliers d’une économie à une autre. Les données relatives à ces postes sont établies par les autorités statistiques compétentes des pays membres du FMI. C’est à partir de ces sources que le Département des statistiques du FMI construit les tableaux du Balance of Payments Statistics Yearbook (BOPSY).

Problèmes rencontrés par les utilisateurs des données

Le mode d’établissement des données varie d’un pays à l’autre, ce qui s’explique en partie par les différences d’interprétation des définitions et classifications du MBP5. On trouvera dans le BOPSY (Partie 3)2 des informations sur les sources et méthodes utilisées par les pays membres, qui illustrent la diversité des approches adoptées. Le plus souvent, toutefois, les carences ou omissions constatées s’expliquent par la difficulté d’obtenir les données nécessaires. Pour établir le total des flux liés aux envois de fonds, il faudrait faire appel à un grand nombre de sources, dont certaines sont difficiles à saisir. Les transactions entre ménages, en particulier lorsqu’elles empruntent des canaux informels (envoi d’espèces par courrier ou par des systèmes de type hawala, par exemple), sont extrêmement difficiles à prendre en compte et souvent omises dans les données officielles. Les données ne sont donc ni tout à fait comparables, ni aussi exhaustives et fiables d’un pays à l’autre. Dans certains cas, les envois de fonds effectifs peuvent être très nettement sous-estimés3.

Il arrive que le cadre théorique de la balance des paiements ne corresponde pas à ce que les utilisateurs considèrent comme des conditions d’accès idéales aux données. Ainsi, les membres de la famille d’un migrant restés dans le pays d’origine peuvent avoir accès au compte de ce dernier sur place (en utilisant une carte de retrait, par exemple). Mais les dépôts du migrant sur ce compte ne sont pas considérés comme des envois de fonds. Le Précis de la balance des paiements (FMI, 1996) indique que, ≪si un migrant envoie des fonds pour qu’ils soient déposés dans le compte qu’il détient près d’une banque située à l’étranger, la transaction ne représente pas un transfert mais un placement financier≫ (page 100) et ne constitue donc pas un envoi de fonds (elle est considérée au contraire comme un investissement de l’économie expéditrice). Il y a contrepartie puisque l’entité qui expédie les fonds acquiert une créance sur la banque étrangère qui les prend en dépôt. Les retraits effectués sur ce compte peuvent constituer un envoi de fonds, mais il semble très improbable que les transactions de ce type soient comptabilisées avec précision4.

Certains mouvements physiques de biens d’un pays à l’autre appellent les mêmes réserves. Par exemple, les migrants qui se rendent dans leur propre pays y sont considérés comme des visiteurs. Lorsqu’ils emportent des effets personnels avec eux dans le cadre de telles visites, ces effets ne sont pas classés comme exportations dans leur pays de résidence, ni comme importations dans leur pays d’origine. Mais les effets personnels qu’ils donnent comme cadeaux à leurs proches restés au pays sont assimilés aux envois de fonds. Il est peu probable que ces transactions soient suffisamment couvertes par les statistiques douanières. Il en va de même pour les sommes en espèces emportées dans le pays d’origine à l’occasion de ces visites.

Les utilisateurs des données s’intéressent parfois au revenu net qu’un pays tire de ses ressortissants partis à l’étranger comme travailleurs saisonniers ou frontaliers. Les statistiques de balance des paiements font apparaître, au poste ≪rémunération des salariés≫, les rémunérations brutes payées par les sociétés résidentes à leurs salariés non résidents et les rémunérations reçues par les résidents de leurs employeurs non résidents. Cependant, une partie de ces gains sera sans doute dépensée dans l’économie hôte et ne reviendra donc pas à l’économie d’origine sous forme de revenu net. ≪Les dépenses qu’effectuent à titre personnel les travailleurs saisonniers ou frontaliers non résidents dans l’économie où ils sont employés … doivent être comptabilisées à la rubrique des voyages≫ (MBP5, paragraphe 271). Cela dit, les données comptabilisées à la rubrique des voyages incluent aussi les dépenses personnelles faites par d’autres voyageurs à titre professionnel ou personnel. Il est par conséquent difficile, dans le meilleur des cas, d’identifier les postes à prendre en compte pour calculer le revenu net imputable aux seuls travailleurs saisonniers et frontaliers.

Les données bilatérales sur les envois de fonds intéressent beaucoup certains utilisateurs. Bien que la classification des flux par pays partenaire soit possible, ce n’est pas une caractéristique typique des balances des paiements, et les tentatives visant à établir ces flux peuvent se heurter à des difficultés d’ordre pratique. La mise en place volontaire d’une classification par pays, à titre complémentaire, est évoquée dans le MBP5 et pourrait être encouragée davantage. À moins d’être adoptée par un grand nombre de pays, pourtant, cette classification ne devrait pas permettre d’établir une matrice mondiale des envois de fonds.

Amélioration des méthodes d’établissement des statistiques et conseils théoriques

Étant donné le volume et la croissance régulière des envois de fonds, il est nécessaire d’améliorer la qualité des données disponibles à leur sujet. Bon nombre des carences observées à ce niveau s’expliquent par la difficulté d’identifier et d’utiliser les sources de données. Aussi l’amélioration des méthodes de recherche et d’établissement des données a-t-elle un rôle clé à jouer dans l’effort engagé pour élargir l’accès à ces statistiques et améliorer leur qualité. Le FMI donne des conseils et apporte une assistance technique aux pays membres qui établissent ces données afin qu’ils continuent d’améliorer leurs statistiques de balance des paiements.

Il est tout aussi important, toutefois, d’améliorer les fondements théoriques de la mesure des envois de fonds. Le MBP5 n’a pas défini les concepts de travailleur ou de migrant. Selon le Précis de la balance des paiements, les envois de fonds des travailleurs sont les ≪transferts des migrants employés par une entité de l’économie qui les compte au nombre de ses résidents≫, alors que les transferts effectués par les migrants qui gèrent leur propre entreprise ≪ne sont pas classés parmi les envois de fonds des travailleurs, mais à la rubrique des transferts courants≫ (page 100). L’accent est mis sur l’emploi, et l’absence de définition du migrant soulève deux questions:

  • Alors que la mobilité internationale s’accroît et que les modèles traditionnels de l’emploi ne sont plus adaptés, il est difficile de continuer à mettre l’accent sur les travailleurs. Ne vaudrait-il pas mieux s’intéresser à l’ensemble des migrants, indépendamment de leur situation d’emploi et de la source de leurs revenus?
  • Il n’existe pas d’orientations claires sur le traitement des migrants, puisque le MBP5 fait uniquement la distinction entre résidents et non-résidents (visiteurs). A-t-on besoin d’une définition claire des migrants, en tant qu’unité émettrice des envois de fonds? Sinon, faudrait-il considérer tous les transferts de ménage à ménage comme des envois de fonds, quel que soit le statut de résidence des personnes concernées?

Telles sont quelques-unes des questions soulevées dans le cadre des travaux sur le Manuel de la balance des paiements engagés par le Comité des statistiques de balance des paiements du FMI, en coordination notamment avec le Sous-groupe technique chargé d’étudier le mouvement des personnes physiques mis en place par l’ONU. Des directives conceptuelles mises à jour seront présentées plus tard cette année. Cependant, les utilisateurs de données et leurs besoins sont divers. Même hors du cadre de la balance des paiements, il n’existe pas de définition reconnue des envois de fonds: il est donc plus difficile de répondre aux besoins des utilisateurs dans ce domaine, car ils semblent souvent viser une cible mouvante. Le Département des statistiques du FMI participe, avec ces derniers, à une vaste consultation qui doit permettre de dégager une convergence de vues sur les envois de fonds et les besoins spécifiques en matière de données5.

Note: Le principal auteur de cet encadré est Jens Reinke. Cet encadré repose sur un document (≪Remittances in the Balance of Payments Framework≫) présenté lors d’un colloque international sur la mesure des envois de fonds des travailleurs migrants organisé les 24 et 25 janvier 2005 à Washington.1Les utilisateurs jugent souvent le concept des ≪envois de fonds des travailleurs≫ trop étroit. Le présent encadré prend donc en considération les transactions comptabilisées sous différentes rubriques et utilise systématiquement ces données pour analyser les problèmes posés.2Certains pays continuent, par exemple, de considérer comme résidents leurs ressortissants qui travaillent à l’étranger pendant un an et plus — et enregistrent donc les gains de ces derniers à la rubrique ≪rémunération des salariés≫ — parce que ces ressortissants conservent des liens étroits avec leur pays d’origine. Cela dit, la plupart des pays suivent en principe la règle du séjour d’un an à l’étranger.3Selon une série d’études consacrées à de nombreux pays et résumées par Puri et Ritzema (1999), les transferts informels représentent de 10 à 55 % des envois de fonds.4En Inde, par exemple, les dépôts en roupies des non-résidents (dont le stock dépasse actuellement 30 milliards de dollars) ne sont pas comptabilisés comme envois de fonds à l’heure actuelle. Pourtant, comme la roupie n’est pas convertible, ces dépôts ne retournent pas au déposant non résident à l’échéance.5Le Département des statistiques du FMI a organisé récemment, en collaboration avec la Banque mondiale, un colloque international sur les envois de fonds qui a rassemblé des statisticiens et des utilisateurs de données venus du monde entier. Pour plus de détails, consulter le site Internet www.worldbank.org/data/remittances.htm.
1.Bosnie-HerzégovineDonnées des économistes du FMI pour 1998–2003
2.BulgarieLes autres transferts courants sont inclus dans les envois de fonds
3.CaraïbesDonnées des économistes du FMI pour 1991–200239
4.Rép. isl. d’IranLes autres transferts courants sont utilisés pour chiffrer les envois de fonds
5.LibanDonnées des économistes du FMI pour 1997–2003
6.LesothoDonnées des économistes du FMI pour 1982–2003
7.MacédoineDonnées des économistes du FMI pour 1993–97
8.MoldovaDonnées des économistes du FMI pour 2000
9.NigerDonnées des économistes du FMI pour 1995–2003
10.RoumanieDonnées des économistes du FMI pour 2000–03
11.Rép. slovaqueDonnées des économistes du FMI pour 1999–2003
12.TadjikistanDonnées des économistes du FMI pour 1997–2001
13.UkraineDonnées des économistes du FMI pour 2000
14.VenezuelaDonnées des économistes du FMI pour 1997–2003

Les pays suivants, pour lesquels aucune donnée sur les envois de fonds n’est disponible, ont été exclus de l’analyse: État islamique d’Afghanistan, Angola, Bahamas, Bahreïn, Bhoutan, Brunéi Darussalam, Burundi, Canada, République démocratique du Congo, Émirats arabes unis, Iraq, Koweït, Libéria, Libye, Ouzbékistan, Qatar, Singapour, province chinoise de Taiwan, Vietnam et Zambie.

Toutes les régressions utilisent le ratio des envois de fonds au PIB, à l’exception de l’analyse des liens entre pauvreté et envois de fonds, qui utilise les logarithmes du ratio des envois de fonds au PIB. On trouvera ci-après quelques détails sur d’autres variables clés:

  • Double marché des changes: cet indicateur spécifie si, dans un pays donné, plus d’un taux de change peuvent être utilisés simultanément pour des opérations ou par des entités différentes. Il provient de Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions 2003 (Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change, AREAER) du FMI.
  • Restrictions sur les dépôts en devises détenus à l’étranger: cet indicateur, extrait de AREAER, spécifie si l’on peut détenir des comptes de résident en devises à l’étranger.

Toutes les régressions incluent les variables de contrôle supplémentaires suivantes:

  • Équation de croissance de la production: logarithme du revenu initial, éducation, logarithme de l’espérance de vie, investissement, inflation, solde budgétaire, ouverture commerciale et degré d’intermédiation financière.
  • Équations de l’éducation et de l’investissement: logarithme du revenu initial, logarithme de l’espérance de vie, ouverture commerciale et degré d’intermédiation financière.
  • Équations de la pauvreté: logarithmes du revenu moyen et du coefficient de Gini.
  • Équations de l’instabilité: logarithme du revenu initial, part de l’agriculture dans le PIB, ouverture commerciale, surévaluation du taux de change réel et qualité des institutions.
  • Équation des déterminants des envois de fonds: risque politique, état de droit, LIBOR à six mois aux États-Unis, prix mondiaux du pétrole, effets fixes nationaux et tendance temporelle.
Appendice 2.2. Instabilité de la production dans les pays émergents et en développement: couverture, méthodologie et données

Le principal auteur de cet appendice est Dalia Hakura, qui a bénéficié du concours de Christopher Otrok.

Cet appendice apporte des précisions sur les groupements régionaux et les pays couverts, le modèle à facteurs dynamiques, les définitions des variables et les sources de données utilisées dans le second essai.

Groupements régionaux et pays couverts

La présente section spécifie les pays inclus dans chacun des groupements régionaux utilisés dans l’essai. Outre les groupements régionaux cités, et pour faciliter l’estimation du modèle à facteurs dynamiques, l’Amérique latine est subdivisée en deux régions (Amérique centrale et Caraïbes, et Amérique du Sud) et les économies industrialisées sont divisées en pays du G-7 et autres pays, afin de saisir d’éventuelles différences dans leurs cycles régionaux. Le regroupement des pays par région apparaît bien adapté pour mettre en évidence un ≪facteur régional≫, car les pays qui sont géographiquement proches les uns des autres seront probablement touchés par les mêmes chocs, qu’ils soient d’origine climatique ou portent sur les termes de l’échange. Outre la dimension géographique des regroupements, d’autres facteurs tels que l’existence de liens commerciaux et financiers ou le degré de coordination des politiques économiques (le rattachement durable du franc CFA au franc français d’abord, puis à l’euro, dans les pays de la zone franc) peuvent justifier des cycles régionaux communs. Quant au regroupement des pays industrialisés, il ne repose pas sur des critères géographiques, mais plutôt sur le stade de développement économique et la qualité des institutions.

Pays industrialisés

Pays du G-7. Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni.

Autres pays industrialisés. Australie, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Suède et Suisse.

Amérique latine

Amérique centrale et Caraïbes. Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Guyana, Haïti, Honduras, Mexique, Nicaragua, Panama, République Dominicaine et Trinité-et-Tobago.

Amérique du Sud. Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela.

Moyen-Orient et Afrique du Nord

Algérie, Égypte, Iran, Israël, Jordanie, Maroc, Syrie, Tunisie et Turquie.

Afrique subsaharienne

Pays de la zone franc. Burkina Faso, Cameroun, République du Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

Autres pays d’Afrique subsaharienne. Afrique du Sud, Botswana, Burundi, Éthiopie, Gambie, Ghana, Kenya, Madagascar, Malawi, Mozambique, Namibie, Nigéria, Ouganda, Sierra Leone, Tanzanie et Zambie.

Asie du Sud et Chine

Bangladesh, Chine, Inde, Pakistan et Sri Lanka.

Asie de l’Est

Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande.

Le modèle à facteurs dynamiques

Les modèles à facteurs dynamiques sont une généralisation des modèles de facteurs statiques couramment utilisés en psychologie. Ces modèles, de plus en plus populaires chez les économistes, se justifient par le fait que les fluctuations de larges coupes transversales des séries temporelles macroéconomiques sont imputables à un petit nombre de facteurs communs. Ces facteurs ne sont pas observables et ne peuvent donc pas être identifiés aussi clairement que les ≪chocs de productivité≫ ou les ≪chocs monétaires≫. Mais la raison d’être des modèles à facteurs dynamiques est que ce petit nombre de chocs est la principale force soustendant les économies. Les facteurs non observés sont alors des indices d’activités communes. Ils peuvent saisir une activité commune à toutes les séries de données (l’activité mondiale, par exemple) ou à des sous-ensembles de celles-ci (une région particulière, par exemple).

L’un des objectifs de ces travaux est d’estimer ces facteurs non observés et de les utiliser pour chiffrer l’ampleur et déterminer la nature des covariations d’un ensemble de données de séries temporelles40. Le modèle à facteurs dynamiques décompose chaque variable observable (la croissance de la production au Nigéria, par exemple) en composantes communes à toutes les variables observables, ou uniquement à un sous-ensemble de variables et un bruit idiosyncrasique.

Le modèle utilisé dans cet essai présente un bloc d’équations pour chaque région étudiée; chaque bloc régional contient une équation de croissance de la production (Y) dans chaque pays, qui décompose celle-ci en composantes mondiale, régionale et nationale, ou idiosyncrasique. À titre d’exemple, le bloc d’équations pour la première région (G-7) se présente comme suit:

La même forme est répétée pour chacune des neuf régions du système.

Dans ce système, le facteur mondial est la composante commune à tous les pays. La sensibilité au facteur mondial de la croissance de la production dans chaque pays dépend de b, saturation du facteur. Il existe aussi un facteur régional qui saisit les covariations entre pays d’une même région.

Le modèle saisit les covariations dynamiques en laissant les facteurs (fs) et les termes idiosyncrasiques (c) former des processus autorégressifs (indépendants). Autrement dit, chaque facteur ou terme national dépend de décalages par rapport à lui-même et d’une innovation indépendante et identiquement distribuée à la variable (ut):

où ϕ (L) est un polynôme de retard et ut est normalement distribué. Toutes les saturations de facteurs (bs) et tous les polynômes de retard sont indépendants les uns des autres. Le modèle est estimé par les méthodes bayésiennes décrites dans Kose, Otrok, and Whiteman (2003) et Otrok, Silos, and Whiteman (2003)41.

Pour mesurer l’importance de chaque facteur dans l’explication de l’instabilité de la croissance de la production, nous calculons des décompositions de la variance qui mettent en lumière la part de chaque facteur dans cette instabilité. La formule de décomposition de la variance est obtenue en appliquant l’opérateur de variance à chacune des équations du système. Par exemple, pour la première équation:

Il n’existe pas de termes de produit croisé entre les facteurs, car ils sont orthogonaux deux à deux. La variance de la croissance du produit réel par habitant imputable au facteur mondial est alors:

Pour expliquer la diminution tendancielle de l’instabilité de la production, le modèle à facteurs dynamiques est estimé pour les périodes 1970–86 et 1987–2004. La contribution de chacun des facteurs à la variation globale de l’instabilité est ensuite calculée. Par exemple, la contribution du secteur mondial à la diminution de la variance de la croissance de la production, var(YUS,1987–04) – var(YUS,1970–86), est:

Définitions et sources des données

Cette section décrit les sources des données sur le PIB réel par habitant utilisées pour estimer le modèle à facteurs dynamiques ainsi que les données employées dans le cadre de la régression transversale. L’analyse de facteurs dynamiques couvre des données qui incluent les projections pour 2004. Ces projections ne sont toutefois pas prises en compte dans la régression transversale. Compte tenu des données disponibles, la couverture des marchés émergents et des pays en développement dans la régression transversale estimée dans cet essai est limitée à 51 pays.

La croissance du PIB réel par habitant est mesurée à partir des données sur le PIB réel par habitant en dollars constants (prix internationaux, année de base 1996) obtenues à partir des Penn World Tables (PWT), Version 6.1. Les données des PWT couvrent la période 1970–2000. Les taux de croissance du PIB réel par habitant calculés à partir de la base de données des Perspectives sont utilisés pour prolonger la série jusqu’à 2004.

L’instabilité de la composante nationale de la croissance de la production est mesurée par l’écart-type du taux de croissance de la composante nationale de la croissance du PIB par habitant pour la période 1970–2003, tel qu’il découle des estimations du modèle à facteurs dynamiques.

L’instabilité de la politique budgétaire est mesurée par l’écart-type des dépenses publiques corrigées des variations saisonnières sur la période 1960–2000, tel qu’estimé par Fatás et Mihov (2003). Ce résultat est obtenu comme écart-type du terme résiduel d’une analyse de régression estimée par variables instrumentales de la croissance des dépenses publiques sur la croissance de la production, le retard d’une période de la croissance des dépenses publiques ainsi que diverses variables de contrôle pour les dépenses publiques et une tendance temporelle.

Le taux d’inflation est le taux de croissance annuelle moyen de l’indice des prix à la consommation pour la période 1970–2004 (établi sur la base des données fiables disponibles). Les données sont extraites des World Development Indicators (WDI, Indicateurs du développement dans le monde) de la Banque mondiale.

La qualité des institutions correspond à une moyenne des trois indices communiqués par International Country Risk Guide (ICRG) pour la période 1984–2003. Ces indices sont 1) la corruption — degré de développement des diverses formes de corruption (parrainage politique, népotisme, liens étroitement suspects entre la politique et les affaires; 2) l’état de droit — solidité et impartialité du système juridique, respect de la loi dans le pays; et 3) qualité de l’administration — résolution et capacité de l’administration à gouverner sans modification radicale de la politique suivie ni interruption des services publics. Les indices sont reclassés sur une échelle de 1 à 12, les valeurs les plus hautes correspondant aux meilleures institutions.

L’ouverture au commerce est définie comme la somme des importations et exportations de biens et services (d’après les statistiques de balance des paiements) divisée par le PIB. Ces données sont extraites des WDI.

Les restrictions au compte des transactions courantes et au compte de capital correspondent à la moyenne de quatre indices communiqués au FMI dans le cadre du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions) pour la période 1970–2003. Ces indices sont 1) les restrictions appliquées au compte des transactions courantes; 2) les restrictions appliquées au compte de capital et d’opérations financières; 3) les restrictions appliquées à l’utilisation du produit des exportations; 4) les systèmes de taux de change multiples. Chaque indice prend la valeur 1 si le pays applique une restriction, la valeur 0 s’il ne le fait pas.

Le niveau de développement initial du secteur financier est mesuré par le ratio crédit à l’économie/PIB en 1970, ou pour la première année pour laquelle ces données sont disponibles avant 1990. Les données sont extraites de Beck, Demirgüç-Kunt, and Levine (1999; données 2003).

La volatilité des termes de l’échange est mesurée par l’écart-type de la variation annuelle des termes de l’échange sur la période 1970–2003. Les données sont extraites de la base de données des Perspectives.

La flexibilité du régime de change correspond à la moyenne, sur la période 1970–2001, d’un indice qui prend la valeur 1 pour les années durant lesquelles un pays est considéré comme ayant un régime de parité fixe, la valeur 2 pour les années durant lesquelles il est considéré comme ayant un régime de change intermédiaire, et la valeur 3 pour les années durant lesquelles il est considéré comme ayant un régime de flottement libre. La ≪classification naturelle≫ de facto mise au point par Reinhart et Rogoff (2004) est utilisée pour classifier les régimes de change. Les exemples où les pays étaient classés comme ayant une monnaie ≪en chute libre≫ ont été remplacés par la classification secondaire telle que présentée par Reinhart et Rogoff (2004).

Le revenu relatif initial correspond, pour chaque pays, au ratio PIB par habitant/PIB des États-Unis en 1970. Les données sur le PIB réel par habitant en prix constants de 1996 sont obtenues à partir des PWT.

Le climat tropical est une variable muette pour les pays situés dans les zones tropicales. Les données sont extraites de Global Development Network Growth Database de la Banque mondiale.

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1Voir aussi Ratha (2003), pour une analyse de l’évolution récente.
2Les méthodes de collecte des données semblent toutefois s’être améliorées au cours des deux dernières décennies. Les envois de fonds pourraient aussi s’être redéployés, dans une certaine mesure, des canaux informels vers les canaux réglementés, sous l’effet conjugué d’un assouplissement général des restrictions de change et d’un durcissement des réglementations dû, en particulier, aux attentats terroristes du 11 septembre 2001. En conséquence, si le niveau effectif des envois de fonds demeure sans doute sous-estimé, leur rythme de croissance pourrait à l’inverse être surestimé.
3Pour une enquête et un examen plus poussés, voir Rapoport and Docquier (2005).
4En revanche, il est possible que les ménages les plus démunis et les moins qualifiés ne bénéficient qu’assez peu des envois de fonds, car ils sont moins en mesure de supporter le coût élevé de l’émigration (Chiquiar and Hanson, 2005) et les politiques d’immigration des économies avancées favorisent souvent les plus qualifiés, auxquels sont proposés les emplois permanents (Carling, 2004).
5De même que Rajan et Subramanian (2005), nous utilisons comme ≪instruments≫ des envois de fonds deux variables — géographique et culturelle —, clés dont le caractère exogène est plausible et qui présentent probablement un lien de causalité avec les migrations, donc avec les envois de fonds. Il s’agit 1) de la distance géographique entre le pays bénéficiaire des envois de fonds (le ≪pays d’origine≫) et le pays qui accueille le plus grand nombre de ses travailleurs migrants (le ≪pays hôte≫) et 2) de l’existence d’une langue commune au pays d’origine et au pays hôte. Étant donné que ces instruments ne permettent pas une variation suffisante dans le temps, il est impossible d’estimer l’impact des envois de fonds à partir d’une spécification de panel.
6Faini (2002, 2004) met en lumière une relation positive et significative entre la croissance et les envois de fonds, à partir de données sur plusieurs pays, mais il apparaît que ses conclusions ne sont pas robustes lorsque les spécifications changent. Chami, Fullenkamp et Jahjah (2003) trouvent, quant à eux, une relation négative et significative entre la croissance et les envois de fonds; cependant, les instruments qu’ils emploient ne nous semblent pas très indiqués pour prendre en compte le problème de l’endogénéité.
7Soit à peu près l’augmentation observée au Mexique au cours des vingt-cinq dernières années et l’équivalent d’un écart-type entre pays.
8On peut penser en fait que les envois de fonds influent sur la pauvreté en modifiant le revenu moyen ou les inégalités. Sachant que les données sur la pauvreté, les revenus et les envois de fonds sont mesurées assez fréquemment, alors que celles qui concernent les inégalités ne sont mises à jour qu’à intervalles irréguliers, l’impact des envois de fonds sur la pauvreté reflète sans doute en partie l’effet que ceux-ci exercent sur les inégalités. Pour une analyse plus approfondie de cette question, voir Adams and Page (2003).
9Le second essai de ce chapitre, ≪Instabilité de la production dans les pays émergents et en développement≫, propose un examen plus approfondi de cette question. Le champ de la présente étude n’étant pas le même, nous avons opté pour une définition un peu différente de l’instabilité. En outre, comme l’échantillon est plus restreint, nous avons employé une spécification plus simple pour les équations de régression.
10L’impact positif des envois de fonds est confirmé, entre autres, par Adams (2004b) pour les investissements dans l’éducation et l’immobilier au Guatemala; Woodruff and Zenteno (2004) et Massey and Parrado (1998) pour la création d’entreprises au Mexique; Yang (2004) pour l’éducation et la création d’entreprises aux Philippines; Cox, Edwards, and Ureta (2003) pour l’éducation au Salvador; Hanson and Woodruff (2003) pour l’éducation au Mexique; Taylor, Rozelle, and deBrauw (2003) et Rozelle, Taylor, and deBrauw (1999) pour le rendement des cultures en Chine; McCormick and Wahba (2001) pour la création d’entreprises en Égypte; Adams (1991, 1998) pour l’investissement dans l’immobilier en Égypte et au Pakistan; Brown (1994) pour l’investissement dans les entreprises aux Tonga et dans les Samoa occidentales; et Lucas (1987) pour la productivité des cultures et la constitution de cheptel en Afrique du Sud. En revanche, Ahlburg (1991) conclut que les envois de fonds à destination des Tongas et des Samoa occidentales ont entraîné une augmentation de la consommation et rarement financé les investissements productifs. Cependant, Durand, Parrado et Massey (1996) concluent que, dans le cas du Mexique, même les augmentations de la consommation financées par les envois de fonds peuvent avoir un effet multiplicateur sur la production.
11Bourdet et Falck (2003), par exemple, font valoir que l’augmentation des envois de fonds explique pour l’essentiel l’appréciation de 14 % du taux de change réel enregistré par le Cap-Vert en l’espace de dix ans. De même, les envois de fonds en Arménie ont eu récemment un impact spectaculaire sur le marché immobilier local, portant les prix des appartements en plein centre d’Erevan à des niveaux désormais comparables à ceux du marché nord-américain.
13Le volume des fonds envoyés à partir des pays composant un panel de 22 économies avancées suivi entre 1991 et 2000 est fortement corrélé, et de manière significative, à la présence de travailleurs étrangers (une fois neutralisés les effets de la tendance temporelle et les effets fixes nationaux). Une augmentation de 2 points (un écart-type au sein du groupe) de la proportion de travailleurs étrangers dans la population est associée de façon significative à une progression de ¼ de point (0,6 écart-type au sein du groupe) des fonds envoyés de ces pays, en pourcentage du PIB. De même, Swamy (1981) met en lumière une relation solide entre les fonds reçus et le nombre de migrants dans les cas de la Grèce, de la Yougoslavie et de la Turquie.
14Pour de nombreux pays, aussi, les données concernant le nombre de travailleurs migrants résidant à l’étranger et leurs revenus sont très limitées.
15Il s’agit plus précisément d’une moyenne pondérée de la production dans les pays étrangers, les pondérations étant égales 1) aux parts des travailleurs migrants du pays d’origine résidant dans chaque pays étranger, lorsque ce type de données existe ou, dans le cas contraire, 2) aux parts dans les échanges commerciaux.
16Il n’existe pas, pour la plupart des pays en développement, de mesures fiables des taux de rendement intérieurs.
17Ces effets fixes peuvent saisir l’impact sur les envois de fonds d’une grande partie de la variation des flux migratoires dans les pays de l’échantillon. Toutefois, la présence de ces effets fixes nous empêche d’estimer séparément l’impact d’éventuels facteurs géographiques, historiques ou culturels invariants dans le temps, qui pourraient influer sur l’intensité des flux migratoires (distance géographique, existence d’une langue ou d’une frontière commune, voire d’un marché unique, entre le pays hôte et le pays d’origine des migrants).
18Cela porte à croire que, si les envois de fonds sont d’ordinaire relativement stables, ils peuvent néanmoins être soumis à des chocs extérieurs de grande amplitude, en particulier lorsque les travailleurs migrants sont fortement concentrés dans un seul pays ou un seul secteur. La démonstration en a été faite, de façon spectaculaire, lorsque la contraction brutale des emplois miniers en Afrique du Sud a entraîné un effondrement de ces flux à destination du Lesotho, ramenés de plus de 50 % du PIB en 1991–92 à moins de 20 % en 2003–04. À l’inverse, les prix mondiaux du pétrole n’ont pas d’effet significatif sur les envois de fonds moyens.
19Faute de données systématiques, nous n’analysons pas dans cet essai le rôle du traitement fiscal des envois de fonds. Cependant, certains éléments laissent penser que des incitations telles que l’octroi d’exonérations fiscales ou de crédits à taux bonifié aux travailleurs migrants peuvent modifier très sensiblement la proportion des envois de fonds empruntant le système bancaire. Au Tadjikistan, par exemple, la défiscalisation des envois de fonds a entraîné une explosion des flux enregistrés, qui sont passés de 4 millions de dollars au premier trimestre de 2002 à 56 millions de dollars au premier trimestre de 2004.
20Les résultats sont donnés uniquement pour le ratio des dépôts bancaires au PIB, mais la conclusion reste valable quelle que soit la mesure précise employée pour évaluer le degré d’intermédiation financière.
21Pour une analyse des envois de fonds vers l’Amérique latine, voir Amuedo-Dorantes, Bansak and Pozzo (2004), DeSipio (2000), Lindsay Lowell and de La Garza (2000, 2002), Meyers (1998), Orozco (2000, 2003, 2004a, 2004b), Suki (2004), Suro (2003), ou Suro et al. (2002).
22Cet essai regroupe les économies de marché émergentes et les pays en développement en régions, sur la base principalement de leur situation géographique: Asie de l’Est, Asie du Sud et Chine, Moyen-Orient et Afrique du Nord, Amérique latine, Afrique subsaharienne. Cette dernière région se subdivise encore entre pays membres de la zone franc et pays extérieurs à celle-ci (la liste des pays inclus dans chaque région est donnée à l’appendice 2.2). La Chine est classée avec l’Asie du Sud, car son cycle économique suit davantage celui de cette région que celui de l’Asie de l’Est. Cependant, les résultats présentés dans l’essai ne sont pas sensibles à la classification de la Chine. D’autres regroupements de pays ont été tentés, en fonction notamment du stade de développement et de la structure de la production (économies de marché émergentes, pays exportateurs de pétrole et de produits primaires), mais ils n’ont pas mis en lumière de cycles régionaux aussi marqués que ceux dont nous rendons compte ici.
23On notera que, si un pays est fortement tributaire d’un produit de base, en tant qu’exportateur ou importateur, les variations d’origine extérieure du prix de ce produit pourraient être saisies par le facteur national si ce produit n’a pas un impact significatif sur l’économie mondiale ou régionale.
24Outre les groupements régionaux présentés au début de cet essai, et pour faciliter l’estimation du modèle à facteurs dynamiques, l’Amérique latine est subdivisée en deux régions (Amérique centrale et Caraïbes, et Amérique du Sud) et les économies industrialisées sont subdivisées en pays du G-7 et autres pays, afin de saisir d’éventuelles différences dans leurs cycles régionaux. Les pays industrialisés ont été inclus dans l’échantillon pour que le facteur mondial puisse être estimé de façon satisfaisante.
25Ces sous-périodes font apparaître une rupture de série dans les données sur l’instabilité de la production (voir Kose, Otrok, and Prasad, 2005).
26Ce tableau présente les pays où l’instabilité a diminué. Il diffère par conséquent du graphique 2.7, qui montre l’instabilité moyenne pour l’ensemble des pays d’une région. Cette différence est particulièrement importante pour les pays d’Afrique subsaharienne non membres de la zone franc, dont certains ont traversé des épisodes de grande instabilité durant la période 1987–2004.
27On notera qu’en dépit de la contribution globale assez faible du facteur mondial, la saturation de celui-ci a augmenté pour certains pays. En fait, l’évolution de la saturation des différents facteurs indique que la sensibilité au facteur mondial a augmenté, en moyenne, pour les pays de la zone franc et de la région MOAN ainsi que pour les pays industrialisés. La contribution du facteur mondial a toutefois diminué en Amérique latine. Cela s’explique sans doute par l’importance du rôle que le facteur mondial a joué entre 1970 et 1986 dans l’instabilité de la production en Amérique latine; la crise de la dette en Amérique latine ayant coïncidé avec la récession des pays du G–7, le modèle considère que cette crise est un élément du facteur mondial.
28En fonction des données disponibles, les variables de substitution traditionnelles ont été utilisées pour remplacer ces variables explicatives dans l’analyse empirique. l’appendice 2.2 donne de plus amples détails à ce sujet. Une méthode d’estimation des variables instrumentales a été utilisée pour tenir compte de l’endogénéité possible de certaines des variables explicatives.
29Un certain nombre d’études font apparaître que la politique budgétaire est procyclique dans les économies de marché émergentes et les pays en développement: les dépenses publiques augmentent en période de reprise de l’activité et d’envolée des prix des produits de base, et diminuent avec le fléchissement de la croissance, la baisse des recettes ou le resserrement de la situation financière (chapitre III, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2003, et Kaminsky, Reinhart, and Végh, 2004). La mesure de l’instabilité de la politique budgétaire est ajustée ici pour tenir compte de l’évolution des conditions macroéconomiques, des dépenses publiques dans le passé et d’une tendance temporelle.
30Les flux d’aide, qui se révèlent parfois plus volatils que les recettes budgétaires et tendent à être procycliques (Bulíř and Hamann, 2001), peuvent aussi être une source nationale d’instabilité de la production. L’effet de l’instabilité des flux d’aide peut être saisi par la variable budgétaire; dans la mesure où les fluctuations des dépenses publiques tendent à correspondre au calendrier des décaissements de l’aide, les donateurs pourraient apporter leur contribution en réduisant l’instabilité de leur aide au développement.
31Les séries relatives au ratio crédit à l’économie/PIB sont toutes stationnaires autour d’une tendance linéaire, de sorte que l’on peut considérer que les valeurs de la période initiale sont exogènes. De plus, les résultats cités dans l’essai se révèlent robustes quand on utilise le ratio crédit moyen à l’économie/PIB pour la période 1970–2003 comme variable explicative (les indicateurs du système juridique romain ou anglo-saxon et de l’espérance de vie étant utilisés comme variables instrumentales).
32Acemoglu et Johnson (2003) montrent l’importance des institutions relatives au droit de propriété pour l’approfondissement de l’intermédiation financière, l’investissement et la croissance à long terme; de leur côté, Satyanath et Subramanian (2004) analysent l’impact des institutions démocratiques sur la politique monétaire et la stabilité macroéconomique.
33Le chapitre III des Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2003, intitulé ≪Croissance et institutions≫, qui inclut des pays industriels dans l’échantillon auquel s’applique l’analyse de régression, montre que les institutions de meilleure qualité vont de pair avec une instabilité plus faible.
34Les autres variables de la régression sont le niveau du revenu réel par habitant par rapport à celui des États-Unis — qui permet de tenir compte du fait que les pays plus riches peuvent afficher une moindre instabilité parce qu’ils ont su diversifier leur économie — et une variable muette pour les pays tropicaux, qui prend en compte leur tendance à afficher un produit par habitant moins élevé et plus instable. Il apparaît toutefois que ces variables ne sont pas statistiquement significatives. En outre, les indicateurs de la stabilité politique et des conflits, de même que la part du produit agricole dans le PIB, qui avaient été inclus mais sont apparus non significatifs — peut-être parce qu’ils sont fortement corrélés à d’autres variables de la régression, telles que la qualité des institutions —, ont été retirés de la régression finale dont nous rendons compte ici.
35Les pourcentages cités ici se rapportent à la contribution de chaque variable à l’évolution de l’instabilité qui peut être expliquée par la régression transversale.
36Les analyses de régression de la croissance, de la pauvreté et de l’instabilité portent respectivement sur 101, 90 et 58 pays.
37Paola Giuliano et Marta Ruiz Arranz nous ont aidés à bâtir les séries temporelles relatives aux envois de fonds.
38Pour la plupart de ces pays, le BOPSY indique explicitement qu’aucune information sur les travailleurs frontaliers ou saisonniers n’est incluse dans cette catégorie.
39La région des Caraïbes est définie dans l’encadré 2.1. Les données sont extraites de Mishra (2005b).
40Ces travaux ont un autre but important, qui est d’utiliser les informations contenues dans la coupe transversale de séries temporelles pour prévoir une série temporelle.
41La variance de l’innovation des facteurs (terme d’erreur dans l’équation autorégressive des facteurs) est normalisée. Cette normalisation repose sur la variance de la série visée et détermine l’échelle du facteur (0,1 contre 0,01, par exemple). Cette dépendance par rapport à l’échelle est la raison pour laquelle on ne regarde que des décompositions de la variance ou des versions des facteurs ramenées à l’échelle convenable (en multipliant le facteur par la saturation du facteur, comme dans le calcul de la diminution de la variance présenté ci-après).Le modèle est estimé en utilisant les données, affranchies des effets de moyenne, de la croissance de la production, en autorisant une rupture de série en 1986.

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