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Chapitre I. Les perspectives et les enjeux économiques mondiaux

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
July 2001
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Depuis octobre 2000, les perspectives de croissance se sont nettement assombries dans le monde, du fait d’un ralentissement économique prononcé aux États-Unis, d’un essoufflement de la reprise au Japon et d’un fléchissement de l’activité en Europe et dans plusieurs économies de marché émergentes. Une certaine baisse du rythme d’expansion rapide enregistré à l’échelon mondial à la fin de 1999 et au début de l’an 2000 était à la fois souhaitable et attendue, surtout dans les pays les plus avancés dans le cycle, mais la décélération s’est révélée plus forte que prévu. Comme un certain nombre de banques centrales, dont la Réserve fédérale des États-Unis, ont réagi rapidement et qu’à l’exception notable du Japon, la plupart des économies avancées disposent d’une marge de manœuvre considérable, le ralentissement a de bonnes chances d’être de courte durée. Cependant, l’avenir reste chargé de nombreuses incertitudes et, à l’évidence, une dégradation plus prononcée et prolongée de l’activité n’est pas à écarter. Cela étant, des politiques macroéconomiques dynamiques s’imposent, sur le plan monétaire en particulier, pour parer à tout recul de la croissance qui pourrait être plus grave que celui qui est anticipé.

Étant donné que l’activité a été vigoureuse au début de l’an 2000 et que les signes d’un affaiblissement plus important que prévu sont venus tard dans l’année, la production mondiale pour l’ensemble de l’année est estimée à 4,8%, soit un chiffre très proche de la projection donnée dans les dernières Perspectives de l’économie mondiale (tableau 1.1 et graphique 1.1). En 2001 cependant, l’activité ralentira sensiblement et, selon les projections actuelles, la croissance mondiale sera de 3,2%, soit un taux inférieur de 1 point aux anticipations antérieures. Après une révision à la baisse de 1,7 point, la progression du PIB s’établira aux États-Unis à 1,5%, soit le taux le plus bas en dix ans. Les projections font également état d’un recul sensible de la croissance dans les autres grandes zones monétaires: si l’activité doit néanmoins rester assez robuste en Europe, elle tombera à 0,6% au Japon. En ce qui concerne les économies de marché émergentes, les révisions de leurs prévisions de croissance varient en fonction de leurs liens avec les États-Unis et sont nettement orientées à la baisse en Asie et en Amérique latine — encore que l’activité en Chine et en Inde demeurera normalement assez soutenue, ce qui constituera un important facteur de stabilité. Par contre, les perspectives de la plupart des pays du Moyen-Orient, d’Europe centrale et orientale, de la Communauté des États indépendants et d’Afrique, sont moins affectées, même s’il est probable qu’en Turquie, la croissance diminuera sensiblement sous l’effet de la récente crise.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

La croissance mondiale ralentira sensiblement en 2001, mais l’inflation restera faible.

1 Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base des parités de pouvoir d’achat.

2Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée par les parités de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans ou à échéance la plus proche de dix ans des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Projections actuellesÉcart par rapport aux projections d’octobre 20001
199920002001200220002001
Production mondiale3,54,83,23,9–1,0
Économies avancées3,44,11,92,7–0,1–1,3
Principales économies avancées3,03,81,62,4–0,1–1,3
États-Unis4,25,01,52,5–0,2–1,7
Japon0,81,70,61,50,3–1,2
Allemagne1,63,01,92,60,1–1,4
France3,23,22,62,6–0,3–0,9
Italie1,62,92,02,5–0,2–1,0
Royaume-Uni2,33,02,62,8–0,1–0,2
Canada4,54,72,32,4–0,5
Autres économies avancées4,85,23,03,80,1–1,2
Pour mémoire
Union européenne2,63,42,42,8–0,9
Zone euro2,63,42,42,8–0,1–1,0
Nouvelles économies industrielles d’Asie7,98,23,85,50,3–2,3
Pays en développement3,85,85,05,60,1–0,7
Afrique2,33,04,24,4–0,5–0,2
Asie6,16,95,96,30,2–0,7
Chine7,18,07,07,10,5–0,3
Inde6,66,45,66,1–0,3–0,9
ASEAN-422,85,03,44,70,5–1,6
Moyen-Orient, Malte et Turquie0,85,42,94,60,5–1,2
Hémisphère occidental0,24,13,74,4–0,2–0,8
Brésil0,84,24,54,50,2
Pays en transition2,65,84,04,20,6–0,2
Europe centrale et orientale1,83,83,94,4–0,7
Communauté des États indépendants
et Mongolie3,17,14,14,11,10,1
Russie3,27,54,04,00,5
Russie exclue2,76,34,24,42,40,3
Volume du commerce mondial (biens et services)5,312,46,76,52,4–1,1
Importations
Economies avancées7,911,46,76,51,1–1,2
Pays en développement1,616,98,87,96,9–0,3
Pays en transition–7,313,38,66,90,90,2
Exportations
Économies avancées5,011,46,26,21,5–1,4
Pays en développement4,115,77,17,06,8
Pays en transition0,614,94,65,14,8–1,4
Prix des produits primaires
Pétrole3
En DTS36,562,6–7,7–11,910,65,3
En dollars37,556,9–9,6–11,89,43,7
Produits primaires hors combustibles (moyenne fondée sur la pondération des exportations mondiales de produits primaires)
En DTS–7,85,52,64,4–0,9–2,2
En dollars–7,11,80,54,5–1,4–4,0
Prix à la consommation
Économies avancées1,42,32,11,8
Pays en développement6,76,15,74,80,6
Pays en transition43,920,115,310,01,62,5
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)
Dépôts en dollars5,56,74,54,3–0,2–2,9
Dépôts en yen0,20,30,30,50,1–0,1
Dépôts en euros3,04,64,44,1–0,7
Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 19 février et le 16 mars 2001.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en l’an 2000 était de 28,21 dollars le baril; hypothèse pour 2001: 25,50 dollars le baril et pour 2002: 22,50 dollars le baril.

Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 19 février et le 16 mars 2001.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en l’an 2000 était de 28,21 dollars le baril; hypothèse pour 2001: 25,50 dollars le baril et pour 2002: 22,50 dollars le baril.

La plupart des analystes anticipaient depuis longtemps un certain ralentissement de la croissance mondiale par rapport aux niveaux très élevés de la fin de 1999 et du début de l’an 2000. À la fin de l’an 2000, il était manifeste, aux États-Unis en particulier, que l’activité faiblissait nettement (encadré 1.1, page 6). Cette évolution tenait en partie au durcissement de la politique monétaire auquel ce pays avait judicieusement procédé dans un premier temps pour corriger des tensions de la demande qui s’accroissaient; par ailleurs, pendant la majeure partie du second semestre de l’année, la politique économique était apparemment modulée de façon à ce que cet objectif puisse plus ou moins être atteint par l’intermédiaire d’un ralentissement de l’activité. Cependant, comme on l’a constaté ces dernières décennies, les atterrissages en douceur ne sont pas toujours faciles à réaliser. En fait, il semble que, sous l’effet conjugué d’une série de chocs — renchérissement de l’énergie, réévaluation des perspectives de rentabilité des entreprises accompagnée d’une forte chute des cours des actions, dans le secteur des technologies de l’information notamment, et d’un ralentissement de la croissance de ce secteur, et resserrement des conditions du crédit —, la croissance de la demande intérieure a fortement diminué, de même que la confiance des ménages et des entreprises (graphique 1.2).

Graphique 1.2.Échantillon de pays de l’Union européenne, États-Unis et Japon: indicateurs de la confiance des consommateurs et des chefs d’entreprise1

La confiance a diminué fortement aux États-Unis, mais reste raisonnablement ferme en Europe en dépit de quelques signes de fléchissement.

Sources: confiance des consommateurs: pour les États-Unis, Conference Board; pour les pays de l’Union européenne, Commission européenne. Confiance des entreprises: pour les États-Unis, Department of Commerce, Purchasing Managers Composite Diffusion Index; pour les pays de l’Union européenne, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon.

1 Les indicateurs ne sont pas comparables d’un pays à l’autre.

2Pourcentage des personnes interrogées qui s’attendent à voir leur situation s’améliorer, diminué du pourcentage de celles qui s’attendent à une détérioration.

Le nouveau tassement de la reprise déjà fragile au Japon est un sujet de préoccupation supplémentaire. Après une croissance très vigoureuse pendant le premier trimestre de l’an 2000 (attribuable en partie à des facteurs temporaires), l’activité a semblé stagner à cause de la faiblesse de la confiance des ménages, du ralentissement de l’investissement productif et du fléchissement de la demande extérieure dans un contexte de déflation persistante. En 2001, la croissance sera stimulée par diverses initiatives engagées par les autorités, dont le programme de relance budgétaire de novembre 2000 et la nouvelle politique monétaire récemment adoptée, ainsi que par la dépréciation du yen depuis la fin de l’an 2000; cependant, il semble que, pour l’instant, l’investissement productif et les exportations reculent et que ni la confiance des ménages — indispensable pour soutenir une reprise durable — ni le crédit bancaire ne se redressent guère. En outre, l’économie reste vulnérable à tout nouveau choc, car la marge de manœuvre des autorités est limitée et le secteur financier et celui des entreprises demeurent fragiles.

Dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, on s’attend à un fléchissement des prix des produits primaires (appendice I). Les prix du pétrole ne sont plus à leur niveau de la fin de l’an 2000 et, si tant est que leur instabilité chronique demeure préoccupante et que leur évolution continue de dépendre pour beaucoup des décisions que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) prendra au cours des prochains mois en matière de production, il se pourrait bien à l’heure actuelle que les perspectives soient trop optimistes. On s’attend aussi à ce que les prix des autres produits ne varient guère, du fait notamment de la vigueur ininterrompue du dollar; toutefois, ils fléchiront vraisemblablement si la demande globale ralentit plus que prévu, pénalisant alors les pays producteurs, dont beaucoup sont pauvres. Avec la baisse des prix du pétrole, l’inflation globale a commencé à se stabiliser dans la plupart des pays industriels et, les augmentations de salaires étant modérées, l’inflation sous-jacente demeure en général faible. L’inflation reste préoccupante dans quelques pays européens qui enregistrent une forte croissance et dans un certain nombre de pays en développement ou en transition, mais, dans l’ensemble, le risque inflationniste n’entrave guère à ce stade la marge de manœuvre des autorités.

Sur les marchés financiers, après un répit en janvier 2001, la chute des cours des actions aux États-Unis s’est accélérée jusqu’au début d’avril en raison de la faiblesse persistante des résultats des entreprises, les indices boursiers en général, et plus particulièrement celui des actions du secteur des technologies de l’information reculant sensiblement, encore que le sentiment du marché se soit depuis lors stabilisé; cependant, au moment de la mise sous presse de cette édition des Perspectives, une réduction très récente des taux d’intérêt aux États-Unis avait entraîné un rebond des cours des actions. La faiblesse des cours des actions dans ce pays s’est répercutée sur les autres marchés matures et les indices boursiers en général ont fortement diminué par rapport à leurs précédents sommets (graphique 1.3). Les anticipations accrues d’un ralentissement de l’activité aux États-Unis, conjuguées à un durcissement des règles du crédit bancaire, au recul des bénéfices des entreprises, à la régression à l’échelle mondiale du secteur des technologies de l’information et à une remontée des taux des défaillances, ont en outre incité les investisseurs à prendre moins de risques. Bien que le rendement des obligations publiques à long terme ait diminué, sous l’effet en partie de rachats et de la détente des taux d’intérêt attendue de la Réserve fédérale, les marges dont est assorti le crédit aux entreprises augmentent depuis l’été dernier et sont beaucoup plus différenciées en fonction des catégories de risques (à ce sujet, il convient de citer plus précisément les titres à haut rendement dont les taux ont cependant quelque peu reculé à la suite des baisses de taux d’intérêt aux États-Unis). Sur les marchés des changes, l’euro ne s’est que légèrement renforcé par rapport au dollar à la fin d’octobre 2000 et semble toujours sous-évalué eu égard aux fondamentaux à moyen terme (voir chapitre II). Devant les interrogations de plus en plus nombreuses que suscitait la durabilité de la reprise au Japon, le yen s’est nettement replié, revenant à son niveau du milieu de 1999.

Graphique 1.3.Marchés de capitaux

En dépit du recul des taux d’intérêt, les cours des actions ont continué de diminuer jusqu’au début d’avril sur les marchés matures et les marchés émergents sous l’effet de la chute du NASDAQ. L’euro s’est légèrement apprécié par rapport au dollar, mais le yen s’est replié en raison de la montée des inquiétudes quant à la durabilité de la reprise au Japon.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Banque centrale européenne; FMI, Département de la trésorerie, Nikkei Telecom; WEFA, Inc.

1Moyenne mensuelle.

2Taux des dépôts à trois mois; les données pour la zone euro antérieures ¿ janvier 1999 se rapportent à l’Allemagne

3Taux des obligations d’État à dix ans. Jusqu’en décembre 1998. les rendements de la zone euro étaient calculés sur la base des rendements, harmonisés et pondérés par le PIB, d’obligations d’État des divers pays. En conséquence, les pondérations correspondent aux encours nominaux des obligations d’État dans chaque fourchette d’échéances.

Les évolutions qu’ont connues les marchés matures ont entraîné une dégradation de l’environnement dans lequel opèrent les marchés émergents1. Alors que les cours des valeurs technologiques sur les marchés matures reculaient, ceux des actions sur les marchés émergents diminuaient fortement, à cause aussi dans un certain nombre de cas des craintes de plus en plus grandes que faisaient naître chez les investisseurs divers risques intérieurs et extérieurs. Parallèlement à l’évolution des titres à haut rendement aux États-Unis, qui sont généralement considérés comme des actifs concurrençant les obligations des marchés émergents, les marges appliquées à ces obligations ont augmenté au dernier trimestre de l’an 2000 et les conditions de financement ont été sensiblement durcies, sous l’effet plus particulièrement des crises argentine et turque. À la suite des baisses des taux d’intérêt aux États-Unis en janvier, les cours des actions sur les marchés émergents ont dans un premier temps remonté et les conditions de financement se sont améliorées, de sorte qu’un certain nombre de pays ont pu combler une fraction substantielle des besoins de financement extérieur annuel de leur secteur public. Cependant, parallèlement aux évolutions sur les marchés matures, les cours des actions se sont repliés et les conditions de financement détériorées (encore qu’ils se soient stabilisés récemment). Si la recrudescence de la crise financière turque, qui a abouti au flottement de la livre au milieu de février, n’a eu jusqu’à présent que des effets de contagion limités, les difficultés économiques de l’Argentine semblent avoir eu davantage de répercussions, notamment sur les marges dans les pays voisins.

Encadré 1.1.Les prévisionnistes parviennent-ils à bien prédire les retournements de la conjoncture?

L’évolution rapide des perspectives économiques des États-Unis a surpris la plupart des observateurs — la croissance du PIB réel prédite pour 2001 par les «Consensus Forecasts» est tombée de 3,7% en septembre 2000 à 1,7% en avril 2001, la révision la plus rapide que l’on ait connue depuis l’entrée des États-Unis dans leur précédente récession au début des années 90 (voir premier graphique). Comme de nombreux travaux antérieurs l’ont indiqué, l’incapacité à prévoir les contractions ou les ralentissements les plus marqués de l’activité est l’un des traits caractéristiques des pronostics d’évolution de l’économie des États-Unis depuis de nombreuses années1. Une étude récente dresse le bilan des prévisions relatives à une grande variété d’économies avancées ou émergentes et durant les années 90 en s’appuyant sur les projections publiées dans les «Consensus Forecasts» du secteur privé2. Elle établit qu’au mois d’avril de l’année précédant une année de récession (définie comme une année de croissance négative du PIB réel), la prévision moyenne des «Consensus Forecasts» — la moyenne porte sur 60 récessions — a été une croissance de 3% (voir second graphique). Dès le mois d’octobre, le taux moyen prédit avait été réduit à environ 2%, puis il a fait l’objet d’une nouvelle révision — qui l’a abaissé à zéro — au mois d’avril de l’année de la récession. Devant ces révisions en baisse, on peut penser que les prévisionnistes étaient bien conscients de ce qu’un ralentissement se produisait. En octobre, la prévision était plus proche de la réalité, mais elle n’en continuait pas moins à sous-estimer l’ampleur effective de la récession’3. C’est ce que l’on observe également au creux des cycles économiques — dans un premier temps, les prévisionnistes ajustent lentement leurs prévisions, puis ils les révisent vigoureusement en hausse afin de mieux exprimer la réalité du retournement. Ainsi que le note l’étude, l’existence d’une forte corrélation entre les erreurs des prévisions officielles et celles des «Consensus Forecasts» montre que le secteur privé n’a pas l’exclusivité de tels problèmes4.

Prévisions («Consensus Forecasts») de la croissance des États-Unis pour 1991 et 2001

(Pourcentages)

Prévisions («Consensus Forecasts») de la croissance en années de récession1

(Pourcentages)

Source: estimations des services du FMI

1 Moyenne de 60 périodes de récession.

Ces difficultés qu’éprouvent les prévision-nistes à détecter les récessions font ressortir plusieurs points. En premier lieu, l’identification des récessions est une tâche complexe, même lorsque celles-ci sont à l’œuvre, et c’est pour cette raison que la plupart d’entre elles sont déterminées a posteriori, et non pendant leur déroulement. Surtout, le biais par excès des projections est logique quand on considère essentiellement les périodes de récession. Un prévisionniste doit nécessairement décider si une véritable récession est plus probable qu’un simple ralentissement de l’activité. Par conséquent, on peut s’attendre que les prévisions de la croissance au cours de périodes de récession donneront systématiquement des taux trop élevés — pour résumer, un résultat plus mauvais que celui qu’on attendait se produit effectivement lorsque l’économie entre en récession.

Cependant, le fait que les prévisionnistes tendent à réviser régulièrement en hausse ou en baisse leurs projections — d’une manière générale et pas seulement au cours des récessions — amène à se demander si les prévisions elles-mêmes sont efficientes. Ainsi que le note pertinemment William Nordhaus:

Si en examinant vos dernières prévisions je peux dire sans risque de me tromper que les prochaines seront inférieures de 2%, c’est que vos pronostics peuvent être améliorés5.

Pourquoi les prévisionnistes manquent-ils aux principes d’efficience et préfèrent-ils lisser dans un second temps leurs prévisions pour se rapprocher de la réalité? William Nordhaus avance deux raisons: la crainte que des prévisions «saccadées» ou «en dents de scie» ne soient considérées comme des signes d’inconséquence et le fait que les prévisionnistes évitent généralement de fournir des prévisions «hors normes» — stratégie qui donne de bons résultats la plupart du temps, car le «hors normes» est, par définition, un événement rare6. En outre, les chiffres globaux prédits risquent de ne pas exprimer les variations des coefficients de pondération attribués par le prévisionniste à différents scénarios, qui peuvent être considérables. Dans la mesure où il en est ainsi, une telle manière de procéder peut lisser la révision des «Consensus Forecasts» et aussi les éloigner des valeurs «hors normes», voire, dans certains cas, les faire converger sur une valeur prédite qui est éloignée de la valeur effective.

S’il est difficile de vérifier ce point, en particulier parce que les «Consensus Forecasts» contiennent inévitablement, de par leur nature même, un élément de corrélation sérielle, de premiers indices tendent à prouver que les prévisions présentent effectivement une certaine inefficience7. Par conséquent, on pourrait peut-être améliorer les «Consensus Forecasts» en les corrigeant du degré de corrélation sérielle des révisions de prévision du passé (cela dit, des analyses préliminaires montrent que la dispersion des prévisions tend à s’accroître seulement si le niveau de la prévision a commencé à baisser de manière significative). Ainsi, le seul fait de corriger les projections de croissance des États-Unis tirées des «Consensus Forecasts» pour 1990–2000 réduirait l’erreur absolue moyenne de la prévision de près de 10% et l’on constate des résultats similaires dans le cas d’autres grandes économies8. Il faut espérer qu’à mesure que les prévisionnistes prendront davantage conscience de ce biais, les prévisions elles-mêmes deviendront plus efficientes et que cette corrélation sérielle sera éliminée.

1 Voir, par exemple, Victor Zarnowitz, “The Record and Improvability of Economic Forecasting,” NBER Working Paper No. 2099 (Cambridge, Mass.: National Bureau of Economic Research, July 1987); et David Fintzen and H.O. Stekler, “Why Did Forecasters Fail to Predict the 1990 Recession?” International Journal of Forecasting, Vol. 15 (July 1999), p. 309–23.2 Prakash Loungani, “How Accurate Are Private Sector Forecasts? Cross Country Evidence from Consensus Forecasts of Output Growth,” International Journal of Forecasting (à paraître).3 Les valeurs «effectives» utilisées ici sont des estimations initiales, tirées dans toute la mesure du possible des Perspectives de l’économie mondiale du mois de mai de l’année suivante. Ces estimations initiales sont utilisées de préférence aux chiffres définitifs du PIB, qui expriment souvent la révision des données, des réétalonnages et d’autres modifications analogues imprévisibles.4 Une étude antérieure des prévisions des Perspectives de l’économie mondiale constate elle aussi qu’elles présentent essentiellement les mêmes erreurs que les prévisions du secteur privé. Voir Michael Artis, “How Accurate Are the IMF’s Short-Term Forecasts? Another Examination of the World Economic Outlook,” in Staff Studies for the World Economic Outlook (Washington: International Monetary Fund, December 1997).5 William D. Nordhaus, “Forecasting Efficiency: Concepts and Applications,” The Review of Economics and Statistics, Vol. 69 (November 1987), p. 667–74.6 De fait, une étude récente constate que les divers prévisionnistes ont tendance à s’aligner sur la moyenne des prévisions («le consensus»); en particulier, ils sont fortement influencés par la prévision de consensus du mois précédent. Voir Giampiero Gallo, Clive Granger, and Yongil Jeon, “The Impact of the Use of Forecasts in Information Sets,” Working Paper No. 99–18 (San Diego: University of California at San Diego, Department of Economics, August 1999).7 La corrélation sérielle risque particulièrement d’apparaître dans les moyennes de prévisions, car les diverses projections peuvent avoir lieu à des moments différents. Même si aucune de ces dernières ne présente de corrélation sérielle, on en introduira une si l’on utilise la moyenne de prévisions faites à des moments différents.8 A cette fin, on corrige la prévision en ajoutant à la prévision récente un multiple de la révision de la prévision effectuée six mois plus tôt. Le multiple dépend de la relation entre les erreurs de prévision antérieures et les révisions de prévision antérieures. Pour plus de détails, voir Oliver Kim, Steve C. Lim, and Kenneth W. Shaw, “The Use of Forecast Revision in Reducing Built-in Biases in Mean Analyst Forecasts,” Journal of Accounting Research (à paraître). On pourrait en principe généraliser cette technique pour tenir compte de plus de deux prévisions et des éventuelles différences dans le facteur d’ajustement en fonction du stade du cycle économique.

Pour l’instant, le ralentissement de l’économie mondiale a fait ressentir ses effets dans les pays qui entretiennent des relations commerciales étroites avec les États-Unis, c’est-à-dire notamment le Canada, le Mexique et les pays émergents d’Asie. Au Canada et au Mexique, ces répercussions ont été partiellement amorties grâce à la forte croissance de la demande intérieure, alors que, dans les pays émergents d’Asie, où divers facteurs intérieurs et extérieurs avaient déjà affaibli la confiance, elles ont peut-être été plus graves et risquent de s’aggraver encore si l’économie japonaise se détériore plus que prévu. Dans d’autres pays, où l’on craint surtout une contagion par les marchés financiers et une réaction en chaîne due à une perte de confiance des ménages et des entreprises, ces répercussions ont été jusqu’à maintenant plus faibles, même s’il y a toujours un risque qu’elles s’aggravent. L’évolution de la situation d’ici à la fin de 2001 dépendra toutefois largement du niveau et de la durée du recul de l’activité aux États-Unis. À cet égard, les incertitudes continuent d’être très nombreuses, mais plusieurs raisons incitent à croire que le ralentissement économique mondial pourrait être assez faible et de courte durée:

  • Premièrement, les taux d’intérêt à long terme aux États-Unis ont diminué en l’an 2000 et, plus récemment, les taux à court terme ont été réduits sensiblement. Ces baisses devraient commencer à avoir un impact direct sur l’activité dans ce pays au second semestre de l’année et soutenir ainsi l’économie mondiale, encore que le nouveau recul récent des cours des actions risque de freiner cette reprise. Il convient aussi de souligner le rôle positif que jouera la diminution des prix du pétrole.
  • Deuxièmement, les risques d’inflation s’éloignant, les autorités des économies les plus avancées disposent d’une marge de manœuvre importante qu’elles ont parfois commencé à utiliser, notamment aux États-Unis, mais aussi en Australie, au Canada et au Royaume-Uni; le Japon, où les possibilités d’ajustement sont beaucoup plus faibles, a aussi desserré sa politique monétaire dans le contexte du nouveau cadre d’action dont il s’est doté. En outre, les positions budgétaires s’étant nettement améliorées ces dernières années (voir chapitre III), la plupart des pays ont déjà quelque peu assoupli leur politique budgétaire, ou peuvent le faire, à titre de seconde ligne de défense.
  • Troisièmement, si plusieurs pays continuent de faire face à de graves difficultés, les vulnérabilités financières ou extérieures se sont en général atténuées dans les économies de marché émergentes depuis les crises de 1997–98, et l’abandon des régimes de taux de change fixe mais ajustable les a aidés à gérer les chocs extérieurs (graphique 1.4). (Voir chapitre IV.)

Graphique 1.4.Pays en développement: vulnérabilités extérieures

Les vulnérabilités extérieures ont en général diminué depuis les crises de 1997–98, mais la dette et les besoins de financement restent élevés en Amérique latine; on observe une tendance générale à adopter des taux de change fixes et/ou des régimes plus souples.

1Y compris Malte et la Turquie.

2Solde des transactions courantes plus total des paiements d’amortissement exigibles.

3Pourcentage des pays (PIB pondéré par les parités de pouvoir d’achat) à régime de taux de change fixe mais ajustable. Couvre les principales économies de marché émergentes de chaque région; établi à partir de Stanley Fischer: “Exchange Rate Régimes: Is the Bipolar View Correct?” Distinguished Lecture on Economics in Government, AEA Meetings, janvier 2001 (disponible sur le site du FMI: www.imf.org).

Dans ce contexte, le scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale prévoit que la croissance se redressera aux États-Unis pendant le second semestre de l’année et restera assez robuste en Europe, et qu’au Japon, l’économie repartira en 2002. Dans les économies de marché émergentes, les conditions de financement extérieur s’amélioreront progressivement durant le reste de l’année, parallèlement à une modeste reprise des flux de capitaux privés. La croissance mondiale continuera de ralentir sensiblement en 2001, tout en se situant toujours bien au-delà des précédents creux, et reviendra à un niveau proche de sa tendance longue en 2002.

Il n’est pas du tout certain que ce scénario, qui est certes vraisemblable, se déroulera comme prévu. Si la confiance devait se rétablir vite, le redressement de l’économie pourrait être plus rapide qu’on ne l’envisage aujourd’hui aux États-Unis, et par conséquent dans le monde. Cependant, les cours des actions étant faibles, les risques d’une issue moins favorable sont, à l’évidence, importants. On a, semble-t-il, constaté par le passé qu’une fois que l’activité se retourne, la dégradation s’accélère souvent beaucoup plus qu’on ne l’avait initialement anticipé. Il pourrait en être particulièrement ainsi (de nombreuses éditions des Perspectives de l’économie mondiale font état d’une telle évolution) étant donné les graves déséquilibres nés pendant la phase d’expansion (déficit considérable des transactions courantes, apparente surévaluation du dollar, taux d’épargne des ménages négatif et, malgré les récentes baisses, niveau encore très élevé des cours des actions par rapport à leur tendance longue). Ces déséquilibres sont étroitement liés aux anticipations selon lesquelles la croissance de la productivité continuera d’être forte aux États-Unis par rapport aux autres pays, aussi l’ampleur de la correction, de même que la forme qu’elle prendra et les délais qu’elle nécessitera, dépendra-t-elle de l’évolution de ces anticipations dans un contexte de faible croissance. À cet égard, il y a un risque d’inversion du cercle vertueux de la «nouvelle économie» (accroissement de la productivité/hausse des cours des valeurs mobilières/élargissement de l’accès au financement et augmentation de l’investissement dans les technologies de l’information), qui a contribué à la croissance vigoureuse des années 90 (voir chapitre II).

Le ralentissement de la croissance aux États-Unis, s’il était plus prononcé et prolongé que prévu, poserait plusieurs risques étroitement liés pour les perspectives de l’économie mondiale, et accroîtrait sensiblement le danger d’une dégradation de l’activité qui serait plus synchronisée et s’alimenterait d’elle-même:

  • Premièrement, depuis plusieurs années, la forte expansion dans ce pays a aidé à stabiliser l’activité mondiale lorsque la demande était faible ailleurs dans le monde. Malheureusement, comme la reprise marque le pas au Japon et que la croissance potentielle en Europe est encore faible, il est peu probable que l’actuel ralentissement de l’activité aux États-Unis sera compensé par une progression plus forte de la demande dans d’autres pays. Cela étant, les risques de contagion par l’intermédiaire des marchés financiers et d’une perte de confiance sont beaucoup plus grands. L’économie mondiale deviendra aussi plus vulnérable aux chocs tels qu’un affaiblissement de l’activité plus grave qu’escompté au Japon.
  • Deuxièmement, et cette question a déjà été approfondie dans les récentes éditions des Perspectives de l’économie mondiale, il est nullement impossible que les déséquilibres des transactions courantes observés actuellement dans les grandes zones monétaires et les désalignements apparents entre les grandes monnaies se corrigent de manière déstabilisatrice. On a constaté par le passé que les déficits courants du niveau de celui qu’accusent actuellement les États-Unis ne peuvent durer longtemps et que leur ajustement s’accompagne en général d’une forte dépréciation de la monnaie. D’après le scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale, dont les projections sont, comme celles de nombreux autres analystes, fondées par hypothèse sur des taux de change réels constants, les déséquilibres des transactions courantes ne varient guère à l’échelle mondiale. On examine à l’appendice II un scénario prévoyant un ajustement progressif des taux de change (comme cela a été très souvent le cas au cours des périodes précédentes), selon lequel la correction de ces déséquilibres pourrait être assez facile à gérer et peu déstabilisatrice, surtout si, parallèlement, la croissance est forte en Europe et au Japon. Cependant, dans un environnement marqué par un ralentissement rapide de la croissance aux États-Unis, les flux d’investissement direct et de portefeuille qui financent le déficit des transactions courantes de ce pays pourraient faire l’objet d’un ajustement plus brutal. Cela accentuerait le risque d’une correction plus rapide et plus déstabilisatrice, qui s’accompagnerait éventuellement de turbulences sur les marchés financiers tant matures qu’émergents. De fortes fluctuations des taux de change pourraient aussi limiter la marge de manœuvre des responsables économiques.
  • Troisièmement, les risques financiers étant en général sous-estimés en période de forte expansion, un recul de la croissance pourrait faire ressortir les faiblesses des marchés financiers. De nouvelles révisions à la baisse des anticipations de rentabilité des entreprises pourraient intensifier les pressions sur les cours des actions aux États-Unis et ailleurs dans le monde et, de ce fait, avoir des effets négatifs sur le patrimoine, l’investissement, la confiance et la prise de risques, et peser directement sur la demande des actifs des économies de marché émergentes. Un ralentissement de la croissance accentuerait les tensions sur le secteur financier et celui des entreprises, notamment dans les pays où ces secteurs continuent d’être très fragiles.

Pour illustrer ces risques, les Perspectives de l’économie mondiale présentent également un scénario d’«atterrissage brutal» à partir de l’hypothèse d’une nouvelle chute des cours des actions aux États-Unis, ainsi que de la confiance des ménages et des investisseurs dans ce pays et au Japon, parallèlement à une dépréciation sensible et très rapide du dollar par rapport aux autres monnaies. Sous l’effet de cette brusque variation des cours et de cette perte de confiance, le rééquilibrage de la demande mondiale s’accompagne d’un ralentissement important et généralisé de la production. Par rapport au scénario de référence, la production mondiale diminue d’un peu plus de 1 point en 2001 et en 2002 (1½ point aux États-Unis et 1 point dans les autres pays avancés). Dans les pays en développement, la diminution est pour ainsi dire une fois et demie moins élevée, en raison essentiellement de la chute de la demande d’exportations nettes, mais elle pourrait être plus importante si les conditions de financement extérieur s’aggravaient sensiblement. On risque alors de se trouver plus ou moins en présence d’un ralentissement mondial comparable à celui de 1998. Pour peu que les cours sur les marchés financiers s’effondrent, mais que la dépréciation du dollar soit décalée, la perte de production serait plus grande aux États-Unis, les exportations nettes augmentant plus lentement dans ce pays et, à l’inverse, plus faible dans les autres économies avancées.

En vue de faciliter un ajustement ordonné des déséquilibres mondiaux, les autorités des trois grandes zones monétaires étaient invitées, dans les récentes éditions des Perspectives de l’économie mondiale, à appliquer des politiques visant à rééquilibrer la croissance et la demande entre ces zones. Ce rééquilibrage est à l’évidence engagé à l’heure actuelle, mais dans un contexte de ralentissement de l’expansion aux États-Unis, que ne compense guère l’activité ailleurs dans le monde. Les risques de dégradation de l’activité étant plus grands, alors que, parallèlement, les tensions inflationnistes diminuent, il est nécessaire d’appliquer des politiques macroéconomiques dynamiques afin d’assurer une transition assez ordonnée vers des taux de croissance plus durables aux États-Unis, de renforcer l’expansion en Europe et de revigorer une reprise languissante au Japon:

  • Aux États-Unis, la réduction énergique des taux d’intérêt amorcée en janvier est appropriée. La politique monétaire doit demeurer la première ligne de défense et de nouvelles baisses de ces taux seront peut-être nécessaires au cours des prochains mois. Des réductions d’impôts modérées et plutôt concentrées en début de période pourraient aussi contribuer utilement à l’activité et, à moyen terme, réduire au minimum les répercussions de ces baisses de taux sur l’épargne et le solde des transactions courantes.
  • Au Japon, la nouvelle politique monétaire que les autorités ont adoptée en mars — et qu’elles s’engagent à appliquer jusqu’à ce que le taux d’inflation redevienne positif — est une mesure judicieuse qui devrait être mise en œuvre avec détermination. Étant donné le niveau très élevé de la dette publique, il convient de poursuivre l’assainissement progressif des finances publiques actuellement en cours, des mesures d’assouplissement budgétaire étant le dernier recours pour empêcher une récession caractérisée. Cependant, les responsables économiques devraient impérativement s’attaquer avec énergie aux faiblesses structurelles, celles du secteur financier notamment, tout en s’employant à réduire au minimum les répercussions à court terme sur la croissance des mesures prises à cet effet. Le programme de mesures structurelles récemment annoncé va dans le bon sens, mais il faudra qu’il soit appliqué énergiquement et complété par d’autres actions.
  • Dans la zone euro, comme les indices d’un ralentissement de l’activité se multiplient et que les tensions sous-jacentes sur les prix devraient fléchir, il est possible d’abaisser légèrement les taux d’intérêt; en outre, la Banque centrale européenne (BCE) devrait agir rapidement si les signes de faiblesse devenaient plus nombreux ou si l’euro s’appréciait fortement. Les récentes baisses d’impôts — fortuitement en phase avec la conjoncture — aideront par ailleurs à soutenir l’activité dans certains pays, et, à ce stade, aucune impulsion budgétaire ne semble nécessaire pour compléter les stabilisateurs automatiques. Des réformes structurelles plus ambitieuses, dans les domaines notamment des marchés du travail, des retraites et de la santé publique, s’imposent pour renforcer la croissance potentielle et assurer la viabilité de la politique budgétaire à long terme.
  • Dans les économies de marché émergentes, il sera crucial de préserver la confiance des investisseurs. Les conditions de financement extérieur se sont récemment dégradées et resteront sans doute instables au cours de la période à venir, en raison de l’incertitude des perspectives mondiales et des difficultés économiques que rencontrent toujours certains pays à marché émergent. Il est donc nécessaire de continuer d’appliquer des politiques macroéconomiques prudentes et d’accélérer, en particulier dans les pays où elle prend du retard, la réforme des entreprises, du secteur financier et, surtout dans le cas des économies en transition, des institutions.

Le ralentissement de la croissance mondiale porte à l’évidence préjudice aux pauvres, à la fois directement et du fait de la baisse des prix des produits primaires, encore que son impact puisse être atténué étant donné que les deux tiers des pauvres vivent en Asie du Sud et en Chine où l’activité doit normalement demeurer assez forte. Dans un certain nombre de pays pauvres, l’allégement de dette obtenu grâce à l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) libérera un volume important de ressources qui permettra de financer la lutte contre la pauvreté; si elles sont utilisées avec efficacité, parallèlement à l’application de vastes programmes de réformes, ces ressources contribueront à la réduction de la pauvreté et à la croissance à moyen terme. Pour étayer ces efforts, il incombe tout particulièrement aux économies avancées d’accroître leur aide, qui se situe nettement en deçà de l’objectif de 0,7% du PIB préconisé par les Nations Unies, de promouvoir la paix et la stabilité politique, en particulier dans les régions d’Afrique ravagées par la guerre, et de continuer de participer à la lutte contre la propagation de l’épidémie du HIV/SIDA, qui est désormais le plus grave danger pour le bien-être des populations et le développement économique du continent africain.

L’un des principaux obstacles au développement des pays pauvres demeure le régime de commerce extérieur des économies avancées, qui pénalise en général les marchandises que ces pays produisent le plus efficacement, en particulier les denrées alimentaires, les textiles et les vêtements (encore que les contingents imposés par l’Accord multifibres doivent être éliminés d’ici à 2005). Un nouveau cycle de négociations multilatérales étant en vue, il est important de rappeler que le libre-échange est l’un des meilleurs moyens de faire participer les pays pauvres aux bienfaits de la mondialisation. Si les pays en développement ont eux aussi besoin d’améliorer leur régime de commerce (le cas de l’Afrique est approfondi au chapitre II), il est indispensable que les pays avancés reconnaissent les bienfaits considérables que des marchés à l’exportation ouverts peuvent apporter aux pays en développement en général et aux pays pauvres en particulier. À cet égard, la récente décision, avec effet immédiat, de l’Union européenne de laisser entrer librement sur le territoire de ses membres la plupart des produits des pays les plus pauvres est des plus opportunes, étant donné l’importance que représente ce marché pour ces pays. En outre, le Canada, la Corée, les États-Unis, le Japon, la Norvège et la Nouvelle-Zélande ont récemment pris ou annoncé des mesures visant à ouvrir largement leur marché aux exportations de ces pays. Tous les pays, et notamment ceux qui viennent d’être évoqués, peuvent et doivent faire davantage pour lever les obstacles qui entravent encore les exportations des pays les plus pauvres.

Quelle sorte d’atterrissage pour l’économie américaine?

Après un vigoureux départ, la croissance a ralenti brusquement aux États-Unis en l’an 2000 (graphique 1.5). Le taux annuel d’augmentation du PIB réel a été de 5¼% pendant le premier semestre de l’année, excédant même les projections les plus optimistes de croissance potentielle, et la Réserve fédérale a, à juste titre, relevé les taux d’intérêt lorsque les risques inflationnistes s’intensifiaient. Le taux annuel de croissance est tombé à 1% seulement au quatrième trimestre, sous l’effet principalement de la forte augmentation des prix de l’énergie et du durcissement des conditions financières (y compris la chute du NASDAQ et l’appréciation du dollar). Durant l’année, les signaux donnés par le ralentissement des ventes et des bénéfices ont provoqué un recul substantiel du cours des actions de nombreuses sociétés de premier plan dans le secteur des technologies de pointe et le dollar a baissé légèrement par rapport à ses précédents sommets. À la fin de l’année, la confiance des entreprises et des ménages a chuté brutalement. Le ralentissement de l’activité a été plus grave dans le secteur manufacturier. Si la croissance des dépenses des ménages ralentit actuellement, la demande des ménages et le secteur du bâtiment semblent avoir soutenu légèrement l’activité réelle au cours du premier trimestre de 2001.

Graphique 1.5.États-Unis: ralentissement sensible de la croissance et déséquilibres persistants

(Sauf indication contraire, pourcentage de variation par rapport au même trimestre de l’année précédente)

Après un vigoureux départ, la croissance a ralenti brusquement en l’an 2000. Cependant, la progression des coûts unitaires de main-d’oeuvre s’est accélérée, le déficit des transactions courantes s’est creusé et le taux de change réel s’est apprécié.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Bureau of Labor Statistics; WEFA, Inc.

1Secteur des entreprises non agricoles.

2Taux de change effectif réel sur la base de l’indice des prix à la consommation.

À l’heure actuelle, les perspectives sont plus incertaines que de coutume. Le scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale prévoit une croissance faible pendant le premier semestre de 2001, sous l’effet d’un ajustement rapide des stocks et d’un ralentissement des dépenses d’investissement, puis un redressement de l’activité que soutiendront des taux d’intérêt à court et à long terme plus bas, mais que freineront néanmoins les effets décalés des récents reculs des cours des actions sur l’investissement et la consommation. Le taux de croissance devrait donc s’établir à 1½% pour 2001 et à 2½% pour 2002. Il est possible que ces taux soient dépassés grâce à l’impulsion donnée par les réductions d’impôts, sur lesquelles cependant le Congrès ne s’est pas encore prononcé. Par contre, les déséquilibres accumulés pendant la longue phase d’expansion, y compris le niveau toujours très élevé des cours des actions par rapport au passé, l’endettement considérable des entreprises et des ménages et l’éventuel surinvestissement dans certains secteurs (les télécommunications notamment), pourraient fort bien subir une correction plus déstabilisatrice, qu’aggraveraient de nouvelles pertes de confiance et une aversion plus forte pour les risques sur les marchés financiers.

En l’an 2000, la vigueur de la demande intérieure par rapport à la croissance de la production a été pour la troisième année consécutive à l’origine d’une augmentation sensible du déficit extérieur courant qui, à 4½% du PIB, a été nettement plus élevé que dans les autres économies avancées (tableau 1.2). L’excédent budgétaire s’accroissant, cet alourdissement du déficit s’explique uniquement par une progression de l’investissement privé et un recul de l’épargne des ménages. Du fait des entrées substantielles de capitaux, attribuables en partie à la hausse que l’on croyait percevoir de la croissance tendancielle de la productivité aux États-Unis, le dollar s’est de nouveau apprécié. À en juger par l’expérience, les déficits des transactions courantes de ce niveau ne peuvent en général durer très longtemps (voir encadré 1.2) et leur correction provoque le plus souvent un recul de la croissance du revenu réel et une dépréciation réelle progressive, mais importante, de la monnaie sur quelques années2.

Tableau 1.2.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
1999200020012002
Économies avancées‒0,5‒1,0‒1,1‒1,0
Principales économies avancées–1,1–1,6–1,6–1,5
États-Unis–3,6–4,4–4,3–4,1
Japon2,42,52,72,8
Allemagne–0,9–1,1–1,2–1,0
France2,62,12,12,3
Italie0,5–0,6–0,20,1
Royaume-Uni–1,1–1,7–1,8–2,2
Canada–0,41,81,30,8
Autres économies avancées2,02,01,81,6
Espagne–2,1–3,2–3,0–3,0
Pays-Bas4,33,73,73,4
Belgique4,24,14,34,5
Suède3,52,62,42,3
Autriche–2,8–3,0–2,8–2,3
Danemark1,62,62,52,5
Finlande5,97,77,37,6
Grèce–4,1–6,9–7,3–7,1
Portugal–8,7–10,4–9,7–9,3
Irlande0,6–0,5–2,1–2,6
Suisse11,612,811,511,3
Norvège3,913,913,410,9
Israël–1,9–1,7–2,3–2,4
Islande–7,0–10,3–10,6–8,2
Chypre–4,5–8,0–5,3–4,6
Corée6,02,42,31,2
Australie–5,8–4,0–3,3–3,2
Taiwan, prov. chinoise de2,93,02,42,5
Hong Kong (RAS)6,65,83,04,1
Singapour25,923,621,020,2
Nouvelle-Zélande–6,6–5,4–4,8–4,2
Pour mémoire
Union européenne0,3–0,3–0,3–0,2
Zone euro10,4–0,2–0,1

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Bien que la hausse de l’indice des prix à la consommation sous-jacents ait été de 2¾% environ, le ralentissement de l’activité a réduit les risques inflationnistes. Si, comme prévu, la croissance se poursuit à des taux inférieurs à son potentiel, les tensions sur l’utilisation des ressources devraient s’atténuer, mais après un certain délai. Cependant, les marchés du travail demeurent étroits par rapport au passé et le coût unitaire de la main-d’œuvre augmente. En outre, une vive dépréciation du dollar risque de renchérir les importations. Les résultats effectifs dépendront de façon cruciale de l’évolution de la productivité de la main-d’œuvre. À l’heure actuelle, le risque d’une accélération brutale de l’inflation semble faible, ce qui donne aux responsables économiques un répit pour réévaluer la situation de l’inflation sous-jacente dans la mesure où l’étendue de la dégradation de l’activité réelle devient plus manifeste. Le recul de la croissance représentant de plus en plus le principal risque, les baisses sensibles et opportunes des taux d’intérêt décidées pendant les quatre premiers mois de 2001 étaient bienvenues. Un nouvel assouplissement sera nécessaire si la situation économique et financière demeure fragile. En ce qui concerne le système financier, le nombre des créances douteuses et des défauts de paiement par les entreprises sur les titres qu’elles émettent a légèrement augmenté, parce que, en partie, des objectifs trop ambitieux sont en général fixés en période de forte croissance. Néanmoins, les banques restent très rentables par rapport au passé et affichent un ratio de fonds propres moyen de 12%, soit 2 points de plus que le niveau minimum exigé pour qu’elles soient considérées comme étant bien capitalisées.

A ce stade, la politique monétaire demeure le moyen privilégié pour réagir rapidement aux évolutions conjoncturelles. Cependant, contrairement à la situation qui prévalait lors de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale, des réductions d’impôts — guidées par des considérations structurelles — d’un niveau modéré et plutôt concentrées en début de période pourraient maintenant être utiles d’un point de vue cyclique, et réduiraient au minimum les répercussions des baisses des taux sur l’épargne et le solde extérieur courant à moyen terme. Il serait également préférable qu’un programme fiscal pluriannuel soit mis en place par phases, à mesure que les ressources budgétaires seraient à l’évidence suffisantes pour le financer. L’excédent des caisses de sécurité sociale et d’assurance maladie «Medicare» devrait être préservé afin d’aider à assumer le coût des retraites et des soins de santé dans l’avenir.

Au Canada, le ralentissement de l’activité aux États-Unis est l’une des principales raisons pour lesquelles, selon les projections, la croissance reviendra de 4¾% en l’an 2000 à 2¼% en 2001. L’économie est très ouverte sur le plan commercial (86% des exportations, soit 37% du PIB, se font à destination des États-Unis) et l’on s’attend à ce que les prix des produits primaires non énergétiques canadiens restent bas. Les précédentes hausses des taux d’intérêt freineront la demande de biens durables et de logements, ainsi que l’investissement productif, mais l’activité sera soutenue par un marché du travail dynamique, des réductions d’impôt sur le revenu et une solide confiance des ménages et des entreprises. Le risque le plus important pour la croissance serait que le ralentissement de l’économie aux États-Unis soit plus prononcé et prolongé. À cause de ce risque, et étant donné que l’inflation de base continue de se situer au milieu de la fourchette officielle de 1% à 3%, les baisses des taux d’intérêt décidées en janvier, en mars et en avril étaient opportunes, mais la Banque du Canada ne doit pas ignorer le danger d’un ralentissement plus rapide que prévu de l’activité. Les diminutions d’impôt sur le revenu récemment adoptées sont arrivées à point nommé et la position budgétaire demeure saine. Afin d’abaisser encore le ratio dette publique/PIB, le gouvernement devrait affecter à la réduction de la dette la majeure partie de tout excédent budgétaire dont pourraient faire état les projections. En vue d’accroître la flexibilité du marché du travail et de lutter contre le chômage structurel, il convient de limiter la fréquence du recours à l’assurance-chômage et d’éliminer la possibilité de recevoir des prestations régionales pendant de longues périodes.

Encadré 1.2.La position des transactions courantes des États-Unis est-elle tenable?

Le déficit des transactions courantes des États-Unis a atteint au cours des dernières années des niveaux élevés, qui ont conduit à douter qu’il soit soutenable et à s’inquiéter des conséquences éventuelles de sa correction rapide et désordonnée. Le déficit est passé de 1½% du PIB en 1995 à près de 4½% en l’an 2000 (alors qu’il avait été en moyenne de 1½% au cours des deux décennies précédentes). On estime que son financement a absorbé 7½% de l’épargne du reste du monde en l’an 2000 au lieu de 2½% en moyenne durant la majeure partie des deux dernières décennies. L’augmentation rapide du PIB des États-Unis et une croissance relativement plus faible dans d’autres régions ou pays, en particulier en Europe et au Japon, ainsi qu’une forte hausse réelle du cours du dollar due en grande partie à des apports de capitaux, ont contribué à la montée du déficit (voir graphique). La contrepartie intérieure a été une progression significative de l’investissement.

États-Unis

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

Sources: United States Bureau of Economic Analysis; estimations des services du FMI.

1Définis par le coût unitaire de la main-d’oeuvre, sur la base des coefficients de pondération du commerce extérieur de 1989–91.

Un certain nombre d’observateurs ont fait valoir que le déficit ne pouvait persister à des niveaux aussi élevés1. S’ils s’y maintenaient longtemps, les États-Unis verraient leurs engagements extérieurs nets atteindre un niveau extrêmement haut et leurs actifs représenter une proportion croissante des portefeuilles mondiaux et dépasser peut-être à un certain moment le niveau que les investisseurs étrangers jugeraient souhaitable. Cette situation risquerait d’entraîner de forts ajustements des transactions courantes et de la valeur extérieure du dollar, ce qui pourrait provoquer des perturbations considérables dans l’économie mondiale et des remous sur les marchés de capitaux des États-Unis ou du monde. En fait, selon certains observateurs, les risques ne tiennent pas tant à l’ampleur du déficit des États-Unis ou à l’encours des engagements extérieurs nets du pays qu’à la soudaineté d’un ajustement éventuel2. L’expérience des dernières décennies semble indiquer que l’ajustement extérieur a été généralement progressif, mais une chute en valeur réelle du dollar liée à l’ajustement des transactions courantes a été observée vers la fin des années 80.

Selon les équations habituellement utilisées pour le quantifier, le commerce extérieur dépend de l’activité économique et des taux de change réels. En conséquence, plusieurs facteurs pourraient entraîner un ajustement exogène significatif du solde des transactions courantes des États-Unis:

  • L’évolution des positions conjoncturelles. Après la phase d’expansion rapide de la production des toutes dernières années, les États-Unis se trouvaient probablement en l’an 2000 à un stade plus avancé du cycle que la zone euro et (surtout) le Japon. Si les incertitudes entourant le niveau et les taux de croissance sous-jacents du potentiel compliquent toute évaluation de l’ampleur de cet effet, les estimations actuelles des services du FMI donnent à penser que des facteurs «cycliques» pourraient majorer actuellement d’environ ½% du PIB le déficit des transactions courantes des États-Unis.
  • Les variations des taux de croissance potentielle. Parallèlement à l’accroissement récent du déficit des transactions courantes des États-Unis, la croissance potentielle estimée de l’économie américaine s’est accélérée. En revanche, celle de la zone euro et celle du Japon ont diminué dans le même temps; manifestement, leur augmentation pourrait contribuer à réduire ce déficit3. En outre, même si les tendances actuelles de la croissance potentielle se poursuivent, il est possible que le déficit ne se détériore pas autant que ne l’annoncent les modèles de commerce extérieur habituels, car l’une de leurs prévisions — les pays à croissance plus rapide enregistrent des reculs tendanciels de leur taux de change réel ou de leur position extérieure — ne cadre pas avec ce qu’on a constaté dans le passé4.
  • L’ajustement de taux de change. Une dépréciation en valeur réelle du dollar par rapport à ses niveaux actuels (qui s’expliquent peutêtre en partie par les apports de capitaux attirés par la vigueur de l’expansion aux États-Unis — voir le chapitre II) sera probablement le principal facteur de contraction à moyen terme du déficit des transactions courantes des États-Unis. On peut penser que cette évolution s’accompagnera d’un ralentissement de la demande intérieure, en particulier sur le plan de l’investissement. Étant donné la lourdeur du déficit des transactions courantes et le poids relativement faible dont le commerce extérieur pèse dans l’économie des États-Unis, l’ajustement de taux de change pourrait être significatif.

L’appendice II du présent chapitre décrit un scénario dans lequel le dollar se déprécie progressivement par rapport aux unités monétaires d’autres économies avancées. À moyen terme, il en résulte notamment une amélioration sensible de la position extérieure du pays, du fait que la demande intérieure (en particulier, l’investissement) fléchit et que la demande extérieure s’accroît. Étant donné ce qu’on a observé dans le passé, une telle correction progressive des déséquilibres sous-jacents reste l’issue que l’on peut juger la plus probable5, mais un ajustement plus brutal demeure possible.

1 Voir, par exemple, Catherine Mann, «Le déficit extérieur courant des États-Unis est-il tenable?» dans Finances & Développement (mars 2000), p. 42–45, et Francis Schott, “Is the U.S. Current Account Deficit Sustainable?” in Business Economics (July 2000), p. 72–73.2 Maurice Obstfeld and Kenneth Rogoff, “Perspectives on OECD Economic Integration: Implications for U.S. Current Account Adjustment,” Paper presented at the Federal Reserve Bank of Kansas City symposium (August 2000).3 Pour plus de précisions, voir l’analyse d’autres scénarios qui est présentée à l’appendice II de ce chapitre.4 Plutôt, les élasticités-revenu des exportations semblent varier de manière systématique parallèlement au taux de croissance à long terme. Voir Paul Krugman, “Differences in Trade Elasticities and Trends in Real Exchange Rates,” European Economic Review, Vol. 33 (May 1989) p. 1031–54. Martin Cerisola, Hamid Faruqee et Alex Keenan examinent le cas des États-Unis dans “Long-Term Sustainability of the U.S. Current Account Balance,” in United States: Selected Issues, IMF Staff Country Report No. 99/101 (Washington: International Monetary Fund, September 1999).5 Voir Caroline L. Freund, “Current Account Adjustment in Industrial Countries,” International Finance Discussion Paper No. 692 (Washington: Board of Governors of the Fédéral Reserve System, December 2000).

Au Japon, la fragile reprise va-t-elle se poursuivre?

Au Japon, la reprise s’essouffle, sous l’effet notamment du ralentissement économique mondial, mais aussi de la faiblesse persistante de la confiance des ménages et des problèmes structurels du système financier. La croissance a été de 1¾% en l’an 2000 du fait essentiellement des résultats vigoureux du premier trimestre, qui ont été obtenus notamment grâce à des facteurs exceptionnels comme le report de décembre à janvier des primes d’entreprise et le décalage des importations lié au problème du bogue de l’an 2000 (graphique 1.6). Par la suite, les incertitudes entourant les perspectives économiques ont eu un impact négatif sur la consommation des ménages et l’investissement productif a été freiné par le ralentissement de la demande extérieure et le retournement de la conjoncture observé dans le secteur des technologies de l’information. Le crédit bancaire a continué de se contracter en raison de la faiblesse de la demande de crédit et de la fragilité actuelle du système financier. On estime que la contribution de l’investissement public et de la demande extérieure à la croissance a été négative après le milieu de l’année, les effets du programme de relance budgétaire de novembre 1999 s’atténuant et l’activité ralentissant dans les pays partenaires.

Graphique 1.6.Japon: essoufflement de la reprise

(Pourcentage de variation par rapport au même trimestre de l’année précédente, sauf Indication contraire)

La croissance ne sera durable que si des mesures énergiques sont prises pour corriger les déficiences du système financier, d’autant plus que la possibilité d’utiliser les stimulants budgétaires ou monétaires est limitée.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; WEFA; données de base Nomura; estimations des services du FMI (données de base des administrations publiques, 1999–2000).

1Ajustés pour tenir compte de la hausse de la taxe à la consommation en avril 1997.

2Moyenne mensuelle.

3Sécurité sociale non comprise.

Les prévisions de croissance pour 2001 ont été abaissées à ½% du fait de la vulnérabilité de l’économie à la conjoncture mondiale concernant le secteur des technologies de l’information, ainsi que de l’impact sur la confiance de la chute brutale des cours des actions. Les craintes que suscite l’emploi limiteront sans doute les dépenses des ménages et le ralentissement de la demande de matériels informatiques menace de freiner l’investissement productif. En réalité, la dernière enquête Tankan fait état d’un recul significatif de la confiance des entreprises. La politique budgétaire devrait stimuler temporairement l’investissement public au deuxième trimestre, lorsque le programme de relance de novembre 2000 montera en puissance, et la dépréciation du yen amortirait l’impact du ralentissement économique mondial. L’un des risques importants est l’effet que pourraient avoir sur le système financier la chute des cours des actions et la dégradation de la situation économique. Les analystes sont préoccupés par les moins-values latentes qu’enregistrent aux cours actuels les portefeuilles d’actions des banques et des sociétés d’assurance-vie, moinsvalues qui réduiront directement leurs fonds propres à compter d’avril 2001 lorsque l’évaluation se fera à la valeur du marché; par ailleurs, on se demande toujours dans quelle mesure ces établissements ont constaté les créances douteuses et constitué les provisions nécessaires. Un ralentissement plus grave que prévu de l’activité au Japon aurait d’importantes répercussions sur le reste du monde, et plus particulièrement en Asie.

L’essoufflement de la reprise est particulièrement regrettable après une décennie de résultats décevants, ponctuée par des récessions répétées et caractérisée par une série de chocs macroéconomiques et l’incapacité de relever une fois pour toutes les grands défis posés par les réformes structurelles. En particulier, la faiblesse actuelle de la croissance traduit la lenteur de l’ajustement à la forte chute des cours des actions au début des années 90, ainsi que de l’adaptation à la mondialisation et aux nouvelles technologies3. La baisse prolongée de l’investissement productif s’explique essentiellement par le niveau excessif des actifs fixes et de l’endettement du secteur des entreprises, alors que, parallèlement, le crédit est pénalisé par les déficiences du secteur financier, y compris des créances douteuses persistantes et une faible rentabilité primaire continue, les institutions financières s’obstinant à accorder aux entreprises des crédits assortis d’une faible marge et s’engageant avec lenteur dans des activités rémunératrices. Ces résultats médiocres montrent également que l’innovation et les gains de productivité remplacent lentement l’accumulation de capital et les exportations comme principaux moteurs de la croissance.

La faiblesse de l’activité observée dans les années 90 a persisté malgré une politique macroéconomique expansionniste. La politique monétaire a été progressivement desserrée, le taux de l’argent au jour le jour ayant été ramené de plus de 8% en 1991 à en fait zéro en 1999, mais ce desserrement a été largement neutralisé par les difficultés permanentes du secteur financier, qui ont pénalisé le crédit bancaire. La politique budgétaire a été assouplie au moyen d’une série de programmes de relance qui ont fait augmenter le déficit structurel des administrations publiques de plus de 6 points du PIB entre 1991 et 1999. En pratique, cependant, l’impact de ces mesures a été assez faible en raison notamment du manque de transparence budgétaire et des craintes de plus en plus nombreuses soulevées par des déséquilibres budgétaires croissants.

Les perspectives se dégradant et la déflation se poursuivant, la nouvelle politique monétaire adoptée en mars est une mesure judicieuse qu’il convient d’appliquer avec détermination (encadré 1.3). Étant donné le niveau élevé de l’endettement public, l’assainissement très graduel des finances publiques actuellement opéré est approprié pour l’instant et des mesures d’assouplissement budgétaire ne devraient être envisagées qu’en dernier ressort, c’est-à-dire si une impulsion budgétaire est indispensable pour empêcher une récession caractérisée (tableau 1.3). Pour se préparer à la longue période que nécessitera en fin de compte l’assainissement des finances publiques, les autorités devraient élaborer dès maintenant leur cadre d’action budgétaire à moyen terme, la stratégie à suivre consistant essentiellement à établir à temps des comptes budgétaires consolidés, à soumettre les travaux publics à des analyses coûts/avantages rigoureuses, à doter les contribuables d’un numéro d’identification afin d’augmenter le rendement de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et à réaménager les dépenses de santé publique.

Tableau 1.3.Principales économies avancées: soldes budgétaires et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1984-94199519961997199819992000200120022006
Principales économies avancées
Solde effectif–3,8–4,1–3,4–1,9–1,3–1,00,1–0,4–0,70,2
Écart de production–0,7–2,2–2,1–1,5–1,4–1,00,2–0,8–1,1–0,1
Solde structurel–3,4–3,2–2,6–1,2–0,7–0,6–0,4–0,2–0,30,2
États-Unis
Solde effectif–4,9–3,3–2,4–1,30,71,71,60,81,1
Écart de production–1,9–3,2–2,9–1,8–0,70,32,00,2–0,5–0,1
Solde structurel–4,3–2,2–1,5–0,70,20,61,01,51,01,1
Dette nette48,359,659,257,153,448,843,940,838,126,6
Dette brute62,572,972,870,366,663,257,353,850,636,6
Japon
Solde effectif0,2–3,5–4,2–3,2–4,5–7,0–8,2–6,8–5,9–2,1
Écart de production0,8–1,40,1–2,9–3,7–3,3–3,8–3,8–0,2
Solde structurel0,3–3,1–4,2–3,3–3,4–5,7–7,2–5,6–4,8–2,2
Dette nette16,312,716,017,529,535,943,449,754,458,7
Dette brute68,987,192,596,8110,2120,3130,4139,5145,2147,6
Pour mémoire
Solde effectif, sécurité sociale non comprise–2,8–6,3–6,7–5,8–6,5–8,8–9,5–7,7–6,6–3,3
Solde structurel, sécurité sociale non comprise–3,3–6,0–6,8–5,8–5,9–8,0–9,0–7,1–6,1–3,4
Allemagne2
Solde effectif3–2,0–3,3–3,4–2,7–2,1–1,41,5–2,0–1,5–1,3
Écart de production–0,90,2–0,9–1,4–1,2–1,7–0,9–1,3–1,0
Solde structurel–1,2–3,3–2,7–1,6–1,1–0,4–0,5–1,3–1,0–1,3
Dette nette22,349,451,152,252,052,351,550,349,546,6
Dette brute42,658,359,860,960,761,060,259,058,255,3
France
Solde effectif3–3,0–5,5–4,1–3,0–2,7–1,6–1,3–0,6–0,8
Écart de production–0,1–2,7–3,3–3,1–2,0–1,2–0,5–0,4–0,4
Solde structurel–2,9–4,0–2,3–1,4–1,7–0,8–0,9–0,9–0,6
Dette nette24,845,848,149,650,049,248,648,647,437,7
Dette brute34,454,557,159,359,758,958,357,955,949,0
Italie
Solde effectif3–10,7–7,6–7,1–2,7–2,8–1,8–0,3–1,3–1,20,8
Écart de production–0,2–1,1–2,0–2,3–2,4–2,7–1,8–1,8–1,4
Solde structurel–10,7–7,0–6,2–1,7–1,8–0,6–0,7–0,5–0,60,9
Dette nette85,4116,6116,0113,7110,1108,4104,4101,899,787,3
Dette brute92,5123,2122,6120,1116,2114,5110,2107,5105,392,2
Royaume-Uni
Solde effectife3–2,9–5,4–4,1–1,50,31,55,91,30,30,4
Écart de production–0,1–1,1–0,9–0,4–0,10,1–0,2–0,1
Solde structurel–2,0–4,4–3,4–1,00,51,53,41,30,40,4
Dette nette29,537,046,545,042,339,536,533,731,627,4
Dette brute44,452,052,249,947,044,441,338,336,031,1
Canada
Solde effectif–7,1–5,4–2,80,20,22,23,42,72,51,8
Écart de production–2,0–4,4–5,3–3,6–3,3–1,60,2–0,3–0,6
Solde structurel–5,7–2,90,12,21,93,03,32,92,91,8
Dette nette60,588,588,283,481,475,366,961,056,038,8
Dette brute92,6120,6120,9117,4116,2111,6101,694,387,865,2
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni).

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 88 à 94. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8% et ½%, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Prend en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5% du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,6% en France (en 2001), 1,2% en Italie (en l’an 2000) et 2,4% au Royaume-Uni (en l’an 2000).

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni).

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 88 à 94. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8% et ½%, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Prend en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5% du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,6% en France (en 2001), 1,2% en Italie (en l’an 2000) et 2,4% au Royaume-Uni (en l’an 2000).

Encadré 1.3.Japon: initiatives récentes en matière de politique monétaire et structurelle

Les autorités japonaises ont pris récemment un certain nombre de mesures opportunes pour renforcer le cadre de la politique monétaire et accélérer la restructuration des secteurs des banques et des entreprises. Ces mesures visent à mettre un terme à la période actuelle de déflation et à obtenir les réformes fondamentales nécessaires dans ces deux secteurs pour soutenir une croissance continue et vigoureuse à moyen terme.

Cadre de la politique monétaire

Le 19 mars, devant les preuves croissantes de l’arrêt du redressement économique, la Banque du Japon a annoncé l’adoption d’un nouveau cadre de politique monétaire, qui repose sur les éléments suivants:

  • Un objectif quantitatif pour les encaisses de la banque centrale en compte courant (composées principalement de réserves de banque centrale), qui se substitue à un objectif de taux interbancaire au jour le jour. À l’heure actuelle, l’objectif en matière d’encaisses des banques détenues à la banque centrale est fixé à 5 billions de yen, soit environ 1 billion de yen de plus que la moyenne des encaisses détenues dans les mois précédant cette réorientation.
  • Augmentation des achats fermes d’obligations d’État à long terme si les objectifs en matière de réserves l’exigent. Se démarquant nettement de sa politique antérieure — achat mensuel d’un montant fixe d’obligations d’État sur les marchés secondaires —, la Banque du Japon a marqué sa volonté d’accroître les achats fermes de bons d’État à long terme sur les marché secondaires (opérations rinban) si nécessaire pour assurer un approvisionnement régulier en liquidités1.
  • La ferme volonté de maintenir cette nouvelle politique jusqu’à ce que le taux d’inflation (en glissement annuel) exprimé par l’indice des prix à la consommation, produits périssables non compris, se soit stabilisé à hauteur de zéro ou au-dessus.

À la suite de cette annonce, le taux au jour le jour, qui se forme à présent sur le marché, est effectivement tombé à zéro. En outre, la détermination accrue de la Banque du Japon de lutter contre la déflation a renforcé le sentiment du marché que les taux d’intérêt courts resteraient proches de zéro au moins jusqu’au milieu de 2002.

Le fait que la Banque du Japon est prête à s’engager dans de nouvelles voies et sa résolution affirmée d’au moins stabiliser les prix à la consommation sont les signes bienvenus d’un comportement plus souple à l’égard du contexte déflationniste actuel. Cette réorientation va plus loin qu’un simple retour à la politique de taux d’intérêt égaux à zéro, et permettra à la Banque du Japon de stimuler de nouveau l’économie si le besoin s’en fait sentir à l’avenir. En outre, elle améliore la transparence de la politique économique — l’objectif de stabilisation des prix à la consommation est défini plus clairement que ne l’était la politique antérieure de taux d’intérêt nuls, qui visait à maintenir de tels taux d’intérêt jusqu’à ce que les «inquiétudes déflationnistes soient dissipées» — et devrait aider à faire tomber les anticipations déflationnistes. Cependant, pour lui donner le maximum d’efficacité, la Banque du Japon devra confirmer cette approche en utilisant la marge de manœuvre que laisse le cadre monétaire et démontrer clairement sa volonté de combattre la déflation.

La restructuration des banques et des sociétés

Le 6 avril, devant les inquiétudes que provoquait le rythme de la restructuration des banques et des sociétés, les pouvoirs publics ont annoncé un ensemble de mesures destinées à l’accélérer. Les principaux éléments sont les suivants:

  • Cession accélérée de créances des grandes banques. Le plan prévoit que ces dernières se sépareront des «créances improductives existantes» déjà considérées comme «présentant un risque de faillite» et de celles de la catégorie inférieure au cours d’une période de deux années, ainsi que des «nouvelles créances improductives» dans les trois années suivant leur classification dans cette catégorie. Les banques seront tenues de divulguer périodiquement leurs progrès en matière de cession de créances et l’Agence des services financiers suivra l’évolution de la situation.
  • Mesures destinées à réduire le portefeuille d’actions des banques. Afin de réduire l’exposition des banques au risque de marché et de comprimer les participations croisées, le plan prévoit qu’un plafond, d’un niveau restant à déterminer, s’appliquera au ratio portefeuille d’actions/capital des banques. À titre provisoire, un organisme chargé de l’acquisition de portefeuilles d’actions des banques, le BASAC, sera créé, avec l’appui financier du secteur public et chargé d’acheter aux cours du marché les portefeuilles d’actions des banques au-delà d’un certain niveau.
  • Mesures en faveur de la restructuration des sociétés. Des directives seront prises afin d’encadrer le processus de restructuration des sociétés et d’effacement des dettes avec la participation des pouvoirs publics, conformément aux dispositions de l’approche dite de Londres.
  • Autres mesures à l’appui de la restructuration. Il s’agit notamment de dispositions destinées à renforcer le filet de protection sociale et à améliorer la liquidité du marché immobilier. En outre, l’inclusion ultérieure de réformes fiscales est envisagée.

Il faut se féliciter de l’attention accordée à la restructuration des banques et aux sociétés, mais le train de mesures devra être mené à bien de manière rigoureuse et il devra être renforcé par des dispositions visant à en maximiser l’effet. Un moyen important de renforcer l’ensemble de mesures consisterait à en élargir la portée de manière à inclure la cession de créances improductives existantes par les banques régionales (étant donné que les grandes banques représentent moins de la moitié des actifs des banques créatrices de monnaie). En outre, il faudra continuer de renforcer le contrôle, et notamment s’assurer de la classification appropriée de l’encours considérable des créances sur les emprunteurs «à surveiller» (une partie importante de ces créances pourrait, selon les analystes de marché, être en fait de mauvaise qualité), avec la constitution de provisions d’un niveau adéquat reflétant une évaluation prospective réaliste des possibilités de recouvrement. La nécessité de provisionner les créances venant d’être déclassées pourrait entraîner la souscapitalisation de certaines banques, situation qui nécessiterait peut-être une nouvelle injection de fonds publics assortie de la stricte conditionnalité qui s’impose pour parer au risque d’effets pervers. Les dispositions du train de mesures relatives à l’achat d’actions doivent être conçues de manière à réduire au minimum les distorsions, à garantir la transparence et à limiter le montant de fonds publics exposés. Enfin, il sera indispensable de veiller à ce que les accords de restructuration de sociétés conclus dans le cadre de ce dispositif donnent lieu à un ajustement suffisamment poussé pour établir la viabilité à long terme des entreprises en voie de restructuration.

Par conséquent, si les nouvelles propositions sont un pas en avant louable, elles devront être appliquées avec vigueur et renforcées par d’autres dispositions destinées à encourager la vaste restructuration des banques et des sociétés nécessaire pour poser les bases d’un redressement durable de l’économie japonaise.

1 Cependant, les obligations d’Étal à long terme effectivement détenues par la banque centrale ne peuvent dépasser l’encours de l’émission de billets de banque.

S’il est vrai que la politique macroéconomique peut jouer un certain rôle, il est essentiel, pour revenir à une croissance durable à moyen terme, d’engager des réformes fondamentales dans le secteur des banques et celui des entreprises. À cet effet, les autorités ont récemment annoncé le lancement d’un ensemble de réformes structurelles en vue d’activer la restructuration du secteur bancaire et de celui des entreprises, au nombre desquelles il convient de citer l’accélération de l’élimination des créances douteuses par les grandes banques, la réduction des portefeuilles d’actions des banques et l’établissement de directives pour faciliter la restructuration des entreprises et les annulations de créances (voir encadré 1.3). Afin de réduire au minimum les répercussions à court terme de ces mesures indispensables sur la croissance, elles ont également annoncé divers projets visant à renforcer la sécurité sociale. Ces réformes vont dans le bon sens, mais elles devront être complétées par d’autres mesures. En outre, les autorités devraient appliquer résolument la réglementation et les mesures de contrôle en vigueur, compte tenu en particulier de la réimposition en avril 2002 d’un système limité d’assurance-dépôts, en étant notamment plus strictes sur le respect des normes de classification des prêts et la constitution de provisions pour les créances douteuses. Afin de faciliter la restructuration des entreprises, étant donné que celles-ci se sont entendues avec les banques pour que les plans de restructuration aient pour contrepartie des annulations de créances, il sera nécessaire d’adopter un certain nombre de réformes pour compléter en particulier la réglementation foncière et les volets pertinents des systèmes fiscal et juridique. Les autres réformes prioritaires sont notamment de libéraliser les secteurs des télécommunications, de l’électricité, des transports et du logement, de renforcer le rôle des auditeurs externes et des administrateurs dans les conseils d’administration, d’améliorer la gestion des entreprises et d’encourager les retraites privées à contributions définies afin d’accroître la mobilité de la main-d’œuvre.

En Europe, la demande intérieure peut-elle soutenir la croissance?

On s’attend à ce que, dans la zone euro, la croissance soit préservée grâce au dynamisme de la demande intérieure, même si elle subit actuellement l’impact défavorable du ralentissement de l’activité mondiale et de la fragilité des marchés financiers (tableau 1.4). En l’an 2000, la croissance du PIB réel a fléchi par suite essentiellement des répercussions du renchérissement du pétrole sur le pouvoir d’achat, en particulier en Allemagne (graphique 1.7). Ces derniers mois, la confiance des entreprises et des ménages a reculé et les signes d’un ralentissement de l’activité industrielle se sont multipliés. Pour 2001, la croissance devrait normalement demeurer assez soutenue, à % environ, soit un taux qui, pour la première fois depuis 1991, dépasse celui des États-Unis. On s’attend à ce que les dépenses des ménages bénéficient d’une augmentation du revenu disponible attribuable à la croissance continue de l’emploi et aux baisses d’impôt sur le revenu des personnes physiques dans certains pays. Si la confiance des entreprises a récemment fléchi dans plusieurs pays, les risques de faiblesse de l’investissement productif seront sans doute limités grâce au niveau élevé d’utilisation des capacités et à des carnets de commande bien remplis, ainsi qu’à la baisse des taux d’intérêt à long terme et à l’importance relative du crédit bancaire (par rapport au financement sur le marché). Parmi les grandes économies, c’est en France que la croissance, tirée par une demande intérieure finale relativement forte, est la plus vigoureuse. En outre, ce pays est moins vulnérable aux évolutions extérieures, en raison de la part moins importante du secteur manufacturier dans la valeur ajoutée et de la proportion plus faible des biens d’équipement dans les exportations, et aussi du fait qu’il entretient des relations commerciales moins étroites avec les États-Unis et l’Asie. En Allemagne et en Italie, la demande intérieure finale a été beaucoup plus faible, encore que dans ces deux pays, et plus particulièrement en Allemagne, des réductions d’impôts devraient soutenir la consommation privée en 2001. Le fléchissement de la demande extérieure aidera à atténuer les risques de surchauffe dans les pays situés à la périphérie de la zone, l’Irlande surtout, où les investissements directs en provenance des États-Unis sont importants et l’économie a une assez forte composante technologique, mais il se peut aussi que ce fléchissement aggrave le déficit des transactions courantes déjà élevé de pays comme le Portugal et, dans une moindre mesure, la Grèce.

Graphique 1.7.Zone euro: la croissance fléchit, mais reste raisonnablement robuste

(Pourcentage de variation par rapport au même trimestre de l’année précédente, sauf indication contraire)

La croissance a ralenti en l’an 2000, la consommation privée et l’investissement des entreprises ayant fléchi. Nonobstant la chute du chômage, les poussées des prix intérieurs restent endiguées.

Sources: Eurostat; Banque centrale européenne; Commission européenne; FMI, Statistiques financières internationales; estimations des services du FMI.

1Indice Dow Jones EURO STOXX.

2Moyenne mobile centrée sur trois mois.

3Avant 1999, taux des pensions de la Bundesbank.

Tableau 1.4.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
199920002001200219992000200120021999200020012002
Économies avancées3,44,11,92,71,42,32,11,86,45,95,95,9
Principales économies avancées3,03,81,62,41,42,31,91,76,15,75,96,0
États-Unis4,25,01,52,52,23,42,62,24,24,04,45,0
Japon0,81,70,61,5‒0,3‒0,6‒0,74,74,75,35,2
Allemagne1,63,01,92,60,72,12,01,38,37,87,67,4
France3,23,22,62,60,61,81,51,411,39,78,88,2
Italie1,62,92,02,51,72,62,21,611,410,69,99,5
Royaume-Uni12,33,02,62,82,32,12,22,46,05,65,35,4
Canada4,54,72,32,41,72,73,02,27,66,87,27,1
Autres économies avancées4,85,23,03,81,32,42,82,37,36,36,15,7
Espagne4,04,12,93,22,23,42,92,315,914,112,711,7
Pays-Bas3,93,92,92,72,02,33,92,43,22,83,03,0
Belgique2,73,92,42,41,12,92,21,38,87,07,07,0
Suède4,13,62,62,80,51,01,81,95,64,74,14,0
Autriche2,83,22,22,60,52,01,71,63,83,33,43,3
Danemark2,12,92,12,32,63,12,52,15,65,25,35,3
Finlande4,25,74,24,01,33,02,62,410,39,89,28,8
Grèce3,44,03,83,82,22,93,43,311,711,110,910,7
Portugal2,83,02,42,82,22,83,82,34,44,14,04,0
Irlande9,810,77,06,22,55,34,03,35,64,33,73,7
Luxembourg7,38,54,24,31,03,21,51,32,92,62,72,6
Suisse1,53,42,02,00,81,61,41,52,71,91,91,8
Norvège0,92,21,92,32,33,02,82,53,23,43,53,5
Israël2,36,01,84,35,21,10,92,58,98,89,48,6
Islande4,13,61,92,13,45,04,63,51,91,31,82,1
Chypre4,55,04,54,01,84,12,72,73,63,53,63,8
Corée10,98,83,55,50,82,24,33,06,34,14,23,5
Australie24,73,71,93,51,54,53,72,47,26,67,06,7
Taiwan, prov. chinoise de5,46,04,15,60,21,31,41,52,73,23,43,2
Hong Kong (RAS)3,110,53,54,8‒4,0‒3,70,52,06,35,04,74,1
Singapour5,99,95,05,80,11,41,91,93,53,12,72,5
Nouvelle-Zélande23,93,52,62,71,12,72,82,16,86,05,85,9
Pour mémoire
Union européenne2,63,42,42,81,42,32,31,89,18,27,87,5
Zone euro2,63,42,42,81,22,42,31,79,99,08,48,1

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt; dans le cas de l’Australie, d’autres composantes instables sont exclues.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt; dans le cas de l’Australie, d’autres composantes instables sont exclues.

La politique monétaire marque le pas depuis le resserrement, équivalant à ¼ de point, d’octobre 2000. On s’attend à ce qu’en 2001, l’inflation sous-jacente reste stable, à 1½%, et l’on n’a guère observé jusqu’à présent de répercussions sur les salaires du renchérissement l’an dernier de l’énergie ni du fléchissement de l’euro, encore que l’inflation se soit accélérée dans les pays situés à la périphérie de la zone. La légère progression de la masse monétaire au sens large et des indicateurs de l’inflation sousjacente, y compris ceux des coûts unitaires de main-d’œuvre, des marges bénéficiaires et de la hausse des prix des services, ainsi que celui de l’inflation de base débarrassée des effets indirects des produits énergétiques, montre que les tensions sur les prix intérieurs sont faibles. En même temps, le recul de la demande extérieure s’est accentué. Les risques d’inflation étant désormais ce qu’ils sont, il serait judicieux d’abaisser légèrement dès maintenant les taux d’intérêt, et de prévoir une réduction plus forte si le taux de change devait s’apprécier sensiblement ou si les signes annonçant les répercussions du ralentissement de la croissance mondiale devaient se multiplier.

Il n’est pas utile à ce stade d’avoir recours à la politique budgétaire pour soutenir l’activité, étant donné la souplesse avec laquelle il est possible d’utiliser la politique monétaire pour la stimuler, encore qu’il convienne de gérer les finances publiques de façon à laisser pleinement jouer les stabilisateurs automatiques. On s’attend à ce que le solde budgétaire structurel de l’ensemble de la zone euro ne varie guère en 2001, la dégradation accusée en Allemagne (¾% du PIB) étant compensée par l’amélioration enregistrée dans d’autres pays, comme la France et l’Espagne. Les réductions d’impôts sur le revenu des personnes physiques et sur les bénéfices des sociétés en Allemagne, en France, en Italie et aux Pays-Bas auront sans doute pour effet de stimuler l’offre de main-d’œuvre, de limiter les distorsions dans l’investissement et de rendre ces pays plus attrayants pour les investisseurs étrangers. Pour que les objectifs budgétaires à moyen terme soient atteints, ces réductions d’impôts doivent s’accompagner ultérieurement d’une compression des dépenses. Dans la plupart des pays, les compressions structurelles des dépenses devraient surtout être ciblées sur les subventions, les programmes de transfert sociaux et l’emploi dans le secteur public. Les pays où il existe des risques de surchauffe devraient éviter d’assouplir la politique budgétaire, même si, comme en Irlande, ils disposent d’un important excédent; cependant, il se peut, s’ils desserrent la politique monétaire au cours de l’année, qu’ils doivent envisager de prendre des mesures budgétaires compensatoires.

Alors que les perspectives de croissance à court terme dans la zone euro sont toujours très favorables lorsqu’on les compare à celles de l’Amérique du Nord et du Japon, les responsables économiques ne devraient pas se satisfaire d’un taux de croissance potentielle estimé à 2½%. Certaines réformes structurelles ont certes bien avancé, mais le chômage demeure élevé et il est nécessaire d’approfondir et d’accélérer les réformes d’inspiration libérale, surtout en ce qui concerne les retraites et les marchés du travail et des produits. L’augmentation du coût des pensions et des soins de santé demeure un grave problème à moyen terme (voir chapitre III). En Allemagne, la réforme des retraites, qui prévoit la mise en place de retraites par capitalisation parallèlement aux retraites publiques, suit les diverses étapes du processus législatif, avec cependant certains compromis. Dans beaucoup d’autres pays de la zone euro, il est indispensable de mettre également en place des retraites par capitalisation afin de réduire la charge que représente pour les régimes publics de pensions le vieillissement de la population et de limiter les futures augmentations des cotisations sociales qui pourraient nuire à la performance des marchés du travail. Il sera également nécessaire à plus long terme de ramener en deçà des niveaux actuellement envisagés, y compris par un relèvement de l’âge de la retraite, les prestations servies au titre des pensions publiques. La maîtrise des coûts des soins de santé publique dépendra des mesures prises pour améliorer la répartition de ces coûts et renforcer les capacités administratives.

Pour faire baisser encore les taux de chômage à moyen terme, il faudra essentiellement continuer de s’attaquer aux rigidités des marchés du travail. En Allemagne, il existe, d’après certains signes, une plus grande flexibilité dans les conditions de travail et les salaires de fait, mais la loi doit être modifiée afin de permettre aux parties (patronale et ouvrière) de conclure des conventions salariales mieux adaptées à la situation des différentes entreprises. En France, le passage à la semaine des 35 heures s’est fait assez facilement jusqu’à présent, mais, lorsque la loi sera étendue aux petites entreprises, elle devra être appliquée avec souplesse, y compris en ce qui concerne le nombre annuel d’heures supplémentaires autorisées, à mesure que le marché du travail se rétrécira. En Italie, le principal défi à relever est de créer des emplois dans le sud du pays en liant les salaires à la productivité afin de différencier davantage les salaires sur le plan géographique. En Espagne, les priorités sont d’encourager le travail à temps partiel, de réduire les coûts de licenciement afin de stimuler l’emploi et d’accroître la souplesse dans les négociations salariales.

Il importera également de poursuivre la réforme des marchés des produits pour relever les taux de croissance potentielle. L’Allemagne a récemment procédé à des réformes impressionnantes dans les secteurs des télécommunications et de l’énergie, mais il convient de continuer sur cette lancée et, notamment, de libéraliser les heures d’ouverture des magasins, de privatiser les institutions financières et de désengager l’État de ses participations dans les sociétés de services publics. De même en France, il y a lieu de saluer les récentes privatisations, mais il est possible de libéraliser davantage le système financier (surtout en ce qui concerne les taux d’intérêt réglementés), ainsi que les secteurs des télécommunications et de l’énergie. En Italie, le vaste programme de privatisations mis en place ces dernières années ouvre la voie, notamment, à une plus grande libéralisation du secteur de l’énergie, à une réforme du cadre juridique des sociétés non cotées en bourse et à la mise en œuvre énergique de la simplification des procédures administratives et d’agrément.

Étant donné qu’il suit une politique plus ouverte en matière commerciale et dans le domaine des flux financiers, le Royaume-Uni est plus vulnérable que la zone euro aux évolutions extérieures. La croissance donne actuellement des signes de modération et est chiffrée désormais à 2½% en 2001, avec des risques de variation à la baisse. D’après les projections, la progression de la demande intérieure sera limitée, malgré une forte reprise des dépenses publiques, et l’on s’attend à ce que la contribution du solde extérieur à la croissance demeure négative. Nonobstant des niveaux élevés d’utilisation des ressources, l’inflation de base a été inférieure au niveau prévu, s’établissant autour de 2%, du fait de la vigueur de la livre par rapport à l’euro, de la modération salariale et — plus récemment — du léger fléchissement de l’activité économique. Comme les tensions inflationnistes restent faibles, la Banque d’Angleterre a judicieusement abaissé les taux d’intérêt en février et en avril, et elle peut les réduire encore si les perspectives de croissance devaient continuer de se dégrader. Le budget de mars 2001 envisage de ramener l’excédent du secteur public de 1½% du PIB en 2000/01 à ½% en 2001/02. Cette expansion, qui ne s’accompagnera sans doute pas d’une surchauffe, pourrait contribuer à un dosage politique monétaire/politique budgétaire qui maintiendra peut-être la livre à un niveau élevé. À moyen terme, la forte augmentation prévue de l’investissement public en infrastructure et en capital humain devrait stimuler la productivité. Cependant, il serait préférable d’éviter de revenir à un déficit budgétaire, de façon à ne pas réduire le fonds d’épargne nationale disponible pour l’investissement privé.

D’autres économies européennes avancées sont encore plus ouvertes que le Royaume-Uni et, en conséquence, plus vulnérables aux évolutions extérieures. On s’attend à ce qu’en Suisse, la croissance ralentisse fortement, et tombe de 3½% en l’an 2000 à 2% en 2001, étant donné le poids relativement grand des États-Unis dans les exportations de ce pays. En Suède, la croissance reviendra de 3½% à 2½% selon les projections, sous l’effet principalement d’un recul de la demande extérieure, mais aussi de l’impact sur la demande intérieure de la baisse des cours des actions (dans le secteur des technologies de l’information en particulier). En même temps, le faible niveau du chômage dans ces deux pays, ainsi qu’au Danemark et en Norvège, devrait normalement soutenir la consommation et l’investissement en 2001, les entreprises s’efforçant de parer au manque de main-d’œuvre qualifiée. Dans l’ensemble, grâce à la politique monétaire qu’ils suivent, ces pays sont tout à fait en mesure de lancer une riposte rapide et énergique en cas de baisse plus importante que prévu de l’activité. En Islande, où le déficit des transactions courantes s’est profondément creusé, il faudrait que la politique budgétaire contribue à la correction des déséquilibres intérieurs et extérieurs et que, parallèlement, des mesures soient prises dans les meilleurs délais pour renforcer le système financier; la décision récente de laisser flotter le taux de change, parallèlement au ciblage de l’inflation, est opportune et aidera à promouvoir la stabilité financière à long terme.

Les retombées du ralentissement de l’activité mondiale en Asie

Dans les économies émergentes d’Asie, le taux de croissance du PIB, dopé par le rétablissement soutenu de l’activité qui a suivi la crise de 1997–98, a atteint 7,1% en l’an 2000 (tableau 1.5). Cependant, après la forte expansion du premier semestre, la croissance a sensiblement ralenti et l’on s’attend à ce qu’en 2001, elle s’établisse à 5,7% dans la région. Bien qu’anticipé, ce ralentissement après les taux élevés enregistrés précédemment s’explique aussi par une série de chocs: renchérissement du pétrole, recul de l’activité aux États-Unis, chute du NASDAQ, renversement conjoncturel à l’échelon mondial dans le secteur des technologies de l’information, incertitudes politiques et, dans un certain nombre de pays, inquiétudes devant le retard pris par la restructuration du secteur financier et des entreprises. La faiblesse de la croissance a en outre été aggravée par une forte baisse des cours des actions dans la région, un recul des investissements de portefeuille et, parfois, des pressions à la baisse sur les taux de change.

Tableau 1.5.Pays d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Pays émergents36,37,15,66,22,11,82,83,23,72,71,91,5
Nouvelles économies industrielles7,98,23,85,51,12,82,37,05,14,23,9
Corée10,98,83,55,50,82,24,33,06,02,42,31,2
Hong Kong (RAS)3,110,53,54,8–4,0–3,70,52,06,65,83,04,1
Singapour5,99,95,05,80,11,41,91,925,923,621,020,2
Taiwan, province de Chine5,46,04,15,60,21,31,41,52,93,02,42,5
ASEAN-42,85,03,44,710,23,05,74,79,27,76,14,9
Indonésie0,84,83,54,620,73,88,95,74,14,23,52,0
Malaisie5,88,54,56,02,81,52,02,415,99,76,35,6
Philippines3,33,93,34,56,64,36,15,810,012,412,111,5
Thaïlande4,24,33,04,50,31,52,13,610,27,65,94,5
Asie du Sud46,26,25,45,94,84,14,15,8–1,0–1,2–1,3–1,5
Bangladesh5,25,04,54,56,34,75,86,3–1,7–1,6–1,8–2,1
Inde6,66,45,66,14,74,03,85,9–0,6–1,0–1,2–1,3
Pakistan4,35,14,45,04,14,44,94,6–2,7–1,6–1,4–0,9
Anciennes économies à planification centrale57,18,07,07,1–1,40,41,01,51,61,20,60,2
Chine7,18,07,07,1–1,40,41,01,51,61,20,60,2
Vietnam4,25,55,06,04,1–1,74,04,24,52,1–0,3–4,2

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép. dém. pop. lao et Vietnam.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép. dém. pop. lao et Vietnam.

Les répercussions de ces chocs ont varié selon les pays. En Chine et en Inde, qui, abstraction faite du Japon, représentent les trois quarts de la production régionale, la vulnérabilité aux évolutions extérieures est modérée et l’on s’attend à ce que la croissance demeure assez soutenue. Ailleurs dans la région, ces répercussions seront nettement plus importantes, même si la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis et, dans une moindre mesure, celle des prix du pétrole ont protégé l’activité dans la plupart des économies. On s’attend également à ce que, dans un certain nombre de nouvelles économies industrielles et d’économies de l’ASEAN, l’activité subisse une dégradation sensible, dont l’ampleur dépendra de la position cyclique de ces pays, de leur vulnérabilité aux chocs extérieurs (graphique 1.8) et de caractéristiques qui leur sont propres, comme les incertitudes politiques. Sous l’effet conjugué de l’amélioration des fondamentaux macroéconomiques ces trois dernières années et de régimes de change plus flexibles, ces pays sont en général mieux à même de gérer les chocs extérieurs. Néanmoins, les répercussions du recul de la croissance mondiale resteront importantes et risquent de l’être encore plus en cas d’atterrissage brutal aux États-Unis, de ralentissement de l’activité plus marqué que prévu au Japon ou de forte dépréciation du yen.

Graphique 1.8.Pays d’Asie (échantillon): l’effet de l’affaiblissement de la demande extérieure

Nombre de nouvelles économies industrialisées et d’économies de l’ASEAN sont vulnérables à l’affaiblissement de la demande extérieure, surtout celle des biens de technologie.

Source: estimations des services du FMI.

1Biens.

2Non compris les biens intermédiaires importés entrant dans ces exportations.

En Chine, la plus grande économie de la région, l’activité, stimulée par la progression des exportations, la reprise de la consommation privée et l’augmentation des dépenses publiques, est restée robuste en l’an 2000; par ailleurs, les pressions déflationnistes diminuant, une légère inflation a été enregistrée. Étant donné la dégradation de l’environnement extérieur, on s’attend à ce que la croissance du PIB ralentisse pour s’établir à 7% en 2001, tandis que l’inflation demeurera faible. Le déficit prévu dans le budget de 2001 correspond au tour expansionniste judicieusement donné à la politique budgétaire, encore qu’un modeste programme de dépenses puisse s’imposer au milieu de l’année si les risques croissants qui pèsent sur la croissance se concrétisent. À moyen terme, la possibilité de stimuler encore l’économie sera limitée par la nécessité de s’attaquer aux lourdes obligations extrabudgétaires résultant de la restructuration des banques et des entreprises d’État et des engagements à tenir dans le domaine des retraites. Comme dans d’autres pays, la première des priorités demeure la réforme du secteur financier et de celui des entreprises. Des sociétés de recouvrement des actifs ont maintenant repris une fraction importante des créances douteuses, mais elles ont besoin de pouvoirs supplémentaires et du soutien des milieux politiques pour faire avancer la restructuration des entreprises. Étant donné les mutations structurelles en cours dans l’économie, y compris celles liées à la perspective de l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une plus grande flexibilité du taux de change sera souhaitable le moment venu. Dans la RAS de Hong Kong après une forte reprise en «V», la croissance devrait ralentir nettement pour s’établir à 3,5% en 2001, sous l’effet en partie du ralentissement des exportations de la Chine continentale, de la dégradation de la situation dans la région et de la chute des ventes au détail. On s’attend aussi à ce que l’activité fléchisse dans la province chinoise de Taiwan à cause essentiellement du renversement conjoncturel du secteur des technologies de l’information dans le monde entier et des problèmes du secteur financier.

Si l’on examine la situation des pays d’Asie du Sud, on constate qu’en Inde, la croissance est tombée à 6,4% en l’an 2000, car, pour la deuxième année consécutive, la mousson n’a pas été aussi forte que d’habitude et, en outre, la production industrielle a régressé. On s’attend à ce qu’en 2001, l’activité globale ralentisse encore pour s’établir à 5,6% environ, le rebond de la production agricole étant neutralisé par le marasme continu du secteur manufacturier et les répercussions du tremblement de terre dévastateur qui a frappé le Goudjerate. L’inflation a sensiblement augmenté en l’an 2000 et au début de 2001, mais cette augmentation semble résulter en grande partie des ajustements apportés aux prix réglementés des combustibles; par contre, les pressions sur les prix ont récemment commencé à s’atténuer. Malgré la forte dépendance de l’Inde à l’égard des importations d’hydrocarbures, l’impact de la hausse des prix mondiaux du pétrole sur le déficit des transactions courantes a été largement neutralisé grâce au dynamisme des exportations et à la mollesse des autres importations. La faiblesse de la roupie et l’érosion des réserves internationales observées en l’an 2000 se sont estompées, du fait notamment de la progression des envois de fonds par les expatriés, et la banque centrale a pu abaisser le taux d’escompte officiel en février et en mars 2001. Le principal défi que doivent relever les responsables économiques de l’Inde est toujours de maintenir, et bien évidemment d’augmenter encore, le rythme élevé de croissance enregistré durant les années 90 afin de lutter efficacement contre la pauvreté. À cet égard, des réformes structurelles majeures devront être lancées pour améliorer le climat de l’investissement privé et réduire considérablement le déficit global du secteur public qui, à 10%-11% du PIB, a absorbé la moitié de l’épargne intérieure brute en 2000/01. Le budget de l’État pour 2001/02 semble indiquer que le déficit pourrait demeurer élevé, surtout lorsque les recettes tirées des privatisations sont exclues des calculs et que le risque d’un ralentissement plus important que prévu de l’activité est pris en compte. Néanmoins, il contient certains signes — dont il y a lieu de se féliciter — qui montrent que les autorités renouvellent leur attachement à la réforme structurelle et il est encourageant de constater que le projet de loi sur la responsabilité budgétaire fait ressortir leur souci d’assainir à moyen terme les finances publiques. Au Pakistan, la dépréciation de la roupie et le resserrement de la politique monétaire au second semestre de l’an 2000 ont permis d’inverser le recul des réserves officielles, qui étaient tombées à un niveau dangereusement bas. Les récoltes dans les principales filières agricoles ont été exceptionnelles l’an dernier et la production du secteur manufacturier a commencé à se redresser, mais une grave sécheresse assombrit désormais les perspectives de croissance pour 2001–02. La résolution récente des litiges avec les producteurs indépendants d’électricité sur les tarifs à appliquer stimulera la confiance des investisseurs, mais l’amélioration durable de cette confiance, ainsi que de celle des ménages, nécessitera une accélération des réformes structurelles en vue de renforcer l’activité du secteur privé et d’améliorer les résultats budgétaires.

Dans les autres nouvelles économies industrielles et dans les économies de l’ASEAN, on s’attend à ce que la croissance diminue très fortement dans les pays où la reprise est le plus avancée et, comme prévu, les évolutions intérieures et extérieures ont aggravé la dégradation de l’activité dans un certain nombre de cas. Cela est particulièrement vrai en Corée, où les inquiétudes causées par la lenteur de la restructuration des sociétés ont affaibli la confiance et la demande intérieure et où les exportations — surtout celles de matériels informatiques — ont fortement diminué. À Singapour et en Malaisie, où la reprise est également avancée, la demande intérieure reste assez vigoureuse, nonobstant un certain fléchissement de la confiance en Malaisie imputable aux préoccupations suscitées par la restructuration des entreprises, mais le ralentissement de la demande extérieure est très inquiétant. Dans les autres pays, la reprise a été beaucoup plus lente et risque d’être plus lente encore. Aux Philippines, les récentes incertitudes politiques se sont dissipées, mais elles se sont accompagnées d’un grave dérapage budgétaire. En Thaïlande, la reprise a été entravée par la faiblesse de la confiance des ménages et des investisseurs, ainsi que par des incertitudes sur la politique économique et par la lenteur de la restructuration de la dette. En Indonésie, malgré un redressement de l’activité en l’an 2000, la situation économique et politique demeure très précaire, la dégradation du climat du marché se traduisant par des pressions à la baisse persistantes sur la roupie. La restructuration de la dette et le recouvrement des actifs demeurent indispensables pour maintenir un cadre macroéconomique sain, donnant les garanties nécessaires pour réduire au minimum les risques inhérents à la décentralisation des finances publiques en cours. Dans un certain nombre de ces pays, où l’inflation et la viabilité des finances publiques ne sont pas des sujets de préoccupation, il est possible d’abaisser légèrement les taux d’intérêt et, parfois, de ralentir le rythme de l’assainissement des finances publiques. Cependant, l’accélération de la réforme du secteur financier et des entreprises continue d’être le principal défi à relever dans la région. Bien qu’à court terme, la poursuite de la restructuration puisse avoir un impact négatif sur l’activité, il est vital de stimuler la confiance intérieure et extérieure (afin de compenser en partie cet impact), de limiter les risques financiers et d’ouvrir la voie à une reprise durable de l’investissement.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, la croissance des exportations demeure vigoureuse, soutenue par la forte demande extérieure et des taux de change très compétitifs qui n’ont cessé de se déprécier durant la majeure partie de l’an 20004. Elle a contribué puissamment à l’activité — encore que, dans ces deux pays, ses effets aient été neutralisés par le fléchissement de la demande intérieure pendant l’année —, ainsi qu’à la réduction sensible d’un déficit des transactions courantes très élevé en regard des normes internationales. Si l’activité est demeurée robuste en Nouvelle-Zélande, la demande intérieure a nettement ralenti en Australie au quatrième trimestre de l’an 2000, même si cette évolution résulte de l’impact sur l’investissement dans le logement des modifications apportées au régime fiscal cette année-là. Dans les deux pays, l’affaiblissement de l’environnement extérieur pénalisera l’activité en 2001. Les tensions sous-jacentes sur les prix s’atténuant, les deux pays ont réduit leurs taux d’intérêt et il serait possible de les abaisser encore si l’activité continue de se dégrader. Sur le front structurel, l’Australie, qui a mené à bon terme une réforme fiscale capitale et a récemment adopté des mesures visant à encourager l’innovation, se prépare à s’attaquer à une réforme de l’aide sociale (cependant, la libéralisation du marché du travail progresse plus lentement à l’heure actuelle). En Nouvelle-Zélande, bien que l’on ait constaté un certain redressement de la productivité dans les années 90, les dividendes de la croissance après quinze années de réformes n’atteignent pas le niveau qui aurait pu être anticipé. C’est certes à bon droit que le nouveau gouvernement s’intéresse en priorité au développement du capital humain, mais les autorités devraient suivre de près les effets des récentes mesures qui sont susceptibles de réduire la souplesse de fonctionnement des marchés du travail et des produits.

L’impact du ralentissement de l’activité mondiale en Amérique latine

En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux de croissance du PIB a atteint 4,1% en l’an 2000, du fait, entre autres, du dynamisme de la demande aux États-Unis, de la hausse des prix du pétrole et du redressement d’une demande intérieure qui était déprimée en 1999 (tableau 1.6). Les résultats ont été très contrastés au sein de la région, la croissance ayant été particulièrement forte au Mexique, au Chili et au Brésil grâce à une politique macroéconomique en général saine. L’activité est actuellement faible dans la région des Andes, car elle est parfois entravée par des incertitudes politiques, et l’Argentine continue de lutter pour échapper à la récession. Nonobstant l’impact positif pour de nombreux pays de la hausse des prix du pétrole, le déficit des transactions courantes ne s’est résorbé que légèrement dans la région, sous l’effet en partie du vif redressement de la demande intérieure. Si les indicateurs de vulnérabilité se sont en général améliorés, la région représente le groupe de pays en développement qui a le besoin de financement extérieur le plus élevé (graphique 1.3 et tableau 1.7).

Tableau 1.6.Pays de l’hémisphère occidental et d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Hémisphère occidental0,24,13,74,48,88,16,34,8‒3,2‒2,5‒3,3‒3,2
Amérique du Sud‒1,43,23,74,36,77,76,04,4‒3,0‒1,9‒2,9‒2,8
Argentine‒3,4‒0,52,03,8‒1,2‒0,70,60,6‒4,4‒3,4‒3,4‒3,0
Brésil0,84,24,54,54,97,05,53,7‒4,7‒4,2‒4,5‒4,4
Chili‒1,15,44,85,53,33,83,53,2‒0,1‒1,4‒1,7‒2,1
Colombie‒4,32,83,23,810,99,28,86,9‒0,10,2‒1,8‒2,7
Équateur‒7,32,33,43,052,296,240,611,96,95,3‒1,2‒2,6
Pérou1,43,62,55,03,53,83,32,4‒3,5‒3,0‒2,4‒2,4
Uruguay‒3,2‒1,02,04,05,74,84,94,4‒2,5‒2,9‒2,5‒2,1
Venezuela‒6,13,23,32,823,616,212,513,63,610,84,34,3
Amérique centrale et Caraïbes3,86,23,74,613,68,87,05,6‒3,4‒3,4‒3,9‒3,8
République Dominicaine8,07,86,56,46,57,710,94,4‒2,5‒6,3‒3,3‒3,1
Guatemala3,53,63,02,95,37,07,610,1‒5,6‒4,7‒4,4‒4,3
Mexique3,86,93,54,716,69,56,95,5‒2,9‒3,1‒3,9‒3,8

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Tableau 1.7.Économies de marché émergentes: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1993199419951996199719981999200020012002
Total
Flux nets de capitaux privés2124,5141,3189,0224,2120,353,069,832,656,5106,2
Investissements directs nets56,680,996,8120,2144,9151,0150,3143,9150,5155,8
Investissements de portefeuille nets81,7110,242,885,242,90,721,525,020,226,2
Autres flux nets de capitaux privés–13,9–49,849,518,7–67,5–98,7–101,9–136,2–114,2–75,8
Flux nets de capitaux publics54,18,231,30,956,862,110,64,85,97,4
Variation des réserves3–64,5–69,0–118,9–109,6–62,4–34,8–85,5–119,9–85,7–96,0
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–116,9–74,2–92,2–96,1–71,0–57,332,5112,948,9–3,8
Afrique
Flux nets de capitaux privés23,211,412,312,316,810,912,78,614,714,0
Investissements directs nets2,22,42,94,78,17,08,96,810,38,4
Investissements de portefeuille nets0,93,53,12,87,03,78,74,33,94,4
Autres flux nets de capitaux privés0,05,56,44,91,60,1–4,9–2,40,51,2
Flux nets de capitaux publics4,55,03,9–2,1–1,82,71,4–4,4–1,5–2,6
Variation des réserves33,2–5,4–2,0–9,1–10,61,9–3,5–14,4–13,7–11,0
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–12,3–12,3–16,9–6,3–8,0–20,5–15,51,3–3,7–5,5
Pays d’Asie en développement5
Pays en crise6
Flux nets de capitaux privés220,733,438,964,0–9,0–32,7–9,1–10,2–16,80,2
Investissements directs nets6,76,58,89,810,510,97,88,610,011,8
Investissements de portefeuille nets17,111,317,723,67,2–9,33,64,0–0,61,9
Autres flux nets de capitaux privés–3,115,512,430,5–26,7–34,3–20,5–22,7–26,1–13,6
Flux nets de capitaux publics3,30,914,9–3,914,617,8–5,62,5–0,4–3,3
Variation des réserves3–20,6–6,1–19,0–5,439,4–46,9–39,3–22,9–9,1–21,2
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–13,5–23,2–39,1–53,0–25,569,962,944,838,330,4
Autres économies de marché émergentes d’Asie
Flux nets de capitaux privés220,933,735,650,022,4–14,39,68,43,413,1
Investissements directs nets26,438,239,745,749,748,542,838,539,743,1
Investissements de portefeuille nets0,97,62,03,5–0,1–6,30,78,73,13,9
Autres flux nets de capitaux privés–6,3–12,1–6,10,8–27,1–56,4–33,9–38,8–39,4–34,0
Flux nets de capitaux publics8,22,3–3,6–7,9–7,30,43,1–5,90,91,4
Variation des réserves3–16,7–51,5–25,4–41,7–46,9–17,0–38,7–25,8–19,7–25,2
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–7,218,38,114,951,041,538,333,322,316,6
Moyen-Orient, Malte et Turquie7
Flux nets de capitaux privés225,115,111,114,619,48,13,7–16,2–10,80,2
Investissements directs nets3,35,37,48,37,37,95,09,08,610,5
Investissements de portefeuille nets6,98,13,02,71,7–11,4–4,2–2,1–2,50,6
Autres flux nets de capitaux privés14,91,70,83,510,411,62,9–23,1–16,9–10,9
Flux nets de capitaux publics5,62,33,24,72,08,55,0–5,3–3,30,4
Variation des réserves31,2–4,7–11,3–22,0–20,810,3–6,5–23,0–18,7–12,9
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–29,9–7,1–5,94,21,9–29,54,254,845,119,8
Hémisphère occidental
Flux de capitaux privés nets237,342,841,662,868,161,840,439,260,670,7
Investissements directs nets12,223,124,939,353,856,364,256,953,953,5
Investissements de portefeuille nets47,262,42,538,019,019,910,44,710,711,6
Autres flux nets de capitaux privés–22,1–42,614,2–14,4–4,7–14,5–34,2–22,3–4,15,6
Flux nets de capitaux publics30,57,817,56,116,215,47,417,19,18,4
Variation des réserves3–20,74,0–23,4–29,4–13,819,09,3–12,9–5,0–11,5
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–45,9–52,0–36,9–38,9–66,8–90,2–55,7–47,9–66,4–68,7
Pays en transition
Flux nets de capitaux privés217,44,849,620,52,519,212,52,85,48,2
Investissements directs nets6,05,313,112,415,520,521,624,228,128,4
Investissements de portefeuille nets8,717,314,614,68,04,02,25,35,53,9
Autres flux nets de capitaux privés2,7–17,821,9–6,5–20,9–5,2–11,2–26,7–28,3–24,1
Flux nets de capitaux publics2,1–10,1–4,54,033,117,3–0,80,81,03,0
Variation des réserves3–10,8–5,3–37,8–2,0–9,8–2,1–6,7–21,0–19,5–14,2
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4–8,12,2–1,5–16,8–23,7–28,4–1,726,713,53,6

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël. Les données pour la RAS de Hong Kong ne sont pas disponibles.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres investissements nets» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et des erreurs et omissions.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan. Les données pour la RAS de Hong Kong ne sont pas disponibles.

Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Israël.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël. Les données pour la RAS de Hong Kong ne sont pas disponibles.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres investissements nets» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et des erreurs et omissions.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan. Les données pour la RAS de Hong Kong ne sont pas disponibles.

Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Israël.

Pour 2001, la croissance du PIB se chiffrera à 3,7% d’après les projections, les répercussions de la dégradation de l’activité au États-Unis et le léger recul des prix du pétrole étant en partie compensés par la baisse des taux d’intérêt dans ce pays. Si la situation varie selon les pays, le ralentissement de la croissance mondiale sera surtout ressenti au Mexique (graphique 1.9, page 35) et dans un certain nombre de pays de la région des Andes et d’Amérique centrale, mais aura un impact plus modéré dans les pays comme le Brésil et l’Argentine qui sont moins ouverts et dont les relations commerciales avec les États-Unis sont moins étroites. Les besoins de financement extérieur des économies de la région étant encore élevés, les conséquences sur les marchés financiers du ralentissement de la croissance aux États-Unis sont cruciales. Bien que les conditions de financement extérieur se soient améliorées après la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis au début de 2001, ce qui a permis à un certain nombre de pays de combler une fraction substantielle des besoins de financement extérieur de leur secteur public, elles se sont dégradées à la suite de la recrudescence des difficultés économiques en Argentine. Si un atterrissage brutal aux États-Unis devait s’accompagner d’une augmentation des turbulences sur les marchés financiers et d’une aversion plus forte des investisseurs pour les risques, ou d’un recul des investissements directs étrangers (qui financent la majeure partie du déficit des transactions courantes des pays de la région), les risques augmenteraient d’autant. La viabilité de la position budgétaire demeurant l’un des principaux sujets de préoccupation dans nombre de pays, il importera de continuer de mettre en œuvre des politiques budgétaires prudentes, ainsi que des réformes structurelles, notamment du secteur financier et des entreprises et sur le plan des privatisations et des marchés du travail, afin de préserver la confiance des investisseurs internationaux, d’accroître l’investissement et de réduire les taux de chômage très élevés qui sont enregistrés dans la majeure partie de la région.

Graphique 1.9.Hémisphère occidental: vulnérabilité aux chocs extérieurs

(En pourcentage du PIB)

L’étroitesse des liens commerciaux avec les États-Unis varie considérablement. Étant donné le niveau élevé de leurs besoins de financement extérieur, la plupart des pays sont vulnérables à l’évolution des marchés internationaux de capitaux.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; estimations des services du FMI.

1Déficit des transactions extérieures, plus paiements d’amortissement.

Durant le second semestre de l’an 2000, la crise argentine a éclipsé tous les autres événements dans l’hémisphère occidental. Après avoir assez bien résisté à la crise asiatique, l’Argentine a dû faire face en 1999 et en l’an 2000 aux pressions de plus en plus intenses qu’exerçaient sur son économie la forte dégradation des termes de l’échange, le flottement du real brésilien, la vigueur du dollar (qui pénalisait les échanges avec l’Europe et le Brésil, ses deux principaux partenaires commerciaux) et le relèvement des taux d’intérêt internationaux. Comme la demande intérieure fléchissait, l’Argentine s’est enlisée dans un cercle quasi-stagnation/recul de la confiance des entreprises et des ménages/hausse des taux d’intérêt. Les marges demandées sur les emprunts des économies de marché émergentes se creusant à compter de la fin de septembre, les incertitudes politiques ont été à l’origine d’une dégradation brutale des conditions de financement du pays, car les importants besoins de financement brut du secteur public à combler à partir de 2001 préoccupaient de plus en plus les investisseurs. En outre, on observait des signes de contagion dans d’autres pays de la région.

Les autorités ont alors rapidement raffermi la politique macroéconomique; les principaux volets de leur stratégie étaient les suivants: signature d’un pacte budgétaire avec les provinces en vue de parvenir à l’équilibre budgétaire d’ici à 2005, amélioration de la souplesse de fonctionnement des marchés des produits et du travail, de façon à faciliter l’ajustement dans le cadre du régime de caisse d’émission, réduction des obstacles budgétaires à l’investissement, réforme des régimes de retraite et d’assurance maladie et mobilisation d’importants concours supplémentaires auprès des créanciers bilatéraux ou multilatéraux, dont le FMI, et du secteur privé afin d’alléger les besoins de financement public à compter de 2001. Les marchés ont bien accueilli ce programme économique renforcé et, dans un premier temps, les marges se sont fortement contractées. Cependant, elles se sont depuis lors creusées de nouveau, en raison de l’apparition de signes de difficultés budgétaires et d’une recrudescence des craintes au sujet du financement extérieur, et, pour l’instant, rien n’indique clairement un retournement de l’activité. Les initiatives lancées très récemment par les autorités pour renforcer la politique macroéconomique sont opportunes; cependant, étant donné leur marge de manœuvre limitée, il sera essentiel de maintenir la rigueur budgétaire et de veiller à ce que le programme économique soit appliqué strictement à tous les échelons d’administration.

Au Mexique, l’activité, soutenue par l’augmentation des exportations à destination des États-Unis et la croissance rapide de la consommation et de l’investissement, est demeurée très vigoureuse pendant la majeure partie de l’an 2000. Pour répondre aux pressions de la demande qui s’intensifiaient, la politique monétaire a été resserrée régulièrement durant l’année; par ailleurs, l’inflation a pu être maintenue en deçà du plafond (10%) fixé par les autorités, mais le solde extérieur courant est passé à 3,1% du PIB (malgré l’accroissement significatif des recettes pétrolières). Depuis la fin de l’an 2000, la croissance de la production industrielle a fortement ralenti, surtout dans les secteurs où les relations avec les États-Unis sont très étroites. En raison par ailleurs du léger recul des prix du pétrole, la croissance du PIB devrait revenir à 3,5% en 2001 et le solde des transactions courantes passer à 4% du PIB, rendant ainsi le pays plus vulnérable aux chocs extérieurs. Cela étant, le Mexique devrait poursuivre, et si possible renforcer, la politique budgétaire prudente prévue dans la loi de finances de 2001 présentée par la nouvelle administration. Sur le front structurel, il y a lieu de se féliciter du projet des autorités de réformer le processus budgétaire, de simplifier le système fiscal et d’aligner la comptabilité budgétaire sur les normes internationales. L’une des priorités est aussi de renforcer les fonds propres des banques (dans le prolongement des avancées significatives réalisées ces dernières années).

Au Brésil, la croissance de la production est demeurée robuste, malgré le risque de propagation de la crise argentine. La croissance du PIB a été en moyenne de 4,5% en l’an 2000 et, d’après les projections, elle devrait rester sensiblement à ce niveau en 2001, étant donné que la vigueur de la demande intérieure compensera le ralentissement des exportations. Les prix à la consommation ayant augmenté de 6%, le taux d’inflation est demeuré dans les limites de l’objectif fixé pour la deuxième année consécutive, ce qui a donné beaucoup plus de crédibilité au nouveau dispositif de ciblage de l’inflation. Cependant, le Brésil demeure vulnérable à l’environnement extérieur, étant donné le niveau élevé du déficit des transactions courantes et du besoin de financement extérieur. Le récent durcissement de la politique monétaire, qui montre que la banque centrale est foncièrement attachée au ciblage de l’inflation, était opportun compte tenu, entre autres, du fléchissement du real par rapport au dollar depuis le début de l’année. Les autorités monétaires devront continuer de réagir rapidement aux évolutions qui peuvent présenter un danger pour le ciblage de l’inflation. De même, l’intention affichée par le gouvernement de renforcer la position budgétaire en 2002–04 et de conserver l’objectif de 3% du PIB pour l’excédent primaire consolidé du secteur public aidera à contenir les effets négatifs de la hausse des taux d’intérêt sur le budget et permettra d’orienter fermement à la baisse le ratio dette publique/PIB. Étant donné les incertitudes actuelles, les autorités devraient toutefois être prêtes à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire.

Au Chili, l’activité s’est redressée en l’an 2000, grâce en particulier à une augmentation des exportations et des investissements, mais la production industrielle et les exportations ont fléchi récemment et le taux de chômage demeure obstinément élevé. L’économie est relativement ouverte et la part des exportations à destination des États-Unis et des économies émergentes d’Asie est importante, aussi l’activité devrait-elle ralentir en 2001, encore que le Chili soit moins vulnérable aux évolutions des marchés financiers extérieurs. À moyen terme, l’objectif d’un solde budgétaire structurel de 1% du PIB peut aider à éviter les politiques budgétaires procycliques dont beaucoup de pays de la région ont eu à souffrir.

Dans la région des Andes, la croissance du PIB a en général été plus forte que prévu en l’an 2000 et, nonobstant des prix du pétrole plus faibles, elle devrait s’accélérer encore dans la plupart des pays en 2001 grâce à un renforcement de la demande intérieure. Au Venezuela, l’activité a été stimulée par une augmentation considérable des dépenses publiques. Bien que les autorités aient mis de côté une fraction de la manne pétrolière, la position budgétaire demeure très vulnérable aux variations des cours, car le solde hors combustibles est fortement déficitaire. La position budgétaire reste également critique en Colombie, étant donné surtout le coût potentiel de la restructuration des banques et de la réforme des pensions. En Equateur, la dollarisation avance toujours de façon satisfaisante et la situation macroéconomique est nettement plus stable. Cependant, il est indispensable de continuer d’améliorer le système bancaire; par ailleurs, le rejet récent par le Congrès du projet de réforme fiscale des autorités compromettra le renforcement nécessaire de la politique budgétaire s’il est passé outre au veto partiel opposé par le Président qui souhaite sauver les principaux volets de la réforme.

En Amérique centrale, la croissance du PIB a ralenti dans la plupart des pays en l’an 2000, car le coût des importations de pétrole a augmenté et les cours mondiaux du café sont restés déprimés; cependant, l’activité est restée robuste au Honduras et au Nicaragua à mesure que l’économie de ces pays se relevait des dégâts causés par l’ouragan Mitch. La croissance risque d’être plus lente que prévu, car la région est très sensible aux évolutions aux États-Unis, mais ce ralentissement sera peut-être neutralisé par l’élargissement de l’accès aux marchés de ce pays que prévoit l’Initiative concernant le bassin des Caraïbes d’octobre 2000 (à laquelle sont parties le Guatemala, le Honduras et le Salvador) et par un allégement de la dette du Nicaragua et du Honduras dans le cadre de l’initiative renforcée en faveur des PPTE. Il est nécessaire que les pays de la région continuent de renforcer leur politique budgétaire, et notamment la mobilisation des recettes fiscales dont le niveau tend à être faible par rapport au PIB. Le 1er janvier 2001, le Salvador a décidé que le dollar y aurait désormais cours légal en vue de s’intégrer davantage à l’économie mondiale. Mis à part le Panama, les autres pays de la région n’ont pas l’intention de dollariser leur économie.

En Afrique, une croissance plus forte et durable est-elle possible?

En Afrique, après une vingtaine d’années de stagnation économique, la croissance du PIB s’est nettement redressée pendant la seconde moitié des années 90, les pays ayant réaffirmé leur attachement à de saines politiques économiques, ainsi qu’à une économie plus ouverte et mieux gérée. Parallèlement, les résultats macroéconomiques se sont améliorés, l’inflation a beaucoup reculé et les déficits budgétaires et des transactions courantes ont diminué, même s’ils demeurent en général substantiels étant donné le niveau d’endettement encore élevé de l’Afrique (voir tableau 1.8)5. Cependant, notamment en Afrique subsaharienne, cette amélioration a nettement ralenti à la fin de la décennie (graphique 1.10). En grande partie, cette évolution peut s’expliquer par la multiplication des conflits et des guerres civiles et, dans une moindre mesure, par une dégradation des termes de l’échange imputable à la faiblesse des prix des produits primaires et au récent renchérissement du pétrole. Dans les pays qui ont continué d’appliquer de saines politiques économiques et sont restés politiquement stables (voir graphique 1.10), le taux de croissance est demeuré assez élevé, malgré les chocs importants qu’ont subis les prix des produits primaires dans certains d’entre eux.

Tableau 1.8.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Afrique2,33,04,24,411,513,59,65,7‒3,60,3‒0,8‒1,2
Maghreb2,52,65,23,72,01,43,43,4‒0,67,55,83,6
Algérie3,23,03,13,12,60,34,04,50,017,313,89,4
Maroc‒0,70,87,83,30,72,02,82,3‒0,5‒1,7‒1,4‒1,0
Tunisie6,25,06,26,12,73,02,92,7‒2,1‒3,7‒3,0‒2,7
Sahara occidental32,43,04,05,019,123,314,57,3‒7,5‒3,3‒5,3‒4,4
Cameroun4,44,25,45,72,90,82,02,0‒4,1‒1,7‒2,7‒2,4
Côte d’ivoire1,6‒2,00,33,60,72,52,02,0‒4,2‒4,6‒4,3‒3,7
Ghana4,43,75,05,512,425,030,017,8‒9,9‒6,6‒3,6‒2,7
Kenya2,0‒0,42,12,83,56,25,04,5‒2,4‒2,9‒9,3‒5,1
Nigèria1,12,81,72,56,66,912,57,8‒9,54,9‒2,1‒0,9
Ouganda7,64,65,07,2‒0,26,35,05,0‒7,2‒8,1‒8,4‒10,3
Tanzanie4,85,15,45,76,36,25,04,2‒3,9‒2,4‒3,5‒3,3
Afrique du Sud1,93,23,83,85,25,45,24,5‒0,4‒0,10,2‒0,3
Pour mémoire
Pays importateurs
Pays exportateurs de pétrole2,33,04,74,711,013,48,75,1‒3,0‒3,0‒3,0‒2,9
Pays exportateurs de pétrole2,03,02,83,213,213,712,87,9‒5,89,65,64,4

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB

Non compris l’Afrique du Sud.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB

Non compris l’Afrique du Sud.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne: les raisons du ralentissement de la phase récente d’expansion1

(Croissance du PIB réel par habitant, en pourcentage)

Après une forte remontée en 1995-96. la croissance du PIB par habitant a nettement ralenti en raison surtout des guerres, des troubles civils et des chocs de produits primaires. Elle est toutefois restée forte dans les pays menant de vigoureuses politiques.

1 Non compris l’Afrique du Sud.

2 Pays dont les politiques macroéconomiques et structurelles sont en général vigoureuses (Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, Mali, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Tanzanie, Sénégal et Seychelles); ces pays représentent 24% du PIB de l’Afrique subsaharienne.

3 Pays en guerre ou ayant connu d’importants troubles civils en 1998–2000 (Angola, Burundi, Comores, COte d’ivoire, Éthiopie, Guinée-Bissau, Lesotho, République démocratique du Congo, République du Congo et Sierra Leone); ces pays représentent 20% du PIB de l’Afrique subsaharienne.

4 Pays dont les prix des produits primaires ont souffert de chocs supérieurs à 10% en l’an 2000 si l’on se réfère à la moyenne de 1995–97 (Bénin, Burundi, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Madagascar, Mali, Maurice, Ouganda, République Centrafricaine, Rwanda, Sâo Tomé-et-Principe, Tanzanie, Tchad, Togo et Zambie); ces pays représentent 33% du PIB de l’Afrique subsaharienne.

D’après les projections, la croissance du PIB en Afrique passera à 4,2% en 2001 et à un taux légèrement supérieur en 2002, l’activité se redressant plus rapidement dans les pays qui ont le plus souffert des chocs intérieurs ou extérieurs. Cette reprise dépendra cependant de l’application de bonnes politiques macroéconomiques et structurelles, ainsi que de l’amélioration significative de la sécurité dans de nombreux pays6. Les récents progrès demeurent fragiles (l’expérience du Zimbabwe montre avec quelle rapidité les acquis macroéconomiques peuvent être perdus); en outre, tout ralentissement plus grave que prévu de l’activité mondiale résultant, en particulier, d’une baisse des prix des produits primaires aurait des répercussions en Afrique. Néanmoins, grâce à la récente amélioration des politiques économiques, soutenue par l’allégement de dette obtenu dans le cadre de l’initiative renforcée en faveur des PPTE et de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (encadré 1.4), les conditions sont désormais plus propices à une expansion durable. Il s’agit là d’un premier pas important, mais les pays africains restent confrontés à des problèmes de développement considérables. Pour porter la croissance à des niveaux permettant de réduire sensiblement la pauvreté, les pays devraient appliquer des politiques vigoureuses dans un contexte de paix et de stabilité politique normale, avec une aide supplémentaire de la communauté internationale et davantage de débouchés commerciaux dans les pays industrialisés.

En Afrique du Sud, l’activité se remet bien d’une série de chocs (renchérissement du pétrole, intempéries et propagation de la crise du Zimbabwe, notamment) et la croissance du PIB, qui est estimée à 3,2% en l’an 2000, devrait passer à 3,8% en 2001. Cependant, la demande globale ralentissant et la confiance des ménages et des entreprises demeurant très faible, ces perspectives risquent d’être trop optimistes. En outre, bien que le déficit des transactions courantes soit modeste, des sorties de capitaux persistantes, liées en partie à la crise du Zimbabwe, ont contribué à un affaiblissement régulier du rand. Le taux d’inflation n’ayant pas dépassé 8%, la banque centrale semble en mesure de le ramener entre 3% et 6% en 2002 ainsi qu’elle le prévoit et, comme les tensions directes sur les prix s’atténuent, il sera éventuellement possible d’abaisser les taux d’intérêt ultérieurement dans l’année, une fois qu’il sera manifeste que les effets secondaires de la faiblesse du rand et du renchérissement du pétrole sont en train de se dissiper. Afin de s’attaquer au chômage élevé, à la pauvreté et aux très grandes inégalités de revenu, le défi à relever à moyen terme est de porter la croissance à plus de 6% en accélérant les réformes structurelles, notamment dans les domaines du marché du travail et des privatisations.

Dans les autres pays d’Afrique, l’évolution de la situation continue de dépendre essentiellement des prix des produits primaires. Dans les pays exportateurs de pétrole situés au nord ou à l’ouest du continent, les termes de l’échange se sont beaucoup améliorés, de sorte que les soldes budgétaire et extérieur se sont nettement renforcés. Toutefois, le PIB n’a en général enregistré qu’un taux de croissance modeste, à cause des faiblesses structurelles des secteurs non pétroliers et, dans le cas de certains pays, des guerres et des incertitudes politiques. Au Nigèria, le gouvernement qui a pris ses fonctions en mai 1999 (après la tenue d’élections libres) a, dans un premier temps, adopté des mesures importantes pour corriger les déséquilibres macroéconomiques et s’attaquer à la corruption. Cependant, les signes d’une reprise économique durable demeurent peu visibles: les dépenses de l’État fédéral ont fortement progressé en raison surtout des augmentations de salaires; par ailleurs, la croissance de la monnaie centrale s’est accélérée, provoquant une hausse de l’inflation et des tensions sur le naira, et les réformes structurelles ont pris du retard. Si le solde des transactions courantes a bénéficié temporairement de la hausse des prix du pétrole, la position extérieure à moyen terme demeure difficile. Pour rétablir la stabilité macroéconomique, il est indispensable que les autorités se plient à une discipline financière stricte, en limitant les dépenses de l’État fédéral, et soutiennent cette discipline par des réformes d’inspiration libérale, surtout dans les domaines de la conduite de la politique monétaire et de la politique de change, des privatisations, du commerce extérieur et de la gouvernance, ainsi que par un allégement supplémentaire de la dette. En Algérie, où le taux de chômage est estimé à 30%, le principal défi à relever est de parvenir à une croissance plus forte et durable sans compromettre les progrès difficilement réalisés ces dernières années dans la voie de la stabilisation macroéconomique. Si l’excédent budgétaire demeure très élevé, les fortes hausses du salaire minimum et des traitements dans la fonction publique accordées récemment risquent d’accroître la vulnérabilité aux fluctuations des prix du pétrole, ainsi que d’amplifier les déséquilibres sur le marché du travail. Il importera aussi d’accélérer l’exécution des réformes structurelles, en particulier dans le secteur bancaire et dans le domaine des privatisations.

Encadré 1.4.L’initiative PPTE renforcée et l’Afrique

Afin de remédier à l’endettement insoutenable des pays pauvres, principalement en Afrique, le FMI et la Banque mondiale ont lancé en 1996 l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). À l’automne 1999, dans le contexte du resserrement des liens entre l’allégement de la dette et la réduction de la pauvreté, l’initiative a été renforcée: l’allégement est plus rapide, plus important et accordé à de plus nombreux pays, et il s’appuie sur des stratégies nationales conçues avec la participation de la société civile et destinées à aider ces pays à atteindre les objectifs internationaux de développement (OID) relatifs à la réduction de la pauvreté et à d’autres grands indicateurs sociaux1. Les principaux objectifs sont les suivants: abaisser la proportion de personnes vivant dans la pauvreté extrême d’au moins 50% d’ici à 2015 (par rapport au niveau de 1990); porter le taux de scolarisation primaire à 100% dans tous les pays d’ici à 2015; éliminer les disparités hommes-femmes dans les enseignements primaire et secondaire d’ici à 2005; et réduire la mortalité infantile des deux tiers et la mortalité maternelle des trois quarts d’ici à 2015 (par rapport à 1990).

En Afrique, le renforcement de l’initiative PPTE s’est traduit par une progression du nombre des pays pouvant bénéficier de l’allégement de la dette, qui sont à présent trente-trois2. À ce jour, dix-huit pays d’Afrique sont déjà parvenus au point de décision — on a établi qu’ils remplissaient les conditions exigées pour commencer à obtenir un allégement au titre de l’initiative; en conséquence, leur service de la dette sera réduit au total de 25 milliards de dollars en valeur nominale (et de 15 milliards de dollars en valeur actualisée nette — VAN). En moyenne, l’allégement accordé au titre de l’initiative combiné aux dispositifs actuels de rééchelonnement abaissera leur service de la dette des deux tiers (voir graphique), soit l’équivalent de 1% à 2½% du PIB par an. L’allégement de la dette permet d’accroître sensiblement les dépenses au profit des pauvres, en particulier dans l’éducation et la santé — deux secteurs qui représentent aujourd’hui en Afrique subsaharienne un total de crédits publics équivalant à environ 6% du PIB (au lieu de 6½% en moyenne pour tous les pays ayant conclu des programmes soutenus par le FMI).

Initiative PPTE renforcée: comparaison de la réduction de la dette et de l’allégement de son service dans 22 pays arrivés au point de décision, décembre 2000

1 En valeur actualisée nette.

Tous les pays d’Afrique qui sont parvenus au point de décision augmentent sensiblement les crédits budgétaires en faveur des programmes, notamment sociaux, et plusieurs les ont accrus d’un montant supérieur à celui de l’allégement apporté par l’initiative grâce à une redistribution de ressources au détriment d’affectations moins prioritaires. Mais il importe tout autant, sinon plus, de veiller à ce que ces crédits soient dépensés de manière efficiente et qu’ils arrivent jusqu’aux pauvres. Ce résultat suppose que de gros efforts soient consentis pour renforcer le processus budgétaire, notamment par l’adoption ou l’amélioration des cadres de dépenses à moyen terme (comme l’ont fait le Malawi, l’Ouganda et la Zambie). Il exige aussi que l’on suive systématiquement les dépenses publiques jusqu’à leurs destinataires — les programmes et leurs bénéficiaires (ainsi, des études spéciales sont entreprises au Cameroun, en Gambie et à Madagascar avec le soutien de donateurs). D’une manière plus générale, il faut faire en sorte que ceux qui utilisent des fonds publics (y compris au titre de l’initiative) rendent davantage de comptes, et pour cela mettre en place ou renforcer le service central de la comptabilité publique (ce qui a été le cas en Gambie, au Niger, au Rwanda et à Sâo Tomé-et-Prïncipe) ou adopter ou renforcer les systèmes de gestion financière (comme en Zambie et au Malawi).

L’une des dispositions essentielles de l’initiative prévoit que chaque pays prépare un premier document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP intérimaire), puis un DSRP définitif, par voie de consultation. Les deux documents mettent l’accent sur les mesures suivantes:

  • Maintenir la stabilité macroéconomique et obtenir la croissance équitable sans lesquelles la pauvreté ne pourra être réduite durablement.
  • Préciser davantage les objectifs quantifiables de réduction de la pauvreté et les indicateurs sociaux et budgétiser le coût qu’entraîne leur réalisation.
  • Accroître le niveau et l’efficience des dépenses en faveur des pauvres. L’allégement au titre de l’initiative PPTE permet aux pays de maintenir la tendance à la hausse que ces dépenses ont présentée ces dernières années, tout en préservant les grands équilibres budgétaires d’une manière compatible avec une dette soutenable.
  • Faire mieux ressortir dans le budget les dépenses en faveur des pauvres et en améliorer le suivi, ce qui implique généralement l’adoption d’une nouvelle nomenclature budgétaire, la création de cadres de dépenses à moyen terme, l’examen périodique des dépenses publiques, la décentralisation des prestations de services sociaux aux administrations locales et l’identification périodique des bénéficiaires ultimes des mesures.

L’importance particulière accordée à la réduction de la pauvreté et la volonté de veiller au bon emploi de l’allégement de la dette se matérialisent aussi par le «seuil de déclenchement» qui détermine l’arrivée au «point d’achèvement» — le moment où l’allégement de la dette au titre de l’initiative est accordé irrévocablement et intégralement au pays. Dans le cas des PPTE africains, le seuil a comporté généralement les éléments suivants3:

  • Gouvernance. Progrès quantifiables en ce qui concerne la gestion des dépenses publiques, le respect de l’obligation de rendre des comptes, les garde-fous contre la corruption et le suivi des dépenses pour s’assurer qu’elles arrivent jusqu’aux bénéficiaires.
  • Enseignement. Progrès quantifiables en matière de niveau et d’efficience des dépenses publiques; nombre d’enseignants et de classes; incitations accrues à enseigner en zone rurale; taux de scolarisation.
  • Santé. Progrès quantifiables en matière de niveau et d’efficience des dépenses publiques; nombre de personnes employées dans le secteur de la santé et de centres de santé équipés; approvisionnement en médicaments; taux de vaccination, mortalité et taux de morbidité.
  • Autres réformes indispensables à la réduction de la pauvreté, telles que l’application de plans d’actions contre le SIDA; entretien des chemins vicinaux; amélioration des institutions microfinancières; et privatisation d’entreprises clés.

Dans la période à venir, le problème essentiel pour les pays parvenus au point de décision sera de s’assurer que les stratégies de réduction de la pauvreté sont appliquées intégralement. Ils devront aussi améliorer leur système de dépenses afin de garantir que les ressources disponibles (y compris au titre de l’initiative) sont utilisées de manière efficiente et arrivent jusqu’aux pauvres. Il sera indispensable que leurs partenaires extérieurs soutiennent le processus des DSRP et la gestion des dépenses. Cependant, s’agissant des douze pays d’Afrique admissibles à l’initiative mais qui ne remplissent pas encore les conditions requises pour bénéficier d’un allégement, de nombreux obstacles restent à surmonter. Neuf d’entre eux souffrent de conflits armés ou de leurs séquelles, beaucoup enregistrent de mauvais résultats économiques dus à la gestion défectueuse des affaires publiques et plusieurs ont accumulé des arriérés élevés et persistants, notamment envers la Banque mondiale, le FMI et la Banque africaine de développement. Par son concours technique et ses conseils de politique économique, fournis souvent dans le cadre de programmes suivis par ses services, le FMI les aide autant que se peut à s’assurer du minimum d’antécédents nécessaires en matière de bonnes politiques économiques et à retrouver l’accès aux ressources financières des institutions multilatérales et des donneurs bilatéraux. Cependant, pour tous les PPTE, l’allégement de la dette ne suffit pas à lui seul. Comme on l’a souligné au chapitre I, il doit impérativement s’y ajouter une aide étrangère complémentaire et, surtout, un meilleur accès des exportations de ces pays aux marchés des économies avancées, afin de garantir que les pays les plus pauvres pourront commencer à bénéficier plus équitablement de la prospérité mondiale.

1 Pour une description détaillée de l’initiative PPTE renforcée, voir «Les conditions du rattrapage dans les pays les plus pauvres», chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale de mai 2000). Voir aussi le site http://www.imf.org/external/np/HIPC.2 Parmi ces pays, dix-huit (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda, Sâo Tomé-et-Principe, Sénégal, Tanzanie et Zambie) peuvent commencer à bénéficier d’un allégement, douze (Burundi, Côte d’lvoire, Ethiopie, Libéria, République Centrafricaine. République du Congo, République démocratique du Congo, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tchad et Togo) ne remplissent pas encore les conditions requises et il est prévu que l’Angola et le Kenya ne demanderont pas à en bénéficier. Le Ghana a décidé en 1999 de ne pas chercher à obtenir un allégement au titre de l’initiative.3 Pour atteindre leur point d’achèvement, les pays doivent avoir maintenu la stabilité macroéconomique, ce dont témoignerait la mise en œuvre effective du programme au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance et la préparation, puis l’application satisfaisante pendant une année, d’un DSRP définitif.

Dans la plupart des autres pays d’Afrique, les termes de l’échange se sont fortement dégradés ces dernières années. Cette dégradation a été neutralisée essentiellement par le recul de la croissance et de la demande intérieure, mais aussi, en partie, par l’augmentation des exportations en volume (à destination en particulier des pays de l’est, du sud et de la corne de l’Afrique). En 2001–02, les prix des produits primaires hors combustibles continueront d’être faibles selon les projections, encore que la baisse des prix du pétrole aura un certain effet compensatoire. Si elle est en général plus stable, la situation macroéconomique demeure préoccupante dans plusieurs pays, en particulier au sud et à l’est du continent. Dans un certain nombre de ces pays, l’Angola, la République démocratique du Congo et le Zimbabwe notamment, les conflits ou les troubles politiques intérieurs ont concouru à affaiblir sensiblement la politique macroéconomique et, surtout dans le cas du Zimbabwe, ont eu des effets négatifs sur les pays voisins.

Pour l’ensemble de la région, le principal enjeu est toujours d’améliorer le climat de l’investissement privé, qui demeure très faible par comparaison avec d’autres régions en développement. Les priorités sont de renforcer la qualité des services publics, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la réduction de la pauvreté, en utilisant à cet effet les ressources dégagées par les allégements de dette et une meilleure administration de l’impôt, d’améliorer l’infrastructure (y compris par des privatisations) et de poursuivre l’ouverture sur le monde extérieur. Il est en outre essentiel de renforcer la gouvernance, comme le font actuellement le Kenya et le Mozambique—le déficit dans ce domaine demeurant un problème généralisé —, notamment par une plus grande transparence de la gestion des moyens du secteur public; il faut aussi mettre en place une fonction publique et un cadre juridique solides et efficaces dans les pays (des avancées à cet égard sont observées au Cameroun et en Zambie) et s’attaquer à la corruption (des mesures importantes ont été prises en ce sens par I’Ouganda, le Sénégal et la Tanzanie).

Dans de nombreux pays, le SIDA est devenu une menace majeure pour un développement durable, car, dans les pays situés dans la partie méridionale de l’Afrique, 20% à 36% des adultes sont maintenant séropositifs. Puisqu’il n’est pas possible en général d’avoir recours aux multithérapies à cause du coût élevé des médicaments antirétroviraux et du niveau médiocre des infrastructures médicales (dans les zones rurales en particulier), le nombre des décès chez les adultes augmentera sensiblement au cours des dix prochaines années, ce qui aura des conséquences socio-économiques graves7. De nombreux pays ont multiplié les mesures de prévention, qui sont relativement peu coûteuses et se sont parfois révélées très efficaces (en Ouganda et au Sénégal, notamment), mais seuls quelques-uns, dont l’Afrique du Sud depuis peu, offrent gratuitement des traitements médicamenteux aux femmes enceintes afin de freiner la transmission du virus aux enfants à naître. Les ressources budgétaires sont en général très limitées, mais il faut redoubler d’efforts pour réduire les dépenses non productives et financer ainsi des dépenses de santé supplémentaires. Étant donné la dimension du problème, une aide extérieure considérable sera également indispensable.

Comment gérer l’instabilité des termes de l’échange au Moyen-Orient?

Au Moyen-Orient, les fluctuations des prix du pétrole ont continué de jouer un rôle prédominant dans les évolutions économiques, de sorte que les termes de l’échange ont été très instables: après s’être dégradés de 20% en 1998, ils se sont améliorés de quelque 50% en 1999-2000, grâce au rebond des prix du pétrole. De nombreux pays ont surtout utilisé le surcroît de recettes pétrolières, qu’ils avaient pour l’essentiel mises de côté, pour corriger sensiblement leurs déséquilibres budgétaire et extérieur (graphique 1.11 et tableau 1.9). En l’an 2000, le renforcement des termes de l’échange et le relèvement à plusieurs reprises des contingents de production des pays de l’OPEP ont également stimulé l’activité, la croissance du PIB augmentant de 2,1 points pour s’établir à 4,8%, soit le taux le plus élevé depuis le début des années 90.

Graphique 1.11.Moyen-Orient: la réaction à la forte instabilité des prix du pétrole1

(En pourcentage du PIB)

Dans la plupart des pays, le produit des récentes augmentations exceptionnelles des prix du pétrole a été utilisé avec prudence et le fléchissement prévu pour 2001–02 sera supportable.

1 Les données relatives à 2001 et 2002 sont des projections des services du FMI

2Arabie Saoudite, Libye et République islamique d’Iran.

3Bahreïn, Émirats arabes unis. Koweït. Oman et Qatar

Tableau 1.9.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Moyen-Orient32,74,84,84,512,011,29,88,91,411,07,83,8
Pays exportateurs de pétrole42,15,05,04,415,714,612,411,03,015,211,56,5
Arabie Saoudite‒1,04,14,83,0‒1,2‒0,60,8‒1,28,67,31,3
Iran, Rép. islamique d’2,53,64,04,520,418,515,513,04,714,87,23,0
Koweït‒2,43,61,92,01,81,52,52,516,729,725,922,0
Levant54,14,24,14,92,02,22,63,1‒3,6‒3,0‒4,3‒4,9
Égypte6,05,14,55,33,82,82,83,0‒2,0‒1,2‒1,8‒2,2
Jordanie3,14,03,04,50,60,71,82,35,01,6‒2,2‒1,7

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Région Moyen-Orient, Malte et Turquie selon la classification des Perspectives de l’économie mondiale, à l’exclusion en l’occurrence de Malte et de la Turquie.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Rép. islamique d’, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Région Moyen-Orient, Malte et Turquie selon la classification des Perspectives de l’économie mondiale, à l’exclusion en l’occurrence de Malte et de la Turquie.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Rép. islamique d’, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

S’ils ont légèrement diminué par rapport aux sommets atteints à la fin de l’an 2000, les prix du pétrole devraient rester rétrospectivement assez élevés en 2001. Puisque en outre, la manne pétrolière a en général été employée avec prudence, cette faible baisse devrait être maîtrisable. Dans ces conditions, la croissance restera assez robuste, d’après les projections, en 2001 et 2002 et, le plus souvent, les positions budgétaires et extérieures permettront d’absorber la majeure partie de la baisse. Toutefois, les prix du pétrole continuant d’être instables et la production ayant été récemment limitée, il se peut que ces perspectives soient trop optimistes. En conséquence, l’application d’une politique budgétaire prudente demeure souhaitable, surtout dans les pays comme l’Arabie Saoudite qui ont besoin de réduire leur endettement public.

De façon plus générale, la récente instabilité des prix du pétrole fait de nouveau ressortir la nécessité de procéder à des réformes en vue de promouvoir la croissance et la diversification économiques. Les pays membres du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) devraient continuer d’encourager le développement du secteur privé non pétrolier, notamment en éliminant les obstacles à l’investissement direct étranger, en renforçant le marché du travail et en accélérant les privatisations. Dans d’autres pays, où un secteur public omniprésent et des contrôles généralisés limitent la croissance et l’emploi, les problèmes sont encore plus complexes. L’Iran met en place actuellement un programme de réformes qui rompt manifestement avec le passé, et qu’il convient de saluer même s’il aurait pu être plus audacieux sur certains points comme la libéralisation des prix et des échanges, les privatisations et l’instauration d’un dispositif de protection sociale.

En ce qui concerne les autres pays de la région, la croissance du PIB du Levant (Egypte, bande de Gaza, Jordanie, Liban et Syrie) est passée à 4,2%, alors que l’inflation continue d’être bien maîtrisée, h’Egypte est le pays de la région où la croissance, stimulée par la vaste réforme économique du milieu des années 90, a été la plus forte. À partir de la fin de 1997 toutefois, sous l’effet conjugué de chocs extérieurs, dont l’appréciation du dollar, de l’application de politiques budgétaire et monétaire relativement expansionnistes et d’un ralentissement des réformes structurelles, la position extérieure s’est dégradée et les réserves internationales ont diminué. Après avoir laissé la monnaie se déprécier de 12% en l’an 2000, les autorités ont décidé qu’à compter de février 2001, elle pouvait fluctuer par rapport au dollar à l’intérieur d’une bande ajustable (de +/-1%); il conviendrait d’appliquer ce nouveau régime avec toute la flexibilité voulue. Le crédit au secteur privé a diminué sensiblement, de sorte que, compte tenu de la dépréciation de la livre, la balance des paiements se renforce nettement. En outre, un léger durcissement de la politique budgétaire serait souhaitable. Après ce qui semble avoir été un ralentissement temporaire de la croissance au début de l’an 2000, quelques signes modestes de redressement sont apparus, encore que ce redressement dépendra pour beaucoup des évolutions dans la région et de la vitesse à laquelle la confiance des investisseurs se renforcera. En Egypte et dans les autres pays du Levant, qui ne profitent pas encore pleinement des bienfaits de la mondialisation, la poursuite de la réforme du régime de commerce extérieur et de celui de l’investissement demeure une priorité. Dans le domaine du commerce extérieur, les récentes initiatives régionales, y compris la négociation d’accords d’association avec l’Union européenne (jusqu’à présent, la Jordanie et l’Egypte ont conclu de tels accords), sont encourageantes et pourraient, parallèlement à l’entrée à l’OMC, donner de façon plus générale aux réformes des points d’appui extérieurs. Au Liban, les ratios très élevés du déficit budgétaire et de la dette publique restent un grave sujet de préoccupation.

En Israël, l’activité, tirée par le dynamisme des exportations du secteur des nouvelles technologies, s’est vigoureusement redressée en l’an 2000. Cependant, la dégradation de la sécurité et les incertitudes politiques qui ont précédé les récentes élections ont été en partie à l’origine d’une forte baisse de la croissance du PIB au quatrième trimestre de l’an 2000, et l’on s’attend par ailleurs à ce que l’activité diminue fortement en 2001. La demande intérieure fléchit à l’heure actuelle et le nombre des réservations faites par les touristes a chuté; en outre, la croissance des exportations ralentit en raison du recul de la demande extérieure et du renversement conjoncturel observé à l’échelon mondial dans le secteur du matériel informatique. L’inflation étant inférieure à l’objectif de 3%-4% qui avait été retenu, la Banque d’Israël peut continuer de réduire avec prudence les taux d’intérêt tout en suivant les répercussions éventuelles de ces baisses sur les marchés des changes. Il demeure important pour Israël de poursuivre l’assainissement des finances publiques étant donné le niveau d’endettement public très élevé du pays.

Rééquilibrer la politique macroéconomique dans les économies de marché émergentes d’Europe

En l’an 2000, les économies de marché émergentes d’Europe ont connu une forte croissance, mais, dans nombre de pays, l’inflation et le déficit extérieur courant sont demeurés à des niveaux élevés en raison de la vigueur de la demande intérieure et de la hausse des prix du pétrole (tableau 1.10). Les déficits courants ont été en grande partie financés par l’investissement direct étranger qui a lui-même été encouragé par la perspective de l’adhésion de plusieurs de ces pays à l’Union européenne (voir l’encadré 1.5 et le chapitre III de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale). À la fin de l’an 2000, la Commission européenne a présenté un calendrier précis d’adhésion, qui doit permettre de conclure avant le milieu de 2002 les négociations sur tous les chapitres de l’acquis communautaire8, et les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se sont entendus sur les réformes internes requises en vue de l’admission de nouveaux membres au cours des prochaines années. La Turquie a dû affronter à la fin de l’an 2000 et au début de 2001 une double crise financière et monétaire dont la propagation à d’autres pays semble cependant avoir été assez limitée jusqu’à présent.

Tableau 1.10.Pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Pays candidats
à l’adhésion
à l’Union européenne‒0,14,81,94,525,324,420,512,7‒4,1‒5,1‒2,9‒2,7
Turquie‒4,77,2‒2,64,964,954,948,428,4‒0,7‒4,80,40,1
Turquie exclue1,93,83,94,311,213,19,96,4‒5,8‒5,2‒5,0‒4,8
Bulgarie2,45,05,05,02,610,48,53,2‒5,5‒5,5‒4,4‒3,9
Chypre4,55,04,54,01,84,12,72,7‒4,5‒8,0‒5,3‒4,6
Estonie‒1,16,45,55,53,34,05,02,8‒5,8‒6,7‒7,2‒6,7
Hongrie4,55,34,94,710,09,88,56,4‒4,3‒3,5‒5,1‒5,1
Lettonie1,15,56,06,02,42,72,13,0‒9,7‒7,2‒6,6‒5,5
Lituanie‒4,22,73,23,80,81,01,32,6‒11,2‒6,9‒6,7‒6,3
Malte3,53,24,33,32,52,52,52,5‒3,7‒3,9‒3,7‒3,1
Pologne4,14,14,04,57,310,17,05,0‒7,5‒6,1‒5,4‒5,0
République slovaque1,92,23,14,410,712,06,96,0‒5,7‒3,6‒4,8‒4,9
République tchèque‒0,83,13,03,52,13,94,24,4‒3,0‒4,8‒4,7‒4,3
Roumanie‒3,22,03,04,045,845,734,216,4‒3,8‒3,7‒4,4‒4,8
Slovénie5,24,94,54,06,28,97,05,0‒3,9‒3,2‒2,7‒2,4

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Encadré 1.5.Le niveau élevé des déficits courants dans les pays en transition candidats à l’Union européenne

La plupart des pays en transition d’Europe centrale et orientale ont accusé ces dernières années des déficits des transactions courantes dont l’ampleur n’est pas sans rappeler les crises de balance des paiements connues dans la région et ailleurs (voir graphique)1. Si, dans la plupart des pays, ces déficits ont très récemment diminué sous l’effet d’un ajustement de la politique économique, du ralentissement de l’activité intérieure et de l’excellente performance des exportations, ils demeurent, à quelques exceptions près, assez élevés, le déficit médian s’établissant juste en deçà de 5% du PIB en l’an 2000. Les causes et le financement de ces déficits, ainsi que les mesures visant à atténuer les vulnérabilités de ces pays, sont examinés dans le présent encadré.

Échantillon de pays en transition1

(En pourcentage du PIB)

1 Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République slovaque, République tchèque, Roumanie et Slovénie (moyenne pondérée par le PIB)

La vulnérabilité des pays d’Europe centrale et orientale à une crise caractérisée de balance des paiements est peut-être limitée, comme en témoigne en fait leur capacité de résistance à la crise russe, étant donné que leur financement extérieur se compose surtout d’investissements directs étrangers et qu’ils appliquent souvent un régime de taux de change fixe ou de flottement assez libre. Cependant, les investissements directs étrangers étant en partie liés à la perspective d’une adhésion rapide à l’UE, toute modification de cette perspective risque d’influer sur le financement des déficits des transactions courantes. Au cours des années à venir, ces pays devront continuer de renforcer leur système financier et, dans la plupart des cas, leur position budgétaire. Il leur faudra aussi être sensibilisés au risque que les financements deviennent plus liquides et, donc, s’inversent plus facilement.

Quelques faits

À l’exception de la Slovénie et de la Bulgarie, le ratio déficit des transactions courantes/PIB a, dans les huit autres pays ayant demandé d’adhérer à l’UE, culminé à plus de 7% entre le milieu et la fin des années 90. Dans l’ensemble, ce chiffre traduit une progression des investissements par rapport au PIB et, dans une moindre mesure, de la consommation (voir graphique). Des déficits des administrations publiques élevés, surtout en Lituanie, en Roumanie et en Slovaquie, ont aussi contribué à ces importants déficits des transactions courantes.

Les déficits des transactions courantes des pays d’Europe centrale et orientale ont en général été financés assez facilement, pour l’essentiel au moyen de ressources privées. Au cours de la période 1995-99, le niveau médian des apports de capitaux privés nets était sensiblement plus élevé dans les dix pays candidats à l’adhésion que dans les autres pays émergents ou en transition (6½%, contre quelque 3% du PIB). Par ailleurs, l’investissement direct étranger, dont une grande partie était liée aux privatisations, a représenté une fraction importante (la moitié environ) des entrées de capitaux dans les pays d’Europe centrale et orientale, qui, là aussi, était plus élevée que dans les autres pays en transition ou à marché émergent.

Causes du niveau élevé des entrées de capitaux

Le rôle des politiques économiques: à quelques exceptions près, les pays d’Europe centrale et orientale ont su parfaitement venir à bout des bouleversements entraînés par la transition: en moins de dix ans, ils sont parvenus à établir une situation macroéconomique stable tout en devenant attrayants pour les investisseurs. Bien évidemment, ils ont recueilli les fruits de leur attachement à la réforme, les pays les plus résolus (Estonie, Hongrie et Pologne, notamment) recevant beaucoup plus de capitaux que ceux qui n’ont guère progressé (Roumanie).

Proximité de l’UE et accumulation de capital: étant donné qu’ils étaient proches de l’UE et qu’ils pouvaient en devenir membres, les pays d’Europe centrale et orientale sont devenus attrayants pour les investisseurs2. Les divergences profondes et persistantes dans la production par travailleur entre ces pays et ceux de l’UE sont dues en partie à des différences dans les stocks de capital. Il est donc possible d’estimer les flux potentiels nécessaires pour égaliser les taux de rendement du capital au moyen d’une fonction de production de Cobb-Douglas. Dans ces conditions, des flux de capitaux allant de 147% du PIB (Slovénie) à 825% (Lettonie) auraient été nécessaires pour égaliser la production par travailleur entre l’Allemagne (pays représentant l’UE) et les pays d’Europe centrale et orientale au début de la transition3. Le volume effectif de ces flux a, cela va de soi, été beaucoup moins élevé. Néanmoins, c’est un fait que la plupart des apports de capitaux ont, selon toute apparence, financé une augmentation de l’investissement.

Superficie des pays: une autre caractéristique des pays d’Europe centrale et orientale est que la moitié d’entre eux sont de petits pays comptant une population d’à peine cinq millions d’habitants. Les petits pays ont tendance à enregistrer un solde extérieur plus instable à cause de leur degré plus élevé d’ouverture. Des flux de capitaux, modestes pour les créanciers, peuvent être considérables pour ces pays et modifier sensiblement leur solde des transactions courantes. Récemment, les déficits des transactions courantes des petits pays d’Europe centrale et orientale ont été très élevés.

Comment atténuer les vulnérabilités

Étant donné un déficit des transactions courantes médian de 5% du PIB et la possibilité que les ratios de consommation et d’investissement augmentent au cours des prochaines années, les pays d’Europe centrale et orientale devraient appliquer des politiques susceptibles d’atténuer leurs vulnérabilités. La politique de change est dans l’ensemble appropriée4. Les pays d’Europe centrale et orientale sont au fil des ans passés à un régime de taux vraiment fixe (la Bulgarie, l’Estonie et la Lituanie ont un régime de caisse d’émission) ou de flottement assez libre (Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie). La Lettonie applique un régime traditionnel de taux fixe, mais qui se rapproche à toutes fins utiles d’un système de caisse d’émission, alors que la Hongrie s’est dotée d’un régime de parité mobile. Dans les pays dont le taux de change est fixe, les marchés des produits et du travail sont relativement flexibles.

Un renforcement de la position budgétaire sera nécessaire pour éviter toute aggravation des déséquilibres et remplir les conditions voulues pour adhérer à l’UE. La plupart des pays d’Europe centrale et orientale devront investir des sommes considérables s’ils veulent porter leur infrastructure aux normes de l’UE. Dans la mesure où l’épargne privée sera dans l’ensemble stable, l’épargne publique devra augmenter pour aider à combler des besoins potentiellement plus élevés d’investissement public et privé. En même temps, ces pays devront être en mesure de gérer au moyen de leur politique budgétaire les chocs qu’ils subiront inévitablement.

Enfin, il se peut qu’au cours des prochaines années, la part de l’investissement direct étranger dans le financement extérieur diminue (notamment avec l’achèvement des privatisations) au profit de flux plus liquides acheminés par l’intermédiaire des institutions financières. Il est possible de limiter la vulnérabilité des pays d’Europe centrale et orientale aux attaques spéculatives et à la contagion en consolidant leur système financier. Le secteur financier s’est certes considérablement renforcé au fil des ans dans nombre de ces pays, mais en améliorer la santé et le contrôle demeure une tâche primordiale.

1 Par exemple, une telle crise s’est produite en Hongrie en 1993-94, en République slovaque en 1998 et en République tchèque en 1997. L’UE a accepté la candidature de dix pays d’Europe centrale et orientale qui souhaitent y adhérer (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République slovaque, République tchèque, Roumanie et Slovénie).2 Voir Stanley Fischer, Ratna Sahay, and Carlos Végh: “How Far is Eastern Europe from Brussels?” IMF Working Paper 98/53 (Washington: International Monetary Fund, April 1998).3 Voir Leslie Lipschitz, Timothy Lane, and Alex Mourmouras, “Capital Flows to Transition Economies: Servant or Master?” IMF Working Paper (Washington: International Monetary Fund), à paraître.4 Voir Robert Corker, Craig Beaumont, Rachel van Elkan, and Dora Iakova: “Exchange Rate Régimes in Selected Advanced Transition Economies—Coping with Transition, Capital Inflows, and EU Accession,” IMF Policy Discussion Paper 00/3 (Washington: International Monetary Fund, April 2000).

On s’attend à ce que, dans la plupart des pays, la croissance demeure assez soutenue en 2001, encore que l’activité sera vulnérable à un ralentissement de la croissance plus marqué que prévu dans les pays d’Europe occidentale; par ailleurs, le déficit extérieur courant demeurera élevé d’après les projections. Le rééquilibrage de la politique économique dans le sens d’un resserrement relatif de la politique budgétaire aiderait à contenir la demande intérieure tout en limitant les pressions à la hausse sur les taux d’intérêt et le taux de change — qui pénaliseraient les exportations nettes et l’investissement privé. Pour parvenir à une croissance durable à moyen terme et progresser régulièrement vers l’adhésion à l’UE, les pays doivent poursuivre les réformes structurelles et institutionnelles, dans les domaines notamment des privatisations, de la restructuration des entreprises, de la réglementation et du contrôle financiers, des marchés du travail, des retraites et de la santé publique9.

En Turquie, les problèmes croissants du système bancaire et l’aggravation du déficit extérieur courant ont provoqué une crise financière et monétaire à la fin de l’an 2000. Le programme économique adopté en 1999 a donné de bons résultats sur le plan des finances publiques, de la lutte contre l’inflation et de la relance de l’activité. Cependant, le déficit des transactions courantes est passé de ¾% du PIB en 1999 à 4¾%, selon les estimations, en l’an 2000, sous l’effet des politiques suivies et de divers facteurs intérieurs et extérieurs. L’annonce à l’avance du taux de change a aidé à abaisser les taux d’intérêt nominaux, mais cette mesure n’a pas eu un impact aussi puissant sur les anticipations inflationnistes, de sorte que les taux d’intérêt réels ont brutalement reculé, entraînant un accroissement de la demande intérieure qui, conjugué à la hausse des prix mondiaux de l’énergie et au ralentissement économique mondial, a été en partie à l’origine de la chute des exportations nettes. En novembre 2000, étant donné que la position extérieure s’aggravait et que la confiance diminuait, le secteur bancaire a connu des problèmes croissants de liquidité, amplifiés par les asymétries entre les échéances des avoirs et celles des engagements. Les liquidités offertes par la banque centrale ont servi à financer des achats de devises qui, le taux de change étant annoncé à l’avance, ont provoqué une diminution des réserves officielles de change.

Les autorités turques ont alors annoncé, en décembre 2000, le lancement d’un programme économique révisé, financé par des concours supplémentaires du FMI, qui visait à renforcer le cadre d’action macroéconomique et à accélérer les réformes structurelles. Les marchés financiers ont dans un premier temps réagi positivement, mais la confiance des investisseurs a été sapée par divers événements qui se sont produits à la fin de janvier et au début de février 2001: retards dans la privatisation des principales sociétés de télécommunications et d’énergie, conséquences budgétaires de ces retards, intensification des incertitudes politiques et aggravation des conditions de financement extérieur. Devant la diminution rapide des réserves officielles de change, les autorités ont laissé la monnaie flotter. La situation demeure difficile étant donné le risque d’une contraction de l’activité après la crise.

Jusqu’à présent, la crise turque ne s’est guère propagée aux autres marchés émergents par le jeu des relations commerciales ou financières. On s’attend à ce que les importations en provenance des pays partenaires diminuent; par ailleurs, la dépréciation réelle de la livre rendra les exportations de la Turquie plus compétitives, réduisant éventuellement les exportations d’autres pays vers des marchés tiers. Cependant, ces conséquences de nature commerciale seront sans doute faibles, car la Turquie n’est un grand marché d’exportation pour aucun pays et son deuxième produit d’exportation est le tourisme (après les textiles). La crise turque a nui à l’image auprès des investisseurs des pays à marché émergent emprunteurs; elle a aussi exercé des pressions à la hausse sur les écarts de taux imposés aux grands emprunteurs et intensifié les craintes au sujet de la vulnérabilité des régimes de taux de change fixe. Toutefois, on estime que les investisseurs internationaux ou les fonds spéculatifs ont joué un rôle moins important dans la crise turque que dans les crises asiatique ou russe, en partie parce que certains investisseurs dénouaient leurs positions depuis l’automne dernier et que les investisseurs apprécient apparemment mieux les différences dans les fondamentaux entre les pays à marché émergent emprunteurs. Enfin, les prêts des banques sous contrôle turc sur d’autres marchés, en particulier ceux de la CEI, pourraient être réduits, mais ces établissements n’occupent pas une grande place dans ces systèmes bancaires.

En Roumanie et en Bulgarie, les marges appliquées aux obligations souveraines ont augmenté faiblement et temporairement du fait de la crise turque. La Roumanie entretient des liens commerciaux et financiers étroits avec la Turquie; par ailleurs, certains investisseurs ont peut-être établi un parallèle entre le régime de caisse d’émission de la Bulgarie et celui de l’Argentine. D’autres évolutions extérieures ont fortement marqué ces deux pays en l’an 2000: l’augmentation des exportations à destination de l’UE et l’amélioration de la sécurité au Kosovo ont dopé la croissance, alors que le choc pétrolier a alimenté l’inflation et exercé des pressions sur le déficit extérieur courant. En Bulgarie, les importants progrès réalisés sur le front de la stabilisation et de la réforme structurelle depuis 1997 (mise en place d’un régime de caisse d’émission, contrôle des salaires dans les entreprises d’État, restructuration des entreprises et privatisations) ouvrent la voie à une croissance robuste, un recul de l’inflation et une réduction du déficit des transactions courantes au cours des prochaines années. En Roumanie par contre, l’élan de la réforme économique a été brisé en l’an 2000; dans ce pays, une croissanee durable, la désinflation et l’amélioration de la position extérieure exigent un assainissement des finances publiques, une politique monétaire prudente, la discipline salariale et financière dans les entreprises d’État et une accélération de la restructuration des entreprises et des banques.

En Europe centrale, on s’attend à ce que les déficits des transactions courantes restent élevés en 2001 et s’inscrivent à l’intérieur d’une fourchette comprise entre 4¾% du PIB (en République tchèque) et 5½% (en Pologne). Pour soutenir la croissance à court terme, maîtriser l’inflation et réduire le déficit courant, il faudrait, dans la plupart des pays, rééquilibrer la politique macroéconomique dans le sens d’un resserrement relatif de la politique budgétaire (graphique 1.12). En République tchèque, où les autorités ont choisi de cibler l’inflation, un assainissement supplémentaire des finances publiques permettrait d’abaisser les taux d’intérêt, allégeant ainsi les pressions à la hausse qui s’exercent sur le taux de change. En Hongrie, pays qui applique un régime de parité mobile, un durcissement de la politique budgétaire aiderait à atténuer les tensions inflationnistes et à contenir le déficit des transactions courantes. En Pologne, étant donné que l’inflation diminue et que les anticipations inflationnistes s’atténuent, la récente baisse des taux d’intérêt était opportune, encore que les taux d’intérêt réels demeurent à des niveaux régionaux et historiques élevés.

Graphique 1.12.Échantillon de pays européens: progression de la demande intérieure et solde des administrations publiques1

Il est prévu que l’accélération de la demande intérieure soutiendra la croissance en 2001, aussi un rééquilibrage de la politique économique au profit des mesures budgétaires contribuerait à freiner la montée des taux d’intérét et des taux de change.

1 Les données relatives à 2001 sont des projections des services du FMI.

2Moyenne pondérée de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie.

3Les données doivent être utilisées avec prudence, car certaines activités quasi budgétaires n’apparaissent pas dans le solde des administrations publiques et des pays n’ont pas encore adopté le système statistique européen (SEC 95).

Dans les États baltes, la croissance a fortement augmenté et l’inflation est restée modérée en l’an 2000, les différences entre les pays s’expliquant en partie par l’arrimage de leur monnaie à des monnaies fortes ou au droit de tirage spécial (DTS). La dépréciation de l’euro par rapport aux autres grandes monnaies a eu sur l’inflation un impact qui a été sensible en Estonie (arrimage à l’euro), mais très faible en Lettonie (arrimage au DTS) et en Lituanie (arrimage au dollar). Si le déficit des transactions courantes est demeuré élevé dans les trois pays, il a été essentiellement financé par des flux de capitaux non générateurs d’endettement. La position budgétaire s’est nettement améliorée et, grâce aux progrès sensibles des réformes structurelles, l’environnement économique a continué d’être propice à l’investissement direct étranger. Les perspectives pour 2001 sont favorables, en partie parce que les prix du pétrole ne sont plus aux sommets atteints l’an dernier, encore qu’un ralentissement plus brutal de l’activité dans les économies avancées d’Europe pourrait réduire les exportations nettes et nuire à la confiance. La zone euro constituant le principal marché d’exportation de ces pays, une appréciation de l’euro par rapport aux autres grandes monnaies améliorerait la compétitivité en Lettonie et en Lituanie et n’aurait qu’un impact négatif limité en Estonie. Nonobstant les résultats obtenus récemment, les trois pays continuent d’assainir leurs finances publiques afin de pouvoir engager les dépenses liées à l’adhésion à l’UE et aux futures obligations des régimes de pensions.

En République fédérale de Yougoslavie, l’économie est en ruine après des années de conflits régionaux, d’isolement international et de mauvaise gestion. En l’an 2000, l’activité n’atteignait pas la moitié de son niveau de 1989, le taux d’inflation en fin d’année dépassait 100% et le ratio dette extérieure/PIB était de l’ordre de 140%. Les tensions inflationnistes tenaient principalement au financement monétaire des déficits quasi budgétaires des entreprises d’État. Dans l’immédiat, la stratégie macroéconomique vise à maîtriser l’inflation en limitant la croissance du crédit, en renforçant la position budgétaire sous-jacente et en empêchant toute nouvelle accumulation d’arriérés de dépenses. Outre une politique macroéconomique prudente et des réformes structurelles énergiques, une restructuration de la dette extérieure sera nécessaire pour parvenir à une position viable de balance des paiements. En Yougoslavie, la paix et la stabilité économique ouvriront la voie à la croissance, laquelle aura des retombées importantes sur les autres pays de la région, dont l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et l’ex-République yougoslave de Macédoine.

Communauté des États indépendants: le rôle capital des prix du pétrole

Les excellents résultats économiques que la Russie a enregistrés en l’an 2000 grâce à la hausse des prix mondiaux de l’énergie et à la dépréciation du taux de change réel qui a suivi la crise de 1998 ont renforcé la croissance et la position extérieure dans la plupart des pays de la CEI (tableau 1.11). En outre, une demande extérieure vigoureuse a contribué à ces résultats favorables, alors que les répercussions de la crise turque étaient limitées. Cependant, le renchérissement du pétrole a fortement pénalisé certains pays importateurs10. Par ailleurs, sur le front de l’inflation, le bilan a été contrasté, son taux ayant augmenté en Ukraine, mais sensiblement diminué en Russie. En raison de la baisse des prix du pétrole par rapport aux sommets atteints récemment et du ralentissement de la croissance dans les pays partenaires (en Europe principalement), l’activité et la position extérieure fléchiront, d’après les projections, dans de nombreux pays de la CEI en 2001. De nombreuses réformes structurelles restent à accomplir dans la plupart des pays où, souvent, les réformes s’enlisent, parce que toute nouvelle avancée est bloquée par des groupes d’intérêts spéciaux qui profitent de leur inachèvement (voir le chapitre III de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale). En Russie, la hausse des prix mondiaux de l’énergie et la dépréciation de la monnaie ont stimulé la croissance en l’an 2000 et permis de dégager des excédents courant et budgétaire extraordinairement élevés (graphique 1.13). La majeure partie de la manne pétrolière semble avoir été mise de côté, la progression du solde des transactions courantes ayant été presque aussi importante que celle des exportations d’énergie, et affectée, à raison des deux tiers environ, aux réserves officielles de change, de sorte que les réserves brutes ont plus que doublé durant l’année, bien que les sorties de capitaux privés soient demeurées élevées. Les achats de devises ont été en partie stérilisés par l’intermédiaire d’un guichet de dépôts ouvert à la banque centrale, et par l’accumulation de dépôts de l’État à cet établissement. Nonobstant ces initiatives, la forte position de la balance des paiements a été à l’origine d’une expansion monétaire rapide, qui a amplifié les tensions inflationnistes.

Graphique 1.13.Russie: une reprise tirée par la dépréciation de la monnaie et les prix du pétrole1

La hausse des prix du pétrole et la baisse du taux de change ont stimulé l’activité économique en Russie en l’an 2000. avec des effets favorables à la croissance dans le reste de la Communauté des États indépendants.

Sources: autorités nationales; calculs des services du FMI.

1 Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

2Taux de change effectif réel sur la base de l’indice des prix à la consommation

Tableau 1.11.Communauté des États indépendants: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Communauté des
États indépendants3,17,14,14,170,625,019,112,57,814,09,06,2
Russie3,27,54,04,085,720,817,612,312,418,412,08,2
Russie exclue2,76,34,24,441,834,622,212,8‒1,51,9‒0,3‒0,3
Arménie3,36,06,56,00,7‒0,84,53,0‒16,6‒14,5‒14,1‒12,1
Azerbaïdjan7,410,38,58,0‒8,51,82,52,5‒13,0‒0,3‒14,7‒19,6
Bélarus3,46,02,53,1293,7169,075,023,7‒2,2‒2,6‒2,9‒4,0
Géorgie2,91,53,85,019,14,07,64,0‒8,0‒8,1‒7,1‒6,2
Kazakhstan2,89,45,05,08,413,49,25,81,07,43,34,9
Moldova‒3,41,95,06,039,331,312,710,0‒2,6‒5,6‒7,0‒4,9
Ouzbékistan4,34,01,01,029,125,435,524,7‒1,00,62,43,5
République kirghize3,75,05,05,236,818,79,17,2‒16,3‒12,2‒9,3‒4,5
Tadjikistan3,78,35,05,027,634,039,68,8‒3,4‒6,4‒6,0‒6,2
Turkménistan16,017,610,06,023,58,015,015,0‒16,02,72,02,0
Ukraine‒0,44,24,04,522,728,215,112,12,74,82,32,1

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

D’après les anticipations, le taux de croissance en Russie reviendra à 4% en 2001, à cause de la baisse des prix du pétrole, du ralentissement de l’économie mondiale et de l’appréciation réelle du rouble l’an dernier. Même si le solde des administrations publiques doit rester globalement excédentaire, on s’attend à ce qu’il diminue sensiblement, du fait d’une réduction des recettes fiscales pétrolières, de la perte de recettes découlant de l’exécution d’une réforme fiscale dont nul ne conteste le bien-fondé et des crédits à engager pour compenser la forte compression des dépenses ces dernières années. La position extérieure restera sans doute solide, de sorte que la banque centrale devra dans toute la mesure du possible stériliser activement ses interventions sur le marché des changes afin de contenir les risques inflationnistes.

L’environnement macroéconomique actuellement favorable offre la possibilité de poursuivre les réformes structurelles et institutionnelles, dont les progrès ont été modestes. En juillet 2000, le gouvernement a adopté un programme de réformes à long terme (jusqu’en 2010), mais nombre de volets clés de ce programme, plus précisément ceux qui concernent le secteur bancaire et la réduction des arriérés, ne sont pas encore totalement au point. En août 2000, la Douma a approuvé les révisions majeures du code des impôts prévues dans le programme, mais les autres modifications, notamment celles portant sur l’impôt sur les bénéfices et le renforcement de l’administration de l’impôt, sont toujours en cours de préparation. Il convient de veiller à ce que le coût des réformes fiscales ne devienne pas trop élevé. Dans le secteur de l’énergie, les autorités ont fait marche arrière en rétablissant en août les restrictions à l’exportation.

En Ukraine, le taux de croissance a été positif en l’an 2000 pour la première fois depuis l’indépendance, la forte expansion en Russie, le premier marché d’exportation, et la dépréciation réelle sensible de la hryvnia en 1998–99 ayant dopé les exportations nettes. La position budgétaire s’est considérablement améliorée, car la vigueur de l’activité a stimulé les recettes fiscales, et les dépenses publiques ont été maîtrisées. Des interventions massives non stérilisées sur le marché des changes ont enrayé l’appréciation de la monnaie et contribué à l’accélération de l’inflation. On s’attend à ce que la croissance reste vigoureuse en 2001, la demande intérieure étant stimulée par l’amélioration de la confiance des ménages et des entreprises; par ailleurs, l’excédent des transactions courantes devrait se contracter, car le ralentissement de la croissance en Russie et dans d’autres économies freinera les exportations. La baisse ciblée de l’inflation dépendra de l’application d’une politique budgétaire prudente, prévoyant en particulier l’affectation du produit des privatisations essentiellement à la réduction de la dette et un régime de change plus flexible. Pour stimuler l’investissement privé, il faudra poursuivre les réformes structurelles, surtout celles qui visent le système bancaire, les privatisations et la réduction des arriérés de paiements.

Dans les autres pays de la CEI, les exportations à destination de la Russie ont elles aussi progressé rapidement en l’an 2000, encore que les résultats économiques diffèrent selon les pays en fonction essentiellement du rôle joué par les hydrocarbures dans l’économie. Dans les pays exportateurs d’énergie (Kazakhstan, Azerbaïdjan et Turkménistan), la croissance a été soutenue par la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, la croissance exceptionnelle enregistrée par le Turkménistan tenant principalement au succès avec lequel ce pays a obtenu le paiement de ses exportations d’énergie. À l’inverse, le choc pétrolier a pénalisé les pays importateurs d’énergie (Arménie, Géorgie, Moldova, République kirghize et Tadjikistan). En 2001, la croissance sera influencée essentiellement par la baisse des prix de l’énergie enregistrée depuis l’an 2000 et la perspective d’une progression quelque peu moins forte, mais toujours robuste, des exportations à destination de la Russie.

Pour parvenir à une croissance durable à moyen terme, des réformes structurelles et institutionnelles s’imposent; il convient surtout de libéraliser le secteur des petites et moyennes entreprises, de renforcer les contraintes budgétaires, d’améliorer la gestion des entreprises, d’intensifier la concurrence, de développer les systèmes financiers et de transformer le rôle de l’État. Le taux d’inflation a quelque peu diminué, mais reste élevé dans de nombreux pays à cause principalement de leurs problèmes budgétaires. Si les dépenses publiques ont en général été réduites (très fortement dans le cas de certains pays), le montant des recettes recouvrées demeure faible. Les crédits dirigés continuent de saper la politique monétaire au Bélarus, au Turkménistan et en Ouzbékistan. L’endettement extérieur est particulièrement élevé en Arménie, en Géorgie, en Moldova, en République kirghize et au Tadjikistan.

Appendice I. Le ralentissement économique mondial et les prix des produits primaires

L’instabilité des prix du pétrole sur le marché libre et, parallèlement, l’évolution incertaine de ces prix continuent de poser un problème majeur pour les prévisions mondiales. Cette instabilité ne semble guère s’atténuer et les prix demeurent élevés malgré le ralentissement de la croissance mondiale. En général, on accorde moins d’intérêt à l’évolution des marchés des autres produits primaires, encore qu’une période prolongée de prix comparativement faibles pour la plupart des produits hors combustibles a lourdement pénalisé de nombreux pays en développement (voir le chapitre II de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale). Le ralentissement prévu de la croissance mondiale et, partant, de la demande de produits primaires pourrait continuer d’assombrir les perspectives économiques de beaucoup de pays pauvres et de pays fabriquant des puces électroniques — dont nombre des caractéristiques sont analogues à celles des produits primaires «traditionnels».

Les prix du pétrole et des autres produits primaires étaient élevés au milieu des années 90, grâce en partie à la vigueur de la croissance mondiale (graphique 1.14). Dans le cas des métaux (le produit primaire le plus sensible aux variations conjoncturelles), les excédents de stock ont été pour ainsi dire éliminés. En outre, l’accroissement rapide des revenus en Asie a entraîné une augmentation de la demande de viande, dopant ainsi le marché du bétail et des aliments pour bétail. Par la suite, les crises économiques et financières de 1997–98 ont freiné l’expansion de la demande de la plupart des produits primaires dont les prix se sont effondrés. À la fin de 1998, les prix du pétrole avaient diminué de près de moitié pour s’établir à environ 11 dollars le baril, soit le prix nominal le plus bas depuis le début des années 70 et un prix réel encore plus bas, et les prix des autres produits hors combustibles étaient inférieurs de 25% aux sommets atteints deux ans plus tôt, aussi des stocks se sont-ils accumulés.

Graphique 1.14.Prix des produits primaires et principaux indicateurs économiques1

1 Les données pour 2001 et 2002 sont des projections des services du FMI.

2 Indices libellés en dollars réels.

3Déflateur du PIB des économies avancées.

4LIB0R sur les dépôts en dollars à six mois, en pourcentage

Depuis 1998 toutefois, les prix du pétrole et du gaz naturel se sont envolés alors que ceux de la plupart des autres produits primaires sont demeurés très faibles. Le retournement des prix de l’énergie a été amorcé par le pétrole, suivi peu après par le gaz naturel (les prix du gaz sont souvent liés à ceux du pétrole)11. Le renchérissement rapide du pétrole était dû essentiellement à des contraintes affectant l’offre, encore que la progression de la demande et le faible niveau des stocks y aient aussi contribué. Après plusieurs faux départs en 1998, les pays membres de l’OPEP et quelques autres pays non membres mais qui coopèrent avec cette organisation se sont effectivement entendus au début de 1999 pour limiter la production. Cependant, au cours de l’an 2000, alors que la demande d’énergie augmentait du fait de l’accélération de la croissance mondiale, les pays producteurs de pétrole ont relevé leurs objectifs de production à quatre reprises. Malgré ces mesures, la fourchette des prix de référence de 22–28 dollars qui, selon l’OPEP, est compatible avec la stabilité à long terme du marché a nettement été dépassée en septembre 2000, en partie parce que les stocks de pétrole brut et de produits pétroliers demeuraient faibles.

En décembre 2000, la tendance orientée à la hausse des prix du pétrole s’est inversée. L’augmentation de la production avait, semble-t-il, offert aux consommateurs un certain répit; en outre, on craignait un ralentissement de la croissance dans le monde et, en particulier, aux États-Unis. Les pays de l’OPEP ont alors annoncé leur intention d’abaisser les objectifs de production au début de 2001. Malgré un fléchissement de la demande, cette annonce, conjuguée à un net ralentissement des exportations iraquiennes et à des incertitudes politiques au Moyen-Orient, a fait monter les prix à la fin de janvier et au début de février, sans toutefois qu’ils reviennent à leurs niveaux de septembre-novembre 2000 (graphique 1.15). Étant donné les fortes fluctuations observées sur le marché libre ces derniers mois, les prix du pétrole pour la période à venir demeurent très incertains. Le marché à terme signale une diminution progressive des prix, mais de plus amples variations des prix au jour le jour (surtout à la baisse si l’économie mondiale ralentit) ne sauraient être écartées.

Graphique 1.15.West Texas Oil: prix au jour le jour et contrats à terme

(Dollars E.U. le baril)

Source: Bloomberg Financial Markets. LP.

A la différence des prix de l’énergie, ceux des autres produits primaires se sont quelque peu rapprochés, depuis la crise asiatique, de leurs niveaux du milieu des années 90. Au début de 1999, l’indice des prix des produits industriels (métaux, bois d’œuvre et fibres, essentiellement) établi par le FMI avait reculé de 25% par rapport à son niveau moyen de 1995-97. En dollars, la hausse de 10% observée en 1999 a été pour l’essentiel annulée en l’an 2000 et au début de 2001. Ce sont les prix des métaux et du bois d’œuvre qui ont le plus varié. Les prix des métaux ont diminué malgré le faible niveau des stocks, sous l’effet apparemment d’anticipations de la demande pessimistes. Les prix des denrées alimentaires (céréales, huiles comestibles, viande, sucre, café, cacao et thé) ont enregistré à la fin de 1999 un léger redressement qui, en dollars, a été plus qu’absorbé par une diminution en l’an 2000 imputable surtout au recul des prix du café12. S’agissant du café, une série de bonnes récoltes a été à l’origine de la constitution de stocks et d’une baisse des prix. La consommation de bœuf a en outre subi le contrecoup d’inquiétudes sur le plan de la santé, en particulier en Europe, et, bien qu’ils diminuent, les stocks de céréales demeurent élevés par rapport à la consommation. En même temps, cette faiblesse des prix des produits primaires tient en partie à la vigueur du dollar. Les prix de nombreux produits primaires étant restés assez fermes en euros, l’impact de la récente baisse du dollar a pu être amorti, notamment dans les pays dont les relations commerciales avec l’Europe sont étroites (ce qui est souvent le cas en Afrique).

Vers la fin de l’an 2000 et, de plus en plus, pendant les premiers mois de 2001, les craintes suscitées par le ralentissement de l’activité dans le monde ont pris une importance qui n’a cessé de croître dans les perspectives d’évolution des prix des produits primaires hors combustibles, les métaux en particulier. Aux États-Unis, la demande d’un certain nombre de métaux (acier, aluminium, cuivre, nickel et zinc) est au premier trimestre de 2001, d’après les estimations, inférieure de 5% aux chiffres du premier trimestre de l’an 2000; en outre, le ralentissement de la croissance ailleurs dans le monde va aggraver cette situation. Pour les autres produits primaires, qui le plus souvent sont moins sensibles aux variations conjoncturelles que les métaux, les signaux sont plus flous, car des facteurs propres à chaque produit ont en général une influence décisive sur les perspectives à court terme (les marchés pétroliers examinés supra en constituent l’exemple le plus frappant)13. Néanmoins, on peut s’attendre à ce que le fléchissement de la demande mondiale exerce des pressions à la baisse généralisées sur les prix, amplifiant ainsi les difficultés des pays pauvres.

Enfin, le ralentissement de l’activité a aussi un impact négatif sur le marché des puces électroniques, qui ressemble beaucoup à celui des produits primaires «traditionnels». Au milieu de l’an 2000, le marché des puces pour ordinateurs personnels, des téléphones mobiles et des caméras numériques semblait très vigoureux. Les prix des puces de mémoire vive dynamique (DRAM), dont la fiabilité et la durabilité sont souvent vantées, et des modules utilisant ces puces ont augmenté de 50% entre mars et juillet 2000 du fait de la progression de la demande (graphique 1.16). Dans le même temps, les cinq premiers producteurs japonais de puces augmentaient leurs investissements de plus des deux tiers par rapport à l’année précédente.

Graphique 1.16.Prix des puces électroniques1

(Dollars l’unité)

Source: Primark Datastream

1 Modules équipés de puces de mémoire vive dynamique (DRAM), 128 MB, 100 MGHZ bus, 16 by 64; cours au comptant aux États-Unis.

En octobre, le ralentissement de la croissance du marché des technologies de l’information aux États-Unis devenait toutefois manifeste. Les objectifs de production d’ordinateurs personnels ont été abaissés et des stocks de DRAM se sont accumulés. Les plus grands fabricants japonais de micropuces ont réduit de moitié leurs prévisions concernant les bénéfices d’exploitation à tirer des ventes de semi-conducteurs. En janvier 2001, les prix des DRAM avaient chuté d’un tiers en six mois. Les fabricants de puces ont alors réduit l’investissement productif et il semblerait qu’ils abandonnent les puces pour ordinateurs personnels au profit de celles pour téléphones mobiles ou caméras numériques, marchés dont la croissance devrait continuer d’être forte. Il n’en reste pas moins que la chute des prix et le ralentissement de la demande de puces électroniques, modifient sensiblement les perspectives économiques de plusieurs pays, notamment en Asie.

Appendice II. La réduction des déséquilibres extérieurs

Les prévisions de référence des Perspectives de l’économie mondiale contiennent un scénario selon lequel, après un net ralentissement en 2001, la croissance mondiale revient presque à son taux potentiel sous-jacent en 2002 et reste pour ainsi dire stable par la suite (graphique 1.1). Cependant, la trajectoire suivie parallèlement par la demande intérieure suppose que les déséquilibres commerciaux et de taux de change existant entre les principales zones monétaires demeurent profonds dans l’avenir (voir le tableau 44 de l’appendice statistique). L’une des principales raisons pour lesquelles les déséquilibres commerciaux ne sont guère corrigés est que les prévisions des Perspectives de l’économie mondiale se fondent, par hypothèse, sur un taux de change réel fixe. Cette convention, qui est également utilisée dans d’autres publications, comme les Perspectives économiques de l’OCDE, suit les résultats de travaux empiriques sur la dynamique des changes à court terme14. Mais, lorsque les taux de change entre les zones monétaires mondiales — les États-Unis et la zone euro en particulier — semblent diverger profondément des valeurs correspondant aux fondamentaux à moyen terme, il convient d’étudier les conséquences d’une évolution progressive de ces taux vers une réduction des déséquilibres commerciaux15.

On présente dans cette annexe deux simulations, établies au moyen de MULTIMOD, le modèle macroéconomique du FMI, afin d’examiner des trajectoires de réduction plus rapide de ces déséquilibres. La première correspond à un scénario d’«atterrissage en douceur avec ajustement des déséquilibres» et illustre les conséquences d’une correction des déséquilibres par une modification progressive des valeurs des grandes monnaies et des cours des actions pendant les trois prochaines années. Puis, on utilise un scénario d’ «atterrissage brutal», dans lequel les tensions accompagnant les déséquilibres sur les marchés des changes et des actions aboutissent à une modification brutale des taux de change et, parallèlement, à une perte de confiance et à une baisse des cours des actions16.

Pour un certain nombre de raisons, ces simulations n’ont qu’une valeur d’exemple. C’est un truisme de dire que l’avenir est fondamentalement incertain, mais il faut bien admettre que, dans ces scénarios, les variations des soldes extérieurs, quoique importantes, ne sont sans doute pas assez fortes pour corriger intégralement les actuels déséquilibres commerciaux de l’économie mondiale. Des facteurs autres que les variations des taux de change pourraient jouer aussi un rôle utile à cet égard, notamment une croissance plus forte de la production potentielle (obtenue grâce à des réformes structurelles plus rigoureuses) dans la zone euro et au Japon; dans l’une des simulations, une hausse de ½% par an du taux de croissance potentielle dans ces régions a des effets importants sur les déséquilibres commerciaux, en ce sens que le déficit des États-Unis est réduit de quelque 50 milliards de dollars en cinq ans (voir l’appendice I du chapitre I de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale). Enfin, l’augmentation de la croissance potentielle aux États-Unis peut également modifier dans une certaine mesure les élasticités foncières des échanges (voir l’encadré 1.2 dans lequel est examinée la viabilité du déficit extérieur courant des États-Unis).

Les résultats du scénario «d’ajustement des déséquilibres» sont donnés au tableau 1.12 et au graphique 1.17. Au cours des trois années qui viennent, la valeur réelle du dollar est censée se déprécier régulièrement — de 20% par rapport à l’euro et au yen et de 15% par rapport aux monnaies des autres pays industrialisés (le taux de change de ces monnaies étant en général lié plus directement au dollar)17. Les déséquilibres internationaux s’ajustent alors progressivement et, en 2005 (année où la correction est pour ainsi dire terminée), le déficit commercial des États-Unis a régressé de plus de 85 milliards de dollars, avec pour principale contrepartie une réduction des balances commerciales de la zone euro (d’un peu plus de 45 milliards de dollars) et du Japon (de 30 milliards de dollars environ). En revanche, la balance commerciale du groupe des autres pays industrialisés ne varie guère, car, pour ces pays, le taux de change effectif réel reste relativement inchangé, une appréciation par rapport à l’euro et au yen compensant la dépréciation par rapport au dollar.

Graphique 1.17.Scénarios d’ajustement des déséquilibres mondiaux

(Écart en pourcentage par rapport au PIB réel de référence)

Source: simulations (MULTIMOD) du FMI

Tableau 1.12.Autre scénario: atterrissage en douceur de l’économie des États-Unis avec ajustement des déséquilibres(Écart de pourcentage par rapport aux niveaux de référence, sauf indication contraire)
20012002200320042005
PIB réel mondial‒0,1‒0,2‒0,3‒0,3‒0,3
États-Unis
PIB réel0,20,20,1‒0,3‒0,5
Demande intérieure réelle‒0,2‒0,5‒1,0‒1,2‒1,2
Investissement réel‒0,5‒2,0‒3,5‒4,1‒4,3
Taux de change effectif réel‒6,1‒11,4‒15,1‒14,5‒14,4
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)3,116,442,967,085,2
Hausse de l’indice des prix à la consommation (points de pourcentage)0,50,70,70,30,3
Taux d’intérêt à court terme (points de pourcentage)0,30,81,21,21,2
Cours des actions‒3,4‒7,4‒9,5‒9,6‒9,8
Zone euro
PIB réel‒0,2‒0,4‒0,4‒0,2‒0,1
Demande intérieure réelle0,10,30,50,80,9
Investissement réel0,31,01,82,32,3
Taux de change effectif réel3,26,08,38,59,4
Taux de change réel du dollar7,514,920,520,421,0
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)‒3,7‒12,1‒25,5‒37,2‒47,9
Hausse de l’indice des prix à la consommation (points de pourcentage)‒0,3‒0,5‒0,6‒0,5‒0,5
Taux d’intérêt à court terme (points de pourcentage)‒0,6‒1,3‒1,9‒2,1‒2,2
Cours des actions1,84,15,76,26,0
Japon
PIB réel‒0,2‒0,3‒0,3‒0,2
Demande intérieure réelle0,20,40,60,6
Investissement réel0,20,71,21,41,5
Taux de change effectif réel4,58,911,410,19,8
Taux de change réel du dollar7,715,420,519,018,8
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)1,4‒1,0‒10,2‒21,6‒27,9
Hausse de l’indice des prix à la consommation (points de pourcentage)‒0,2‒0,2‒0,2‒0,1‒0,2
Taux d’intérêt à court terme (points de pourcentage)‒0,2‒0,6‒0,9‒1,1‒1,2
Cours des actions1,32,43,43,53,6
Autres pays industrialisés
PIB réel‒0,2‒0,3‒0,5‒0,5‒0,3
Demande intérieure réelle‒0,1‒0,2‒0,4
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)‒3,7‒8,3‒14,0‒15,0‒13,9
Pays industrialisés
PIB réel‒0,1‒0,1‒0,2‒0,3‒0,3
Demande Intérieure réelle‒0,1‒0,1‒0,2‒0,1
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)‒2,8‒5,0‒6,8‒6,8‒4,5
Pays en développement
PIB réel‒0,1‒0,2‒0,3‒0,4‒0,4
Demande intérieure réelle‒0,2‒0,4‒0,6‒0,7–0,8
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)3,46,08,011,47,8

Les balances commerciales s’ajustent essentiellement par un rééquilibrage progressif de la demande mondiale. Aux États-Unis en premier lieu, les exportations et les importations enregistrent en termes réels une augmentation et une diminution, respectivement, par rapport au scénario de référence jusqu’en 2005, à mesure que les échanges réagissent aux variations en cours ou décalées du taux de change. L’impact sur le PIB réel est relativement faible. Il commence par dépasser légèrement les valeurs de référence avant de revenir en deçà, la principale contrepar de aux variations des exportations réelles nettes étant une baisse par rapport au scénario de référence de la demande intérieure réelle, sous la forme notamment d’une diminution de l’investissement réel et, dans une mesure plutôt moindre, de la consommation réelle, par suite du resserrement de la politique monétaire (afin de parer aux tensions inflationnistes importées) et d’une érosion des cours des actions (car le recul de l’investissement réduit la production potentielle et, de ce fait, les bénéfices anticipés). Un ajustement en sens inverse peut être observé dans la zone euro et au Japon. En termes réels, les exportations diminuent, les importations augmentent et la demande intérieure est stimulée par un relâchement de la politique monétaire et une hausse des cours des actions, alors que le PIB tombe légèrement en deçà de son niveau de référence.

Ailleurs dans le monde, le groupe des autres pays industrialisés bénéficie, en raison de leurs liens commerciaux et financiers plus étroits avec les États-Unis, de retombées qui sont moins importantes que dans le cas de la zone euro et du Japon; dans ces pays, le PIB et la demande intérieure diminuent en termes réels par rapport au scénario de référence. Dans les pays en développement, le PIB et la demande intérieure en termes réels reculent également à moyen terme par rapport à ce scénario, car la hausse des taux d’intérêt libellés en dollars réduit l’accès à l’emprunt (ce qui entraîne une légère amélioration du solde courant) et la demande d’exportations diminue à mesure que, dans celle-ci, la part des États-Unis, qui entretiennent des relations commerciales assez étroites avec les pays en développement d’Asie et d’Amérique latine, régresse au profit de celle d’autres pays, essentiellement européens, dont les échanges sont davantage axés sur les autres économies avancées, les pays en transition et l’Afrique. Pour l’ensemble du monde, la croissance recule légèrement, car la baisse des investissements aux États-Unis n’est pas pleinement compensée par une augmentation des dépenses en capital dans les autres pays.

Le scénario d’«atterrissage brutal» suppose qu’entre le début et le milieu de 2001, les taux de change s’ajustent brutalement18 (chute de la valeur réelle du dollar de 20% par rapport à l’euro et au yen et de 15% par rapport aux monnaies des autres pays industrialisés) et que, parallèlement:

  • Les cours mondiaux des actions diminuent à mesure que recule la confiance des consommateurs — ils baissent le plus (de 20%) aux États-Unis et le moins dans la zone euro et au Japon.
  • La confiance des consommateurs et des investisseurs se dégrade aux États-Unis (à cause de la chute des cours des actions) et au Japon (car la faiblesse de la demande mondiale aggrave une situation économique déjà fragile).
  • Au cours des trois prochaines années, et à mesure que revient la confiance des investisseurs, la valeur des actions s’apprécie progressivement (surtout là encore aux États-Unis).

Les résultats de ce scénario (voir le tableau 1.13 et le graphique 1.17) montrent que les déséquilibres internationaux et la demande mondiale s’ajustent plus vite que dans le contexte d’un atterrissage en douceur, mais au prix d’une forte réduction à court terme de la croissance mondiale19. La production mondiale diminue d’un peu plus de 1 point par rapport au scénario de référence en 2001, demeure à ce niveau en 2002, puis se rapproche lentement des valeurs de ce scénario les trois années suivantes. Si, à cause du recul plus prononcé des cours des actions et de la confiance, le PIB réel diminue un peu plus à court terme par rapport au scénario de référence aux États-Unis que dans les autres pays avancés, les pertes de production à court terme sont assez analogues dans les pays avancés, car la dépréciation rapide du dollar est à l’origine de variations largement compensatoires des exportations réelles nettes. Dans tous les pays avancés, l’affaiblissement de la production entraîne un recul généralisé de l’inflation de base et la politique monétaire est assouplie. Il est en outre possible que la baisse du dollar soit retardée, car les capitaux continuent d’affluer aux États-Unis en raison des perspectives de croissance.

Tableau 1.13.Autre scénario: atterrissage brutal(Écart de pourcentage par rapport aux niveaux de référence, sauf indication contraire)
20012002200320042005
PIB réel mondial‒1,1‒1,1‒0,8‒0,3
États-Unis
PIB réel‒1,4‒1,6‒1,2‒0,6‒0,4
Demande intérieure réelle‒2,5‒2,7‒2,3‒1,6‒1,3
Investissement réel‒9,8‒9,9‒7,7‒6,0‒4,7
Taux de change effectif réel‒14,0‒15,2‒15,6‒15,4‒15,4
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)6,633,954,070,185,4
Hausse de l’indice des prix à la consommation (points de pourcentage)0,9‒0,5‒1,0‒1,2‒1,1
Taux d’intérêt à court terme (points de pourcentage)‒2,8‒3,0‒3,0‒2,3‒1,5
Cours des actions‒19,1‒14,9‒12,1‒10,5‒10,0
Zone euro
PIB réel‒1,1‒1,2‒0,9‒0,30,3
Demande intérieure réelle0,10,40,91,4
Investissement réel‒0,10,51,32,3
Taux de change effectif réel8,59,710,19,79,2
Taux de change réel du dollar20,022,022,321,621,3
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)‒18,4‒30,3‒38,0‒46,6‒58,6
Hausse de l’indice des prix à la consommation (points de pourcentage)‒1,1‒0,8‒0,5‒0,2‒0,1
Taux d’intérêt à court terme (points de pourcentage)‒2,9‒3,0‒3,0‒2,8‒2,7
Cours des actions‒0,40,32,65,07,4
Japon
PIB réel‒1,1‒1,1‒0,50,4
Demande intérieure réelle‒0,7‒0,60,10,50,8
Investissement réel‒4,0‒2,60,21,01,7
Taux de change effectif réel6,39,19,99,29,0
Taux de change réel du dollar14,918,519,418,518,2
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)0,8‒1,0‒7,4‒13,3‒18,8
Hausse de l’indice des prix à la consommation (points de pourcentage)‒0,3‒0,4‒0,4‒0,4‒0,4
Taux d’intérêt à court terme (points de pourcentage)‒0,5‒0,7‒0,9‒1,4‒1,6
Cours des actions‒0,12,83,24,03,9
Autres pays industrialisés
PIB réel‒1,1‒1,2‒0,8‒0,30,1
Demande intérieure réelle‒0,4‒1,0‒0,9‒0,6‒0,2
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)‒6,06,411,513,38,1
Pays industrialisés
PIB réel‒1,2‒1,3‒0,9‒0,3
Demande intérieure réelle‒1,1‒1,3‒0,9‒0,3
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)‒16,99,020,123,516,1
Pays en développement
PIB réel‒0,5‒0,5‒0,4‒0,3‒0,2
Demande intérieure réelle‒0,8‒0,8‒0,6‒0,4‒0,3
Solde des transactions courantes (milliards de dollars)18,5‒5,4‒14,1‒14,7‒5,2

Dans ce cas, la production et la demande réelle aux États-Unis diminuent davantage à court terme, les avantages conférés à l’activité réelle par la dépréciation de la monnaie étant différés. Parallèlement, les retombées réelles sur les autres pays avancés sont moins importantes.

Si l’on revient au scénario d’atterrissage brutal stricto sensu, les niveaux relatifs de la demande intérieure réelle divergent plus rapidement que dans le scénario d’atterrissage en douceur à cause de la perte de confiance aux États-Unis et, en 2002, l’ajustement des balances commerciales est deux fois plus important. En 2005 cependant, lorsque les balances commerciales sont pour ainsi dire ajustées, les différences entre les deux scénarios sont dans une très large mesure éliminées. La balance commerciale des États-Unis s’améliore de 85 milliards de dollars par rapport au scénario de référence (soit un montant presque analogue à celui de l’autre scénario), avec pour principale contrepartie là aussi un ajustement de celle de la zone euro (de près de 60 milliards de dollars) et du Japon (de près de 20 milliards de dollars). La trajectoire de l’activité réelle présente également des différences sensibles. Par rapport au scénario de référence, la production réelle se redresse beaucoup plus lentement aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde, dans la zone euro et au Japon en particulier, car les évolutions différentes de l’investissement réel se traduisent par des variations de la production potentielle.

On observe également une baisse sensible du PIB et de la demande intérieure en termes réels dans les pays en développement, encore qu’elle soit deux fois moins forte que dans les économies avancées. Par rapport aux résultats du scénario d’atterrissage en douceur, le recul du PIB et (en particulier) de la demande intérieure réels est plus important au départ, mais plus faible à moyen terme. Cela dénote la présence de deux forces concurrentes. La baisse, plus forte dans un premier temps, de la production dans les pays avancés réduit la demande d’exportations provenant des pays en développement, ainsi que les prix des produits primaires et les flux de capitaux. Sur plusieurs années toutefois, l’assouplissement des conditions monétaires globales consécutif à la faiblesse de l’activité favorise les pays en développement, surtout dans les régions qui, comme l’Amérique latine, dépendent fortement de l’emprunt étranger. Cependant, la production risque de reculer beaucoup plus si l’atterrissage brutal aux États-Unis s’accompagne d’une grave détérioration des conditions de financement des économies de marché émergentes.

1Cette question est approfondie dans le Quarterly Emerging Markets Financial Report du FMI, février 2001, (http://www.imf.org/extemal/pubs/ft/emf/index.htm).
2Caroline L. Freund, “Current Account Adjustment in Industrialized Countries,” International Finance Discussion Paper No. 692 (Washington: Board of Governors of the Fédéral Reserve System, December 2000).
3Tamim Bayoumi and Charles Collyns (eds.), Post-Bubble Blues: How Japan Responded to Asset Price Collapse (Washington: International Monetary Fund, 2000).
4Les variations du dollar australien et du dollar néozélandais sont examinées à l’encadré 2.1 du chapitre II.
5Les facteurs à l’origine du recul de l’inflation dans les pays en développement sont analysés au chapitre IV.
6C’est en partie parce que ces conditions n’ont pas été remplies que les prévisions de croissance des services du FMI ont constamment péché par excès d’optimisme ces dix dernières années, les projections faites en début d’année dépassant en moyenne de 1 point les résultats effectifs.
7Les conséquences macroéconomiques du SIDA en Afrique sont examinées à l’encadré 1.4 de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale.
8Socle commun de droits et obligations qui lient entre eux les pays membres de l’Union européenne.
9Ces points ont été examinés au chapitre IV de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale.
10Voir “The Impact of Higher Oil Prices on the Global Economy”, document qu’il est possible de consulter sur le site du FMI à l’adresse http://www.imf.org/external/pubs/ft/oil/2000/index.htm.
11Le prix du charbon a lui aussi récemment augmenté.
12Les conséquences de ces variations de prix pour les pays pauvres sont examinées au chapitre II de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale.
13Les variations non anticipées et souvent fortes des prix, imputables d’ordinaire à des facteurs tenant à l’offre, demeurent une caractéristique importante des marchés mondiaux des produits primaires. Ces trente dernières années, les variations annuelles moyennes ont été comprises entre 9% (pour les bananes) et 37% (pour le sucre sur le «marché libre») et cette variabilité n’a pas diminué au cours de la période récente.
14Richard Meese et Kenneth Rogoff ont attiré l’attention sur la difficulté de faire des prévisions sur les forces déterminant l’évolution des taux de change à court terme dans une étude capitale intitulée “Empirical Exchange Rate Models of the Seventies: Do They Fit Out Sample?” Journal of International Economics, Vol. 14 (1983), p. 3-24. Dans des travaux plus récents, on a constaté un certain retour avec le temps aux valeurs fondamentales, mais à un rythme relativement lent (voir Ronald MacDonald, “Long Run Exchange Rate Modeling: A Survey of the Evidence,” IMF Staff Papers, International Monetary Fund, Vol. 42 (1995), p. 437-89).
15La façon dont le FMI calcule les désalignements des taux de change est examinée dans une étude publiée sous la direction de Peter Isard et de Hamid Faruqee et intitulée: Exchange Rate Assessment: Extensions of the Macroeconomic Balance Approach, IMF Occasional Paper No. 167 (Washington: International Monetary Fund, 1998).
16Ce thème est revenu fréquemment dans les précédentes éditions des Perspectives de l’économie mondiale. Voir, par exemple, l’appendice I du chapitre I de l’édition d’octobre 2000 intitulé «Autres scénarios».
17Les quatre pays les plus importants du groupe des autres pays industrialisés sont l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et la Suède.
18En principe, aucun événement particulier ne déclenche cet ajustement, les prix des actifs enregistrant éventuellement, voire souvent, de fortes fluctuations à la suite d’une accumulation de profonds déséquilibres. Par exemple, il ne semble pas qu’on puisse imputer la récente correction mondiale des cours des actions du secteur des nouvelles technologies (voir chapitre II), pas plus d’ailleurs que les krach de 1929 et de 1987, à un événement macroéconomique particulier et marquant.
19L’impact sur la croissance mondiale, et particulièrement aux États-Unis, est légèrement plus faible que dans le scénario d’atterrissage brutal exposé dans la dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale, étant donné la dégradation prononcée de l’activité mondiale et la forte baisse des cours des actions déjà enregistrées. Après ajustement pour tenir compte de la révision à la baisse des prévisions de base, la présente simulation aboutit à une croissance nettement moins forte en 2001 que ne le prévoyait le précédent scénario.

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