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Chapitre I. Les perspectives et les enjeux économiques

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2004
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Au cours de l’année écoulée, la reprise de l’économie mondiale s’est installée de plus en plus fermement, et il est maintenant prévu que la croissance du PIB mondial atteindra en moyenne 5 % en 2004, le chiffre le plus élevé depuis près de trente ans (graphique 1.1 et tableau 1.1). Cela dit, la croissance a ralenti à partir du deuxième trimestre de 2004, notamment aux États-Unis, au Japon et en Chine, tandis que les cours du pétrole sont montés en flèche. L’expansion de l’économie mondiale restera solide, mais sera donc probablement un peu plus faible que prévu antérieurement; les perspectives risquent aujourd’hui de se détériorer plutôt que de s’améliorer, la volatilité des cours du pétrole étant particulièrement préoccupante. En ce qui concerne l’action des pouvoirs publics, il faudra continuer de relever les taux d’intérêt à mesure que le redressement se poursuit, même si la cadence et le calendrier de ces ajustements varieront considérablement d’un pays à l’autre, en fonction de leur situation conjoncturelle relative. Cependant, il sera fondamental—et ce peut-être d’autant plus que la situation à court terme est un peu moins favorable—de tirer parti de la reprise pour s’attaquer à des problèmes fondamentaux à moyen terme: des situations budgétaires précaires, des faiblesses structurelles qui freinent la croissance, des facteurs de vulnérabilité dans les secteurs financiers et les entreprises, et surtout la persistance de déséquilibres dans les comptes des transactions courantes à l’échelle mondiale. Les progrès sont réels, mais généralement limités; faute de nouvelles mesures, les avancées risquent fort d’être insuffisantes, et le monde serait plus vulnérable aux chocs auxquels il fera face inévitablement à l’avenir.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

En 2004, la croissance mondiale sera la plus rapide depuis près de trente ans et, si elle se ralentira, elle restera solide en 2005.

1 Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.

2 Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée en fonction de la parité de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3 Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans (ou à échéance la plus proche de dix ans) des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

4 Moyenne arithmétique des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Projections actuellesÉcart par rapport

aux projections

d’avril 20041
200220032004200520042005
Production mondiale3,03,95,04,30,3−0,1
Économies avancées1,62,13,62,90,2−0,2
États-Unis1,93,04,33,5−0,3−0,3
Zone euro0,80,52,22,20,4−0,1
Allemagne0,1−0,12,01,80,5−0,1
France1,10,52,62,30,9−0,1
Italie0,40,31,41,90,2−0,1
Espagne2,22,52,62,9−0,1−0,4
Japon−0,32,54,42,31,10,5
Royaume-Uni1,82,23,42,5−0,1−0,1
Canada3,42,02,93,10,3
Autres économies avancées3,62,44,33,50,3−0,5
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,03,05,54,00,2−1,0
Autres pays émergents et en développement4,86,16,65,90,5
Afrique3,54,34,55,40,3
Afrique subsaharienne3,63,74,65,80,40,1
Europe centrale et orientale4,44,55,54,81,00,3
Communauté des États indépendants25,47,88,06,62,01,4
Russie4,77,37,36,61,31,4
Russie non comprise7,09,09,66,53,71,5
Asie, pays en développement d’6,67,77,66,90,2−0,1
Chine8,39,19,07,50,5−0,5
Inde5,07,26,46,7−0,40,6
ASEAN-434,35,15,55,4−0,1
Moyen-Orient4,36,05,14,81,0−0,1
Hémisphère occidental−0,11,84,63,60,7
Brésil1,9−0,24,03,50,5
Mexique0,81,34,03,20,8−0,1
Pour mémoire
Union européenne1,21,12,62,50,4−0,1
Croissance mondiale calculée sur la base des cours de change du marché1,72,74,13,40,3−0,1
Volume du commerce mondial (biens et services)3,35,18,87,22,00,7
Importations
Économies avancées2,63,77,65,61,90,2
Autres pays émergents et en développement6,011,112,811,92,62,4
Exportations
Économies avancées2,22,68,16,31,80,2
Autres pays émergents et en développement6,610,910,810,62,71,9
Cours des produits de base (en dollars)
Pétrole42,515,828,925,110,0
Produits de base non pétroliers (moyenne fondée sur la pondération des exportations mondiales de produits de base)0,67,116,8−3,99,2−3,1
Prix à la consommation
Économies avancées1,51,82,12,10,40,4
Autres pays émergents et en développement6,06,16,05,50,30,5
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)
Dépôts en dollars1,91,21,63,40,3−0,1
Dépôts en euros3,32,32,22,80,10,2
Dépôts en yen0,10,10,10,3−0,1
Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 7 juillet et le 4 août 2004.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

La Mongolie, qui n’est pas membre de la CEI, est incluse dans ce groupe pour des raisons de géographie et de similarité dans la structure économique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne non pondérée des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le cours moyen du pétrole en 2003 était de 28,89 dollars le baril; hypothèse pour 2004: 37,25 dollars le baril et pour 2005: 37,25 dollars le baril.

Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 7 juillet et le 4 août 2004.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

La Mongolie, qui n’est pas membre de la CEI, est incluse dans ce groupe pour des raisons de géographie et de similarité dans la structure économique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne non pondérée des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le cours moyen du pétrole en 2003 était de 28,89 dollars le baril; hypothèse pour 2004: 37,25 dollars le baril et pour 2005: 37,25 dollars le baril.

Au cours de l’année écoulée, la reprise de l’économie mondiale s’est installée de plus en plus fermement. Entre le milieu de 2003 et le milieu de 2004, la croissance mondiale a atteint 5 % en moyenne—bien plus que la tendance historique de 4 %—avec une forte croissance dans les pays industrialisés et une expansion exceptionnellement rapide dans les pays émergents, notamment en Chine. Cela s’est accompagné d’un vif redressement de la production industrielle et des flux commerciaux internationaux, d’un redémarrage de la consommation privée, sous l’effet de l’amélioration générale de la situation sur le marché du travail, et d’une expansion persistante de l’investissement, la restructuration des bilans des entreprises suivant son cours après l’éclatement de la bulle (graphique 1.2). La croissance mondiale a été bien plus solide que prévu au premier trimestre, mais l’expansion a perdu de sa vigueur par la suite. Si un certain ralentissement était à la fois inévitable et souhaitable après trois trimestres d’expansion exceptionnellement rapide, la croissance du PIB dans plusieurs grands pays—dont les États-Unis et le Japon—a été inférieure aux prévisions, d’où la crainte d’un «passage à vide». La croissance du PIB en Chine a ralenti aussi—une évolution bienvenue, étant donné les craintes de surchauffe—bien que les données récentes semblent indiquer qu’un atterrissage en douceur n’est pas encore assuré.

Graphique 1.2.Indicateurs courants et précurseurs

(Variations trimestrielles en pourcentage, en taux annuels, sauf indication contraire)

La croissance de la production industrielle et du commerce international a ralenti quelque peu récemment, mais reste vigoureuse; d’après les indicateurs précurseurs en particulier, la reprise devrait rester solide.

Sources: confiance des entreprises: pour les États-Unis, Institute for Supply Management; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon. Confiance des consommateurs: pour les États-Unis, Conference Board; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Bureau du Premier Ministre (Agence de planificacation économique). Pour les autres indicateurs: Haver Analytics.

1 Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2 Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Colombie, Corée, Estonie, Hong Kong (RAS), Hongrie, Inde, Indonésie, Israël, Lettonie, Lituanie, Malaisie, Mexique, Pakistan, Pérou, Philippines, Pologne, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Russie, Singapour, Slovénie, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Turquie, Ukraine et Venezuela.

3 Les données pour la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Russie ont été calculées par interpolation.

La reprise s’étend de plus en plus, mais certaines régions continuent d’enregistrer une croissance plus rapide que d’autres. En dépit du ralentissement au deuxième trimestre, la croissance mondiale reste tirée par les États-Unis, avec un appui vigoureux de l’Asie; l’activité s’est redressée fortement aussi en Amérique latine et dans quelques autres pays émergents. Dans la zone euro, la reprise s’est installée plus fermement, mais elle reste relativement faible et est fort tributaire de la demande extérieure (surtout en Allemagne, qui représente un tiers de la zone euro). En dépit d’une croissance plus vigoureuse dans le reste du monde, le déficit des transactions courantes des États-Unis a continué de se creuser au cours de l’année écoulée, avec pour contrepartie une augmentation des excédents au Japon et dans la zone euro. Les excédents des transactions courantes sont restés très élevés dans les pays émergents d’Asie—en dépit d’une demande intérieure généralement en hausse—grâce à l’allure soutenue des exportations de produits d’électronique, mais aussi à la compétitivité des taux de change dans la région.

Le dynamisme de la demande mondiale, ainsi que, de plus en plus, divers facteurs qui influent sur l’offre, ont entraîné une forte remontée des cours des produits de base, qui ont augmenté de 27 % en DTS depuis décembre 2003 (appendice 1.1). Les cours du pétrole sont montés en flèche, sous l’effet d’un gonflement de la demande et—en particulier à partir du deuxième trimestre—de préoccupations relatives à l’offre de plusieurs gros exportateurs de pétrole—dont l’Iraq, la Russie et le Venezuela (voir l’appendice 1.1 pour un examen détaillé de la question); cette évolution a été accentuée par le faible niveau des capacités excédentaires et les activités spéculatives. Dans un contexte de volatilité extrême, le cours du pétrole a culminé à 44,71 dollars le baril le 19 août (un record en dollars, mais bien en deçà de records antérieurs en valeur réelle—graphique 1.1). Il s’est ensuite replié, en partie du fait de la diminution des tensions géopolitiques, avant de repartir à la hausse à la miseptembre. Par contre, les cours des produits de base non pétroliers, qui ont beaucoup augmenté jusqu’au début de 2004, semblent fléchir depuis, en partie à cause du ralentissement de la croissance en Chine (qui représente une part substantielle de la consommation mondiale de quelquesuns des principaux produits de base).

La flambée des cours du pétrole a contribué à ralentir l’expansion au cours des derniers mois et cet effet persistera probablement pendant plusieurs trimestres. À ce jour, cependant, l’effet global semble modéré. D’après les marchés à terme début septembre, les cours moyens du pétrole en 2005 seraient supérieurs d’environ 8 dollars le baril à ceux de 2003; selon les modèles économiques traditionnels, une telle hausse réduirait le PIB mondial d’environ ½ point1. Contrairement aux cas précédents, la montée des cours du pétrole tient en grande partie au gonflement de la demande mondiale, plutôt qu’à des problèmes du côté de l’offre (même si cela a été moins le cas depuis le premier trimestre), et la confiance des consommateurs, qui a diminué notablement lors des épisodes antérieurs, a plutôt bien résisté jusqu’à présent. D’un point de vue régional, comme indiqué plus en détail à l’appendice 1.1, l’effet du renchérissement du pétrole varie considérablement, selon—entre autres—l’intensité énergétique de la production et de la consommation, l’incidence sur les termes de l’échange et l’aptitude de l’économie concernée à faire face aux chocs. Parmi les pays industrialisés, les répercussions sont un peu plus marquées aux États-Unis et dans la zone euro qu’au Japon et au Royaume-Uni. Parmi les pays en développement, les producteurs de pétrole tirent manifestement profit du renchérissement; au total, les effets négatifs sont les plus prononcés dans les pays émergents d’Asie et d’Europe, et relativement faibles en Amérique latine. Les effets sur les pays importateurs de pétrole les plus pauvres—surtout en Afrique et dans la CEI—sont particulièrement préoccupants, même si, dans un certain nombre de cas, ils sont partiellement ou totalement compensés par le renchérissement des produits non pétroliers (graphique 1.3).

Graphique 1.3.Évolution des balances commerciales due aux fluctuations des cours des produits de base entre 2003 et 2004

(En pourcentage du PIB)

Dans de nombreux pays en développement, les effets de la hausse des cours du pétrole ont été globalement compensés par ceux du renchérissement des produits de base non pétroliers, même si certains pays, en particulier en Afrique et dans la CEI, ont été plus durement touchés.

Source: estimations des services du FMI.

1 Effets de la hausse prévue des cours des produits de base entre 2003 et 2004 sur les exportations non pétrolières (axe horizontal) et la balance commerciale pétrolière (axe vertical).

2 Hormis les pays exportateurs de pétrole.

Après être tombée à un niveau exceptionnellement bas au milieu de 2003, l’inflation est repartie à la hausse dans le monde entier, la crainte d’une déflation faisant place à la crainte d’un retour de l’inflation. L’augmentation de l’inflation globale était inévitable du fait du renchérissement du pétrole, mais dans un certain nombre de pays—y compris les États-Unis—l’inflation de base s’est redressée aussi, en partie à cause de facteurs temporaires ou exceptionnels, ainsi que de la montée des cours du pétrole brut et de produits intermédiaires (encadré 1.1, p. 16–18). Les risques d’inflation varient d’un pays et d’une région à l’autre, mais ils semblent modérés dans la plupart des cas, étant donné que les capacités excédentaires sont substantielles dans de nombreux pays; les hausses de salaires prévues dans les conventions collectives sont généralement modérées par rapport à la croissance de la productivité; la rentabilité des entreprises est élevée, en particulier aux États-Unis, ce qui leur permet d’absorber les pressions sur les prix, et les anticipations inflationnistes sont relativement bien ancrées (tableau 1.2). Les banques centrales devront quand même faire preuve de vigilance pour assurer que les effets secondaires de l’augmentation de l’inflation globale sont bien contenus, ce qui sera plus facile dans les pays où la crédibilité de la banque centrale est bien établie.

Tableau 1.2.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
200220032004200520022003200420052002200320042005
Économies avancées1,62,13,62,91,51,82,12,16,46,66,36,1
États-Unis1,93,04,33,51,62,33,03,05,86,05,55,4
Zone euro10,80,52,22,22,32,12,11,98,58,99,08,7
Allemagne0,1−0,12,01,81,31,01,81,38,79,69,79,5
France1,10,52,62,31,92,22,42,18,99,49,49,0
Italie0,40,31,41,92,62,82,12,09,08,78,38,2
Espagne2,22,52,62,93,93,02,82,711,411,311,110,3
Pays-Bas0,6−0,91,11,83,92,21,41,12,54,35,35,8
Belgique0,71,12,52,31,61,51,81,67,38,18,38,3
Autriche1,40,71,62,41,71,31,71,64,34,44,44,2
Finlande2,32,02,82,62,01,30,11,39,19,08,88,5
Grèce3,94,33,93,03,93,43,33,410,09,08,98,8
Portugal0,4−1,21,42,23,73,32,52,25,16,47,16,8
Irlande6,13,74,75,04,74,02,32,14,44,74,44,1
Luxembourg1,72,12,83,42,12,62,12,02,93,84,54,8
Japon−0,32,54,42,3−0,9−0,2−0,2−0,15,45,34,74,5
Royaume-Uni11,82,23,42,51,31,41,61,95,25,04,84,8
Canada3,42,02,93,12,32,71,92,27,77,67,26,8
Corée7,03,14,64,02,83,53,83,83,13,43,53,6
Australie3,83,03,63,43,02,82,82,56,46,15,75,7
Taiwan, province chinoise de3,63,35,64,1−0,2−0,31,11,55,25,04,74,5
Suède2,11,63,02,52,02,30,91,44,04,95,65,0
Suisse0,2−0,51,82,20,60,60,70,82,53,53,43,0
Hong Kong (RAS)1,93,27,54,0−3,0−2,61,07,37,96,75,8
Danemark1,00,52,12,52,32,11,71,84,95,85,95,6
Norvège1,40,42,72,71,32,50,51,83,94,54,34,0
Israël−0,71,33,63,55,70,7−0,31,410,310,810,710,1
Singapour2,21,18,84,4−0,40,51,81,64,44,74,33,9
Nouvelle-Zélande24,33,44,22,02,71,82,42,85,24,74,65,0
Chypre2,02,03,03,52,84,12,22,63,23,53,43,2
Islande−0,54,04,45,34,82,13,33,22,53,33,02,3
Pour mémoire
Principales économies avancées1,22,23,72,91,31,72,12,16,56,76,46,2
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,03,05,54,00,91,42,42,64,14,34,14,1

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Sur les marchés financiers, le principal événement a été une modification des attentes concernant la cadence et le moment du durcissement de la politique monétaire aux États-Unis. Le raffermissement de la reprise, combiné à un changement de termes dans les communiqués du Comité de l’open-market de la Réserve fédérale, a entraîné une hausse notable des taux d’intérêt à long terme jusqu’au milieu de juin (graphique 1.4), qui s’est accompagnée d’un vaste désendettement. Jusqu’à présent—comme il est noté dans l’édition de septembre 2004 du Global Financial Stability Report—l’ajustement du marché a été ordonné et n’a pas menacé la stabilité financière, ni la santé des institutions financières. Sur les marchés matures, les cours des actions et les marges obligataires se sont plutôt bien tenus en général, grâce à l’augmentation de la rentabilité des entreprises et à la restructuration en cours de leurs bilans. Les conséquences ont été les plus importantes sur les marchés émergents, où les marges obligataires—qui avaient été proches de points bas records—se sont élargies notablement et les nouvelles émissions ont ralenti (graphique 1.5; tableau 1.3). Depuis juin, ces tendances se sont inversées partiellement, des données américaines moins favorables que prévu ayant entraîné une révision à la baisse du rythme attendu du resserrement de la politique monétaire américaine. Les taux d’intérêt à long terme se sont repliés, les marchés d’actions se sont affaiblis et la propension au risque a augmenté, avec une amélioration correspondante des conditions de financement sur les marchés émergents. En dépit de l’incertitude qui entoure apparemment l’évolution de la situation monétaire aux États-Unis—et d’autres facteurs, notamment les cours du pétrole et les risques géopolitiques—la volatilité attendue sur les principaux marchés d’obligations et d’actions est faible par référence au passé, d’où la crainte que les marchés deviennent trop complaisants.

Graphique 1.4.Évolution des marchés financiers matures

Les taux d’intérêt à long terme ont augmenté nettement depuis le premier trimestre de 2004, mais ils sont redescendus depuis, parallèlement à un affaiblissement des marchés d’actions.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; State Street Bank; HBOS plc; Office of Federal Housing Enterprise Oversight; Japan Real Estate Institute; calculs des services du FMI; sources nationales.

1 Obligation d’État à dix ans moins bons du Trésor à trois mois.

2 Indice Halifax des prix de l’immobilier (valeur de toutes les maisons).

3 Indice des prix de l’immobilier (valeur des maisons unifamiliales dans l’ensemble des États-Unis, dans diverses régions du pays, et dans les États et le District de Columbia).

4 Prix des biens immobiliers à usage d’habitation: logements existants.

5 Indice des prix des terrains urbains: moyenne de toutes les catégories dans six grandes communautés urbaines.

Graphique 1.5.Pays émergents: conditions de financement

Après s’être détériorées en avril et en mai 2004, les conditions de financement des pays émergents se sont améliorées, en partie grâce au repli des taux d’intérêt mondiaux à long terme.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Capital Data; calculs des services du FMI.

1 Corrélation moyenne glissante sur 30 jours entre les marges des marchés obligataires émergents.

Tableau 1.3.Pays émergents et en développement: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1996199719981999200020012002200320042005
Total
Flux nets de capitaux privés2196,7195,070,588,146,647,861,2120,481,647,5
Investissements directs nets116,0144,9155,0173,4177,1191,2143,5147,6166,9175,2
Investissements de portefeuille nets86,363,341,966,616,1−91,3−99,6−11,0−21,3−23,4
Autres flux nets de capitaux privés−5,6−13,2−126,4−151,8−146,6−52,017,3−16,2−64,0−104,4
Flux nets de capitaux publics−6,834,649,76,5−27,715,71,7−24,8−31,0−42,1
Variation des réserves3−90,3−103,8−33,9−92,5−115,6−113,2−197,1−367,0−350,1−291,2
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−93,8−83,3−52,738,0126,389,7145,0235,3285,7269,2
Afrique
Flux nets de capitaux privés24,512,38,312,25,613,511,914,816,613,7
Investissements directs nets3,17,96,69,08,023,813,113,614,415,5
Investissements de portefeuille nets2,97,03,78,7−1,7−8,4−0,5−0,11,41,1
Autres flux nets de capitaux privés−1,5−2,6−2,0−5,5−0,7−2,0−0,71,30,8−2,9
Flux nets de capitaux publics−2,6−6,41,81,50,90,53,75,22,32,6
Variation des réserves3−5,9−10,53,3−2,9−12,8−12,3−7,6−20,0−22,9−23,4
Europe centrale et orientale
Flux nets de capitaux privés223,020,227,236,739,112,155,351,553,249,3
Investissements directs nets10,411,619,222,623,924,225,114,922,724,7
Investissements de portefeuille nets1,95,4−1,45,73,10,51,57,09,210,0
Autres flux nets de capitaux privés10,73,29,48,412,1−12,628,729,621,214,6
Flux nets de capitaux publics0,1−3,30,3−2,61,65,5−7,6−5,5−6,6−5,5
Variation des réserves3−7,4−10,6−9,5−11,3−3,35,8−14,4−13,6−9,4−5,7
Communauté des États indépendants5
Flux nets de capitaux privés2−3,819,67,2−6,1−12,6−1,7−9,215,2−19,2−5,8
Investissements directs nets4,95,95,34,32,44,63,93,85,76,0
Investissements de portefeuille nets−0,117,67,7−3,0−6,0−9,2−8,2−5,0−7,9−8,2
Autres flux nets de capitaux privés−8,6−3,9−5,8−7,4−9,02,9−4,816,4−17,1−3,5
Flux nets de capitaux publics10,68,49,9−0,1−4,0−4,2−1,5−4,7−2,6−2,5
Variation des réserves32,2−3,87,5−2,2−17,1−11,2−11,8−33,6−27,8−34,7
Pays émergents d’Asie6
Flux nets de capitaux privéss2,7119,437,6−52,28,6−4,59,625,452,879,88,6
Investissements directs nets53,456,556,166,467,460,553,870,077,277,5
Investissements de portefeuille nets32,56,78,156,119,8−56,9−59,65,512,0−1,8
Autres flux nets de capitaux privés733,5−25,5−116,4−113,9−91,76,031,2−22,8−9,4−67,1
Flux nets de capitaux publics−14,522,617,92,24,5−1,8−1,8−16,3−6,9−8,8
Variation des réserves3−46,3−36,4−52,7−87,2−60,9−90,9−158,4−234,2−232,6−158,0
Moyen-Orient8
Flux nets de capitaux privés2−1,07,813,3−0,6−20,6−7,9−23,6−14,0−45,5−32,5
Investissements directs nets4,65,35,85,36,47,85,813,48,812,2
Investissements de portefeuille nets1,0−2,7−2,1−2,3−0,3−7,9−15,6−16,7−33,3−27,5
Autres flux nets de capitaux privés−6,65,29,6−3,5−26,7−7,8−13,8−10,7−21,0−17,2
Flux nets de capitaux publics7,16,21,0−1,0−24,4−10,7−13,0−26,3−25,0−28,1
Variation des réserves3−18,0−16,110,2−0,2−26,1−9,6−3,3−29,9−44,8−56,3
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés254,897,466,637,339,622,21,4−3,314,2
Investissements directs nets39,657,761,965,869,070,241,731,838,039,3
Investissements de portefeuille nets48,229,425,81,51,3−9,4−17,1−1,7−2,83,0
Autres flux nets de capitaux privés−33,010,4−21,1−30,0−30,6−38,6−23,2−30,1−38,5−28,2
Flux nets de capitaux publics−7,47,118,86,5−6,126,522,022,77,80,2
Variation des réserves3−15,0−26,37,311,34,74,9−1,6−35,7−12,7−13,2
Pour mémoire
Pays exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés2−24,430,215,6−17,7−52,4−11,8−33,31,8−66,7−46,9
Pays non exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés2221,1164,854,9105,899,059,694,5118,6148,394,4

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. La Corée, Israël, la RAS de Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan sont pris en compte dans ce tableau.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres flux nets de capitaux privés» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 25 de l’appendice statistique.

Les données cumulées de la Russie ayant été révisées et un certain nombre de problèmes d’interprétation réglés, les données rétrospectives ont été révisées.

Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie,

Sans tenir compte des effets de la recapitalisation de deux grandes banques commerciales en Chine à l’aide de réserves de change de la Banque de Chine (45 milliards de dollars EU), les flux nets de capitaux privés vers les pays émergents d’Asie atteignaient 97,8 milliards de dollars EU en 2003, alors que les autres flux nets de capitaux privés vers la région étaient de 22,2 milliards de dollars EU.

Y compris Israël.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. La Corée, Israël, la RAS de Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan sont pris en compte dans ce tableau.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres flux nets de capitaux privés» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 25 de l’appendice statistique.

Les données cumulées de la Russie ayant été révisées et un certain nombre de problèmes d’interprétation réglés, les données rétrospectives ont été révisées.

Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie,

Sans tenir compte des effets de la recapitalisation de deux grandes banques commerciales en Chine à l’aide de réserves de change de la Banque de Chine (45 milliards de dollars EU), les flux nets de capitaux privés vers les pays émergents d’Asie atteignaient 97,8 milliards de dollars EU en 2003, alors que les autres flux nets de capitaux privés vers la région étaient de 22,2 milliards de dollars EU.

Y compris Israël.

Sur les marchés des changes, les anticipations croissantes d’une augmentation des taux d’intérêt américains et la vigueur de la croissance ont contribué à une appréciation modérée du dollar américain jusqu’à la réunion du Comité monétaire et financier international (CMFI) en avril. Depuis lors, en dépit d’une certaine volatilité, les principales monnaies ont bougé relativement peu en valeur pondérée par le commerce extérieur, une dépréciation modérée du dollar américain et du yen allant de pair avec de faibles appréciations de l’euro et de la livre sterling (graphique 1.6). En dehors de l’Europe centrale, la plupart des pays émergents, notamment en Asie et en Amérique latine, ont vu leur monnaie se déprécier, du fait en partie de la détérioration des conditions de financement extérieur. Grâce à la hausse des rendements réels, le déficit des transactions courantes des États-Unis a continué d’être financé sans gros problème, plus de la moitié des entrées nettes d’investissements de portefeuille provenant encore de l’Asie.

Graphique 1.6.Taux de change: évolution mondiale

Depuis la réunion du CMFI en avril, les taux de change pondérés sont restés plus ou moins inchangés dans la plupart des pays industrialisés; dans les pays émergents, hors Europe centrale, les taux de change sont restés stables ou se sont dépréciés.

Sources: Bloomberg Financial, LP; calculs des services du FMI.

1 Australie et Nouvelle-Zélande.

2 Danemark, Norvège et Suède.

3 Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4 Hongrie, Pologne et République tchèque.

5 Afrique du Sud, Russie et Turquie.

6 Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

7 Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

Dans ce contexte, et comme l’expansion a été plus vigoureuse que prévu au premier trimestre de l’année—ce qui cadre avec les possibilités de révision à la hausse identifiées dans la dernière édition des Perspectives—, la croissance du PIB mondial a été relevée à 5 % pour 2004. Cela s’explique par la persistance de politiques macroéconomiques accommodantes, l’augmentation de la rentabilité des entreprises, les effets de patrimoine résultant de la hausse des marchés d’actions et des prix immobiliers, la progression de l’emploi et—en particulier pour les pays asiatiques—la croissance très vigoureuse en Chine. Cependant, il est prévu que la croissance mondiale ralentira à compter du deuxième trimestre de 2004 (graphique 1.7), car ces facteurs positifs sont compensés par la baisse continue des écarts de production à l’échelle mondiale, le retrait progressif des impulsions budgétaires et monétaires (graphique 1.8) et l’effet du renchérissement du pétrole. Par conséquent, la croissance mondiale devrait tomber à 4,3 % en 2005, soit un taux qui est légèrement inférieur à celui prévu en avril dernier, mais qui reste nettement supérieur à la tendance historique.

Graphique 1.7.Perspectives mondiales

(PIB réel; variations en pourcentage sur quatre trimestres)

Après une expansion très rapide à compter de la mi-2003, la croissance mondiale ralentit depuis le premier trimestre de 2004, mais devrait rester relativement vigoureuse.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1 Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2 Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

3 Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4 Estonie, Hongrie, Lettonie, Pologne et République tchèque.

5 Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

6 Afrique du Sud, Israël, Russie et Turquie.

Graphique 1.8.Assouplissement budgétaire et monétaire dans les principaux pays avancés

D’après les projections, la plupart des pays industrialisés devraient durcir leurs politiques budgétaires et monétaires en 2005, et ce sont les États-Unis qui agiraient le plus rapidement.

Source: estimations des services du FMI.

1 Abstraction faite de l’aide octroyée aux banques.

Pour ce qui est des pays et des régions:

  • Dans les pays industrialisés, l’expansion reste tirée par les États-Unis, le retrait de l’impulsion budgétaire et monétaire étant compensé par la forte croissance de la productivité du travail. Cependant, la croissance du PIB—en particulier de la consommation privée—a été plus faible que prévu au deuxième trimestre et la croissance de l’emploi a ralenti. Si ce «passage à vide»—comme il est noté ci-dessous—est fort probablement temporaire, les prévisions de croissance ont été révisées à la baisse pour 2004 et 2005, et l’expansion continue de dépendre dans une large mesure de la vigueur du redressement de l’emploi. Au Japon, la reprise a été vigoureuse aussi, alors qu’il semble de plus en plus que les problèmes de longue date—déflation et faiblesses du secteur financier et des entreprises—sont en voie de correction. Si la croissance a ralenti nettement au deuxième trimestre, les données récentes semblent indiquer que les perspectives à court terme restent solides; cependant, des risques pèsent sur les prévisions des services du FMI, essentiellement une nouvelle hausse des cours du pétrole et un atterrissage brutal de l’économie chinoise. La reprise prend aussi de l’ampleur dans la zone euro—les prévisions pour 2004 ont été révisées nettement à la hausse—mais reste fort tributaire de la demande extérieure; la demande intérieure finale—notamment en Allemagne—est demeurée relativement faible. Comme il est de tradition que la zone euro s’ajuste lentement aux chocs et que l’emploi ne se renforcera probablement que progressivement, le rythme de l’expansion devrait rester modéré.
  • Dans les pays émergents et les pays en développement, la reprise est généralement vigoureuse, les prévisions de croissance du PIB pour 2004 ayant été révisées nettement à la hausse dans toutes les principales régions. Dans les pays émergents d’Asie, il est prévu que la croissance du PIB continuera de s’établir à 7¼ % en 2004, grâce à la forte expansion de l’activité en Chine—qui est alimentée par une croissance très rapide de l’investissement et du crédit—et en Inde, où—en dépit de conditions climatiques défavorables récemment—la croissance est soutenue par l’expansion mondiale et des conditions monétaires favorables. Si la croissance de la demande intérieure régionale est généralement vigoureuse, les excédents des transactions courantes—et dans certains cas les entrées de capitaux—restent très élevés. Les écarts de production étant en repli et les taux de change compétitifs, la persistance d’augmentations substantielles des réserves compliquera de plus en plus la conduite de la politique monétaire. La région reste relativement vulnérable aux facteurs extérieurs, notamment les cours du pétrole et un ralentissement dans le secteur des technologies de l’information; un atterrissage brutal de l’économie chinoise aurait aussi des conséquences défavorables sur un certain nombre de pays, notamment les nouvelles économies industrielles et les pays de l’ASEAN, alors que les répercussions à l’échelle mondiale seraient probablement modérées (voir encadré 1.2, p. 19–21). En Amérique latine, la reprise semble s’installer de plus en plus fermement: il est prévu que la croissance du PIB régional passera à 4,6 % en 2004, tirée par la reprise de l’économie mondiale, l’augmentation des cours des produits de base et, de plus en plus, par la demande intérieure. La plupart des pays ayant profité de conditions de financement favorables accordées antérieurement pour préfinancer des remboursements de leur dette souveraine pour 2004, la détérioration des conditions de financement extérieur s’est avérée supportable jusqu’à présent; cependant, la vulnérabilité régionale restant élevée, les chocs extérieurs demeurent une source majeure de risque. Au Moyen-Orient, même si la situation reste fragile sur le plan de la sécurité, les prévisions du PIB ont été révisées à la hausse du fait de l’augmentation de la production et des cours du pétrole. La croissance du PIB en Turquie dépasse aussi les prévisions, même si le creusement du déficit des transactions courantes—amplifié par le renchérissement du pétrole—est une source de préoccupation. Dans les pays de la CEI, la hausse de la demande mondiale de pétrole et de métaux a dopé la croissance déjà vigoureuse dans la région—les prévisions de croissance pour la Russie et l’Ukraine ont été révisées nettement à la hausse—mais certains pays de la CEI-7 importateurs de pétrole en ont subi le contrecoup. L’expansion se poursuit aussi en Europe centrale et orientale, où le niveau élevé des déficits budgétaires et courants reste la principale source de vulnérabilité.
  • Dans les pays les plus pauvres, la croissance du PIB en Afrique subsaharienne a été révisée à la hausse à 4,6 % en 2004, essentiellement parce que la croissance a été plus élevée que prévu au Nigéria, et à 5,8 % en 2005 (un chiffre qui serait le plus élevé depuis trente ans). Cela s’explique par une meilleure stabilité macroéconomique; une nette augmentation de la production de pétrole, avec la mise en opération de nouveaux champs dans plusieurs pays; une meilleure stabilité politique et un redressement de la production agricole après plusieurs sécheresses en 2003. Il est à noter que les prévisions du FMI ont surestimé systématiquement la croissance du PIB africain dans le passé, en partie à cause d’imprévus tels que l’instabilité politique et des catastrophes naturelles2. Par ailleurs, les événements qui se déroulent dans plusieurs pays—notamment, la catastrophe humanitaire dans l’ouest du Soudan et l’effondrement de l’économie au Zimbabwe—sont très préoccupants. Néanmoins, les perspectives d’une bonne partie de l’Afrique semblent plus favorables qu’elles ne l’ont été depuis de nombreuses années, un aspect particulièrement réjouissant des perspectives actuelles.

Comme l’incertitude persiste sur le marché du pétrole et que les récents chiffres aux États-Unis et dans quelques autres pays sont plus modestes que prévu, les perspectives risquent maintenant de se détériorer plutôt que de s’améliorer. À court terme, les risques géopolitiques existent bel et bien, même s’ils sont difficiles à quantifier, et contrairement au passé, les possibilités d’assouplir l’action des pouvoirs publics face aux perturbations géopolitiques sont relativement limitées. Deux risques semblent être les plus immédiats:

  • Les capacités de production inemployées étant à un plus bas historique et concentrées sur un seul pays, le marché pétrolier reste très vulnérable aux chocs. Au moment de la mise sous presse de la présente édition, le cours du pétrole était un peu plus élevé que la projection de référence des Perspectives, et les risques pesant sur l’offre étaient substantiels, une augmentation soutenue de 5 dollars le baril tendant à réduire la croissance mondiale d’environ 0,3 point (appendice 1.1). Ce serait particulièrement préoccupant dans les pays où la demande intérieure reste faible, les pays importateurs de pétrole lourdement endettés (parmi lesquels les Philippines et la Turquie) et de nombreux pays pauvres. Les capacités de production pétrolière inemployées devraient rester faibles pendant le reste de la décennie; par conséquent, les attaques terroristes contre les installations pétrolières représentant un risque permanent, il se peut que le niveau et la volatilité des cours du pétrole continuent d’augmenter. Il est donc nécessaire de réduire la vulnérabilité sur ce plan, en prenant des mesures concertées pour limiter la croissance de la demande de pétrole et en investissant dans l’expansion des capacités dans les pays producteurs de pétrole.
  • Les tensions inflationnistes pourraient s’avérer plus fortes que prévu—même si cette crainte est tempérée par les risques de ralentissement de la croissance mondiale—ce qui exigerait un relèvement des taux d’intérêt plus marqué que celui prévu aujourd’hui par les marchés. Il semble peu probable que cela entraîne des problèmes majeurs sur les marchés financiers matures3, mais les répercussions pourraient être notables sur les marchés immobiliers, qui sont étonnamment synchronisés à l’échelle internationale (voir le premier essai du chapitre II). Ce serait particulièrement préoccupant dans les pays où les prix immobiliers semblent excessifs—notamment le Royaume-Uni, l’Australie, l’Irlande et l’Espagne—et où une grande partie de la dette hypothécaire est assortie de taux ajustables. Néanmoins, un ralentissement de la croissance des prix immobiliers pourrait aussi peser sur la demande intérieure dans les autres pays. Une hausse des taux d’intérêt entraînerait en outre une nouvelle détérioration des conditions de financement des pays émergents. Si ce problème seul pourrait être maîtrisé dans la plupart des cas, les risques seraient bien plus élevés s’ils s’accompagnaient d’autres chocs défavorables.

Au-delà du court terme, il existe à la fois des occasions à saisir et des risques notables:

  • La révolution des technologies de l’information, ainsi que l’émergence de la Chine, représente une occasion d’accélérer durablement la croissance de la productivité à l’échelle mondiale4. Jusqu’à présent, les bénéfices de la révolution des technologies de l’information se présentent essentiellement sous la forme d’une hausse de la productivité dans le secteur des technologies de l’information lui-même, ainsi que d’une expansion de l’investissement. Cependant, l’histoire nous montre que les gains les plus élevés proviendront de la réorganisation des processus de production5 qui vient seulement de commencer—la sous-traitance en étant un exemple—et qui devrait probablement se poursuivre pendant longtemps. La croissance rapide de la Chine, qui pourrait bien persister pendant vingt ans ou plus, entraînera aussi une réorganisation substantielle—quoique à plus petite échelle—de la production mondiale, et ce d’autant plus si l’Inde suit la même voie6. Ces deux facteurs donnent une idée des gains substantiels de productivité qui pourraient être réalisés dans les années à venir—et qui se matérialiseront le plus rapidement dans les pays qui seront suffisamment capables de s’adapter pour en tirer profit.
  • Cependant, des facteurs de vulnérabilité importants subsistent tant dans les pays industrialisés que dans les pays émergents, en particulier dans le domaine budgétaire (graphique 1.9 et tableau 1.4). Dans bon nombre de pays industrialisés, il reste beaucoup à faire en matière de réforme des retraites et des soins de santé (voir chapitre III) et ces pays sont encore loin d’être prêts à faire face aux effets du vieillissement de leur population. Dans les pays émergents, les facteurs de vulnérabilité extérieure ont été réduits dans l’ensemble. Cependant, le niveau élevé et la structure inadéquate de la dette publique constituent pour nombre de ces pays un talon d’Achille, qui, faute de mesures correctrices, provoquera fort probablement de nouvelles crises financières. Tant dans les pays industrialisés que dans les pays émergents, les entreprises et les secteurs financiers restent aussi très vulnérables, notamment dans les pays où le volume des prêts improductifs reste élevé ou la croissance du crédit au secteur privé, rapide.

Graphique 1.9.Indicateurs de vulnérabilité budgétaire

(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Dans de nombreux pays, les déficits se sont creusés depuis 2000, tandis que la dette publique a augmenté.

Source: calculs des services du FMI.

1 Déficit primaire structurel en pourcentage du PIB potentiel.

Tableau 1.4.Principales économies avancées: solde budgétaire et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1988–97199819992000200120022003200420052009
Principales économies avancées
Solde effectif−3,7−1,5−1,2−0,2−1,8−4,0−4,6−4,5−4,0−2,8
Écart de production2−0,20,10,51,2−0,4−1,8−2,3−1,3−1,0
Solde structurel−3,6−1,5−1,3−1,2−1,7−3,4−3,6−3,9−3,5−2,8
États-Unis
Solde effectif−3,80,10,61,3−0,7−4,0−4,6−4,9−4,3−2,9
Écart de production2−0,90,91,92,2−0,4−2,0−2,3−1,3−1,0
Solde structurel−3,5−0,3−0,10,5−0,6−3,3−3,8−4,4−3,9−2,9
Dette nette55,352,848,243,341,944,547,048,950,352,3
Dette brute69,166,262,857,156,658,660,561,562,261,9
Zone euro
Solde effectif−2,3−1,3−0,9−1,7−2,3−2,8−2,9−2,5−1,1
Écart de production2−0,40,21,30,7−0,5−1,9−1,8−1,7
Solde structurel−1,9−1,3−1,6−2,1−2,2−1,7−1,7−1,4−1,0
Dette nette62,061,659,158,958,860,260,660,557,1
Dette brute73,872,770,469,469,270,670,970,666,3
Allemagne3
Solde effectif−2,4−2,2−1,51,3−2,8−3,7−3,8−3,9−3,3−1,6
Écart de production20,6−0,4−0,10,90,3−1,1−2,6−2,2−2,0
Solde structurel4−2,7−1,7−1,2−1,6−2,9−2,9−2,2−2,4−1,9−1,7
Dette nette35,353,354,952,853,555,558,760,862,362,8
Dette brute48,460,961,260,259,460,963,865,767,167,0
France
Solde effectif−3,7−2,7−1,8−1,4−1,4−3,2−4,1−3,4−2,8−1,0
Écart de production2−0,9−1,5−0,61,21,0−1,4−1,1−1,0
Solde structurel4−3,0−1,8−1,4−2,0−2,1−3,2−3,2−2,6−2,1−1,0
Dette nette35,249,848,847,548,249,154,054,654,752,5
Dette brute44,259,558,557,156,858,763,764,364,462,2
Italie
Solde effectif−9,2−2,8−1,7−0,6−2,6−2,3−2,4−2,9−2,8−1,6
Écart de production20,1−0,11,00,6−1,0−2,5−2,8−2,7
Solde structurel4−9,0−2,8−1,8−2,4−3,1−2,6−1,4−2,1−1,9−1,6
Dette nette104,4110,1108,4104,5103,9101,499,899,497,991,4
Dette brute110,3116,4114,6111,2110,6108,0106,2105,8104,297,3
Japon
Solde effectif−1,3−5,5−7,2−7,5−6,1−7,9−8,2−6,9−6,5−6,1
Sécurité sociale non comprise−3,7−6,9−8,2−8,0−6,2−7,7−7,7−6,4−5,9−5,2
Écart de production21,2−1,2−2,4−1,4−2,6−4,3−3,4−0,8−0,20,1
Solde structurel−1,7−5,1−6,3−6,9−5,1−6,2−6,9−6,6−6,4−6,2
Sécurité sociale non comprise−3,9−6,6−7,7−7,7−5,6−6,8−7,0−6,2−5,9−5,3
Dette nette20,245,853,559,165,171,479,785,290,8107,2
Dette brute81,0117,9131,0139,3148,8158,4166,2169,6173,8180,7
Royaume-Uni
Solde effectif−3,70,11,03,90,8−1,7−3,4−3,0−2,9−2,6
Écart de production20,61,10,9−0,1−0,6
Solde structurel4−3,7−0,20,91,30,2−1,9−3,2−2,8−2,9−2,6
Dette nette31,442,440,234,433,033,034,834,835,939,4
Dette brute43,347,344,841,938,638,239,639,940,944,5
Canada
Solde effectif−5,60,11,62,91,10,30,60,70,91,2
Écart de production2−0,80,62,00,30,4−0,8−0,7−0,3
Solde structurel−5,40,51,42,11,00,31,11,11,01,2
Dette nette76,183,875,465,359,556,551,948,345,033,2
Dette brute108,0114,8111,6101,599,195,490,985,079,862,0
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année. Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18 % du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et ½–1 %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des licences de téléphonie mobile, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1 % en France (en 2001 et en 2002), 1,2 % en Italie (en l’an 2000) et 2,4 % au Royaune-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs.

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année. Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18 % du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et ½–1 %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des licences de téléphonie mobile, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1 % en France (en 2001 et en 2002), 1,2 % en Italie (en l’an 2000) et 2,4 % au Royaune-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs.

  • Les déséquilibres internationaux, notamment le déficit élevé des transactions courantes des États-Unis et les excédents ailleurs, demeurent un risque majeur. Le déficit des transactions courantes des États-Unis a continué d’augmenter jusqu’à la fin du premier semestre de 2004 et, en dépit de la dépréciation du dollar américain, il devrait rester supérieur à 4 % du PIB à moyen terme (tableau 1.5). La question n’est pas de savoir si le déficit américain s’ajustera—ce sera le cas—mais bien de savoir quand et comment cet ajustement se produira, et en particulier s’il ira de pair avec un ajustement brutal du taux de change. Certains facteurs—notamment la forte croissance de la productivité américaine et l’approfondissement des marchés de capitaux internationaux—sont favorables à un ajustement ordonné; cependant, d’autres—notamment le niveau élevé du déficit américain par rapport aux exportations—le sont moins. Et puisque les corrections des comptes des transactions courantes s’accompagnent en général d’un ralentissement de la croissance dans le pays concerné, même un ajustement ordonné comporte des risques, étant donné le rôle de moteur de la croissance mondiale que les États-Unis ont joué ces dernières années.

Comme il est prévu que l’expansion mondiale demeure solide, la tâche principale à court terme reste de gérer le passage à des taux d’intérêt plus élevés, en contenant les tensions inflationnistes naissantes tout en facilitant—par une communication efficace—un ajustement ordonné sur les marchés de capitaux. La cadence et le calendrier souhaitables varient considérablement, de la Chine—où les conditions monétaires ont déjà été durcies et où une action supplémentaire sera peut-être nécessaire pour éviter une surchauffe—au Japon, où, en dépit d’un raffermissement de la croissance et d’un relâchement des tensions déflationnistes, la politique monétaire devrait rester accommodante jusqu’à ce que la déflation et les anticipations déflationnistes aient définitivement disparu. Aux États-Unis, le cycle de durcissement de la politique monétaire longtemps attendu a débuté en juin; étant donné la persistance d’un volant considérable de capacités inutilisées, la Réserve fédérale a indiqué à juste titre que les futurs relèvements des taux d’intérêt seront probablement modérés, même si, le rythme de la reprise et la vigueur des tensions inflationnistes étant incertains, beaucoup dépendra de la nature des données à venir. Dans la zone euro, l’inflation globale a de nouveau dépassé 2 %, en partie à cause du renchérissement du pétrole et de facteurs exceptionnels. Mais, comme les tensions inflationnistes—y compris les augmentations salariales—demeurent modérées, c’est avec à-propos que la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas bougé, et la politique monétaire devrait rester accommodante jusqu’à ce qu’un redressement autonome de la demande intérieure soit clairement en route.

Tableau 1.5.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
2002200320042005
Économies avancées−0,8−0,8−0,8−0,8
États-Unis−4,5−4,8−5,4−5,1
Zone euro10,80,30,80,9
Allemagne2,22,24,44,8
France1,00,3−0,6−0,6
Italie−0,6−1,5−1,1−0,8
Espagne−2,4−2,8−3,4−3,6
Pays-Bas2,52,22,93,1
Belgique5,33,84,54,6
Autriche0,3−0,9−1,0−1,1
Finlande6,85,75,86,2
Grèce−6,0−5,7−6,0−5,7
Portugal−6,8−5,1−6,1−6,3
Irlande−1,3−1,4−1,6−1,3
Luxembourg11,59,310,111,4
Japon2,83,23,43,2
Royaume-Uni−1,7−1,9−2,0−1,9
Canada2,02,02,92,4
Corée1,02,03,13,3
Australie−4,4−5,9−5,3−4,9
Taiwan, province chinoise de9,110,26,96,0
Suède5,46,46,75,7
Suisse8,510,210,310,6
Hong Kong (RAS)7,910,710,09,6
Danemark2,03,01,81,9
Norvège12,913,015,916,0
Israël−1,60,1−0,5−0,1
Singapour21,430,925,723,9
Nouvelle-Zélande−3,1−4,2−4,4−4,4
Chypre−5,4−4,4−4,3−4,2
Islande−0,3−5,4−5,9−9,7
Pour mémoire
Principales économies avancées−1,5−1,6−1,5−1,5
Zone euro20,80,40,30,5
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,87,66,86,5

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Encadré 1.1.L’inflation mondiale est-elle de retour?

Durant les quinze dernières années, la hausse des prix à la consommation a ralenti de façon spectaculaire, tant dans les pays développés que dans les pays en développement, grâce à l’efficacité et à l’indépendance accrues des banques centrales, mais également aux effets de la mondialisation (appendice 2.1 de l’édition d’avril 2002 des Perspectives et Rogoff (2003)). En 2003, trois pays seulement affichaient une inflation annuelle supérieure à 40 %, niveau au-dessus duquel la hausse des prix est généralement considérée comme profondément néfaste. L’inflation n’a dépassé 3 % dans aucun pays du G-7 (la déflation persistant au Japon, bien sûr). En outre, le taux d’inflation est redescendu bien au-dessous de 10 % dans un grand nombre de pays à revenu intermédiaire où une forte inflation constituait depuis longtemps un élément permanent du paysage économique.

Depuis 2000, les taux d’inflation globale et d’inflation de base (calculée à partir de l’IPC hors produits énergétiques) avoisinent 3 % (voir graphique) au niveau mondial, même si ce chiffre faible par référence au passé cache une certaine volatilité1. Au milieu de 2003 notamment, l’inflation globale est tombée à des niveaux exceptionnellement bas, tant dans les pays industrialisés que dans les pays émergents, ce qui—du fait de la faiblesse de la reprise—a fait craindre l’apparition de tensions déflationnistes au plan mondial. À partir de la fin de 2003, dans un contexte de forte augmentation de la production mondiale et des cours des produits de base, l’inflation globale s’est accélérée notablement, même si son niveau actuel reste modéré. De ce fait, la crainte d’une déflation s’est apaisée et—les politiques monétaires restant plutôt accommodantes dans le monde—on a commencé à craindre un retour de l’inflation.

La récente hausse de l’inflation globale semble être due dans une large mesure au renchérissement des produits de base (en juillet 2004, les cours du pétrole et des produits de base non pétroliers étaient supérieurs de 27 % et 9 %, respectivement, à leurs niveaux de la fin décembre 2003). L’inflation de base a progressé beaucoup moins vite que l’inflation globale (voir graphique) et reste relativement modeste2. D’un point de vue régional, si l’inflation globale s’est accélérée quasiment partout, l’inflation de base a évolué de manière très différente d’un endroit à l’autre. Aux États-Unis, l’inflation de base a augmenté de façon étonnamment marquée3, peut-être en partie parce qu’elle avait été exceptionnellement faible en 2003, même si elle a fléchi ces derniers mois. En revanche, l’augmentation n’est pas marquée dans la zone euro. En dépit de fortes fluctuations mensuelles, on discerne aussi une tendance à la hausse de l’inflation de base en Chine, dans les autres pays émergents d’Asie, ainsi que dans les pays émergents d’Europe et d’Amérique latine.

Inflation mondiale

(Variation annualisée en pourcentage d’une moyenne mobile sur trois mois par rapport à la moyenne précédente sur trois mois)

Sources: Haver Analytics; calculs des services du FMI.

1 Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Royaume-Uni, Suède et zone euro.

2 Afrique du Sud, Brésil, Chili, Chine, Corée, Hongrie, Inde, Indonésie, Mexique et Pologne.

Pour les responsables de la politique monétaire, la grande question est de savoir si la hausse récente de l’inflation globale et de l’inflation de base est passagère ou si elle risque de se répercuter sur les salaires et, partant, de s’ancrer davantage dans l’économie. Ce risque serait plus aigu si l’excédent de capacités était faible (car il existerait alors une pénurie de main-d’œuvre, qui tendrait à comprimer les marges de bénéfices) ou si les anticipations inflationnistes s’intensifiaient (ce qui accroîtrait la probabilité d’une prise en compte de l’accélération de l’inflation dans les augmentations salariales futures). L’analyse des données internationales amène à faire les constatations suivantes:

  • Le volant de capacités inutilisées diminue, mais reste substantiel dans la plupart des pays. Compte tenu du dynamisme de la croissance mondiale—qui devrait atteindre 4,9 % en 2004, soit près d’un point de plus que sa tendance—les taux d’utilisation des capacités doivent être en hausse. Pour autant, le volant de capacités inutilisées semble élevé dans la plupart des pays industrialisés (à l’exception de l’Australie, de la Norvège et du Royaume-Uni) et l’écart de production reste considérable. C’est particulièrement vrai dans la zone euro, où des écarts de production de près de 2 % du PIB devraient persister durant les prochaines années. Aux États-Unis, l’écart de production est moindre, mais il ne devrait pas disparaître avant 2007. Cela dit, il faut réaliser que les marges d’erreur pour ces estimations sont élevées et que celles-ci sont susceptibles d’être révisées substantiellement (le rythme de croissance de la productivité du travail constituant une source d’incertitude majeure, notamment aux États-Unis). Dans les pays émergents et les pays en développement, les écarts de production sont encore plus difficiles à mesurer, mais—comme on l’a vu dans le corps du texte—le risque de surchauffe devient préoccupant dans quelques pays d’Asie et la CEI.
  • Les anticipations inflationnistes ont augmenté de façon modérée, mais semblent encore relativement fermes. Depuis décembre, les prévisions consensuelles de l’inflation mondiale pour 2005 ont été rehaussées de 0,3 % à 2,6 %. Les plus fortes révisions à la hausse concernent les pays émergents—notamment la Chine, la Pologne et le Brésil (dont les propres mesures font aussi état d’une hausse des anticipations inflationnistes)—alors qu’elles sont de moindre ampleur dans les pays industrialisés (voir tableau). À plus long terme, les prévisions des spécialistes—quand elles sont disponibles—restent relativement fermes. Les attentes des marchés financiers au sujet de l’inflation américaine à long terme—mesurées par l’écart de taux entre les bons du Trésor à dix ans nominaux et indexés4—ont augmenté de 0,25 % de décembre à juin (des augmentations similaires ont été enregistrées au Royaume-Uni, en France et au Canada), mais ont baissé depuis lors, peut-être parce que les dernières statistiques mensuelles traduisaient un certain ralentissement de l’inflation.
Prévisions consensuelles: inflation projetée en 20051(Pourcentages)
JanvierMarsAoût
Monde2,32,32,6
États-Unis2,11,92,4
Zone euro1,71,61,8
Japon−0,2−0,20,0
Chine2,42,83,2
Brésil5,45,26,0
Pologne2,72,83,22
Source: prévisions consensuelles.

Projection à l’échelle mondiale basée sur un échantillon de 18 pays, dont ceux de la zone euro.

Juillet.

Source: prévisions consensuelles.

Projection à l’échelle mondiale basée sur un échantillon de 18 pays, dont ceux de la zone euro.

Juillet.

D’une façon générale, étant donné l’accélération de la croissance mondiale et l’augmentation des cours des produits de base, il faudra resserrer les politiques monétaires un peu plus rapidement que prévu, en fonction de la situation cyclique de chaque pays et région (comme on l’a vu dans le corps du texte). Dans la plupart des cas, le risque d’une forte accélération de l’inflation apparaît modéré, car les capacités excédentaires restent substantielles, les anticipations inflationnistes sont fermes, et—en dehors des pays les plus avancés dans le cycle—les tensions sur les marchés du travail sont relativement modérées et les marges de bénéfices sont en hausse. Pour autant, les responsables de la politique économique devront réagir rapidement si les pressions inflationnistes s’intensifient ou si l’utilisation des capacités augmente plus rapidement que prévu, d’autant qu’une réponse tardive à des signes d’inflation naissante pourrait être coûteuse à corriger et priverait les banques centrales d’une partie de la crédibilité qu’elles avaient mis si longtemps à acquérir dans les années 80 et 90.

Au-delà du court terme, cependant, les facteurs à long terme à l’origine de la récente désinflation au niveau mondial risquent-ils de s’inverser? À l’heure actuelle, les forces fondamentales qui nourrissent la désinflation—mondialisation; efficacité et indépendance accrues des banques centrales—demeurent globalement en place. Il est très probable que cette situation perdure, mais, comme le note Rogoff (2003), «il faut se rendre compte que toute détérioration prononcée ou généralisée de la situation relativement favorable qui prévaut actuellement (mondialisation, déréglementation, hausse de la productivité et politiques budgétaires relativement accommodantes) risque de mettre à néant les extraordinaires résultats des dernières années». Il existe deux sujets de préoccupation en particulier, qui ont rapport avec les questions d’actualité analysées dans le corps du texte: un retour en arrière de la mondialisation sous l’effet d’une aggravation de la menace terroriste ou d’un regain de protectionnisme; et l’incapacité de résoudre les problèmes budgétaires à moyen terme, qui renforce les incitations à laisser filer l’inflation pour réduire la valeur de la dette.

Note: David J. Robinson et Sandy Mackenzie sont les principaux auteurs de cet encadré.1 La suite de cet encadré traite de l’inflation dans un groupe de 29 pays industrialisés ou émergents, qui représentent environ 80 % de la production mondiale et pour lesquels on dispose de statistiques mensuelles sur l’inflation globale et l’inflation de base calculée à partir de l’IPC.2 Pour la plupart des pays, on calcule l’inflation de base à partir de l’IPC hors produits alimentaires et énergétiques. En ce qui concerne les pays où ce type de données n’est pas disponible, on utilise un autre indice des prix relativement stable.3 Selon les économistes de la Réserve fédérale, l’augmentation de l’inflation de base enregistrée en 2004 par rapport à 2003 s’explique à raison de 25 % à 50 % seulement par la hausse des cours des produits de base (Federal Reserve Board, 2004).4 L’écart entre les taux des obligations nominales et indexées n’est qu’une mesure imparfaite des anticipations inflationnistes, puisqu’il peut augmenter aussi lorsque les investisseurs sont moins certains de leurs prévisions et acceptent donc de payer une prime pour se couvrir.

Cependant, la priorité doit être de s’attaquer aux facteurs de vulnérabilité à moyen terme qui sont mentionnés ci-dessus. Il s’agira essentiellement de:

  • Renforcer les situations budgétaires à moyen terme, en les assainissant et en réformant les systèmes de retraite et de santé. La plupart des pays industrialisés ont pour objectif un rééquilibrage budgétaire progressif, mais, dans de nombreux cas, celui-ci dépend d’hypothèses budgétaires relativement optimistes (États-Unis) et les mesures qui permettront d’y arriver ne sont pas bien définies (zone euro et Japon). Même si la réforme des retraites a progressé, notamment dans la zone euro et au Japon, il reste beaucoup à faire pour être en mesure de faire face aux pressions liées au vieillissement de la population, d’autant que les projections démographiques ont systématiquement sous-estimé l’ampleur du problème dans le passé (voir chapitre III). Dans les pays émergents, le rééquilibrage budgétaire est en cours dans une bonne partie de l’Amérique latine et commence dans certains pays d’Asie, mais il est à la traîne dans une bonne partie des pays émergents d’Europe. De nombreux pays devront dégager des excédents primaires considérables pendant très longtemps pour ramener leur dette publique à un niveau supportable, en dépit de fortes—et compréhensibles—pressions en faveur d’une augmentation des dépenses dans le secteur social et les infrastructures. Cela souligne l’importance d’autres mesures visant à améliorer la viabilité de la dette publique, notamment l’élargissement de l’assiette de l’impôt, le renforcement du cadre de gestion des dépenses publiques et enfin, et surtout, des mesures structurelles qui stimulent la croissance (qui, dans le passé, ont constitué l’élément essentiel du succès de la plupart des efforts de réduction de la dette).

Encadré 1.2.Quelle est la probabilité d’un ralentissement de la croissance chinoise?

La croissance économique chinoise a été marquée par de vives accélérations cycliques de l’inflation et de l’activité économique, suivies de ralentissements. Dans les années 80, deux cycles se sont achevés par des atterrissages brutaux caractérisés par un fort ralentissement de la croissance. Souvent dues à des changements politiques, ces phases ont généralement débuté, à un stade précoce, par un assouplissement des politiques monétaires et budgétaires dont l’objectif était d’aider les entreprises publiques, mais qui a entraîné une accélération notable de l’inflation. Les autorités ont réagi en prenant beaucoup de mesures de contrôle direct et autres mesures administratives. L’inflation a été rapidement maîtrisée, mais la croissance s’est fortement ralentie et les mesures administratives adoptées ne s’inspiraient pas des principes du marché, et l’efficience de l’allocation des ressources en a souffert.

Cette tendance générale s’est répétée durant le cycle 1991–97. En 1992, l’assouplissement des politiques monétaires et budgétaires a entraîné une forte expansion des investissements, qui est allée de pair avec une croissance du PIB réel de plus de 14 % et une accélération de l’inflation. Les premières mesures d’austérité ayant fortement pénalisé les entreprises publiques, les autorités ont assoupli leur politique. Après cet assouplissement et une dévaluation du taux de change officiel lors de l’unification avec le taux de swap, le taux d’inflation a culminé à plus de 24 % en 1994 (voir graphique). Finalement, les autorités sont parvenues à faire atterrir l’économie «en douceur», en ramenant le taux d’inflation au-dessous de 10 % en 1996 et en ne provoquant qu’un modeste ralentissement de la croissance. Plusieurs facteurs ont contribué à ce résultat: la mise en œuvre de réformes structurelles visant à favoriser les mécanismes du marché, les moissons records de 1996 (qui ont fait baisser les prix alimentaires), l’accumulation des capacités inutilisées (qui a poussé les prix à la baisse) et un resserrement de la politique monétaire. Cependant, cette époque est à l’origine des problèmes fondamentaux du secteur financier aujourd’hui, qui s’expliquent en partie par la forte croissance du crédit entre 1992 et 1996. On estime qu’une bonne part des prêts improductifs du secteur bancaire remonte à cette époque, où les banques finançaient les entreprises publiques sans trop se préoccuper des risques de crédit.

Le cycle actuel (2002–04) présente certaines caractéristiques des cycles de surchauffe précédents: forte croissance du PIB, gonflement rapide du crédit et taux d’investissement élevé (voir graphique). L’application des mesures conçues pour atténuer ces pressions a été retardée par l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) au deuxième trimestre 2003, mais les autorités ont commencé à resserrer la politique monétaire au milieu de 2003. Il en est résulté un ralentissement de la croissance du crédit, mais l’investissement est resté élevé et l’inflation s’est accélérée. Dans les circonstances actuelles, un atterrissage en douceur, grâce auquel serait préservée la vigueur de la croissance, semble réalisable. Cependant, il faudra à cet effet tirer les enseignements des cycles précédents, à savoir—outre les mesures prises rapidement par les autorités pour freiner la croissance du crédit et de l’investissement—la mise en œuvre systématique d’un resserrement monétaire pour freiner les phases d’expansion, enrayer l’inflation et atténuer d’éventuels problèmes de prêts improductifs; la libéralisation des taux d’intérêt et l’application de contraintes budgétaires dures aux entreprises publiques pour renforcer l’efficacité de la politique monétaire et l’utilisation accrue d’instruments de politique monétaire indirects, de préférence aux mesures administratives, pour améliorer l’allocation des ressources et réduire l’intensité des cycles. À court terme, il sera important d’éviter la tendance à un assouplissement prématuré qui a été observée dans les cycles précédents. Par ailleurs, il est possible d’accroître le rôle de soutien de la politique budgétaire en profitant de la forte augmentation des recettes pour réduire le déficit budgétaire global.

Chine: un autre atterrissage en douceur?

Sources: CEIC Data Company Limited; calculs des services du FMI.

Compte tenu de la rapide intégration de la Chine dans l’économie mondiale, on peut s’inquiéter des conséquences d’un ralentissement de la croissance et des importations chinoises pour les autres pays. La part de la Chine dans le commerce mondial (6 %) a triplé depuis le début des années 90, ce qui témoigne d’un développement considérable des relations commerciales chinoises et fait craindre que les fluctuations de la croissance chinoise aient de sérieuses répercussions. Selon les prévisions de référence actuelles des Perspectives, le taux de croissance réelle de la Chine descendra à environ 7,5 % d’ici la fin 2004 et se maintiendra à ce niveau en 2005. La croissance des exportations ralentira aussi, de 40 % en 2003 à 30 % en 2004 et à 24 % en 2005. En dépit du ralentissement de la croissance des importations chinoises, la hausse des importations mondiales devrait rester soutenue, car les perspectives sont généralement positives dans les pays industrialisés et les autres pays émergents.

Que se passerait-il si le ralentissement était plus marqué? Des simulations ont été réalisées pour évaluer comment les autres pays de la région ressentiraient (par rapport au scénario de référence des Perspectives) une baisse de 10 points supplémentaires de la croissance des importations chinoises à usage intérieur qui résulterait d’un ralentissement supplémentaire de l’investissement intérieur (il a été supposé que les activités des zones franches ne sont pas touchées)1. Une baisse de cette ampleur correspondrait grosso modo à une diminution de 7 % des importations chinoises et semble être conforme à une baisse initiale de 5½ points de la croissance réelle des investissements. Ceci correspondrait à une baisse initiale de 2½ points du PIB et, finalement, à une baisse de 4 points si l’on prend en compte les effets multiplicateurs, en supposant qu’il n’y a pas d’ajustement compensatoire.

Après prise en compte des effets multiplicateurs, l’effet sur le reste de l’Asie serait un recul de 0,4 point de la croissance du PIB. L’effet varie considérablement d’un pays à l’autre—de presque zéro à 0,6 point—suivant la place occupée par la Chine dans les exportations de ces pays. Les nouvelles économies industrielles seraient les plus touchées, puisque la croissance de leur PIB ralentirait de 0,6 point (voir tableau). Ces estimations exigent cependant les réserves suivantes: 1) les ajustements compensatoires opérés par les pays concernés ne sont pas pris en compte; 2) les effets secondaires d’un ralentissement de la croissance dans chaque pays sur les autres économies de la région ne sont pas pris en considération; et 3) les prix des importations et des exportations sont supposés inchangés, ce qui exclut une incidence sur les termes de l’échange.

Le nouveau modèle économique mondial (GEM) du FMI donne des informations supplémentaires concernant les effets d’un ralentissement chinois sur le reste du monde dans un cadre d’équilibre général. Si le GEM ne permet pas encore d’analyser plus en détail les effets sur les pays asiatiques autres que le Japon, on a élaboré un modèle à quatre régions (États-Unis, Japon, pays asiatiques autres que le Japon et reste du monde). Ce modèle a servi à simuler les conséquences d’un ralentissement de l’économie chinoise d’une ampleur identique à celle de l’exercice ci-dessus. Il en ressort qu’un ralentissement de cet ordre pourrait freiner la croissance du PIB mondial d’environ ⅓ de point (aux prix des marchés mondiaux). Le Japon serait plus durement touché que les autres régions, en raison de ses relations commerciales plus étroites avec la Chine, alors que les États-Unis et le reste du monde ne seraient que marginalement affectés. Cependant, les effets sur le Japon seraient plus modérés par rapport à l’analyse d’équilibre partiel en raison des variations compensatoires du taux de change réel. En outre, il est important de noter que la Chine a contribué notablement à la hausse des cours mondiaux des produits de base ces deux dernières années et qu’un ralentissement de la croissance chinoise pourrait aider à annuler une partie de cette hausse. L’effet pourrait être particulièrement marqué sur les produits de base non énergétiques—dont la Chine est un gros importateur—ce qui aurait une incidence positive sur les termes de l’échange d’un grand nombre de pays consommateurs, mais peut-être négative sur les pays producteurs2.

Effet d’un ralentissement de 10 points de la croissance des importations chinoises à usage intérieur
Croissance du PIB réel

(baisse en points)
Solde des transactions courantes

(baisse en milliards de dollars EU)
Asie hors Chine−0,4−6,5
Japon−0,5−3,5
Nouvelles économies industrielles−0,6−2,0
Autres pays d’Asie−0,3−0,7
ASEAN-4−0,3−0,5
Source: calculs des services du FMI.
Source: calculs des services du FMI.

Même si les analyses d’équilibre partiel et d’équilibre général font apparaître des effets notables sur plusieurs pays asiatiques, un tel choc resterait gérable eu égard aux perspectives relativement robustes des économies asiatiques et de l’économie mondiale. Bien que la Chine joue un rôle croissant dans la région, les autres pays asiatiques dépendent encore beaucoup des marchés des États-Unis et de l’Union européenne pour écouler leurs produits et les exportations de la région vers la Chine ne représentent encore que 15 % du total (zones franches incluses). En conséquence, un ralentissement substantiel de la croissance des exportations vers la Chine n’empêcherait pas les pays de la région de maintenir les taux de croissance des exportations relativement robustes à condition que la croissance soit soutenue dans les pays industrialisés.

Note: Thomas Rumbaugh est l’auteur principal de cet encadré.1 Les estimations reposent sur un cadre d’analyse englobant les principaux flux commerciaux en Asie. Les relations économiques existant dans ce cadre étant supposées linéaires, on peut ajuster les résultats en fonction de l’ampleur des effets. Les résultats sont exprimés par rapport aux prévisions de référence des Perspectives.2 Voir l’appendice 1.1 pour une analyse des effets des cours des produits de base sur l’activité économique dans les pays producteurs et les pays consommateurs.
  • Renforcer les fondements d’une croissance soutenue et durable. Dans les pays industrialisés, le coût du manque de flexibilité de l’économie a augmenté avec des progrès technologiques et une mondialisation de plus en plus rapides, et, dans plusieurs pays, il faudra peut-être réévaluer les arbitrages entre objectifs sociaux et économiques. Des progrès ont été accomplis dans la zone euro (notamment les réformes du marché du travail dans le cadre de l’agenda 2010 en Allemagne) et au Japon (où les banques et les entreprises ont été renforcées), mais il reste beaucoup à faire. Dans les pays émergents, il s’agit en priorité d’achever la réforme du secteur financier et du secteur des entreprises en Asie, d’améliorer le climat de l’investissement—notamment grâce à une réforme fiscale—en Amérique latine, de renforcer le contrôle bancaire en Europe de l’Est et de mettre en place les infrastructures institutionnelles à l’appui du développement du secteur privé non pétrolier au Moyen-Orient. Sur le plan multilatéral, le principal objectif est d’assurer une libéralisation substantielle du commerce dans le cadre du cycle de Doha. La série d’accords conclus fin juillet à Genève constitue donc un pas en avant qui est le bienvenu et remet formellement le cycle sur la bonne voie (encadré 1.3). Cela dit, pour ce qui est de leur ambition et de leur spécificité, ces accords prévoient le minimum nécessaire en vue de passer à la prochaine phase des négociations—notamment dans les domaines essentiels de l’agriculture, des produits industriels, de la facilitation des échanges et des questions relatives au développement—et il reste beaucoup de travail à effectuer avant la réunion ministérielle de décembre 2005 dans la RAS de Hong Kong.
  • Tous les pays et régions doivent jouer leur rôle dans la correction des déséquilibres internationaux. Il s’agit essentiellement de rééquilibrer le budget à moyen terme aux États-Unis afin de stimuler l’épargne, d’opérer des réformes structurelles pour doper les perspectives de croissance en dehors des États-Unis et d’assouplir les taux de change en Asie, de manière à assurer une réduction ordonnée des excédents des transactions courantes. Les deux premières actions progressent, à des degrés divers, même s’il reste beaucoup à faire, mais la troisième n’avance guère. La persistance d’une accumulation rapide de réserves en Asie, la dépendance des États-Unis à l’égard des capitaux en provenance de cette région et l’incertitude entourant l’issue de ce problème demeurent des sources importantes d’instabilité, et plus ce problème persistera, plus il risque d’être résolu de manière désordonnée.
  • La réduction de la pauvreté doit rester la priorité du programme d’action de la communauté internationale. La récente vigueur de la croissance dans les régions où la pauvreté est la plus concentrée—Chine, Inde et Afrique subsaharienne—est bienvenue; néanmoins, il reste probable que l’Afrique sera bien loin d’atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire7. La stabilité macroéconomique étant assurée dans l’ensemble, il s’agit en priorité—comme le constate le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique—de renforcer les institutions et la gouvernance. Quant à la communauté internationale, elle doit appuyer les efforts de réforme redoublés en augmentant substantiellement et en coordonnant mieux son aide financière et technique, ainsi que—c’est peut-être même plus important—en éliminant les obstacles aux exportations, notamment de produits agricoles.

Au stade actuel, une question fondamentale est de savoir si les pays tireront pleinement parti de la reprise pour s’attaquer à ces problèmes à moyen terme. Jusqu’à présent, les progrès sont au mieux mitigés et, dans certains pays, des signes de lassitude apparaissent déjà. Il est clair que les hommes politiques—tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement—doivent s’exprimer plus franchement sur les coûts d’une action insuffisante. Dans le même temps, ils réagissent souvent à de légitimes préoccupations de la population: comme les avantages des réformes sont généralement à long terme, il existe des effets substantiels et imprévisibles sur la distribution des revenus au sein des générations et d’une génération à l’autre; par ailleurs, on peut craindre aussi que les fruits de la réforme ne soient pas largement partagés. Enfin, avec un capital politique limité, il est particulièrement difficile, même pendant une phase de redressement, de procéder simultanément à des réformes structurelles et à un rééquilibrage budgétaire—comme il faut le faire aujourd’hui.

Encadré 1.3.Le cycle de Doha est-il de nouveau sur la bonne voie?

Le 31 juillet, le Conseil général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est convenu d’un ensemble d’accords-cadres qui permettront de poursuivre les négociations commerciales multilatérales du cycle de Doha—achevant ainsi un travail interrompu lorsque les négociations avaient échoué lors de la conférence ministérielle de l’OMC à Cancún en septembre 2003. Ces accords-cadres présentent les modalités de la libéralisation des échanges, les détails concernant l’ampleur et le rythme de la libéralisation étant laissés pour un examen ultérieur. L’adoption de cet ensemble d’accords remet le cycle de Doha sur le bon chemin dans la mesure où elle permet de reprendre les négociations officielles sur les engagements spécifiques qui conduiraient au succès du cycle. Comme l’a noté Supachai Panitchpakdi, Directeur général de l’OMC, l’accord de juillet constitue «une victoire mineure pour le multilatéralisme»—admettant ainsi que la route reste longue et difficile pour les négociateurs.

Quelques compromis notables ont été dégagés sur le programme de Doha original afin de faciliter la conclusion d’un accord avant le délai de fin juillet. Plusieurs questions épineuses, par exemple, ont été omises ou replacées dans un cadre plus large. Le Conseil est convenu aussi de reporter à une date non spécifiée l’objectif fixé initialement à janvier 2005 pour l’achèvement du cycle, au moins jusqu’à la sixième conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra dans la RAS de Hong Kong en décembre 2005. Le résultat est un programme officiel «allégé», assorti d’un calendrier plus long et plus réaliste. Les principaux points de l’accord de juillet sont les suivants:

  • L’accord sur l’agriculture prévoit l’élimination des subventions à l’exportation, la réduction de 20 % pendant la première année du soutien interne ayant des effets de distorsion des échanges et des réductions substantielles des droits de douane. Les pays en développement continueront de profiter d’un traitement spécial et différencié, y compris la possibilité de maintenir des monopoles d’État.
  • L’initiative sectorielle sur le coton proposée par plusieurs pays africains pendant la conférence de Cancún sera traitée dans les négociations sur l’agriculture, et non de manière autonome. Un comité sur le coton sera mis en place pour examiner les aspects de l’initiative sur le coton qui sont liés au commerce. Le Directeur général de l’OMC devra aussi collaborer avec les organisations internationales, notamment les institutions de Bretton Woods, sur les aspects relatifs au développement de l’initiative sur le coton.
  • L’accord est moins ambitieux et moins spécifique en ce qui concerne les produits industriels (accès aux marchés pour les produits non agricoles), où les pays membres n’ont pu totalement réconcilier leurs positions. Le texte est dans une large mesure identique à la dernière version produite à Cancún et est considéré comme une base de négociation plutôt qu’un cadre arrêté.
  • L’accord lance les négociations sur la facilitation des échanges, la moins controversée des «questions de Singapour», qui était soutenue par l’UE, le Japon et d’autres pays. Les trois autres questions de Singapour (investissements, politique de la concurrence et transparence des marchés publics) ont été supprimées du programme officiel.
  • Le Conseil a engagé de nouveau les pays membres à concrétiser pleinement la dimension développement du programme de Doha en améliorant l’accès aux marchés, en établissant des règles équilibrées et en mettant en place des programmes d’assistance technique et de renforcement des capacités bien ciblés. Le Conseil général de l’OMC a demandé que les dispositions relatives au traitement spécial et différencié dans tous les accords de l’OMC soient plus précises, plus effectives et plus opérationnelles, et a formulé des recommandations claires pour qu’une décision soit prise au plus tard en juillet 2005.

Les accords de juillet devraient permettre d’entamer des négociations plus détaillées en septembre, mais on s’attend généralement à un délai jusqu’après l’élection présidentielle aux États-Unis et l’installation de la nouvelle Commission européenne. On espère que des progrès notables pourront être accomplis avant la conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra en décembre 2005 dans la RAS de Hong Kong. Cependant, une autre date limite importante est 2007, lorsque la loi américaine relative à la procédure accélérée arrive à expiration. Cette loi permet au président américain de soumettre un accord commercial à l’approbation du Congrès sans que celui-ci puisse l’amender.

Il sera sans doute difficile d’assortir d’engagements détaillés—dans quelle mesure et à quel rythme éliminer les subventions, réduire les droits de douane et autoriser d’autres formes d’accès aux marchés—les accords-cadres relatifs à l’agriculture, aux produits industriels, à la facilitation des échanges et au traitement spécial et différencié. Par ailleurs, certains accords sont moins développés que d’autres. Les négociations sur l’accès aux marchés pour les produits non agricoles sont restées jusqu’ici dans l’ombre des négociations sur l’agriculture. Des progrès très limités ont été accomplis dans d’autres domaines importants, par exemple les services, où seul un petit nombre de pays a présenté des propositions. Il reste donc à voir si les accords de juillet constituent une solide base de négociation, ou plutôt un ensemble d’accords conclus à la hâte qui pourrait révéler des failles considérables dans les mois à venir.

Note: Todd Schneider et Jean-Pierre Chauffour sont les principaux auteurs de cet encadré.

Comment accélérer les progrès? S’il n’existe probablement pas de réponse unique ou simple à cette question, il est manifestement nécessaire de redoubler d’efforts pour dégager un consensus national, avec—par exemple—des réductions des obstacles à la concurrence, accompagnées de mesures qui permettent aux populations d’affronter la concurrence en améliorant l’éducation, la santé, l’accès au crédit et les dispositifs de protection sociale. Les décideurs doivent aussi tirer parti des arbitrages. Par exemple, une détérioration temporaire des situations budgétaires pourrait être un prix acceptable à payer pour faciliter les réformes structurelles (notamment lorsque, comme dans le cas de la réforme des retraites et des soins de santé, cela améliore la viabilité budgétaire à moyen terme). Cependant, l’esprit d’initiative et de coopération de la communauté internationale pourrait aussi jouer un rôle, d’autant que les répercussions internationales de chaque aspect du programme de réforme actuel sont considérables. Par exemple, de vigoureux efforts de réforme d’un petit groupe de grands pays pourraient inciter davantage les autres pays à s’ajuster; la libéralisation multilatérale des échanges pourrait aussi jouer un rôle essentiel. À plus long terme, une question fondamentale est de déterminer le meilleur moyen de renforcer l’infrastructure économique internationale pour faire face à la transition démographique qui s’annonce; comme nous le verrons au chapitre III, une plus grande mobilité des biens, des capitaux et de la main-d’œuvre sera déterminante. Les avantages de la coopération multilatérale en matière de commerce sont déjà évidents et devront persister. En complément, une plus grande coopération multilatérale en ce qui concerne la mobilité des capitaux et de la main-d’œuvre sera peut-être aussi nécessaire.

États-Unis et Canada: combien de temps durera le ralentissement de l’économie américaine?

Aux États-Unis, l’expansion économique est restée vigoureuse dans l’ensemble au début de l’année, avant de ralentir au deuxième trimestre, la croissance du PIB réel tombant à 2¾ %, contre 4½ %—un taux supérieur au potentiel—au premier trimestre. La croissance de la consommation des ménages a ralenti notablement, apparemment du fait d’une combinaison du renchérissement du pétrole, d’une croissance plus faible que prévu de l’emploi et d’une forte baisse des dépenses consacrées aux biens durables, due en partie à une baisse temporaire des incitations à l’achat de véhicules. La balance commerciale a d’autant moins contribué à la croissance que les importations ont progressé nettement, et le déficit des transactions courantes s’est creusé pour atteindre 5¾ % du PIB. Par contre, l’investissement fixe des entreprises s’est accéléré, soutenu par la persistance d’une croissance saine des bénéfices et la constitution temporaire de provisions pour amortissement accéléré. Il subsiste des capacités de production inemployées, l’utilisation des capacités dans l’industrie manufacturière étant inférieure à sa moyenne à long terme et le taux de chômage étant plus élevé que la plupart des estimations du taux naturel, du fait de la persistance d’une croissance rapide de la productivité du travail. La hausse de l’inflation de base, de 1,1 % en décembre à 1,7 % en août, s’explique en partie par la hausse des cours du pétrole brut et de produits intermédiaires, sous l’effet de la vigueur de l’expansion mondiale, et par l’élimination des facteurs exceptionnels qui avaient fait baisser l’inflation en 2003.

Il est prévu que la croissance de la production se redressera au deuxième semestre de 2004, grâce à la vigueur persistante des bénéfices et des revenus du travail des ménages, ainsi qu’au rétablissement des incitations à l’achat d’automobiles, et restera supérieure à son potentiel pendant la période 2005–06, bien que la croissance pour cette année et la suivante ait été révisée à la baisse depuis l’édition d’avril 2004 des Perspectives. Le ralentissement de la demande des ménages—dû à la hausse des prix de l’énergie, à l’essoufflement des effets des refinancements hypothécaires et des baisses d’impôt, et à une remontée progressive du taux d’épargne—et des dépenses publiques, à mesure que la situation budgétaire s’améliore, est compensé par la vigueur persistante de l’investissement fixe des entreprises, qui s’explique par la bonne santé des bilans des entreprises et leur solide rentabilité, et une amélioration modeste de la demande extérieure, le volume des échanges réagissant à la dépréciation du dollar depuis 2002. Il est prévu que le déficit des transactions courantes diminuera, pour s’établir à 5 % du PIB en 2005, mais—en supposant que le dollar américain ne se déprécie plus en valeur réelle et qu’un rééquilibrage modéré du budget soit opéré (tableau 1.4)—il devrait rester supérieur à 4 % du PIB jusqu’à la fin de la décennie.

Étant donné la hausse récente des cours du pétrole et le repli de quelques indicateurs précurseurs, les risques de dégradation et les incertitudes ont augmenté ces derniers mois. Du côté positif, la confiance des chefs d’entreprise et les indicateurs des dépenses d’investissement restent bien orientés, et la productivité du travail, qui a systématiquement dépassé les prévisions, pourrait continuer de progresser plus vite que prévu. Le taux annuel de croissance de la production par heure dans le secteur non agricole est passé à environ 2½ % à la fin des années 90, sous l’effet de la bancarisation, de la progression de la productivité totale des facteurs dans le secteur des technologies de l’information et—plus récemment—d’une accélération de la productivité totale des facteurs dans les secteurs utilisant les technologies de l’information. Pendant la période 2001–03, la croissance de la productivité du travail a encore augmenté pour avoisiner 3¾ %, en partie du fait de l’augmentation qui se produit généralement pendant la phase initiale d’une reprise économique. La prévision de référence tient compte de manière prudente de la récente accélération, en supposant que la croissance de la productivité du travail ralentira à moyen terme pour s’établir légèrement au-dessous de la moyenne de la fin des années 90, mais quand même largement au-dessus de la moyenne de la période 1975–95. Une accélération de la croissance de la productivité doperait les revenus intérieurs, faciliterait la tâche des pouvoirs publics en atténuant les pressions sur les prix et en accroissant les recettes publiques, et encouragerait les entrées de capitaux nécessaires pour financer le déficit des transactions courantes.

Du côté négatif, on craint de plus en plus que le ralentissement de la consommation—dont les raisons ne sont pas tout à fait comprises—persiste plus longtemps que prévu dans la projection de base des services du FMI. Si la plupart des indicateurs précurseurs font état d’une expansion persistante, la détérioration de la situation sur le marché du travail et le renchérissement du pétrole freineront la croissance de la consommation (et dans une moindre mesure de l’investissement) au troisième trimestre et au-delà. De manière plus générale, les risques qui pèsent sur les dépenses des ménages incluent la possibilité d’une augmentation du taux d’épargne des ménages (qui, selon des révisions récentes des comptes nationaux, est plus faible que prévu initialement) et une modération de l’appréciation des prix des logements. Le ratio des prix des logements au revenu disponible par travailleur et le ratio des prix des logements à la valeur locative (équivalant à un ratio cours–bénéfices pour le logement) ont augmenté rapidement (graphique 1.10), bien que—comme il est noté au chapitre II—la part inexpliquée de l’augmentation des prix des logements soit plus faible que dans quelques autres pays. De manière inhabituelle, le rythme d’appréciation des prix des logements au cours des dernières années (environ 7–8 %) a été plus élevé que les taux hypothécaires fixes (environ 5–6 %): il est donc possible que certains achats de logements aient été motivés en partie par l’espoir d’une plus-value. Si les prix des logements augmentent moins rapidement que les taux d’intérêt, les ménages seront moins incités à dépenser leur argent dans le logement dans l’espoir de réaliser une plus-value, même si cet effet prendra peut-être du temps pour se matérialiser étant donné les retards de transmission habituels. L’effet négatif sur les dépenses des ménages pourrait être amplifié par le niveau élevé de leur dette et du service de leur dette en pourcentage de leur revenu disponible, bien qu’une bonne partie de cette dette soit assortie de taux d’intérêt fixes.

Graphique 1.10.États-Unis: prix des logements

Les ratios prix du logement/loyer et prix du logement/revenu disponible par travailleur ont fortement augmenté. À partir de la fin 2000, les prix des logements ont progressé plus vite que le coût des hypothèques. L’endettement et le service de la dette des ménages par rapport à leur revenu disponible ont atteint des niveaux records.

Sources: Office of Federal Housing Enterprise Oversight (OFHEO); Global Insight; calculs des services du FMI.

1 Indice OFHEO des prix des logements divisé par le loyer IPC de la résidence principale.

2 Indice OFHEO des prix des logements divisé par le revenu personnel disponible par travailleur.

Étant donné les tensions démographiques imminentes et la nécessité d’assurer une situation budgétaire viable, la politique budgétaire doit avoir pour objectif de rééquilibrer le budget de l’État fédéral, hors sécurité sociale, d’ici la fin de la décennie. C’est important aussi pour corriger de manière ordonnée les déséquilibres des transactions courantes à l’échelle mondiale. Bien que le rythme de réduction du déficit fixé comme objectif pour les exercices 2005 et 2006 soit approprié, l’ampleur du déséquilibre budgétaire donne à penser qu’il faudrait profiter du fait que les résultats de l’exercice 2004 ont été meilleurs que prévu (les recettes ayant dépassé les projections) pour revoir à la hausse les objectifs des deux exercices à venir. L’objectif budgétaire à moyen terme—à savoir une réduction de moitié du déficit budgétaire sur cinq ans—ne semble pas suffisamment ambitieux. En outre, les projections des recettes sont fondées sur une nette augmentation du nombre de contribuables assujettis à l’impôt minimum de remplacement, qui entraînera probablement une action législative dont le coût budgétaire pourrait être élevé. Enfin, les objectifs des pouvoirs publics dépendent dans une large mesure de la maîtrise des dépenses, qui, d’ici l’exercice 2009, porterait les dépenses discrétionnaires non liées à la défense nationale (en pourcentage du PIB) à leur plus bas niveau depuis le début des années 60. Étant donné l’ampleur de l’ajustement budgétaire nécessaire, il se peut que les recettes fiscales doivent aussi augmenter. Pour éviter d’annuler les effets bénéfiques des récentes baisses des taux d’imposition marginaux sur l’offre, on pourrait envisager d’élargir l’assiette de l’impôt, par exemple en réduisant les exemptions, et de mettre en place un impôt indirect national. Il est essentiel de s’attacher rapidement à réformer la sécurité sociale et, surtout, le système Medicare pour assurer leur viabilité à long terme.

La politique monétaire doit avoir pour objectif de ramener les taux d’intérêt à un niveau neutre, face aux incertitudes entourant les effets inflationnistes des cours du pétrole et le ralentissement de la croissance. À compter du début de cette année, la Réserve fédérale a préparé les marchés financiers au retrait progressif de l’impulsion monétaire et—depuis fin juin—a relevé le taux des fonds fédéraux de ¾ de point (graphique 1.11). Début septembre, les marchés financiers s’attendaient à un relèvement régulier des taux d’intérêt pour l’année à venir à un rythme plus ou moins conforme au resserrement moyen de l’après-1985, mais un peu plus lent que celui résultant d’une règle de Taylor estimée sur les vingt dernières années. Si l’écart entre les obligations nominales et les obligations indexées sur l’inflation a augmenté nettement jusqu’à fin mai, il a baissé par la suite et les enquêtes indiquent que les anticipations inflationnistes restent bien ancrées. À terme, la stratégie de «durcissement mesuré» de la Réserve fédérale semble appropriée dans l’ensemble, mais, étant donné la grande incertitude qui entoure la vigueur à court terme de l’expansion et l’ampleur des tensions inflationnistes, beaucoup dépendra de la nature des données à venir.

Graphique 1.11.États-Unis: taux d’intérêt

(Pourcentages)

En juin, la Réserve fédérale a relevé les taux d’intérêt, qui étaient à leur plus bas depuis 40 ans. Les marchés financiers s’attendent à une hausse progressive des taux au cours de l’année à venir, à un rythme plus ou moins comparable au resserrement moyen de l’après-1985, mais un peu plus lent que celui découlant d’une règle de Taylor estimée sur les vingt dernières années.

Sources: Haver Analytics; Bloomberg Financial, LP; estimations des services du FMI.

1 Pour la méthode d’établissement des points de retournement, voir chapitre III de l’édition d’avril 2002 des Perspectives de l’économie mondiale.

2 Augmentations moyennes en 1972–74, 1977–81 et 1983–84.

3 Augmentations moyennes en 1986–89, 1993–95 et 1999–2000.

4 Estimés sur 1982–2003. Voir Rabanal (2004).

La solidité des données fondamentales a bien préparé le système financier à la hausse attendue des taux d’intérêt et les réformes en cours du gouvernement d’entreprise ont aidé à renforcer la confiance des investisseurs dans l’intégrité des marchés. Cependant, la part élevée et croissante des titres gagés sur hypothèques détenus par Fannie Mae et Freddie Mac (les deux agences fédérales coiffant les établissements de crédit hypothécaire) a concentré le risque de taux d’intérêt, dont la couverture pourrait amplifier les variations des taux d’intérêt, ce qui souligne l’importance d’une amélioration du contrôle bancaire et de la mise en place d’une autorité de réglementation indépendante.

Au Canada, l’expansion économique a pris de l’ampleur, sous l’effet de la croissance mondiale et de la faiblesse des taux d’intérêt intérieurs, et la prévision de croissance pour 2004 a été révisée à la hausse. La croissance du PIB réel est passée de 3 % au premier trimestre à 4¼ % au deuxième trimestre. La consommation des ménages est tirée par la hausse de l’emploi, l’augmentation du revenu disponible et le dynamisme du marché immobilier; l’investissement des entreprises par une solide rentabilité et les exportations nettes par la demande mondiale, en particulier des États-Unis, et ce, en dépit de l’appréciation du dollar canadien. Le volume élevé des exportations et la hausse des cours mondiaux des produits de base devraient faire passer l’excédent des transactions courantes à environ 3 % du PIB cette année. Comme l’accélération de la croissance a contribué à combler l’écart de production et a rapproché l’inflation de base du point médian de la fourchette-objectif de la Banque du Canada (1–3 %), il était approprié de relever les taux d’intérêt en septembre. Étant donné que les perspectives économiques sont globalement solides, la politique monétaire devra probablement continuer de retirer l’impulsion progressivement au cours des mois à venir. Si tant est que le Canada a la situation budgétaire la plus favorable des pays du G-7, les efforts du gouvernement pour dégager des excédents et maintenir le ratio de la dette fédérale au PIB sur une pente descendante restent appropriés, étant donné les pressions qui seront bientôt exercées par le vieillissement de la population sur le budget.

Europe occidentale: une reprise de plus en plus solide, mais inégale

La reprise dans la zone euro a fini par s’accélérer quelque peu, et la croissance du PIB devrait passer à 2,2 % en 2004, soit 0,4 point de plus que prévu en avril. Cependant, le redressement reste modéré et est, jusqu’à présent, fortement tributaire de la demande extérieure; si la production industrielle et la confiance des chefs d’entreprise s’améliorent progressivement, la confiance des consommateurs et les ventes de détail ne suivent pas. Cela dit, les chiffres agrégés masquent des différences substantielles au sein de la région. En particulier, la composition de la croissance varie grandement: la demande intérieure finale augmente vigoureusement en France et en Espagne, mais elle est plus faible en Italie et elle est moribonde en Allemagne—où le revenu des ménages augmente lentement du fait des ajustements du marché du travail et où les ménages accroissent leur épargne en réaction à la diminution des prestations qui est prévue par les récentes réformes des retraites (voir chapitre III).

Il est prévu que la reprise sera de plus en plus soutenue par la demande intérieure, la consommation privée étant stimulée par la hausse du revenu disponible, et l’investissement s’accélérant à mesure que se poursuit la restructuration des bilans des entreprises—qui progresse relativement plus lentement qu’ailleurs. Néanmoins, avec une croissance du PIB qui ne devrait dépasser le potentiel que légèrement pour le reste de 2004 et en 2005, l’écart de production restera substantiel et le chômage dans l’ensemble de la zone euro ne baissera que marginalement. Globalement, les aléas négatifs dominent: on peut craindre une nouvelle hausse des cours du pétrole, en particulier dans les pays où la demande intérieure est encore faible; un redressement plus lent que prévu de l’emploi—qui a été exceptionnellement résistant pendant la récession—; et une nouvelle appréciation de l’euro. Le niveau élevé des prix immobiliers dans certains pays, notamment en Irlande et en Espagne (voir le deuxième essai du chapitre II), constitue aussi un sujet de préoccupation.

Après avoir ralenti au début de 2004, l’inflation globale a dépassé de nouveau les 2 %, sous l’effet du renchérissement de l’énergie et de hausses des impôts indirects et des prix réglementés; l’inflation de base8 est restée stable, à 1¾ %. Étant donné l’excédent substantiel des capacités de production, l’effet retardé de l’appréciation de l’euro et la persistance de la modération salariale, l’inflation devrait retomber au-dessous de 2 % en 2005. Si la BCE devra surveiller de près les effets secondaires des récents chocs, les anticipations inflationnistes à court et à long terme semblent encore fermes et la politique monétaire devrait donc rester accommodante jusqu’à ce qu’un redressement durable de la demande intérieure soit assuré.

Depuis 2000, les politiques budgétaires dans l’ensemble de la zone euro sont globalement neutres, et les stabilisateurs automatiques peuvent jouer pleinement leur rôle (tableau 1.4). C’est manifestement opportun étant donné la situation conjoncturelle, même si, en conséquence, le plafond fixé pour le déficit par le Pacte de stabilité et de croissance n’a pas été respecté par certains pays; cependant, la situation budgétaire à plus long terme reste difficile dans bon nombre de pays (graphique 1.12)—et le vieillissement de la population commencera à faire sentir ses effets dans cinq à dix ans déjà. Si les situations budgétaires et les risques qui les menacent varient largement, les pays affichant la position la plus précaire devraient chercher à réduire leur déficit de ½ % par an au moins (davantage si la reprise s’avérait plus rapide que prévu) tout en permettant aux stabilisateurs automatiques d’opérer. Il est aussi fort souhaitable d’alléger la charge fiscale dans de nombreux pays, mais un tel allégement—sauf s’il est financé par des mesures compensatoires—a un rang de priorité moindre jusqu’à ce que l’ajustement budgétaire soit bien lancé.

Graphique 1.12.Union européenne: enjeux budgétaires

(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Les situations budgétaires varient largement au sein de l’Union européenne: les quatre plus grands pays, le Portugal, la Grèce et les Pays-Bas enregistrent les déficits les plus élevés, mais les pressions liées au vieillissement de la population sont plus modérées en France, en Italie et au Royaume-Uni. Les taux d’imposition sont élevés en dehors de l’Irlande, de l’Espagne et du Royaume-Uni, et la dette publique constitue un sérieux problème en Belgique, en Grèce et en Italie.

Sources: Commission européenne; calculs des services du FMI.

1 Pour l’Italie, à l’exclusion de 1,7 % du PIB de mesures exceptionnelles. Pour le Portugal, à l’exclusion de 2,5 % du PIB de mesures exceptionnelles.

Si la plupart des pays se sont engagés globalement à opérer un ajustement de ce type dans leur programme de stabilité, l’ajustement nécessaire dans certains d’entre eux est substantiel et les mesures à prendre à cet effet n’ont pas encore été identifiées. Parmi les trois plus grands pays, c’est en France que les objectifs budgétaires à court terme ont le plus de chances d’être atteints, grâce à une croissance plus vigoureuse que prévu; étant donné la solidité relative de l’expansion, les objectifs fixés pour 2005 et au-delà devraient être plus ambitieux. En Allemagne, peu de progrès sont attendus en 2004 et des mesures supplémentaires devront être prises pour atteindre l’objectif en 2005. En Italie, de sérieuses mesures exceptionnelles ont dû être prises pour maintenir le déficit en deçà du plafond de 3 % du PIB en 2004; la récente mise à jour annuelle par le gouvernement de son programme économique à moyen terme fixe pour objectif une faible baisse du déficit en 2005, suivie d’une réduction annuelle soutenue de ½ %. Il faudra prendre des mesures substantielles pour atteindre l’objectif retenu pour 2005, d’autant que le gouvernement a l’intention d’alléger les impôts. Sur un plan positif, la récente réforme des retraites freinera les dépenses à moyen terme. Globalement, comme le troisième essai du chapitre II le souligne, une répétition de ce qui s’est produit en 1999–2000—de nombreux pays de la zone euro n’ont pas tiré parti d’une croissance vigoureuse pour accélérer leur rééquilibrage budgétaire—demeure un sérieux danger.

Si le récent jugement de la Cour de justice européenne a clarifié un certain nombre de questions relatives à l’application du Pacte de stabilité et de croissance, on s’accorde de plus en plus sur la nécessité de le réformer. Un solide cadre budgétaire demeure un élément essentiel de l’union monétaire, surtout étant donné les antécédents européens de politiques budgétaires procycliques, l’accession de nouveaux pays membres affichant des déficits élevés et la probabilité que la discipline du marché sera insuffisante et tardive. À de nombreux égards, les problèmes actuels remontent à l’absence d’ajustement en 1999–2000 et une bonne partie de la conception de base du pacte reste appropriée. Cependant, les récents événements et les propositions de réforme avancées par la Commission européenne soulignent qu’il est souhaitable de renforcer les incitations à l’ajustement pendant les phases d’expansion, de mettre davantage l’accent sur les questions de viabilité à moyen terme et de moduler les procédures du pacte—y compris la cadence et le moment des ajustements requis—davantage en fonction des causes directes du dérapage. Une plus grande flexibilité devrait aller de pair avec un renforcement des incitations politiques à respecter le pacte: à cet égard, la publication des évaluations de la viabilité des finances publiques effectuées par des institutions nationales indépendantes pourrait être utile, notamment en encourageant le débat et l’information de l’opinion publique.

L’application du programme de réforme de Lisbonne n’a pas été aussi large que ne l’avait été son approbation et l’objectif qui consistait à faire de l’Union européenne l’économie la plus dynamique et la plus compétitive du monde reste bien lointain. Les progrès ont été les plus notables dans les réformes centralisées, notamment le plan d’action pour les services financiers et le marché unique; les réformes relevant des pays sont à la traîne, notamment sur les marchés du travail (bien que l’évolution récente en Allemagne soit encourageante), mais aussi sur les marchés des produits, où l’accent mis récemment par certains pays sur la création de «champions nationaux» constitue un pas en arrière. La reprise fournit une nouvelle occasion d’aller de l’avant, mais les signes croissants de lassitude face à l’effort de réforme et les problèmes d’économie politique posés par la réalisation simultanée de réformes structurelles et d’un rééquilibrage budgétaire9 compliquent les choses. Si l’initiative politique—en particulier dans les grands pays—reste essentielle, il pourrait être utile de mieux hiérarchiser le programme de Lisbonne, en mettant l’accent sur la question fondamentale de l’augmentation de l’utilisation de la main-d’œuvre. De nouvelles initiatives centralisées en matière de déréglementation des marchés de produits—en soumettant les marges bénéficiaires à la pression de la concurrence—pourraient aussi encourager les pays à réformer leur marché du travail.

Au Royaume-Uni, l’activité reste robuste. En dépit de la hausse des cours du pétrole, la consommation privée reste vigoureuse, tirée par la croissance soutenue des revenus et l’augmentation du patrimoine immobilier; l’investissement privé s’est redressé et les dépenses publiques ont continué à appuyer la demande intérieure. Le principal risque demeure un brusque ajustement du marché immobilier, où—en dépit de signes de ralentissement ces derniers mois—les prix semblent encore excessifs par rapport à l’évolution des données économiques fondamentales (voir le premier essai du chapitre II). Les taux d’intérêt étant à la hausse, et la plupart des achats de logements étant financés par des crédits hypothécaires à taux ajustable, les acheteurs de logements devraient être particulièrement prudents au stade actuel10. Si l’inflation reste modérée, l’économie fonctionne maintenant à un niveau voisin de son potentiel et la pression des coûts augmente; la Banque d’Angleterre a relevé judicieusement les taux d’intérêt à cinq reprises depuis novembre 2003 et il semble souhaitable qu’elle continue d’agir «promptement mais graduellement». Étant donné la forte augmentation du déficit budgétaire ces dernières années, il serait souhaitable d’opérer un rééquilibrage à moyen terme plus vigoureux que celui prévu actuellement, tant d’un point de vue cyclique que pour réduire le risque d’une violation de la règle d’or à l’avenir.

Ailleurs en Europe, la croissance du PIB s’accélère aussi dans les pays nordiques, sous l’effet de la reprise mondiale et de politiques budgétaires et monétaires généralement accommodantes. En dépit du renchérissement du pétrole, l’inflation demeure modérée, en raison de la persistance de capacités excédentaires et de l’appréciation antérieure des monnaies. À mesure que la reprise se poursuit, les politiques monétaires devront être resserrées (en phase avec la BCE au Danemark, la couronne étant liée à l’euro); en Norvège et dans une moindre mesure en Suède, l’effet d’une augmentation des taux d’intérêt sur des ménages lourdement endettés devra être surveillé de près. Les situations budgétaires sont généralement solides, même si, en Suède et en Norvège, il faudra maîtriser rigoureusement les dépenses dans les années qui viennent pour que les objectifs budgétaires à moyen terme soient atteints; la réforme des retraites (Norvège) et de nouvelles mesures structurelles de stimulation de l’offre de main-d’œuvre (Suède et Danemark) sont aussi des priorités. En Suisse, qui a été particulièrement touchée par le ralentissement de l’économie mondiale, l’activité commence aussi à se redresser et les risques de déflation diminuent, si bien que les taux d’intérêt de référence ont été relevés à ½ % à la mi-juin. Il conviendra de rééquilibrer progressivement le budget, conformément au cadre budgétaire à moyen terme des autorités, et de réformer les marchés intérieurs protégés, notamment l’agriculture et les industries de réseau, qui continuent de peser sur la croissance de la productivité.

Japon: la déflation touche-t-elle enfin à son terme?

Au Japon, la croissance du PIB réel a été très élevée au premier trimestre de 2004; les exportations, en particulier vers l’Asie, et l’investissement fixe des entreprises demeurent des forces motrices essentielles de la croissance, qui a aussi profité d’une accélération de la consommation privée, l’affermissement de la reprise et le redressement de l’emploi ayant eu un effet bénéfique sur la confiance des consommateurs. Par contre, la croissance a été plus faible que prévu au deuxième trimestre, principalement du fait d’un net ralentissement de l’accumulation des stocks et d’un repli plus élevé que prévu de l’investissement public, même si l’expansion de l’investissement fixe du secteur privé a aussi été plus faible que prévu sur la base d’autres indicateurs, tandis que la croissance de la consommation privée a ralenti plus que prévu après son envolée des deux trimestres précédents. Selon de récents indicateurs précurseurs, la demande intérieure privée et la demande extérieure restent robustes, les bénéfices continuant d’augmenter vigoureusement et les enquêtes auprès des ménages indiquant une croissance soutenue de la demande des consommateurs. Dans ce contexte, on continue de s’attendre à une expansion soutenue et généralisée, et il est prévu aujourd’hui que la croissance du PIB s’accélérera pour atteindre 4,4 % en 2004, soit plus d’un point de plus que prévu dans l’édition d’avril 2004 des Perspectives, avant de retomber à 2,3 %—un taux néanmoins plus élevé que le potentiel—en 2005. Cela dit, le ralentissement a mis en évidence les risques de dégradation de la situation à court terme—notamment la montée des cours du pétrole, ou un ralentissement de la croissance des exportations à cause, par exemple, d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise, d’une augmentation des taux américains à long terme ou d’une nouvelle appréciation du yen.

Au-delà de 2005, les perspectives reposent sur la poursuite des progrès dans la réduction des vulnérabilités financières des entreprises et des banques (graphique 1.13). Plus précisément, l’amélioration de la rentabilité—grâce à l’augmentation du produit des ventes, à la restructuration des coûts, notamment la réduction des coûts de main-d’œuvre, et au faible niveau des taux d’intérêt—a permis aux entreprises d’accroître leurs dépenses d’équipement et dans le même temps de réduire leur endettement bilantaire—le ratio d’endettement moyen des sociétés non financières (en valeur comptable) a atteint des niveaux observés pour la dernière fois au début des années 60—et leur ratio service de la dette/bénéfices. Par ailleurs, comme en témoigne l’amélioration de la notation de certaines banques, la santé du secteur bancaire s’est améliorée pendant cette phase de redressement—moins de provisions pour pertes sur prêts ont été constituées et la part des prêts improductifs a continué de baisser. Néanmoins, le processus d’ajustement n’est pas terminé et des vulnérabilités subsistent.

Graphique 1.13.Japon: la fin de la déflation?

(Variation en pourcentage par rapport à l’année précédente)

Les pressions déflationnistes se sont atténuées, en partie sous l’effet d’une augmentation du taux d’utilisation des capacités. Maintenant qu’une expansion durable, soutenue par une réduction continue des facteurs de vulnérabilité financière, est de plus en plus probable, les chances de voir refluer les anticipations déflationnistes semblent meilleures que lors de récentes périodes de redressement après l’éclatement de la bulle boursière.

Sources: Haver Analytics; Bank of Japan; Ministère des finances.

1 Sur la base de l’indice des prix des marchandises échangées par les sociétés nationales. Trimestres précédant et suivant la baisse de la production.

2 Ratio bénéfices/ventes des entreprises.

3 Pour les fonds propres: valeur comptable.

  • L’endettement des entreprises reste élevé par rapport à leurs ventes et le rendement global de l’actif demeure faible par comparaison avec le passé. Les entreprises manufacturières ont réduit leur ratio dette/ventes presque au niveau observé pendant la première moitié des années 80, mais le ratio d’endettement des entreprises non manufacturières reste plus élevé. Le taux de rendement de l’actif s’est redressé lentement en partie à cause des actifs improductifs qui n’engendrent pas de ventes et donc pas de bénéfices. La restructuration des entreprises, y compris la fermeture d’entreprises ne pouvant guère envisager de redevenir rentables, serait facilitée par un renforcement du système bancaire, qui permettrait aux banques de supporter plus facilement les pertes liées à la défaillance de certains emprunteurs.
  • La solidité financière du système bancaire s’améliore de manière inégale—les grandes banques ayant progressé plus rapidement que les banques régionales, qui continuent de faire face à un volume élevé de prêts improductifs. La rentabilité des banques reste généralement faible et la qualité de leur capital doit être améliorée, ce qui pourrait freiner un redressement des prêts bancaires précisément au moment où les besoins de financement extérieur des sociétés non financières augmentent en raison de l’expansion soutenue.

Du fait de la réduction progressive du volant de capacités inutilisées au cours de l’année écoulée, les tensions déflationnistes se sont atténuées. Le recul sur douze mois de l’IPC de base (hors produits alimentaires frais) est tombé à 0,2 % en juillet, en raison de la baisse de l’écart de production et de facteurs temporaires tels que les cours du pétrole; net des facteurs transitoires, le recul de l’IPC est voisin de 0,3 %. Le déflateur du PIB a continué de baisser plus rapidement que l’IPC, du fait de l’interaction entre les différences dans la composition des deux indices (le déflateur du PIB accordant plus d’importance aux biens électriques, dont les prix ont généralement diminué plus rapidement que d’autres catégories de biens alors que leur part dans la demande réelle a augmenté) et de leur méthode d’établissement (les variations de l’IPC—un indice de Laspeyres—étant biaisées à la hausse et celles du déflateur du PIB—un indice de Paasche—à la baisse dans cette combinaison particulière de prix et de demande). Les tensions déflationnistes continueront probablement de s’atténuer à mesure que le volant des capacités inutilisées diminue et la déflation de l’IPC sur douze mois devrait être plus ou moins nulle en 2005.

Comme les perspectives d’une fin de la déflation se sont nettement améliorées, mais qu’une telle issue est loin d’être garantie, l’orientation actuelle de la politique monétaire est appropriée et devrait être maintenue jusqu’à ce que l’inflation soit fermement positive. Si les marchés financiers s’inquiétaient que la politique d’assouplissement quantitatif prenne fin trop rapidement, la Banque du Japon pourrait relever l’objectif fixé pour le compte courant afin de signaler sa détermination à maintenir le même cadre d’action jusqu’à ce que la déflation soit définitivement vaincue. Tandis que les premiers signes d’inflation se rapprochent, une amélioration de la stratégie de communication de la Banque du Japon, notamment en établissant un objectif d’inflation à moyen terme suffisamment positif et en publiant davantage ses vues sur la politique monétaire et les perspectives d’inflation, pourrait aider à cibler les anticipations inflationnistes.

Les perspectives économiques s’étant améliorées, les autorités japonaises doivent maintenant s’attaquer à la difficile situation budgétaire du pays. La dette publique brute s’établissait à 166 % du PIB fin 2003—soit le taux de loin le plus élevé parmi les économies avancées, même si la dette nette, quoique en hausse, est considérablement plus basse, à 80 % du PIB fin 2003—et le déficit structurel (y compris la sécurité sociale mais hors aide bancaire) était de 6½ % du PIB pour l’exercice 2003. Le gouvernement a pour objectif de dégager un excédent primaire (hors sécurité sociale) d’ici le début des années 2010, grâce en partie à une maîtrise des dépenses pendant les exercices 2004 et 2005, mais il reste à définir d’autres mesures qui permettraient d’atteindre cet objectif. Étant donné les conditions économiques favorables, il serait souhaitable de réaliser des économies budgétaires pendant l’exercice 2004. Parmi les mesures de rééquilibrage éventuelles figurent de nouvelles compressions des dépenses d’équipement, l’élargissement de l’assiette de l’impôt sur le revenu des particuliers et—à moyen terme—le relèvement de la taxe sur la consommation.

Le vieillissement de la population posant de nouveaux problèmes à moyen terme, comme on le verra au chapitre III, la récente réforme du régime public de retraite a constitué un pas dans la bonne direction. Cependant, cette réforme repose fortement sur des augmentations des taux de cotisation, qui pèseront probablement sur la croissance économique, et aggrave l’inégalité entre les générations puisque les jeunes supporteront l’essentiel de la charge. Il sera probablement nécessaire de relever de nouveau l’âge du départ à la retraite pour assurer la viabilité financière du régime public de retraite—ce qui accélérerait fort probablement la croissance—et de réformer le système des soins médicaux et à long terme afin d’en maîtriser les coûts, qui sont en croissance rapide. Outre cet ajustement, une accélération des réformes structurelles pourrait aussi améliorer la situation budgétaire du Japon en relevant le potentiel de croissance de la production. Les priorités sont la réforme des entreprises publiques, le renforcement de la politique de concurrence et l’assouplissement du marché du travail, notamment en facilitant le transfert des droits à pension.

Pays émergents d’Asie: Ies perspectives sont favorables, mais la politique macroéconomique est-elle à la hauteur des attentes?

En dépit des répercussions négatives du renchérissement du pétrole sur de nombreux pays, la croissance est restée supérieure aux prévisions dans les pays émergents d’Asie, grâce à la reprise de l’économie mondiale, à la très forte croissance chinoise, au redressement du secteur des technologies de l’information à l’échelle mondiale, à des politiques macroéconomiques généralement accommodantes, y compris des taux de change très compétitifs, et, de plus en plus, à une croissance solide de la demande intérieure, y compris de l’investissement fixe. Du milieu de 2003 au premier trimestre de 2004, le taux de croissance dans la région a dépassé 10 % en moyenne, la croissance étant particulièrement rapide en Chine et dans les nouvelles économies industrielles, d’où la crainte d’une surchauffe en Chine, en dépit d’un certain ralentissement au deuxième trimestre; d’autres économies, notamment Singapour, semblent aussi être de plus en plus proches de leur potentiel.

Dans l’hypothèse d’un atterrissage en douceur en Chine, on peut prévoir pour la région une croissance solide, mais en ralentissement. Étant donné les bons résultats du premier semestre, il est prévu que la croissance du PIB régional atteindra en moyenne 7,3 % en 2004, soit 0,1 point de plus que prévu en avril, avant de tomber à 6,5 % en 2005, soit 0,3 point de moins que prévu précédemment—la révision s’expliquant dans une large mesure par un ralentissement de l’économie chinoise plus tardif et un emballement de la croissance dans la plupart des nouvelles économies industrielles au début de 2004 par rapport à la dernière édition des Perspectives (tableau 1.6). L’évolution de la Chine sera particulièrement importante pour la région. Si la croissance chinoise devait ralentir moins que prévu, la demande extérieure et intérieure—en particulier dans les nouvelles économies industrielles et les pays de l’ASEAN-4—serait plus forte, quoique évidemment au risque de faire face à un atterrissage plus brusque par la suite, avec des répercussions notables mais supportables pour la région (encadré 1.2). La région est aussi relativement plus vulnérable à la hausse des cours du pétrole—l’effet sur la croissance et l’inflation étant relativement plus marqué qu’ailleurs (voir appendice 1.1)—et aux perspectives du secteur des technologies de l’information, où l’on redoute que les récents taux élevés d’investissement conduisent à un excédent des capacités en 2005. Une augmentation des taux d’intérêt réels aux États-Unis pourrait nuire aux pays qui comptent sur un financement budgétaire extérieur (Indonésie et Philippines), mais dans les pays où les entrées de capitaux sont volumineuses, cela pourrait faciliter la gestion de la politique monétaire.

Tableau 1.6.Pays d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200220032004200520022003200420052002200320042005
Pays émergents d’Asie36,47,27,36,51,92,54,33,93,84,43,63,3
Chine8,39,19,07,5−0,81,24,03,02,83,22,42,8
Asie du Sud44,96,96,26,54,23,94,95,11,31,30,3−0,2
Bangladesh4,95,45,55,73,85,46,46,10,60,4−0,5−1,3
Inde5,07,26,46,74,33,84,75,01,01,10,5
Pakistan4,46,26,36,03,22,94,64,54,53,50,3−0,3
ASEAN-44,35,15,55,45,84,04,74,85,86,15,03,5
Indonésie3,74,14,85,011,86,86,56,54,53,52,91,9
Malaisie4,15,36,56,31,81,12,22,58,412,912,410,1
Philippines4,34,75,24,23,13,05,46,85,84,92,81,8
Thaïlande5,46,86,26,40,61,82,71,85,55,63,82,0
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,03,05,54,00,91,42,42,65,87,66,86,5
Corée7,03,14,64,02,83,53,83,81,02,03,13,3
Hong Kong (RAS)1,93,27,54,0−3,0−2,61,07,910,710,09,6
Singapour2,21,18,84,4−0,40,51,81,621,430,925,723,9
Taiwan, prov. chinoise de3,63,35,64,1−0,2−0,31,11,59,110,26,96,0

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Les excédents des transactions courantes sont généralement restés élevés dans la région, du fait en partie d’une accélération plus rapide de la croissance de la demande extérieure par rapport à celle de la demande intérieure; de la stabilité ou de la dépréciation des taux de change réels; de gains dans les parts de marché des services, en particulier en Asie du Sud; et, dans le cas de l’Asie du Sud et de la Chine, de l’augmentation des envois de fonds (graphique 1.14). S’il est prévu que les excédents des transactions courantes diminuent en 2004 et au-delà à mesure que la demande intérieure s’affermit, les diminutions en pourcentage du PIB sont faibles étant donné que les cours plus élevés que prévu du pétrole contribuent à eux seuls à raison de quelque 0,3–0,4 point en moyenne dans les pays importateurs nets de pétrole. Les flux nets de capitaux privés à destination de la région—la Chine et l’Inde étant les principaux bénéficiaires—restent élevés, quoique en baisse. En tenant compte des effets de la recapitalisation de deux grandes banques commerciales chinoises à l’aide de réserves de change fin 2003, les flux nets de capitaux privés vers les pays émergents d’Asie devraient diminuer d’environ 18 milliards de dollars cette année, pour s’établir à 80 milliards de dollars. Par conséquent, il est prévu que les réserves de change brutes augmentent de 230 milliards de dollars pour atteindre près de 1,5 billion de dollars d’ici fin 2004, soit neuf mois d’importations et environ huit fois plus que la dette à court terme.

Graphique 1.14.Pays émergents d’Asie: les excédents des transactions courantes restent élevés

Les excédents des transactions courantes sont restés élevés, notamment du fait que la demande extérieure a progressé plus vite que la demande intérieure, mais aussi parce que les taux de change réels sont restés stables ou se sont dépréciés. Ajouté aux entrées massives de capitaux, cela a entraîné une accumulation rapide de réserves extérieures brutes.

Sources: Haver Analytics; Global Insight; calculs des services du FMI.

1 Les agrégats régionaux sont des moyennes pondérées en fonction de la parité de pouvoir d’achat.

2 Demande d’importations des différents pays pondérée par les exportations; les agrégats régionaux sont des moyennes pondérées en fonction de la parité de pouvoir d’achat.

3 Bangladesh, Inde, Maldives, Pakistan et Sri Lanka.

4 Inde, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Si l’activité soutenue et la hausse des cours des produits de base ont entraîné une augmentation des tensions inflationnistes—surtout en Chine—l’inflation globale et l’inflation de base restent modérées. Comme il est prévu que la croissance reste solide et la politique économique en général très accommodante, les politiques monétaires devront être resserrées—à des rythmes divers—dans la région, un processus qui a déjà débuté en Chine et, plus récemment, en Thaïlande. Étant donné la vigueur persistante des positions extérieures—ainsi que la difficulté et le coût croissants de la stérilisation de leurs effets sur la liquidité intérieure—ce serait facilité dans de nombreux pays par un assouplissement des taux de change. Comme noté plus haut, cela contribuerait aussi largement à corriger les déséquilibres internationaux de manière ordonnée. Dans une perspective tant extérieure qu’intérieure, la solide reprise régionale et mondiale, combinée au dynamisme de la croissance des exportations, semble présenter des conditions presque idéales pour une telle évolution. Par ailleurs, comme noté au chapitre II, un assouplissement volontaire du taux de change ne semble pas aller de pair avec des perturbations de la stabilité macroéconomique, ni entraîner une volatilité soutenue du taux de change.

En Chine, la croissance—en particulier de l’investissement fixe—a ralenti au deuxième trimestre en réaction aux mesures d’austérité. Cependant, l’activité reste très vigoureuse et la croissance de l’investissement fixe s’est accélérée de nouveau en juin et en juillet. Il semble donc que les risques de surchauffe n’ont pas encore disparu. Dans ce contexte, et étant donné que les taux d’intérêt réels à court terme sont restés négatifs, un nouveau durcissement monétaire sera probablement nécessaire, et il serait facilité, comme noté plus haut, par un assouplissement du taux de change. La politique budgétaire elle aussi a un rôle essentiel à jouer pour ralentir l’activité économique, notamment en mettant de côté les recettes exceptionnelles et en réduisant l’investissement public aux niveaux central et local. Cela contribuerait aussi au rééquilibrage budgétaire nécessaire à moyen terme, étant donné le volume encore considérable des engagements conditionnels liés aux faiblesses du secteur bancaire, les obligations au titre des retraites et les pressions en faveur d’une augmentation des dépenses consacrées à la protection sociale, aux soins de santé et à la protection de l’environnement. Sur le front structurel, la réforme bancaire reste cruciale, d’autant que la croissance vigoureuse du crédit pourrait bien entraîner une augmentation des prêts improductifs, comme ce fut le cas pendant l’expansion du début des années 90 (encadré 1.2). La récente recapitalisation de deux grandes banques a constitué un pas important dans la bonne direction et doit être accompagnée par la recapitalisation d’autres banques, ainsi que l’application des normes de fonds propres et de règles adéquates de provisionnement pour pertes sur prêts dans l’ensemble du système bancaire. Dans la même optique, l’application de contraintes budgétaires dures aux entreprises publiques, une réforme du marché du travail afin d’aider à absorber une population active en croissance rapide et une libéralisation du commerce conformément aux engagements pris dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) constituent aussi des priorités.

La forte croissance chinoise a eu des répercussions dans le reste de l’Asie de l’Est, même si les taux de croissance du PIB varient notablement d’un pays à l’autre, en fonction de la vigueur de la demande intérieure. Pour ce qui est des pays de l’ASEAN-4, l’activité économique a continué de progresser à un rythme soutenu en Malaisie. En Thaïlande, la croissance a ralenti au premier semestre de 2004 en raison de la grippe aviaire, d’une sécheresse et de la montée des cours du pétrole. Dans les nouvelles économies industrielles, la croissance axée sur les exportations a été soutenue récemment par un raffermissement de la demande intérieure dans la RAS de Hong Kong (où la déflation semble avoir pris fin et où les prix des actifs ont commencé à se redresser), à Singapour et dans la province chinoise de Taiwan. Par contre, la demande intérieure en Corée reste relativement faible, à cause des problèmes d’endettement des ménages et des entreprises orientées sur le marché intérieur. Par conséquent, les politiques monétaires et budgétaires devraient rester accommodantes pendant une période relativement plus longue qu’ailleurs dans la région, jusqu’à ce que la reprise se soit fermement installée.

Tant les nouvelles économies industrielles d’Asie que les pays de l’ASEAN-4 ont accompli des progrès notables dans la réduction des facteurs de vulnérabilité extérieure et intérieure depuis la crise de 1997–98 et la solide reprise mondiale leur fournit une occasion de poursuivre sur leur lancée. En particulier, les faiblesses du secteur bancaire, notamment le volume encore substantiel des actifs improductifs en suspens, restent une source majeure de vulnérabilité dans la plupart des pays, ce qui souligne la nécessité de renforcer le contrôle bancaire et les incitations à régler le problème des actifs improductifs, notamment en appliquant des règles adéquates pour le recensement des pertes sur prêts et leur provisionnement. Comme de nombreux pays font face à de gros problèmes budgétaires à moyen terme et que la dette publique a augmenté nettement depuis la crise, le rééquilibrage des finances publiques constitue aussi une priorité. C’est particulièrement vrai aux Philippines, où des facteurs de vulnérabilité de longue date liés aux déséquilibres budgétaires et financiers soulignent la nécessité pour le nouveau gouvernement de prendre des mesures pour garantir les augmentations de recettes fiscales nécessaires pour réduire le déficit budgétaire, restructurer le secteur de l’électricité et rétablir sa viabilité financière, ainsi qu’accroître la capitalisation du système bancaire. En Indonésie, où la dette publique—quoique en diminution—reste élevée et où la confiance du marché a été sapée pendant la période électorale prolongée, il est essentiel de procéder rapidement à l’ajustement budgétaire envisagé pour 2004–05 par le gouvernement sortant, y compris, si besoin est, en prenant des mesures supplémentaires.

En Inde, la croissance du PIB, soutenue par l’expansion mondiale et des conditions monétaires favorables, devrait s’établir à 6,4 % en 2004, bien que les tendances défavorables de la mousson de cette année menacent la croissance de la production agricole. Le niveau élevé du déficit budgétaire et le niveau élevé et croissant de la dette publique restent le talon d’Achille de l’économie indienne. Au-delà des questions de viabilité à long terme, le volume élevé des emprunts publics pourrait étouffer le redressement naissant de l’investissement privé qui est nécessaire pour soutenir l’expansion. Le gouvernement de coalition qui vient d’entrer en fonction a l’intention de procéder à un ambitieux ajustement budgétaire en vue d’équilibrer le budget courant d’ici 2009 (l’objectif étant un ajustement annuel d’au moins ⅓ de point du PIB du solde global de l’administration centrale) tout en augmentant les dépenses dans les domaines prioritaires, notamment la santé et l’éducation, ainsi que l’investissement dans les infrastructures. Si cet objectif semble globalement approprié, il faudra du temps pour que les mesures qui ont été proposées récemment soient appliquées et produisent des résultats. Étant donné cette incertitude, les augmentations de dépenses devraient dépendre des progrès accomplis sur le front des recettes. Il demeure essentiel d’accélérer les réformes structurelles—notamment la libéralisation de l’agriculture et du commerce—pour renforcer le potentiel de croissance et faire reculer la pauvreté.

Ailleurs en Asie du Sud, l’amélioration des résultats macroéconomiques au Pakistan a réduit les facteurs de vulnérabilité extérieure et a permis de dégager une certaine marge de manœuvre pour s’attaquer aux problèmes de longue date de l’ajustement budgétaire et du développement, y compris la nécessité d’accroître les dépenses consacrées au développement et au secteur social. Étant donné le niveau élevé de la dette publique, il sera toutefois essentiel que l’augmentation des dépenses de développement prévue pour l’exercice en cours soit compensée par d’autres mesures. Au Bangladesh, la croissance reste robuste, grâce à un net redressement des exportations, en particulier du prêt-à-porter, mais les récentes inondations pourraient peser sur l’activité économique pour le reste de 2004. L’élimination des contingents dans les échanges de textiles au titre de l’accord multifibres à la fin de 2004 présente un risque majeur, car le pays devrait enregistrer une nette réduction de ses débouchés à l’exportation si les autorités ne réagissaient pas en temps opportun. Il pourrait s’agir d’un ajustement du taux de change, d’une réduction des impôts sur le commerce afin d’accroître la compétitivité et de réformes des infrastructures.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, il est prévu que la croissance du PIB restera robuste en 2004, soutenue par la vigueur des exportations et des cours des produits de base, ainsi que par le dynamisme de la demande intérieure. La politique monétaire a été resserrée dans les deux pays au cours de l’année écoulée, la dernière fois début septembre en Nouvelle-Zélande. Si l’inflation de base semble contenue, grâce à l’appréciation du taux de change en valeur réelle, de nouveaux relèvements des taux d’intérêt seront probablement nécessaires, surtout en Nouvelle-Zélande, étant donné les perspectives de croissance favorables à court terme, le faible taux de chômage et le taux élevé d’utilisation des capacités. Dans ces deux pays, la situation budgétaire est très solide, même si de nouvelles mesures seront nécessaires pour la maintenir telle quelle à moyen terme face aux pressions qui résulteront de l’augmentation de la population, notamment des réformes des systèmes de retraite et de santé, et des mesures visant à accroître le taux d’activité et à promouvoir la forte croissance de la productivité.

Amérique latine: profitera-t-on du redressement pour accroître la capacité d’adaptation des économies?

En Amérique latine, l’activité économique rebondit fortement cette année: elle est soutenue par un redressement de la demande intérieure—qui s’explique par un assouplissement des conditions monétaires dans la plupart des pays et un regain de confiance—et l’expansion robuste de l’économie mondiale, renforcée par la part croissante des échanges dans le PIB (graphique 1.15 et tableau 1.7). La hausse des cours du pétrole profite aux principaux pays exportateurs de pétrole (Colombie, Équateur, Mexique et Venezuela), mais nuit aux pays importateurs de pétrole, en particulier les pays d’Amérique centrale, la République Dominicaine et l’Uruguay. La montée des cours des produits de base non énergétiques entraîne des gains commerciaux pour les pays exportateurs de métaux (Chili, Jamaïque et Pérou) et de produits agricoles (Argentine, Bolivie, Brésil, Équateur et Paraguay). Les tensions inflationnistes montent dans certains pays, du fait de la hausse des cours du pétrole et de la dépréciation des taux de change.

Graphique 1.15.Amérique latine: une participation accrue au commerce mondial, mais de nombreuses restrictions subsistent

Le ratio exportations de marchandises/PIB a progressé de 10 points entre 1998 et 2003, sous l’effet en particulier d’un accroissement des exportations vers les États-Unis et les pays émergents d’Asie, et d’une augmentation des exportations de biens manufacturés. Cependant, la part de l’Amérique latine dans le commerce mondial est encore nettement plus faible que celle d’autres régions en développement et il reste encore beaucoup de progrès à faire sur le plan du démantèlement des restrictions.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; base de données statistiques des Nations Unies sur le commerce des marchandises; calculs des services du FMI.

Tableau 1.7.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200220032004200520022003200420052002200320042005
Hémisphère occidental−0,11,84,63,69,010,66,56,1−1,00,30,5−0,3
Mercosur3−0,92,04,83,711,313,55,86,00,11,61,1−0,2
Argentine−10,98,87,04,025,913,44,87,19,06,21,1−1,4
Brésil1,9−0,24,03,58,414,86,65,9−1,70,81,20,4
Chili2,23,34,94,72,52,81,12,9−1,3−0,80,5−1,9
Uruguay−11,02,510,03,514,019,49,89,31,60,70,10,2
Région des Andes0,11,65,84,09,110,28,48,81,42,74,73,6
Colombie1,63,74,04,06,37,16,05,0−1,8−1,9−1,1−2,2
Équateur3,32,65,44,012,67,93,22,7−5,0−1,72,83,0
Pérou4,94,14,54,51,52,53,52,5−2,0−1,7−0,4−0,7
Venezuela−8,9−7,612,13,522,431,123,731,37,911,313,512,1
Mexique, Amérique centrale et Caraïbes1,21,63,63,35,25,96,75,0−2,7−1,8−1,6−1,9
Mexique0,81,34,03,25,04,54,44,0−2,2−1,5−1,2−1,5
Amérique centrale42,33,23,33,36,35,96,55,5−4,9−5,2−5,2−4,6
Caraïbes53,11,90,33,35,218,630,312,5−5,5−0,2−1,2−2,0

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés).

Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés).

Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago.

Les conditions de financement extérieur sont moins favorables depuis la fin du printemps, car l’augmentation des taux intérêt américains a incité les investisseurs à réduire leur demande de valeurs mobilières latino-américaines. Cependant, les emprunteurs souverains avaient déjà satisfait la plupart de leurs besoins de financement pour 2004 et les marges ont presque retrouvé leur niveau le plus bas. Les émissions brutes de titres de créances sont restées élevées au premier semestre de l’année, les emprunteurs ayant «verrouillé» des taux d’intérêt faibles et des échéances longues. Au-delà de 2004, de nombreux pays ont des besoins élevés de financement extérieur et restent vulnérables aux chocs extérieurs (par exemple, une hausse abrupte des taux d’intérêt mondiaux, la volatilité des cours des produits de base ou un ralentissement de la croissance mondiale) et à une évolution défavorable de la situation intérieure (par exemple, des incertitudes politiques, des dérapages de la politique gouvernementale ou des troubles sociaux).

Le rebond économique et des conditions de financement extérieur encore relativement favorables offrent aux autorités une occasion de renforcer la capacité d’adaptation de leur économie et d’ouvrir la voie à une croissance soutenue. Les anticipations d’une inflation continue étant peutêtre moins bien ancrées dans certains pays, il faudra peut-être que les banques centrales prennent davantage les devants pour enrayer tout effet secondaire du renchérissement du pétrole. Afin de réduire les facteurs de vulnérabilité, il est essentiel de réduire les ratios d’endettement public, qui restent élevés (bien plus de 100 % dans certains pays), en opérant les réformes budgétaires nécessaires pour améliorer la viabilité de la dette. Afin d’établir les fondements d’une croissance plus vigoureuse et plus durable—ce qui améliorerait aussi la viabilité de la dette—et d’une baisse du chômage, il est essentiel non seulement d’assurer la stabilité macroéconomique, mais aussi de renforcer l’état de droit et les droits des investisseurs, d’encourager le développement du secteur financier, de continuer de libéraliser les échanges et de promouvoir la flexibilité du marché du travail. Il est crucial de s’attaquer à la pauvreté et à l’inégalité des revenus pour assurer la viabilité de l’action des pouvoirs publics, notamment en élargissant l’accès à l’éducation et aux soins de santé.

En Argentine, la reprise économique se poursuit, mais les réformes structurelles ont été reportées. Les faibles taux d’intérêt et les cours élevés des produits de base ont aidé à entretenir la reprise, mais les données récentes semblent indiquer que l’expansion économique ralentit progressivement, une tendance qui se poursuivrait en 2005 selon les projections. Les recettes fiscales sont élevées et, sur la base de la tendance actuelle, l’excédent primaire consolidé du secteur public pourrait dépasser largement en 2004 l’objectif de 3 % du PIB fixé par les autorités. L’inflation s’est accélérée récemment, pour atteindre 5,3 % sur un an en août, mais elle reste compatible avec la limite inférieure de la fourchette-objectif de la banque centrale pour fin 2004 (7–11 %). Afin de soutenir la croissance à moyen terme, les priorités sont la conclusion d’un accord exhaustif avec les créanciers sur la restructuration de la dette souveraine en souffrance, les réformes budgétaires, la mise au point définitive de la compensation des banques pour les pertes résultant de la «peso-isation» asymétrique et la réforme des banques publiques, la mise en place d’un cadre juridique approprié pour les services publics. En Uruguay, l’économie redémarre vigoureusement aussi, grâce à la robustesse de la consommation, et l’objectif d’un excédent primaire de 3,2 % du PIB en 2004 sera probablement dépassé. Cependant, l’élection présidentielle d’octobre prochain accroît l’incertitude, et il est donc important de réformer l’administration fiscale, de mieux surveiller les cessions d’actifs et de restructurer les banques publiques. En Bolivie, l’activité économique se redresse progressivement, après les troubles politiques de la fin 2003. Les priorités sont de contenir le déficit budgétaire tout en augmentant les dépenses propices à la réduction de la pauvreté, de renforcer le secteur financier et le secteur des entreprises, ainsi que de mettre en place dans le secteur des hydrocarbures un cadre juridique propice à l’investissement.

Au Brésil, la reprise économique prend de l’ampleur, grâce à la robustesse de la croissance des exportations et à la remontée de la demande intérieure, et les prévisions de croissance du PIB réel pour 2004 ont été révisées à la hausse. Si le Brésil a pris des mesures importantes pour renforcer la capacité d’adaptation de son économie, notamment en augmentant ses réserves de change, en réduisant la part de sa dette publique en devises et en améliorant la position nette de change de ses banques, l’augmentation des marges souveraines en avril et en mai a rappelé néanmoins qu’il subsiste des facteurs de vulnérabilité. Du fait de l’effet favorable du redressement des recettes fiscales, ainsi que de la modération des dépenses de l’État fédéral, l’excédent primaire consolidé du secteur public devrait avoisiner 4¼ % du PIB en 2004. Le gouvernement a fixé pour objectif un excédent primaire du secteur public non financier de 4¼ % du PIB pour 2005–07 et a plafonné l’augmentation du salaire minimum. Pour ce qui est de la politique monétaire, l’annonce d’un objectif d’inflation de 4½ % et du rétrécissement de la marge de fluctuation pour 2006 a été bien accueillie. Le renchérissement du pétrole ayant ralenti la décélération de l’inflation de base, le récent relèvement du taux d’intérêt directeur à 16¼ % était approprié. Pour que le rebond actuel de la croissance soit soutenu, les réformes structurelles doivent être élargies et approfondies, notamment l’assouplissement du marché du travail, la réforme du système judiciaire et de l’appareil réglementaire, l’amélioration du climat des affaires, la réforme des taxes au niveau des États et le désengagement des taxes fédérales.

Au Chili, il est prévu que la croissance du PIB réel s’accélérera pour avoisiner 5 % en 2004–05, sous l’effet d’une remontée de l’investissement. Les risques de perturbation de l’offre de gaz naturel en provenance d’Argentine semblent gérables. En dépit de la montée des cours du pétrole, l’inflation reste au-dessous de la fourchette-objectif de 2–4 %. En septembre, la banque centrale a relevé le taux d’intérêt directeur de ¼ de point, à 2 %. La politique budgétaire continue de reposer sur la règle de l’équilibre structurel (un excédent de 1 % du PIB pour l’administration centrale) et le gouvernement a résisté aux forces poussant à une augmentation des dépenses en raison du cours élevé du cuivre. Pour soutenir une croissance élevée, il s’agit en priorité d’intensifier la concurrence dans le secteur financier et d’assouplir le fonctionnement du marché du travail, notamment en encourageant le travail à temps partiel, en assouplissant les horaires de travail et en réduisant les indemnités de licenciement. L’application récente d’un programme social bien ciblé en faveur des pauvres (Chile Solidario) mérite d’être saluée.

Dans la région des Andes, l’augmentation de la production et des cours pétroliers stimule fortement l’activité économique en Équateur et au Venezuela, mais les problèmes politiques demeurent des risques importants. En Équateur, l’inflation fléchit, la confiance dans le secteur financier se renforce et les résultats budgétaires restent positifs dans l’ensemble, mais il est nécessaire de continuer de rééquilibrer le budget pour réduire les besoins de financement et la dette publique. Au Venezuela, l’amélioration récente de la situation économique ne peut se prolonger sans changement majeur dans l’action des pouvoirs publics, à savoir une réduction du déficit budgétaire non pétrolier, l’élimination progressive de la réglementation des changes et l’amélioration du climat des affaires.

L’environnement extérieur favorable a soutenu la croissance en Colombie et au Pérou aussi. En Colombie, l’investissement privé a été particulièrement élevé, du fait de l’amélioration de la confiance et du faible niveau des taux d’intérêt. Cependant, la dette publique—quoique en baisse—reste élevée et la situation en matière de sécurité fragile, même si elle s’améliore. Au Pérou, la croissance demeure solide et l’inflation modérée. Cependant, étant donné le niveau élevé de la dette publique, il est important de poursuivre progressivement le rééquilibrage budgétaire.

Au Mexique, la croissance économique devrait s’accélérer pour atteindre 4 % cette année, grâce à la persistance d’un accès relativement facile au crédit et à la vigueur de la demande des États-Unis, renforcée par l’intégration commerciale et financière croissante qui résulte de l’Accord de libreéchange nord-américain (encadré 1.4). Cependant, les perspectives pour 2005 et au-delà sont obscurcies par le blocage des réformes structurelles. Comme il est prévu que l’inflation globale restera supérieure à la fourchette-objectif de 2–4 % retenue par la Banque du Mexique, le récent resserrement de la politique monétaire était approprié et un nouveau durcissement sera peut-être nécessaire pour ramener les anticipations inflationnistes dans la fourchette-objectif. Puisqu’il est souhaitable de réduire la dette publique, qui avoisine 50 % du PIB, les priorités budgétaires sont de résister aux pressions en faveur d’une augmentation des dépenses en l’absence de nouvelles mesures de mobilisation des recettes, de mettre en place une règle budgétaire qui assure que les recettes pétrolières exceptionnelles seront mises de côté, d’entreprendre une vaste réforme des impôts et des retraites, et de continuer de renforcer la structure de la dette publique. Si le système bancaire semble en bonne santé, les prêts des établissements non bancaires—en particulier les prêts hypothécaires—augmentent rapidement: il est donc important de mieux surveiller ces institutions. Pour accroître le potentiel de croissance et maintenir la compétitivité, il est essentiel de réformer les secteurs de l’énergie et des télécommunications, ainsi que le marché du travail, notamment en réduisant les obstacles à l’embauche et au licenciement, et en réduisant les coûts non salariaux. En Amérique centrale et dans les Caraïbes, il est important de renforcer les fondements institutionnels de la stabilité macroéconomique, de promouvoir le développement du secteur privé et de mener une politique sociale efficace, afin de stimuler la croissance, d’accroître la capacité d’adaptation aux chocs et de faire reculer durablement la pauvreté.

Encadré 1.4.Intégration et accords commerciaux régionaux: l’expérience de l’ALENA

Il y a dix ans, le Canada, le Mexique et les États-Unis mettaient en œuvre l’Accord de libreéchange nord-américain (ALENA). C’était un événement à plus d’un titre. L’accord, en effet, créait la plus grande zone de libre-échange du monde. Sa portée était plus vaste que celle de la plupart des autres accords commerciaux régionaux, puisqu’il couvre aussi bien le commerce des marchandises que le règlement des différends commerciaux et des questions relatives aux investissements, aux services, au marché du travail et à l’environnement. Enfin, c’était la première fois que des pays industrialisés et en développement signaient un accord de libre-échange exhaustif. Dans cet encadré, nous examinons brièvement, sur la base de travaux récents, les répercussions de l’accord sur les flux commerciaux et financiers, sur les liens entre les cycles conjoncturels nationaux et sur la dynamique de la productivité au Canada et au Mexique1.

La création de l’ALENA a été suivie d’une forte accélération des flux commerciaux entre les pays membres (notamment en direction et en provenance du Mexique), qui a entraîné un accroissement des échanges commerciaux au sein de l’ALENA par rapport aux échanges réalisés en dehors (voir graphique)2. Durant la récente phase de ralentissement économique, cependant, cet accroissement a été partiellement annulé. En outre (et c’est peut-être là le plus important), la composition des flux commerciaux a changé du fait d’une augmentation sensible—entre les partenaires de l’ALENA—de la spécialisation verticale (montant des biens importés inclus dans les exportations), des échanges intrasectoriels et des échanges à l’intérieur des entreprises. D’autres facteurs que l’ALENA ont contribué au renforcement de l’intégration commerciale entre les pays membres, notamment la réduction unilatérale des droits de douane par le Mexique après son entrée dans le GATT en 1986 et la brutale dépréciation du peso mexicain en 1994 (Krueger, 1999). Il est certes difficile d’identifier de façon empirique les effets de l’ALENA sur la structure des échanges des pays membres (car d’autres chocs ont peut-être influé sur les échanges commerciaux au cours de la période considérée), mais la plupart des études indiquent que l’accord a fortement contribué à l’accroissement des échanges commerciaux dans la région. On estime ainsi qu’entre le quart et la moitié de la hausse des exportations mexicaines vers les États-Unis peut être attribuée à l’accès préférentiel dont jouit le Mexique dans le cadre de l’ALENA (Romalis, 2002; Agama and McDaniel, 2002; Wall, 2003).

ALENA et intégration commerciale en Amérique du Nord

(Échanges avec les partenaires de l’ALENA en pourcentage des échanges)

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; calculs des services du FMI.

1 Le total des échanges est égal à la somme des exportations et des importations de marchandises.

Les flux intrarégionaux d’investissements directs étrangers (IDE) en direction du Mexique ont augmenté de façon substantielle après l’entrée en vigueur de l’ALENA. Cuevas, Messmacher et Werner (2002) et Waldkirch (2003) estiment que l’ALENA est à l’origine de 40 % à 70 % de l’accroissement du volume des flux d’IDE vers le Mexique, par le biais de l’augmentation du commerce vertical et des effets de signal de l’accord (le Mexique ayant ainsi démontré sa détermination à appliquer des programmes de libéralisation et de réforme). En revanche, l’ALENA n’a pas eu d’incidence notable sur les flux d’IDE entre le Canada et les États-Unis (Globerman and Shapiro, 2003).

Le développement des liens commerciaux et financiers a accru la synchronisation des cycles conjoncturels des pays membres. La corrélation des principaux agrégats macroéconomiques s’est accentuée entre les trois pays, même si, notamment dans le cas de la corrélation entre les États-Unis et le Canada, la signification statistique de ce phénomène est controversée (voir, par exemple, Doyle and Faust, 2003). Cette plus grande synchronisation pourrait s’expliquer par l’influence accrue des chocs régionaux, par rapport aux chocs propres à chaque pays, depuis la mise en œuvre de l’ALENA. Cette influence accrue des chocs régionaux, à son tour, découle probablement du renforcement de la spécialisation verticale et de l’augmentation des échanges commerciaux intrasectoriels entre les pays membres, qui a pour effet de propager les chocs le long de la chaîne de production. De fait, certaines études récentes indiquent que la part des fluctuations de la production résultant de chocs régionaux a augmenté tandis que l’influence des chocs nationaux a diminué (voir, par exemple, Kose, Otrok and Whiteman, 2003; Bordo and Helbling, 2003; Helbling and Bayoumi, 2003). Au Mexique, les chocs régionaux étant moins volatiles que les chocs nationaux, les fluctuations cycliques se sont atténuées.

Nonobstant l’importance accrue des chocs régionaux dans les liens entre les cycles conjoncturels des pays membres de l’ALENA, les chocs nationaux continuent de jouer un rôle important, car les échanges commerciaux intersectoriels et les différences de structure industrielle restent considérables. En conséquence, les cycles peuvent diverger: durant la dernière phase de contraction économique, par exemple, le Canada a connu un ralentissement plus modéré et, ensuite, une reprise relativement plus soutenue que les États-Unis. Ce phénomène est attribué en partie au fait que le secteur des technologies de l’information et de la communication est plus petit au Canada qu’aux États-Unis.

Il apparaît aussi que l’ALENA a stimulé l’accroissement de la productivité des pays membres durant les dix dernières années. La convergence de la productivité totale des facteurs s’est accélérée entre les trois partenaires après la mise en œuvre de l’accord (Easterly, Fiess and Lederman, 2003). De surcroît, Lopez-Cordova (2002) et Schiff et Wang (2003) estiment que l’ALENA a accru de 5½ % à 10 % la productivité totale des facteurs au Mexique.

En conclusion, l’ALENA a renforcé substantiellement l’intégration commerciale et financière en Amérique du Nord, sans que l’on observe, à ce jour, de détournement notable des échanges. Par ailleurs, l’accord a contribué à accroître la prospérité dans les pays membres en accélérant la hausse de la productivité et en atténuant la volatilité de la production. À terme, il est possible de réaliser des gains supplémentaires en continuant d’approfondir les relations économiques. À l’heure actuelle, les flux d’investissements et les échanges commerciaux sont freinés par des différences en matière de réglementation, de procédures de sécurité et de règles d’origine. S’agissant des gains d’efficience qui pourraient être tirés d’un renforcement de l’intégration économique, Ghosh et Rao (2004) notent à titre d’exemple que la suppression des règles d’origine et l’harmonisation des tarifs extérieurs—qui fait l’objet de discussions entre les membres de l’ALENA—permettraient d’accroître le PIB du Mexique de plus de 5 % et celui du Canada de non moins de 1¼ %.

Note: Ayhan Kose est l’auteur principal de cet encadré.1 Pour une analyse détaillée des répercussions de l’accord sur le Mexique et le Canada, voir Kose, Meredith, and Towe (2004), Cardarelli and Kose (2004) et les documents de référence connexes.2 À ce jour, la plupart des études, dont Krueger (1999,2000) et Lederman, Maloney, and Serven (2003), indiquent que l’ALENA n’a pas causé de détournement des échanges, c’est-à-dire que l’accroissement des échanges commerciaux ne s’est pas fait au détriment d’autres pays. Cependant, Romalis (2002) a noté des indices d’un détournement substantiel des échanges.

Pays émergents d’Europe: la reprise sera-t-elle mise à profit pour s’attaquer aux facteurs de vulnérabilité budgétaire?

Dans les pays émergents d’Europe, il est prévu que la croissance du PIB passera à 5,5 % en 2004, un redressement plus marqué que prévu dans une bonne partie de l’Europe centrale et méridionale, surtout en Pologne et en Turquie, compensant largement une modération de la croissance—qui reste néanmoins très vigoureuse—dans les pays baltes (tableau 1.8). La croissance du PIB devrait rester soutenue dans le reste de 2004 et en 2005, sous l’effet de l’augmentation de la demande intérieure et de la croissance dynamique des exportations. Un raffermissement de l’activité, combiné au renchérissement du pétrole, a entraîné une montée de l’inflation—sauf en Turquie et en Roumanie—et dans quelques nouveaux pays membres de l’Union européenne (UE), l’inflation est largement supérieure à l’objectif fixé par le Traité de Maastricht. Pour des raisons similaires, les déficits des transactions courantes restent très élevés dans la région et, en dehors de la Turquie, on ne s’attend guère à une amélioration sur ce plan en 2005.

Tableau 1.8.Pays candidats à l’Union européenne: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200220032004200520022003200420052002200320042005
Pays candidats à l’UE4,34,55,54,815,39,57,15,9−3,3−4,1−4,3−4,1
Turquie7,95,87,05,045,025,311,410,8−0,8−2,9−4,0−3,5
Turquie non comprise3,03,94,94,75,33,85,34,0−4,3−4,6−4,5−4,5
États baltes6,87,76,66,31,50,62,62,8−6,7−8,8−8,7−7,9
Estonie7,25,15,85,43,61,33,02,5−10,2−13,2−11,2−9,5
Lettonie6,47,56,56,01,92,95,83,5−6,5−8,6−9,3−8,2
Lituanie6,89,07,07,00,3−1,20,62,5−5,2−6,7−7,1−6,9
Europe centrale2,13,54,84,42,82,24,53,7−4,1−3,9−3,8−3,9
Hongrie3,52,93,53,75,34,76,94,4−7,2−8,9−8,8−8,2
Pologne1,43,85,85,11,90,83,73,8−2,6−1,9−1,7−2,1
République slovaque4,44,24,84,33,38,57,73,0−8,0−0,9−2,3−2,6
République tchèque1,53,13,33,41,80,13,23,0−5,6−6,2−5,5−4,9
Slovénie3,42,33,94,17,55,63,73,21,40,1−0,6−1,4
Europe du Sud et du Sud-Est4,64,34,84,916,110,79,35,8−4,0−6,2−5,8−5,7
Bulgarie4,94,35,25,25,82,36,33,6−5,3−8,4−8,7−8,3
Chypre2,02,03,03,52,84,12,22,6−5,4−4,4−4,3−4,2
Malte1,2−1,71,31,72,21,33,02,0−1,1−6,0−4,0−2,6
Roumanie5,04,95,05,022,515,311,57,2−3,4−5,9−5,2−5,3

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pour ce qui est de l’avenir immédiat, il semble que les perspectives ont autant de chances de s’améliorer que de s’assombrir. Les données récentes étant généralement positives, la reprise pourrait être plus vigoureuse que prévu. Cependant, la plupart des pays sont vulnérables à une hausse des cours du pétrole, qui, en plus de peser sur la croissance, pourrait exacerber les pressions sur l’inflation et les transactions courantes. La demande intérieure dans la zone euro—notamment en Allemagne, un des principaux partenaires commerciaux de la région—reste faible. À terme, le niveau élevé des déficits extérieurs—et des déficits budgétaires—dans un certain nombre de pays demeure préoccupant, d’autant que ces déficits sont de plus en plus financés par l’emprunt. Comme la plupart des pays vont faire face à de substantielles pressions sur les dépenses—notamment en raison du rapide vieillissement de la population (chapitre III), de la nécessaire remise en état des infrastructures et des contributions au budget de l’UE—il est maintenant essentiel de tirer parti de la reprise pour accomplir des progrès dans le rééquilibrage budgétaire (graphique 1.16). Les risques prudentiels liés à la croissance rapide du crédit privé, parallèle à l’approfondissement des marchés financiers, doivent être surveillés de près aussi—surtout lorsque le crédit finance la consommation plutôt que l’investissement—et il est donc nécessaire de continuer de renforcer le contrôle bancaire.

Graphique 1.16.Les nouveaux pays membres de l’UE respectent-ils les critères de convergence de l’UEM?

Les pays baltes et la Slovénie satisfont—ou presque—aux critères de Maastricht en matière de déficit budgétaire et d’inflation; la plupart des pays d’Europe centrale ont encore beaucoup à faire.

Sources: autorités nationales; estimations des services du FMI.

1 Définition du système européen des comptes (SEC 95), avec les caisses de retraite incluses dans l’ensemble des administrations publiques. Si les caisses de retraite sont exclues—question examinée actuellement avec EUROSTAT—, le déficit de 2004 serait supérieur de 1,5 % du PIB et la dette de 4,1 %.

2 Pour 2003, 5,9 points du déficit s’expliquent par l’inclusion d’une garantie qui a été appelée en partie. Le déficit et la dette de 2004 sont les projections des autorités.

Le 1er mai 2004, dix pays de la région sont devenus membres de l’UE; la Bulgarie et la Roumanie—et peut-être la Croatie, qui entamera les négociations d’adhésion début 2005—devraient suivre plus tard dans la décennie. Après cet élargissement historique, l’Estonie, la Lituanie et la Slovénie ont adhéré rapidement au mécanisme de change européen, précurseur de l’union économique et monétaire (UEM), et la Lettonie devrait bientôt faire de même. La plupart des autres pays ont pour objectif d’y adhérer vers la fin de la décennie, même s’il reste beaucoup à faire—surtout sur le front budgétaire—pour respecter ce calendrier. De manière plus générale, comme en témoigne l’expérience de nouveaux pays membres dans le passé, notamment la Grèce jusqu’au milieu des années 90, l’adhésion à l’UE facilite une croissance rapide, mais ne la garantit pas. Maintenant qu’ils ne sont plus incités à remplir les conditions requises pour adhérer à l’UE, il sera important pour ces pays d’éviter tout ralentissement dans l’application des principales réformes structurelles, surtout dans les pays—notamment la Pologne—où la croissance a déçu les espoirs ces dernières années.

En Pologne, la reprise est restée solide, soutenue par l’assouplissement substantiel de la politique monétaire au cours des deux dernières années. Depuis le début de 2004, l’inflation et les anticipations inflationnistes ont augmenté nettement, d’où un relèvement de 125 points de base des taux d’intérêt depuis fin juin; le déficit des transactions courantes est modéré, la croissance des exportations étant stimulée par la dépréciation du zloty. En dépit des perspectives favorables à court terme, l’investissement et la croissance de l’emploi restent modérés et les marchés financiers restent préoccupés par des obstacles fondamentaux à la reprise. En particulier, depuis 1999, quatre ministres des finances successifs n’ont pas réussi à contenir le déficit budgétaire, qui devrait de nouveau augmenter considérablement en 2004. Si l’approbation récente par le Parlement de la modification de l’indexation des prestations de retraite—un élément important du programme de rééquilibrage budgétaire à moyen terme (programme Hausner)—constitue un pas en avant, les déficits budgétaires resteront très élevés pendant le reste de la décennie si de nouvelles mesures substantielles ne sont pas prises. Le taux de chômage restant proche de 20 %, une réforme du marché du travail, axée sur l’amélioration de l’employabilité des travailleurs peu qualifiés, constitue une priorité.

En Hongrie, la croissance du PIB s’accélère aussi après le ralentissement de l’an dernier, grâce à la vigueur des exportations et de l’investissement, et s’accompagne d’une remontée notable de l’inflation (qui est aujourd’hui parmi les plus élevées d’Europe centrale). Les marchés des changes se sont stabilisés après les turbulences de fin 2003, mais les taux d’intérêt restent élevés et les déficits jumeaux—budgétaire et courant—demeurent des facteurs de vulnérabilité importants. Le nouveau gouvernement devra s’attacher à opérer un ajustement budgétaire résolu et crédible afin de réduire les facteurs de vulnérabilité extérieure et de maintenir le cap en vue de l’adoption de l’euro.

En République tchèque, l’activité, soutenue par les exportations et les investissements liés à cellesci, redémarre plus lentement que dans le reste de l’Europe centrale. Étant donné la hausse de l’inflation et les indices croissants d’une poussée des coûts, la banque centrale a relevé judicieusement les taux d’intérêt de 50 points de base depuis juin; la politique monétaire devra probablement être resserrée davantage, en fonction de la vigueur de la reprise et de l’évolution du taux de change. Sur le front budgétaire, le déficit de l’ensemble des administrations publiques devrait augmenter pour avoisiner 6 % du PIB, soit plus que l’objectif fixé par le gouvernement. Pour rétablir la crédibilité du plan de réduction du déficit pour 2004–06, il est essentiel pour le nouveau gouvernement d’avancer l’ajustement prévu aujourd’hui pour 2006 et de renforcer le cadre budgétaire pour les années futures. En République slovaque, la croissance du PIB reste solide, le dynamisme des exportations étant appuyé de plus en plus par une recrudescence de la demande intérieure. Le rééquilibrage budgétaire semble en bonne voie et l’inflation de base est faible, même si l’inflation globale restera élevée jusqu’à la fin de 2004. La politique monétaire a été assouplie progressivement en réaction à la vigueur de la couronne.

Dans les pays baltes, la croissance de la production reste très vigoureuse; elle est tirée par des exportations robustes et une demande intérieure accrue—alimentée entre autres par les transferts de l’Union européenne. Les politiques macroéconomiques sont bien alignées sur celles de la zone euro, et les trois pays baltes devraient respecter les critères budgétaires de Maastricht en 2004 (même si l’inflation est relativement élevée en Lettonie, en partie à cause de facteurs exceptionnels, dont le pétrole). Le fonctionnement relativement souple des économies baltes et leurs antécédents en matière de taux de change fixes devraient faciliter une transition harmonieuse vers l’UEM. Cependant, étant donné le niveau très élevé des déficits des transactions courantes, ainsi que les risques d’une augmentation des entrées de capitaux et de surchauffe à l’approche de l’adhésion à l’UEM, il serait prudent de continuer d’accroître l’épargne publique et de renforcer le contrôle bancaire. La Slovénie est bien placée aussi pour entrer dans le mécanisme de change européen, même si l’inflation y est sensiblement supérieure à la moyenne de l’UE.

En Bulgarie et en Roumanie, la croissance de la production et de la demande intérieure, soutenue par la croissance rapide du crédit, est restée robuste et le déficit des transactions courantes demeure élevé. Pour limiter les facteurs de vulnérabilité extérieure, ces deux pays doivent rééquilibrer leur budget, modérer la hausse des salaires dans le secteur public, ralentir la croissance du crédit privé et renforcer le contrôle bancaire; la Roumanie doit aussi ajuster les prix de l’énergie. Par ailleurs, il existe une marge de manœuvre considérable pour améliorer le climat des affaires, notamment en accélérant les privatisations, en réformant le marché du travail et en renforçant la gouvernance. Dans les Balkans, la croissance est solide, grâce à l’allure soutenue des exportations, mais les facteurs de vulnérabilité extérieure demeurent très préoccupants (surtout en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et en Serbie et Monténégro), et il est donc nécessaire de poursuivre le rééquilibrage budgétaire. La pauvreté étant généralisée, la plupart des pays—en particulier ceux qui sortent d’un conflit—font face à d’énormes difficultés pour mettre en place un cadre d’action politique, macroéconomique et institutionnel qui soit propice à une croissance tirée par le secteur privé.

En Turquie, il est prévu que la croissance du PIB dépassera l’objectif de 5 % fixé par les autorités pour 2004, grâce à la vigueur de la demande intérieure; conjugué à la montée des cours du pétrole, cela a contribué à une nouvelle aggravation du déficit des transactions courantes. Jusqu’à présent, ce déficit a été financé relativement facilement, mais essentiellement par des flux à court terme; et à terme, la dépréciation récente de la livre et le dynamisme des recettes touristiques devraient entraîner une amélioration notable du solde des transactions courantes en 2005. Néanmoins, le creusement du déficit—ainsi que les turbulences financières en avril et en mai—rappelle que l’économie turque reste vulnérable, en particulier lorsque les taux d’intérêt mondiaux augmentent et que les cours du pétrole sont instables, et il est donc nécessaire de mener une politique économique disciplinée. Sur le front monétaire, les chiffres sont bien orientés, l’inflation étant tombée sous la barre des 10 %—le taux le plus faible depuis plus de trente ans; cependant, les effets à retardement du renchérissement du pétrole et de la dépréciation de la livre devront être surveillés de près. La croissance étant plus élevée que prévu, les recettes et les résultats budgétaires sont supérieurs aux prévisions en 2004. Étant donné le creusement du déficit des transactions courantes, il sera crucial de maîtriser les dépenses et—étant donné le niveau élevé de la dette intérieure—de maintenir un excédent primaire de 6½ % en 2005 et au-delà. Sur le front structurel, il est essentiel d’appliquer la nouvelle stratégie de restructuration et de privatisation des banques publiques, d’adopter une nouvelle loi bancaire exhaustive, d’assurer une transition harmonieuse à un système de garantie limitée des dépôts et de relancer la dynamique de la privatisation après les échecs récents.

Communauté des États indépendants: maintenir la stabilité pendant une envolée des cours des produits de base

Le niveau nettement plus élevé que prévu des cours mondiaux et de la demande de pétrole brut et de métaux a donné une impulsion supplémentaire à une croissance déjà vigoureuse dans la CEI, et l’activité économique a progressé rapidement au premier semestre de 2004 (graphique 1.17). L’allure soutenue des exportations a été appuyée de plus en plus par une demande intérieure dynamique, la production dans la plupart des secteurs manufacturiers et la construction augmentant considérablement. Cela s’explique en partie par les répercussions de l’impulsion extérieure, notamment l’expansion massive des secteurs du pétrole et du gaz (qui a dopé l’investissement dans des secteurs connexes tels que les transports et les infrastructures) mais aussi la forte croissance des salaires et une situation de liquidité favorable.

Graphique 1.17.CEI: profiter de la flambée des cours des produits de base

La hausse des cours et de la demande de pétrole brut et de métaux a dopé la croissance, et l’expansion massive des secteurs du gaz et du pétrole a accéléré le mouvement. La croissance est ainsi devenue tributaire de l’évolution des marchés des produits de base.

Sources: Agence internationale de l’energie, Monthly Oil Market Report; OPEP, Monthly Oil Market Report; calculs des services du FMI.

1 Moyenne simple des cours au comptant des U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

2 Moyenne simple des cours du cuivre, de l’aluminium, du minerai de fer, de l’étain, du nickel, du zinc, du plomb et de l’uranium.

3 Les données relatives à l’Ukraine datent de 2002.

4 Y compris les produits minéraux, les pierres précieuses et les métaux précieux.

5 Moyenne pondérée par les exportations de l’Arménie, la Géorgie, Moldova et de la République kirghize.

Comme la croissance actuelle est plus vigoureuse que prévu et que les cours du pétrole et des métaux devraient rester élevés pendant un certain temps, les perspectives à court terme sont bien plus favorables que prévu dans l’édition d’avril 2004 des Perspectives. La croissance du PIB régional devrait encore être de 8 % en 2004 avant de ralentir à 6,6 % en 2005, la croissance de la consommation et de l’investissement ralentissant à un niveau plus durable (tableau 1.9). À court terme, les chances de révision à la baisse et à la hausse semblent plus ou moins équilibrées, l’évolution des cours du pétrole—dans un sens ou dans l’autre—ayant un effet déterminant sur les perspectives. La demande intérieure pourrait continuer d’être supérieure aux prévisions, mais un ralentissement de la demande de produits de base en Chine pourrait avoir des conséquences négatives pour plusieurs pays, en particulier ceux qui produisent des métaux. Les risques prudentiels liés à la persistance d’une croissance rapide du crédit sont aussi un sujet de grande préoccupation. L’ingérence persistante des pouvoirs publics dans l’économie entoure d’incertitude la gouvernance et les droits de propriété, et, comme en témoigne l’affaire Youkos, continue de décourager les investisseurs potentiels dans la région.

Tableau 1.9.Communauté des États indépendants: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200220032004200520022003200420052002200320042005
Communauté des États indépendants5,47,98,06,613,812,09,98,77,06,48,36,2
Bélarus5,06,86,45,542,628,419,517,4−2,6−2,9−3,6−3,5
Kazakhstan9,89,29,08,55,96,46,86,7−3,5−0,22,1−0,7
Russie4,77,37,36,615,813,710,38,98,98,39,97,8
Ukraine5,39,412,56,00,85,28,38,17,55,810,24,1
CEI-76,47,26,06,217,78,67,86,7−4,5−7,2−6,8−3,4
Arménie12,913,97,06,01,14,83,03,0−6,6−7,1−5,9−5,2
Azerbaïdjan10,611,29,111,42,82,25,35,0−12,3−28,3−24,2−8,1
Géorgie5,511,18,56,05,64,85,84,8−6,0−7,5−8,1−8,4
Moldova7,86,35,04,05,311,710,75,8−6,0−9,3−6,6−6,3
Ouzbékistan3,11,52,52,544,314,811,810,51,28,98,25,5
République kirghize6,75,54,92,13,14,54,6−2,2−2,3−3,7−5,7
Tadjikistan9,110,210,08,012,216,47,25,7−2,7−1,3−2,2−2,5
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie35,47,67,36,715,512,89,98,67,67,18,86,9
Importateurs nets d’énergie45,59,110,95,97,18,99,79,03,42,14,91,1

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Même si la croissance de la monnaie et du crédit reste rapide—et si les prix à la production des biens intermédiaires et des matières premières sont en hausse depuis la fin de 2003—les tensions inflationnistes ne se sont pas intensifiées jusqu’à présent. Cela s’explique en partie par le fait que les liquidités supplémentaires ont été absorbées par la demande accrue de monnaie, due à une rapide remonétisation, à une croissance vigoureuse des revenus et à un regain de confiance. Néanmoins, la combinaison d’une croissance très rapide et d’une envolée des cours des produits de base va accroître de plus en plus les risques de surchauffe et d’inflation, et ce très vite en Russie, où certains secteurs sont déjà proches des limites de leurs capacités de production. Pour éviter d’aggraver ces tensions, il sera important de résister aux pressions en faveur d’un relâchement de la politique budgétaire—par exemple, dépenser la totalité ou une partie des recettes exceptionnelles qui résultent du renchérissement des produits de base—même lorsque le solde budgétaire est excédentaire. Il faudra aussi resserrer la politique monétaire, en particulier là où l’inflation reste relativement élevée, et, dans les pays qui continuent d’enregistrer des excédents extérieurs élevés, autoriser une plus grande marge d’appréciation de la monnaie.

À moyen terme, la dépendance de nombreux pays vis-à-vis de l’évolution des marchés de produits de base demeure un important facteur de vulnérabilité. La récente accélération de la croissance s’explique dans une large mesure par des facteurs temporaires, à savoir des cours du pétrole et autres produits de base qui sont supérieurs à leur moyenne à long terme, et si ces facteurs sont plus persistants que prévu précédemment, il est néanmoins improbable qu’ils pérennisent la croissance rapide qui a été observée récemment. Il est donc nécessaire de diversifier davantage l’économie et en dépit des signes encourageants selon lesquels l’investissement en dehors du secteur énergétique se redresse en Russie et en Ukraine, il reste beaucoup à faire pour améliorer le climat d’investissement et développer pleinement les institutions et les structures nécessaires à une économie de marché, à savoir un cadre réglementaire pour les monopoles naturels et la concurrence, ainsi que des institutions publiques efficaces et transparentes. Les progrès dans ce domaine ont été limités au cours des dernières années, une exception notable étant l’amélioration de la gouvernance et de la transparence en Arménie. Il sera donc essentiel que les pays de la région tirent parti de l’expansion pour opérer les réformes nécessaires en vue d’améliorer leurs perspectives à moyen terme.

En Russie, l’activité économique est restée soutenue, et la position extérieure a continué de se renforcer grâce à la hausse des exportations de pétrole. Alors que des tensions apparaissent sur le marché du travail et qu’il semble de plus en plus que certains secteurs se rapprochent des limites de leurs capacités de production, la politique macroéconomique risque de devenir procyclique. Avec une inflation de base incrustée à 10–11 %, la politique monétaire doit mettre l’accent sur une désinflation résolue, appuyée par un assouplissement du taux de change. Quant à la politique budgétaire, elle devrait éviter d’ajouter une nouvelle impulsion, qui passerait par d’autres mesures que celles figurant dans le projet de budget pour 2005; il convient aussi de résister aux pressions en faveur de l’affectation d’une partie des recettes pétrolières une fois atteint le plafond d’accumulation dans le fonds de stabilisation pétrolier. La prompte intervention de la banque centrale pour rétablir la confiance des déposants après une série de retraits de liquidités inattendus dans des banques privées a été la bienvenue, mais cet incident souligne qu’il est nécessaire d’appliquer plus énergiquement les règles prudentielles et d’affiner les instruments disponibles pour s’attaquer aux problèmes du secteur bancaire—notamment pour limiter l’aléa moral lié à l’application de la garantie intérimaire des dépôts à toutes les banques après les retraits de liquidités. Il est regrettable de constater le blocage de nombreuses réformes structurelles qui encourageraient la diversification de l’économie en améliorant le climat d’investissement et la gouvernance, notamment la réforme des monopoles naturels et du secteur public—qui réduirait le poids encore excessif de l’État dans l’économie.

En Ukraine, en dépit d’une mauvaise récolte de céréales, la croissance du PIB a continué de progresser après une nette accélération en 2003, grâce à la vigueur de la demande intérieure et à la montée en flèche des exportations—en particulier de métaux et de biens manufacturés connexes. La politique budgétaire est restée suffisamment prudente jusqu’à la fin du premier semestre de 2004, tandis que la politique monétaire a été durcie récemment pour contenir l’inflation et les risques de crédit, mais ce resserrement doit être appuyé par un assouplissement du taux de change. Des progrès ont été accomplis dans la réforme du système fiscal (encadré 1.5) et dans la correction des faiblesses du secteur bancaire après plusieurs années de croissance élevée du crédit, notamment par un renforcement des normes de fonds propres, mais des mesures supplémentaires sont nécessaires—il faudrait notamment limiter les prêts de faveur et renforcer le contrôle bancaire. Au Kazakhstan, l’activité économique est florissante grâce à l’expansion des secteurs du pétrole et du gaz, et les perspectives à moyen terme restent favorables du fait de la persistance d’un investissement à grande échelle dans ce secteur et d’un meilleur accès au marché régional. Comme la politique budgétaire est devenue plus expansionniste en 2004 en raison d’augmentations bienvenues des dépenses sociales, il est nécessaire de durcir la politique monétaire et d’assouplir le taux de change.

Du fait de la vigueur de la croissance dans la région, l’activité économique dans les pays à faible revenu de la CEI-7 s’est accrue rapidement dans l’ensemble, même si la progression a été beaucoup plus lente pour les pays à la traîne dans le domaine des réformes, notamment l’Ouzbékistan. La hausse des cours du pétrole et du gaz a profité à l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan, qui sont des exportateurs nets d’énergie. Comme dans les autres régions, l’effet négatif sur les importateurs nets d’énergie a été compensé en partie par le renchérissement d’autres produits de base—à savoir le coton (Tadjikistan), l’aluminium (Tadjikistan) et l’or (Arménie et République kirghize). Néanmoins, le déficit des transactions courantes a commencé à se creuser dans les pays importateurs nets d’énergie en 2003, une évolution préoccupante étant donné le niveau très élevé de la dette extérieure—sauf en Arménie—et la vulnérabilité aux chocs extérieurs. Il est donc nécessaire de maintenir la discipline budgétaire et de renforcer l’efficacité des institutions publiques—notamment en mobilisant davantage de recettes et en rationalisant les dépenses pour améliorer la fourniture des services publics prioritaires et de l’investissement—ainsi que d’obtenir une aide supplémentaire de la communauté internationale.

Encadré 1.5.Attirer les petits entrepreneurs dans l’économie formelle

Dans presque tous les cas de développement économique réussi, les petits entrepreneurs ont joué un rôle de premier plan. Ces quarante dernières années, dans certains pays d’Asie de l’Est, par exemple, leurs investissements ont dynamisé le secteur des petites entreprises, qui offre des fournisseurs et des sous-traitants pour les plus grandes entreprises, mais aussi exporte, entre en concurrence sur les marchés et donne naissance, dans quelques cas importants, à la prochaine génération de grandes entreprises. Dans nombre de pays en développement, par contre, les entrepreneurs restent petits et dans la clandestinité pour éviter les coûts liés à la participation à l’économie formelle. Ces pays ne pourront connaître un développement économique durable que si la petite entreprise privée entre dans l’économie formelle, c’est-à-dire que les entrepreneurs enregistrent leur société et paient des impôts.

Dans les pays en transition, la situation de la petite entreprise varie selon le pays. Certains, surtout en Europe centrale et orientale et les pays baltes, ont initialement accordé aux entreprises une liberté totale et leur ont garanti le droit de propriété. Aussi la contribution des petites entreprises légales au PIB de ces pays a-t-elle rapidement atteint 50–60 % après 1989, niveau similaire à la moyenne des économies avancées. Tout à fait à l’opposé, les autres pays sortant du communisme se sont rapidement retrouvés avec un grand nombre d’entreprises qui sont restées dans l’économie souterraine pour échapper à une réglementation onéreuse, à une fiscalité exorbitante et à la corruption qui en résulte. Comme ces entreprises opéraient en grande partie dans la clandestinité, elles n’étaient pas représentées sur la scène politique. Les intérêts des grandes entreprises étaient privilégiés sous la forme de réductions d’impôt, de crédits spéciaux et de traitements judiciaires d’exception. Personne ne plaidait en faveur de l’abaissement des barrières à l’entrée sur le marché, de la transparence du système budgétaire ni d’un règlement équitable des différends en matière de contrats. Cette situation s’est largement entretenue d’ellemême, car personne ne disposant d’une représentation ou d’un pouvoir politique ne souhaitait le changement.

Les dix dernières années ont vu émerger deux stratégies dominantes pour inciter les entrepreneurs à sortir de l’ombre: la réforme du cadre réglementaire et l’amélioration de l’accès au crédit. Optant pour la première stratégie, la Banque mondiale a établi une série détaillée de recommandations visant à abaisser le coût réglementaire de la participation au secteur formel. En particulier, les pays sont encouragés à réduire les délais d’obtention d’une licence d’exploitation. La seconde stratégie repose sur les travaux de Hernando de Soto au Pérou. Elle consiste à améliorer l’accès des petits entrepreneurs au crédit en assurant qu’ils disposent d’un titre de propriété légal pour leurs biens immobiliers. Les deux stratégies sont valables et ont contribué à un changement d’attitude à l’égard des petits entrepreneurs, mais les effets mesurables ont jusqu’ici été limités à l’échelle mondiale.

Une troisième stratégie, l’imposition forfaitaire, consiste à simplifier l’imposition des petites entreprises pour réduire la charge administrative et le pouvoir discrétionnaire des inspecteurs du fisc (et, par conséquent, la corruption). Ce système a été mis à l’essai dans divers pays et—s’il est bien appliqué—offre un moyen d’améliorer la discipline fiscale. Certains pays de la CEI ont institué récemment l’imposition forfaitaire pour les petites entreprises1. C’est, par exemple, la stratégie de l’Ukraine depuis 1998 (Barbone and Sanchez, 2003). Après l’échec de multiples tentatives de simplification de la réglementation et de réduction des impôts au milieu des années 90, un décret présidentiel a tout simplement modifié la base d’imposition des petites entreprises. Plus précisément, il a offert aux petites entreprises la possibilité de payer un faible impôt forfaitaire unique, en remplacement d’un grand nombre, mais pas de la totalité, des impôts antérieurs. Les règles ont été quelque peu modifiées au fil des ans, mais, en 2003, les petites entreprises constituées en sociétés ont pu choisir entre un impôt sur le chiffre d’affaires de 5 % avec obligation de payer la TVA et un impôt de 10 % avec exonération de la TVA. Cette mesure a réduit les taux d’imposition effectifs et grandement simplifié l’administration de l’impôt pour les petites entreprises officiellement enregistrées. Mais le principal avantage de l’imposition forfaitaire dans ce cas était d’épargner aux entrepreneurs les visites coûteuses des inspecteurs du fisc.

En ce qui concerne les retombées directes sur l’économie, les effets quantifiables de l’imposition forfaitaire sur l’économie ukrainienne sont prononcés. Le nombre des petites et moyennes entreprises enregistrées a augmenté de 10 % rien qu’en 2000, et l’imposition forfaitaire a aidé à réduire la taille de l’économie souterraine de peut-être 11 à 14 points du PIB en 1999 et 2000 (Thiessen, 2001 et 2003). Ces réformes fiscales, combinées aux légers assouplissements ultérieurs des conditions d’obtention de licences d’exploitation et à l’amélioration de l’accès au crédit, ont aidé l’Ukraine à entrer dans une phase de forte croissance économique. Bien que le nombre d’entreprises enregistrées ait augmenté, l’adoption de l’imposition forfaitaire s’est accompagnée d’une légère perte de recettes—autrement dit, rien ne laisse penser que ses effets favorables sur les recettes, grâce à une stimulation de l’offre, l’emportent sur la perte directe de recettes. Cependant, le passage à l’imposition forfaitaire et les autres réductions d’impôt (plus coûteuses en termes de recettes) n’ont pas compromis la stabilisation macroéconomique, parce que les dépenses publiques ont baissé de 8 % du PIB entre 1997 et 1999.

D’autres effets de l’imposition forfaitaire et de la croissance concomitante du secteur officiel des petites entreprises sont visibles au niveau de l’élaboration de la politique économique nationale. En particulier, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sont maintenant plus attentifs aux intérêts de la petite entreprise privée. La causalité est difficile à établir, mais il s’agit d’un revirement d’attitude complet par rapport au milieu des années 90. Ayant accru leurs investissements dans le secteur formel, les entrepreneurs ont vu assurément grandir la voix, la légitimité et le pouvoir politiques qu’ils détiennent collectivement. Il est en outre devenu plus difficile de les exproprier individuellement.

L’imposition forfaitaire, sous une forme ou une autre, présente des inconvénients certains. Le grand nombre de catégories—selon le type d’activité—ouvre la voie aux interventions discrétionnaires et au marchandage bureaucratiques. Si l’impôt simplifié est très faible, comme c’est le cas dans certains pays de la CEI, il fait office d’allégement ou d’échappatoire fiscal pur et simple, ce qui n’est ni équitable, ni un bon moyen d’établir l’assiette de l’impôt. Même dans le meilleur des cas, il est manifestement possible de redéployer les actifs des grandes entreprises de manière à donner l’impression qu’ils appartiennent à des entreprises plus petites; c’est particulièrement un problème lorsque les seuils d’admissibilité sont élevés, comme en Ukraine. Ce n’est pas non plus une bonne idée de faire de la petite taille des entreprises un avantage permanent—les entreprises devraient aspirer à grandir, si possible. C’est pourquoi, idéalement, un système d’imposition forfaitaire devrait être temporaire—jusqu’à ce que les entrepreneurs bénéficient pleinement des avantages d’une participation au secteur formel—mais il semble exister à l’échelle mondiale une tendance à la permanence des avantages accordés aux petites entreprises.

Le développement économique nécessite une amélioration des institutions, c’est-à-dire des lois, règles et pratiques qui régissent les droits de propriété d’une large part de la société. Lorsqu’une entreprise opère dans le secteur informel, les droits de propriété de l’entrepreneur ne sont pas garantis. En fait, l’État doit offrir des droits de propriété en échange du paiement des impôts et du respect de la réglementation. Mais si les impôts sont élevés et le respect de la réglementation est trop coûteux—ou si les entreprises enregistrées sont beaucoup plus exposées à la corruption—l’entrée dans le secteur officiel n’offre pas d’attrait. Les entrepreneurs peuvent quand même exercer leurs activités, mais ils investissent moins et restent petits. La représentation politique de ces entreprises est faible, car elles ne sont pas légales. Cette situation économique et politique difficile existe dans nombre de pays pauvres.

L’imposition forfaitaire peut aider à mettre fin à une impasse économique et politique, comme ce fut le cas en Ukraine. Une réforme fiscale de ce type n’est pas une panacée, mais, dans certaines circonstances, elle va dans le sens de réformes économiques de plus large portée qui conduisent à la mise en place d’une large catégorie d’entrepreneurs légaux qui paient des impôts et ont des intérêts politiques légitimes. L’assouplissement de la réglementation et l’amélioration de l’accès au crédit sont utiles aussi. L’expérience de l’Ukraine confirme les enseignements que nous avons tirés de celle d’autres pays au cours des vingt dernières années. La stabilisation macroéconomique est nécessaire mais généralement pas suffisante pour assurer la croissance économique. Pour pérenniser celle-ci, il faut trouver les moyens de mieux garantir les droits de propriété d’un grand nombre d’entrepreneurs.

Note: Anders Åslund et Simon Johnson sont les principaux auteurs de cet encadré.1 À proprement parler, l’imposition forfaitaire y a été réintroduite. Ironiquement, étant donné que le système économique dans son ensemble n’était pas du tout favorable aux entreprises, un faible impôt fixe ou droit de «brevet» était appliqué aux petites entreprises dans certaines parties de l’URSS et de l’Europe de l’Est sous le régime communiste.

Afrique: l’amélioration des résultats économiques est-elle durable?

Il est prévu que la croissance du PIB réel en Afrique subsaharienne passe à 4¾ % en 2004 et à 5¾ % en 2005, et—si certains pays continuent de faire face à de sérieux problèmes, la catastrophe humanitaire dans l’ouest du Soudan étant particulièrement préoccupante—les perspectives sont meilleures qu’elles ne l’ont été depuis un certain temps (tableau 1.10). L’accélération de la croissance s’explique par une amélioration de la stabilité macroéconomique; l’expansion de l’économie mondiale, notamment l’augmentation de la demande de produits de base à des prix plus élevés; l’allégement de la dette extérieure dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et une certaine amélioration de l’accès aux marchés des pays industrialisés. En outre, la croissance a été stimulée cette année par divers facteurs propres à certains pays, à savoir de fortes augmentations de la production pétrolière (Angola, Guinée équatoriale et Tchad), le redressement de la production agricole après la sécheresse de 2003 (Éthiopie, Malawi et Rwanda) et une amélioration de la situation en matière de sécurité (Burundi et République Centrafricaine).

Tableau 1.10.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200220032004200520022003200420052002200320042005
Afrique3,54,34,55,49,710,38,48,1−1,5−0,10,40,7
Maghreb3,36,24,24,42,12,24,03,44,57,06,16,8
Algérie4,06,84,54,41,42,65,44,57,813,413,115,2
Maroc3,25,53,04,02,81,22,02,04,13,10,2−1,3
Tunisie1,75,65,65,02,82,83,42,7−3,5−2,9−2,8−3,0
Région subsaharienne3,63,74,65,812,112,99,99,6−3,5−2,4−1,4−1,2
Corne de l’Afrique34,12,08,66,81,310,57,75,7−8,4−7,2−6,0−6,1
Éthiopie1,6−3,911,65,7−7,215,19,65,4−5,7−4,7−3,8−8,5
Soudan6,06,06,67,68,37,76,56,0−9,6−8,2−6,8−4,8
Région des grands lacs44,84,15,25,88,38,35,54,2−3,0−2,9−5,3−7,0
Congo, Rép. dém. du3,55,66,37,025,312,85,05,0−2,80,6−3,0−5,9
Kenya1,01,62,33,62,09,88,14,0−2,5−7,7−8,3
Ouganda6,84,75,76,05,75,13,53,5−6,0−5,9−1,2−5,3
Tanzanie7,27,16,36,54,64,54,34,0−3,8−2,4−5,2−6,2
Afrique australe52,32,84,86,744,254,344,638,4−2,9−3,11,02,6
Angola14,43,411,215,5108,998,356,116,5−1,4−4,99,214,5
Zimbabwe−11,1−9,3−5,21,8140,0431,7350,0450,0−2,6−4,4−7,1−10,9
Afrique de l’Ouest et Afrique centrale63,66,75,47,98,49,58,36,5−6,9−2,80,5
Ghana4,55,25,25,014,826,710,86,00,51,70,3−1,0
Nigéria1,510,74,05,913,714,415,811,4−11,1−2,82,91,7
Zone franc CFA74,44,66,810,74,01,51,52,7−4,3−2,9−1,90,5
Cameroun86,54,54,85,16,30,60,81,9−7,0−2,5−2,1−2,3
Côte d’Ivoire−1,6−2,81,74,33,13,31,52,06,13,6−0,21,4
Afrique du Sud3,61,92,63,39,25,82,65,70,6−0,8−2,0−2,1
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole3,23,14,34,58,99,67,28,2−1,8−1,9−2,9−3,3
Pays exportateurs de pétrole4,58,05,28,312,312,612,67,8−0,74,88,610,2

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Djibouti.

Burundi et Rwanda.

Botswana, Comores, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, République de Namibie, Seychelles, Swaziland et Zambie.

Cap-Vert, Gambie, Guinée, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone et zone franc CFA.

Bénin, Burkina Faso, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République Centrafricaine, République du Congo, Sénégal, Tchad et Togo.

Les variations en pourcentage pour 2002 sont calculées sur une période de 18 mois, à cause du changement des dates de l’exercice (qui va non plus de juillet à juin, mais de janvier à décembre).

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Djibouti.

Burundi et Rwanda.

Botswana, Comores, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, République de Namibie, Seychelles, Swaziland et Zambie.

Cap-Vert, Gambie, Guinée, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone et zone franc CFA.

Bénin, Burkina Faso, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République Centrafricaine, République du Congo, Sénégal, Tchad et Togo.

Les variations en pourcentage pour 2002 sont calculées sur une période de 18 mois, à cause du changement des dates de l’exercice (qui va non plus de juillet à juin, mais de janvier à décembre).

Bien que le renchérissement du pétrole nuise aux pays importateurs de pétrole, la hausse générale des cours mondiaux des produits de base devrait avoir un effet net positif sur la balance commerciale de nombreux pays cette année (graphique 1.18). Les pays dont les gains nets sont les plus élevés sont pour la plupart des pays exportateurs de pétrole, suivis des pays exportateurs de métaux. Pour la majorité des pays, les gains tirés d’une hausse des prix à l’exportation des produits de base non énergétiques sont plus ou moins équivalents aux pertes résultant du renchérissement des importations de pétrole, même si quelques pays enregistrent des pertes nettes substantielles, du fait principalement de l’augmentation de la facture des importations de pétrole et—pour la Côte d’Ivoire—de la baisse du cours du cacao. Un atterrissage brutal en Chine constituerait un risque pour de nombreux pays, car la hausse générale des cours des produits de base non énergétiques s’explique dans une large mesure par l’accélération de la croissance chinoise.

Graphique 1.18.Afrique subsaharienne: effet net de l’évolution des cours des produits de base sur les balances commerciales1

(En pourcentage du PIB)

Le renchérissement des produits de base devrait avoir un effet net positif sur la balance commerciale de nombreux pays de cette région. Les pays dont les gains nets devraient être les plus élevés sont surtout les exportateurs de pétrole, suivis des exportateurs de métaux. Pour la majorité des pays, les gains tirés d’un renchérissement des exportations de produits non énergétiques sont plus ou moins équivalents aux pertes résultant du renchérissement des importations de pétrole, mais quelques pays—principalement des petits pays—enregistreront de substantielles pertes nettes.

Source: estimations des services du FMI.

1 Variation des prix entre 2003 et 2004. En supposant que le volume des échanges est inchangé.

Si la montée des cours des produits de base est la bienvenue, les gains exceptionnels qui en résultent devront être gérés soigneusement pour éviter l’alternance d’expansion et de récession qui peut résulter de la volatilité des prix. L’expérience de l’Afrique elle-même montre que lorsque les prix sont élevés, les recettes budgétaires tendent à augmenter, ce qui entraîne souvent une augmentation des dépenses publiques, qui stimule la demande globale. Lorsque les prix tombent ensuite, les recettes budgétaires fléchissent, d’où une diminution des dépenses publiques ou une augmentation insoutenable de la dette publique, l’une et l’autre tendant à compromettre la stabilité macroéconomique et à décourager l’activité du secteur privé. Étant donné la volatilité des cours des produits de base, la politique budgétaire devrait avoir pour objectif d’accumuler une épargne de précaution lorsque les cours et donc les recettes budgétaires sont élevés. Pour assurer la bonne utilisation des gains tirés du renchérissement des produits de base, il convient de renforcer les institutions budgétaires.

Il est crucial de faire fond sur les progrès qui ont été accomplis et d’établir les fondements d’une croissance vigoureuse et durable. Sur la base des politiques actuelles, il est prévu que la croissance par habitant retombera à 2 % environ à moyenterme, bien en deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire. Il est donc essentiel non seulement d’assurer la stabilité macroéconomique, mais aussi de continuer de réduire l’intervention de l’État dans l’économie, de promouvoir l’investissement privé, de développer les infrastructures et d’approfondir les réformes institutionnelles. Comme il est noté dans l’encadré 1.6, plusieurs pays africains ont atteint des niveaux de gouvernance largement comparables à ceux de pays non africains, et ils pourraient servir d’exemples pour les autres pays de la région. À cet égard, il est encourageant de constater que 23 pays ont déjà décidé de participer au mécanisme africain d’examen par les pairs, qui a été établi par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique et qui porte sur la gouvernance économique et politique. Pour atténuer les retombées de la pandémie du VIH/sida, il sera essentiel de mettre en place une stratégie efficace, notamment en renforçant les systèmes des soins de santé, en développant les programmes de prévention et en améliorant la distribution des antirétroviraux. La communauté internationale a un rôle essentiel à jouer dans le développement de l’Afrique, notamment en réduisant les obstacles aux exportations des pays en développement, en réduisant les subventions aux produits agricoles, en augmentant les apports d’aide et en continuant d’alléger la dette.

En Afrique du Sud, il est prévu que la croissance, soutenue par des taux d’intérêt bas et une politique budgétaire modérément expansionniste, passera à 2½ % en 2004 et à 3¼ % en 2005. L’appréciation du rand depuis fin 2001 a aidé à réduire l’inflation, qui devrait être voisine du milieu de la fourchette-objectif de 3–6 %, d’où la possibilité d’une réduction notable des taux d’intérêt à court terme. Cependant, la vigueur de la demande intérieure, la récente accélération de la croissance de la monnaie et des conventions salariales qui ont dépassé les gains de productivité provoquent des tensions inflationnistes, qui exigeront probablement un relèvement des taux d’intérêt directeurs au cours de l’année à venir. Si, dans l’ensemble, la politique budgétaire a été prudente ces dernières années, avec pour résultat une baisse de la dette du secteur public, l’augmentation prévue du déficit public à 3,1 % du PIB en 2004/05 atteint aujourd’hui la limite supérieure de ce qui est souhaitable pour éviter d’exercer des pressions excessives sur les taux d’intérêt à long terme. Toute nouvelle hausse des dépenses sociales devra être financée par une augmentation des recettes fiscales ou par des compressions de dépenses non prioritaires. Le taux de chômage s’établissant à 28 %, il est impératif d’éliminer les rigidités du marché du travail et d’offrir une formation professionnelle aux demandeurs d’emploi.

Au Nigéria, la croissance du PIB réel devrait ralentir à 4–6 % en 2004–05, du fait de l’essoufflement de l’essor de la production pétrolière observé en 2003. Si le solde budgétaire global est dopé par un surcroît de recettes pétrolières, le déficit non pétrolier est élevé et en augmentation. La nouvelle équipe économique du gouvernement a déjà accompli des progrès dans le renforcement de la situation budgétaire de l’État fédéral en comprimant les dépenses non prioritaires, tout en accroissant les dépenses consacrées à l’éducation, à la santé et aux infrastructures. Pour accroître l’épargne tirée du surcroît de recettes pétrolières, l’État fédéral et les États doivent arrêter une règle budgétaire prudente et la loi de responsabilité budgétaire doit être promulguée. Pour appuyer la désinflation, la banque centrale devrait laisser les taux d’intérêt augmenter, absorber l’excédent des liquidités et assouplir le taux de change. À plus long terme, il convient de renforcer l’indépendance de la banque centrale et le système bancaire. Parmi les autres priorités en matière de réformes structurelles figurent les privatisations, la libéralisation des échanges, l’unification des marchés de changes et la réforme de la fonction publique. Le Nigéria participe à l’initiative pour la transparence des industries extractives—une initiative internationale dont l’objectif est d’accroître la transparence des paiements des compagnies aux États et de l’utilisation de ces recettes par ceux-ci—et a mis en place une commission sur les délits économiques et financiers.

Ailleurs en Afrique subsaharienne, les perspectives économiques se sont généralement améliorées, mais de nouveaux efforts seront nécessaires pour assurer une croissance durable. Dans la corne de l’Afrique, le rebond de l’activité économique en Éthiopie s’explique dans une large mesure par le retour à des conditions climatiques normales, et les réformes structurelles devront être accélérées pour améliorer le climat d’investissement; au Soudan, la production pétrolière est en hausse et un accord de paix a mis fin à la rébellion dans le sud du pays, mais le conflit armé à l’ouest du pays a provoqué une crise humanitaire. Dans la région des grands lacs, l’augmentation prévue de la croissance du PIB réel de la République démocratique du Congo s’explique en partie par les progrès accomplis vers une véritable réunification, mais la sécurité reste précaire dans la partie orientale du pays. En Afrique australe, il est prévu que la croissance du PIB réel en Angola s’accélère pour atteindre 11 %, du fait essentiellement de l’augmentation de la production pétrolière, mais des mesures urgentes sont nécessaires pour assurer la viabilité de la situation budgétaire et de la position extérieure; au Zimbabwe, l’activité est en net déclin: la réforme agraire désordonnée pèse sur la production agricole et les problèmes de gouvernance découragent l’investissement et encouragent la fuite de capitaux et l’émigration. Dans la zone franc CFA, il est essentiel de rétablir la stabilité politique en Côte d’Ivoire afin d’améliorer les perspectives économiques.

Encadré 1.6.Gouvernance en Afrique subsaharienne: problèmes et progrès

Le médiocre bilan de l’Afrique subsaharienne en matière de gouvernance a freiné sa croissance économique et le recul de la pauvreté, mais il faut relever aussi des exceptions notables et une action plus énergique face à certains problèmes connexes sur l’ensemble du continent. Les dernières années ont été marquées par la plus grande attention accordée en Afrique à la bonne gouvernance—qualité des institutions publiques, transparence, responsabilisation et lutte contre la corruption—, car on s’accorde de plus en plus à reconnaître son rôle essentiel en vue de la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire (voir Mauro, 1997; Kaufmann, Kraay, and Zoido-Lobatón, 1999; Acemoglu, Johnson, and Robinson, 2001; Subramanian and Roy, 2001; et l’édition d’avril 2003 des Perspectives). Malgré leurs imperfections d’un point de vue statistique, les informations disponibles font invariablement apparaître un faible niveau de départ pour la région dans son ensemble. Par exemple, d’après l’indice de gouvernance de la Banque mondiale, seuls cinq pays de la région se situent au-dessus de la moyenne mondiale.

Par ailleurs, la qualité de la gouvernance varie fortement d’un pays à l’autre de l’Afrique subsaharienne (voir la partie supérieure du graphique). Dans les pays producteurs de pétrole, la gouvernance est sensiblement plus faible—ce qui s’explique probablement par le niveau relativement élevé des rentes, qui est souvent propice à la corruption, et par un système institutionnel qui s’attache à préserver le pouvoir d’une petite élite (voir Katz and others, 2004); Sala-i-Martin and Subramanian, 2003). Les conflits entraînent d’ordinaire un effondrement généralisé de la gouvernance, et aucune autre région du monde n’a été davantage le théâtre de conflits armés que l’Afrique subsaharienne.

Plusieurs pays d’Afrique ont atteint un niveau de gouvernance qui, au moins à certains égards, soutient très bien la comparaison avec d’autres pays, et ils pourraient servir d’exemples importants pour la région (voir encadré 1.5 des Perspectives d’avril 2004). C’est le cas de l’Afrique du Sud, où le cadre institutionnel de la politique macroéconomique met l’accent sur la transparence et la responsabilisation, où le secteur financier est bien réglementé et surveillé, et où les normes de gouvernement d’entreprise sont bien définies et sont généralement en conformité avec les meilleures pratiques internationales. Maurice doit ses excellents résultats macroéconomiques et sa stabilité financière à une tradition de bonne gouvernance, notamment le respect de la loi et des droits de propriété, une culture de transparence et de participation, et un contrat social implicite entre l’État, les entreprises et les travailleurs. La solidité relative des droits juridiques a contribué au développement de la Namibie et, au Botswana, la gestion des finances publiques est caractérisée par la transparence des dispositifs institutionnels d’élaboration et d’exécution du budget (notamment pour des aspects essentiels ayant trait aux industries extractives) et par la prédominance de la réglementation.

Afrique subsaharienne: indicateurs de la gouvernance

Sources: Banque mondiale; International Country Risk Guide; calculs des services du FMI.

1 Un chiffre négatif indique un score inférieur à la moyenne mondiale. Les scores sont normalisés avec un écart type de 1.

Il s’agit de veiller à ce que les avancées de ces quelques pays s’étendent au reste de l’Afrique subsaharienne—des progrès importants ayant déjà été accomplis au cours des vingt dernières années, surtout dans le domaine politique (voir la partie inférieure du graphique). Mais les progrès n’en ont pas moins été inégaux et, dans bien des cas, limités à la forme—c’est-à-dire des dispositifs juridiques sans ressources adéquates et souvent sans appui politique à l’exécution des mesures nécessaires. En outre, des conflits armés ont rapidement réduit à néant les acquis et entraîné une détérioration générale de l’état de droit dans certains pays (par exemple en Côte d’Ivoire et au Libéria).

Plusieurs initiatives importantes—au niveau national et international—ont été engagées pour améliorer la gouvernance. Il est clair que certaines actions sont coûteuses, comme le renforcement de la transparence et le développement de l’appareil judiciaire, et le niveau limité des ressources et des capacités disponibles souligne l’importance de l’aide internationale pour l’amélioration de la gouvernance en Afrique subsaharienne. Un effort concerté devra être déployé à trois niveaux pour assurer des progrès véritables:

  • Au niveau des pays. Il s’agit essentiellement de mettre en place les fondements institutionnels d’une bonne gouvernance et de ne plus se contenter de décisions de pure forme en passant véritablement à l’action sur le terrain. Nombre de pays peuvent encore limiter le pouvoir discrétionnaire des pouvoirs publics, responsabiliser ceux-ci et renforcer le suivi et la surveillance—sur le modèle des pays de la région susmentionnés. Les droits de propriété et l’état de droit devront eux aussi prévaloir pour que le dynamisme du secteur privé soit à la mesure des attentes. L’action peut être particulièrement efficace lorsqu’elle est le résultat d’une large participation, ce qui est de plus en plus le cas sur le continent africain, dans le cadre d’une stratégie plus vaste de lutte contre la pauvreté.
  • Au niveau de l’Afrique. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) est une expression indéniable de la détermination de l’Afrique à s’attaquer aux problèmes de gouvernance. L’un de ses piliers est le mécanisme d’examen par les pairs, qui porte sur plusieurs aspects essentiels de la gouvernance. Une démarche plus résolue est maintenant nécessaire pour transformer cette vision en réalité: si, au début de juillet, 23 pays avaient décidé de participer à ce mécanisme, seuls trois d’entre eux (Ghana, Maurice et Rwanda) en avaient engagé la première phase. Les pays en proie à des conflits présentant des problèmes de gouvernance particuliers, les initiatives africaines de maintien de la paix méritent aussi d’être mentionnées.
  • Au niveau international. Les institutions financières internationales ont lancé un certain nombre d’initiatives pour promouvoir la transparence et la responsabilisation dans leurs pays membres. Le FMI a assuré la direction des travaux sur les normes et les codes dans les domaines budgétaire et statistique, et a collaboré avec la Banque mondiale et la Banque des règlements internationaux à la promotion des normes et des codes dans les secteurs monétaire et bancaire. Le programme d’évaluation du secteur financier qu’il a mis sur pied avec la Banque mondiale vise lui aussi à améliorer la transparence et la gouvernance du secteur financier. De futures initiatives pourraient porter sur des aspects précis de la transparence des recettes dans les pays producteurs de pétrole (ou les pays ayant d’autres industries extractives), où les problèmes de gouvernance sont particulièrement aigus (voir ci-dessus). C’est aussi l’objet de l’initiative pour la transparence des industries extractives, engagée par le Royaume-Uni en 2003. Plusieurs pays africains, dont la Guinée équatoriale, le Ghana, São Tomé-et-Príncipe, le Gabon et la République du Congo, participent à cette initiative ou ont annoncé leur intention d’y participer. Un plus gros effort est en outre requis des pays développés qui sont souvent complices des problèmes de gouvernance dans les pays en développement, notamment en Afrique. La Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption, par exemple, est une expression de la volonté des pays développés de coopérer à la lutte contre la corruption internationale. L’efficacité de cette initiative dépendra maintenant de la manière dont elle est appliquée dans le cadre juridique national des signataires.
Note: Milan Cuc et Thomas Krueger sont les principaux auteurs de cet encadré.

En Afrique du Nord, il est prévu que la croissance du PIB réel en Algérie restera relativement vigoureuse en 2004–05, mais les politiques budgétaire et monétaire expansionnistes alimentent les tensions inflationnistes. Pour préserver la stabilité macroéconomique, il conviendra de rompre le lien entre les dépenses publiques et les recettes pétrolières afin d’assurer résolument la viabilité de la politique budgétaire. Le chômage avoisinant 23 %, il est essentiel aussi d’engager la privatisation des banques publiques et de continuer de moderniser l’intermédiation financière, de réduire le rôle de l’État dans l’économie, ainsi que d’abaisser les impôts sur le travail et la charge bureaucratique qui pèsent sur l’activité du secteur privé. De la même manière, les perspectives à court terme du Maroc et de la Tunisie sont relativement favorables, mais des mesures urgentes et vigoureuses sont nécessaires pour accélérer la croissance, réduire le taux élevé du chômage et comprimer la dette publique. Les priorités sont l’assainissement des finances publiques et les réformes structurelles, notamment la libéralisation des échanges, l’amélioration du climat des affaires et la réforme du secteur financier.

Moyen-Orient: les enjeux du rééquilibrage budgétaire

Au Moyen-Orient, l’augmentation de la production et des cours du pétrole a dopé la croissance en 2003, mais, la production de pétrole étant maintenant proche du maximum des capacités, le rythme de l’expansion économique a commencé à ralentir (graphique 1.19). Il est prévu aujourd’hui que la croissance du PIB dans la région diminuera d’un point pour avoisiner 5 % en 2004–05, sous l’effet d’une combinaison d’un ralentissement de la croissance dans le secteur pétrolier et, tant dans les pays exportateurs de pétrole que dans les pays du Levant, d’un redressement substantiel de la croissance dans le secteur non pétrolier (tableau 1.11). Celui-ci est fondé sur la reprise mondiale, y compris en Europe, et les perspectives de réforme, notamment les nouveaux efforts de libéralisation du commerce (y compris les accords de libreéchange avec l’Union européenne et les préparatifs en vue de l’adhésion à l’OMC). Si la plupart des pays de la région ont profité du renchérissement du pétrole, ils restent exposés à la volatilité des cours du pétrole à moyen terme, surtout si le surcroît de recettes pétrolières n’est pas utilisé pour accumuler un volant de sécurité adéquat. Le fait que la sécurité reste précaire constitue une autre source de préoccupation majeure.

Graphique 1.19.Moyen-Orient: s’abstenir de dépenser le surcroît de recettes pétrolières

La plupart des pays exportateurs de pétrole dégagent des excédents budgétaires, car ils ont mis de côté une part substantielle de leurs considérables recettes pétrolières exceptionnelles. Par contre, les déficits budgétaires se sont creusés dans quelques pays du Levant.

Sources: Agence internationale de l’énergie, Monthly Oil Market Report; calculs des services du FMI.

1 Voir tableau 1.10 pour la composition des groupes de pays exportateurs et non exportateurs de pétrole.

2 Moyenne de janvier–juin 2004.

3 Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.

4 Aucune donnée n’est disponible pour le Bahreïn, l’Iran, la Jordanie et le Koweït.

Tableau 1.11.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des

transactions courantes2
200220032004200520022003200420052002200320042005
Moyen-Orient4,36,05,14,87,58,09,28,74,58,112,712,5
Pays exportateurs de pétrole34,67,05,55,09,59,610,79,95,79,614,914,8
Iran, Rép. islamique d’7,56,66,65,215,815,615,615,03,11,53,41,6
Arabie Saoudite0,17,23,63,9−0,60,52,50,86,213,519,520,1
Émirats arabes unis1,97,03,64,53,12,83,42,14,98,514,216,9
Koweït−0,410,12,82,31,41,21,71,612,118,128,829,6
Levant3,43,03,94,52,03,44,95,01,11,10,3
Égypte3,23,13,74,52,43,25,25,70,72,43,21,8
République arabe syrienne4,22,63,64,00,65,05,04,56,73,53,33,3
Jordanie5,03,25,55,51,82,33,51,84,511,25,61,8
Liban2,03,05,04,01,81,33,02,0−13,8−13,1−12,2−10,0
Pour mémoire
Israël−0,71,33,63,55,70,7−0,31,4−1,60,1−0,5−0,1

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Rép. islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar et Yémen.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Rép. islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar et Yémen.

Le rééquilibrage des finances publiques demeure une priorité dans la plupart des pays, même si l’urgence et l’ampleur des problèmes varient d’un pays à l’autre. Dans certains pays non exportateurs de pétrole—surtout au Liban mais aussi dans d’autres pays du Levant—la charge de la dette publique est élevée et doit être réduite pour être supportable à moyen terme (voir l’édition de septembre 2003 des Perspectives). Par contre, dans la plupart des pays exportateurs de pétrole, la charge de la dette publique est généralement modérée et les soldes budgétaires sont excédentaires, car des parts substantielles du surcroît considérable de recettes pétrolières ont été mises de côté. Cependant, les soldes budgétaires pourraient être de nouveau déficitaires, car on s’attend à un fléchissement des cours du pétrole, ce qui souligne la vulnérabilité des positions budgétaires à l’évolution du marché pétrolier. En conséquence, il convient d’aligner le rythme des dépenses sur les recettes pétrolières sur la base des cours moyens, tout en économisant une partie du patrimoine pétrolier pour les générations futures. Par ailleurs, au Bahreïn, à Oman et au Yémen, il convient de développer d’autres sources de recettes, car la production de pétrole va fléchir.

La deuxième priorité consiste à mettre en place les conditions propices à une augmentation soutenue de la croissance à moyen terme, étant donné le niveau généralement élevé du chômage et la croissance rapide de la population active. Les priorités spécifiques varient d’un pays à l’autre, suivant les causes de la faible croissance par habitant, comme il est noté au chapitre II de l’édition de septembre 2003 des Perspectives. Dans les pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCG)—Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar—il s’agit en priorité de réduire le rôle de l’État dans l’économie, notamment la large part de l’emploi dans le secteur public et le niveau élevé des salaires et avantages, qui faussent les incitations au détriment de l’emploi dans le secteur privé. (La compression des dépenses dans ce domaine aiderait aussi à rééquilibrer le budget à moyen terme.) Dans les autres pays de la région, exportateurs ou non de pétrole, les priorités sont le renforcement des institutions, notamment de l’état de droit et des capacités des institutions publiques, et la poursuite de la libéralisation des échanges.

En Iran, la croissance est restée plus vigoureuse que dans les autres grands pays exportateurs de pétrole de la région, grâce à un secteur non pétrolier plus important et dynamique. Cela s’explique en partie par une politique macroéconomique expansionniste—y compris l’utilisation procyclique des recettes pétrolières—mais aussi par de récentes réformes, notamment la libéralisation des échanges et la réforme du taux de change, même s’il faut intensifier les efforts déployés pour appuyer le développement du secteur privé et renforcer le secteur bancaire. L’inflation s’établit entre 15 % et 16 %, bien au-delà de la moyenne de la région, et le solde des transactions courantes s’est affaibli en dépit du renchérissement du pétrole, et ce, en raison de la forte croissance des importations. Pour réduire la vulnérabilité à l’évolution des cours du pétrole et réduire l’inflation au-dessous de 10 %, il convient de durcir les politiques monétaire et budgétaire.

En Iraq, la production et les exportations de pétrole sont restées proches de leurs niveaux de l’avant-guerre, certaines perturbations temporaires étant dues à la persistance des problèmes de sécurité. Plusieurs indicateurs semblent montrer que l’activité économique a commencé à se redresser—plus lentement que prévu initialement—mais le chômage et le sous-emploi restent omniprésents. L’indice général des prix à la consommation semble s’être stabilisé et le taux de change nominal du dinar vis-à-vis du dollar américain est resté stable depuis le début de 2004. Les priorités du nouveau gouvernement intérimaire doivent être la reconstruction des infrastructures, le maintien de la stabilité macroéconomique et, surtout, le renforcement des capacités afin de mettre en place des institutions qui peuvent soutenir une économie de marché.

En Égypte, une reprise modérée et tirée par les exportations a commencé à prendre de l’ampleur, grâce au redressement de l’économie mondiale et à la dépréciation antérieure de la livre. Celle-ci, combinée au renchérissement des produits de base et à l’assouplissement de la politique monétaire, a entraîné une certaine remontée de l’inflation, en particulier au niveau des prix de gros, où les prix administrés jouent un rôle moins important. Étant donné l’augmentation régulière de la dette publique nette, qui devrait dépasser 70 % du PIB d’ici la fin de 2005, les efforts de rééquilibrage budgétaire doivent être intensifiés. Il reste prioritaire d’unifier les taux de change et d’assouplir le régime de change, car le régime de taux de change double—et de fait sans souplesse—freine le développement du secteur privé.

Dans les autres pays du Levant, l’activité économique s’est redressée en Jordanie, grâce à la montée des exportations et à un rebond de la demande intérieure. Le renforcement de l’administration des recettes a contribué à améliorer les soldes budgétaires, même si des mesures supplémentaires sont nécessaires pour réduire la dette de manière soutenue. Au Liban, la croissance s’est accélérée aussi, tirée par la vigueur des exportations, le tourisme ainsi que le bâtiment et les travaux publics. Cependant, la vulnérabilité financière liée au niveau très élevé de la dette publique, à l’exposition du système bancaire aux risques de refinancement dans la base de dépôts et aux entrées massives de capitaux reste élevée et, conjuguée à des taux d’intérêt réels qui, en conséquence, sont élevés aussi, pèse sur la demande intérieure. Le fait que l’environnement extérieur soit favorable et que les réserves de change soient substantielles aide à atténuer la vulnérabilité à court terme, mais, pour assurer une amélioration durable, il faudra poursuivre le rééquilibrage du budget et opérer des réformes structurelles.

En Israël, le redressement de l’activité économique s’est accéléré, grâce à la reprise de l’économie mondiale, en particulier des dépenses consacrées aux technologies de l’information, et à la consommation privée. En dépit d’une récente remontée, l’inflation de base et les anticipations inflationnistes sont restées dans la fourchette-objectif de 1–3 % de la Banque d’Israël. Comme l’écart de production reste substantiel et que l’accent a de nouveau été mis—et il faut s’en féliciter—sur le rééquilibrage budgétaire, la politique monétaire a été assouplie à juste titre pour appuyer la reprise. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, la modeste reprise qui avait débuté en 2003 s’est poursuivie, mais la production reste inférieure de quelque 30 % au niveau atteint en 1999, l’année avant que le conflit ne reprenne. Sans une amélioration durable de la sécurité, l’économie continuera de stagner.

Appendice 1.1. Marchés des produits de base

Les principaux auteurs de cet appendice sont Kalpana Kochhar et Sam Ouliaris, qui ont bénéficié de l’assistance de Hussein Allidina et de Paul Nicholson.

Faisant fond sur l’augmentation robuste des cours des produits de base pendant le dernier trimestre de 2003, l’indice global des cours des produits de base a progressé d’environ 27 % en dollars et en DTS pendant les huit premiers mois de 2004. Cette progression peut s’expliquer par une hausse considérable des cours des produits énergétiques, des matières premières et des métaux, due à une montée de la demande mondiale, particulièrement en Asie. Sur les marchés des produits énergétiques, une série d’événements géopolitiques a suscité des inquiétudes quant à l’adéquation et à la stabilité de l’offre de pétrole brut, surtout avec l’augmentation saisonnière de la demande qui se profile. Le marché des semi-conducteurs a consolidé ses gains de la fin de 2003 et du début de 2004.

Pétrole brut

La montée des cours du pétrole brut jusqu’à un record en valeur nominale et leur plus grande volatilité ont été les principales tendances du marché pétrolier en 2004. Les cours moyens du pétrole11 ont augmenté considérablement pendant les huit premiers mois de 2004, dépassant les records nominaux établis pendant l’invasion du Koweït par l’Iraq en 1990 (graphique 1.20). Si la décision de l’OPEP d’augmenter les quotas officiels de 2 millions de barils par jour (mbj) en juillet, puis de 0,5 mbj en août a aidé à réduire notablement les cours moyens, qui avoisinaient 33 dollars à la mi-juin, les tensions ultérieures dans des pays exportateurs de pétrole—en particulier l’Iraq, le Nigéria, la Russie et le Venezuela—ont fait monter les cours moyens jusqu’à un nouveau record de 44,71 dollars le 19 août. Le cours moyen était redescendu à 38,13 dollars début septembre, car ces tensions s’étaient relâchées, mais il s’est de nouveau redressé depuis, en raison de nouvelles inquiétudes concernant l’offre en Russie et d’un repli imprévu des stocks américains.

D’après les marchés à terme, les cours du pétrole resteront élevés pendant le reste de 2004 et en 2005. Cette hausse est corroborée par les données sur les options des contrats à terme, qui font apparaître une montée continue—depuis mars 2004—du prix d’exercice moyen pour le contrat de livraison du Brent en janvier 2005. Par ailleurs, la fourchette des prix d’exercice s’est récemment élargie, surtout vers le haut, ce qui suggère une incertitude quant au prix d’exercice et une plus grande chance pour que les cours montent sensiblement par rapport au niveau actuel (graphique 1.20). Enfin, à la mi-septembre, les cours à terme du pétrole jusqu’en 2010 étaient uniformément supérieurs à 30 dollars.

Graphique 1.20.Pétrole: cours au comptant et à terme, et production

Sources: Agence internationale de l’énergie; Bloomberg Financial, LP; calculs des services du FMI.

1 Moyenne des cours au comptant des bruts West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï Fateh.

2 Moyenne pondérée sur cinq jours des cours suivants: NYMEX Light Sweet Crude, IPE Dated Brent et Dubaï Fateh (supposé).

3 Iraq non compris.

4 Option européenne d’achat de IPE Brent pour livraison en janvier 2005.

La flambée des cours au comptant était, pour une large part, inattendue—fin septembre 2003, les marchés à terme annonçaient un cours au comptant voisin de 24,90 dollars pour une livraison en septembre 2004—et semble s’expliquer par plusieurs facteurs:

  • À mesure que la reprise mondiale est montée en puissance au cours de l’année écoulée, le volume et le rythme de croissance de la demande mondiale de pétrole ont dépassé systématiquement les attentes—c’est peut-être le facteur le plus important. En dépit d’un renchérissement notable du pétrole, les dernières prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) font état d’une augmentation de 3,2 % de la demande de pétrole en 2004, contre une prévision de 1,3 % seulement en juillet 2003. Il s’agit de l’augmentation annuelle la plus rapide de la demande de pétrole depuis 1980: elle s’explique par une hausse considérable de la demande en Chine, en Amérique du Nord et dans d’autres pays non membres de l’OCDE (le Brésil et l’Inde en particulier). L’AIE s’attend à ce que l’Asie soit la principale région de croissance: elle prévoit que la demande chinoise en particulier progressera de 15 % en 2004—ce qui représente un tiers de la croissance de la demande mondiale en 2004—contre une prévision voisine de 5 % en juillet 2003.
  • Du côté de l’offre, l’OPEP a annoncé en février une diminution des objectifs de production et la croissance de la production a été décevante dans les pays non membres de l’OPEP. Si les pays membres de l’OPEP-10 (OPEP moins Iraq) ont maintenu leur production bien au-dessus des quotas officiels, l’annonce des réductions de quotas à compter du 1er avril a surpris le marché—qui a craint une baisse de la production—et a été suivie d’une forte hausse des cours du pétrole. Par ailleurs, la production du Venezuela reste inférieure au niveau d’avant la grève, tandis que la production en Iraq—où les problèmes de sécurité et le vieillissement des infrastructures compliquent le maintien de la production—tarde à retrouver son niveau d’avant la guerre. Les récentes baisses substantielles de la production aux États-Unis et au Royaume-Uni ont aussi limité la croissance de l’offre mondiale. Le résultat net est une augmentation considérable et quelque peu imprévue du recours à l’OPEP à un moment où la demande de pétrole augmente rapidement.
  • Le niveau des capacités de production inutilisées à l’échelle mondiale est très bas, d’où la crainte que le système ne soit pas en mesure de faire face à des perturbations à court terme imprévues de l’offre de pétrole. La flambée inattendue des cours du pétrole a poussé l’OPEP-10 à annoncer le 10 juin un accroissement immédiat de la production effective de 0,8 mbj et un relèvement progressif des quotas officiels à 26 mbj (à compter du 1er août)—justifiant ainsi la production effective de l’OPEP-10 fin mai. Si cette décision a aidé à faire tomber les prix, après les records enregistrés début juin, les capacités de production inutilisées à l’échelle mondiale sont aujourd’hui extrêmement faibles par rapport à la croissance prévue de la demande globale pour 2004 et 2005. Selon l’AIE, la production effective de l’OPEP-10 a été en moyenne de 27,5 mbj en août 2004 et ses capacités excédentaires sont tombées aux environs de 0,3 mbj—moins de 1 % de la demande mondiale—contre 5,5 mbj en juillet 2002 (avant les perturbations des approvisionnements au Venezuela) (graphique 1.21). Le 15 septembre, l’OPEP a décidé de relever les quotas officiels de 1 mbj, les portant à 27 mbj à compter du 1er novembre, ce qui les rapprochait du niveau effectif de la production (et des capacités).

Graphique 1.21.Capacités inutilisées de l’OPEP, stocks de pétrole commerciaux et activités spéculatives

Sources: Commodity Futures Trading Commission (CFTC); Bloomberg Financial, LP; Département américain de l’énergie; Agence internationale de l’énergie; calculs des services du FMI.

1 Moyenne des cours au comptant des bruts West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï Fateh.

2 Moyenne de chaque mois-calendrier pendant 1992–2002, plus un intervalle de confiance de 60 % basé sur les écarts antérieurs.

3 On calcule la position non commerciale nette en déduisant la position courte de la position longue.

Plusieurs autres facteurs ont aussi orienté à la hausse les cours à terme du pétrole au cours des derniers mois:

  • Bien qu’ils aient augmenté au cours des derniers mois, les stocks commerciaux de pétrole brut dans l’OCDE restent faibles par référence au passé, surtout aux États-Unis. Si cela s’explique par la vigueur de la demande mondiale, et si l’inversion persistante du marché à terme tend à décourager la reconstitution de stocks, les stocks existants sont peut-être trop bas pour faire face à la demande normale du dernier trimestre de l’année, lorsque l’hémisphère nord entre dans la saison de chauffage.
  • Les marchés de produits sont plus tendus. Bien que le niveau des stocks d’essence, mesuré par le nombre de jours de consommation, soit proche de sa tendance à long terme, la forte demande d’essence et un manque de flexibilité au niveau des raffineries aux États-Unis ont entraîné une hausse des prix de l’essence et des contrats à terme mixtes (brut/essence-gazole) de mai à juillet. Les cours à terme de l’essence ont atteint le chiffre record de 61,74 dollars le baril (1,47 dollar le gallon) en mai, soit plus de 12 dollars de plus que le record précédent, établi en 2003. De manière plus générale, si l’efficience des raffineries existantes s’est améliorée, la capacité mondiale de raffinage n’a pas augmenté au même rythme que la production de pétrole brut ces dernières années, ce qui limite la capacité des producteurs de satisfaire à une demande croissante (y compris les besoins de stocks). Ces pressions vont sans doute devenir particulièrement aiguës vers la fin de 2004, à l’approche de l’hiver dans l’hémisphère nord.
  • La tension des stocks dans le contexte d’une plus grande incertitude géopolitique a encouragé les activités spéculatives sur les marchés à terme. Les spéculateurs ont constitué une grosse position longue nette pendant le premier semestre de 2004, poussant davantage à la hausse les cours au comptant et accroissant la sensibilité du marché à une inversion soudaine des attentes. Bien qu’il soit difficile de déterminer le sens de la causalité, les positions longues nettes non commerciales ont été liquidées lorsque les cours du pétrole brut ont baissé par rapport à leurs records du moment au début du mois de juin12. Calculé au moyen des différences premières, le cœfficient de corrélation entre les positions longues nettes non commerciales et les cours moyens du pétrole brut depuis le début de 2003 est d’environ 0,6.
  • Les problèmes géopolitiques au Moyen-Orient ont fait douter de la stabilité de l’offre, tant à court terme qu’à long terme. Les récentes attaques terroristes en Iraq et en Arabie Saoudite en particulier ont accru ces tensions, bien que, dans le passé, les attaques de ce genre ne soient pas toujours allées de pair avec une hausse des cours du pétrole.
  • L’incertitude persiste en ce qui concerne le statut de la compagnie pétrolière russe OAS Youkos et sa capacité de continuer de produire et de vendre du pétrole brut. L’affaire Youkos a débuté en octobre dernier lorsque l’État russe a saisi les principales installations de production et la trésorerie de OAS Youkos en règlement d’arriérés d’impôts de 3,4 milliards de dollars, remontant à l’année 2000. Cette affaire a éveillé des inquiétudes quant à la fiabilité des approvisionnements pétroliers en provenance de la Russie, qui a récemment supplanté l’Arabie Saoudite en tant que premier producteur mondial. Youkos représente aujourd’hui environ 2 % de la production mondiale de pétrole journalière et exporte environ 10 % de sa production en Chine.

Au moment de la mise sous presse de la présente édition des Perspectives, les marchés à terme laissaient prévoir un cours moyen du pétrole brut de 37,66 dollars en 2004 et de 39,17 dollars en 2005 (soit un peu plus que la projection de référence des Perspectives). En outre, les cours à plus long terme sont bien plus élevés que ceux de l’été 2003, en raison de l’augmentation structurelle attendue de la demande mondiale par rapport à l’offre, des craintes de perturbations à long terme des approvisionnements pétroliers du Moyen-Orient et de la probabilité d’un ralentissement de la croissance de la production dans les pays non membres de l’OPEP.

Si les réserves prouvées restent abondantes, l’enjeu principal sur le marché mondial du pétrole semble être le faible niveau des capacités excédentaires et l’adéquation entre les projets existants d’expansion des capacités et l’augmentation potentielle de la demande mondiale. Le faible niveau des capacités inemployées s’explique en partie par l’essoufflement de l’investissement des onze pays membres de l’OPEP dans des projets d’expansion des capacités dans les années 90, du fait de la faiblesse persistante des cours moyens réels du pétrole pendant la période 1985–2000 (graphique 1. 22). Les projets existants d’expansion des capacités semblent limités même si, d’après les marchés à terme, les cours du brut resteront supérieurs au minimum nécessaire pour justifier des investissements supplémentaires. Si les capacités de production devraient augmenter d’environ 1 mbj avant la fin de 2004 grâce à des projets d’expansion en Arabie Saoudite, au Koweït et aux Émirats arabes unis, les capacités inemployées resteront probablement faibles en raison d’une augmentation saisonnière de la demande au deuxième semestre de 2004. Par ailleurs, la croissance tendancielle de la demande devrait absorber toutes les capacités supplémentaires en 2005, tandis que la croissance de la production dans les pays non membres de l’OPEP, actuellement élevée, pourrait ralentir. Le marché pétrolier restera probablement tributaire d’une utilisation quasi maximale de l’appareil productif de tous les pays exportateurs de pétrole, d’où la probabilité d’une envolée des prix si les capacités de production sont mises en péril.

Graphique 1.22.Capacités de production mondiales et cours au comptant réel moyen

(Millions de barils par jour)

Sources: Département américain de l’énergie (Energy Information Agency); British Petroleum Review; calculs des services du FMI.

1 Moyenne des cours au comptant des bruts West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï Fateh. Ajustée par l’IPC américain, 1994 = 100.

Cours des produits de base non énergétiques

Après une nette augmentation pendant le deuxième semestre de 2003, les cours des produits de base non énergétiques ont continué de progresser, quoique relativement modestement, pendant les huit premiers mois de 2004. Ce ralentissement a coïncidé avec les efforts déployés par la Chine—un grand consommateur de produits de base non énergétiques—pour ralentir le rythme de son expansion, et avec les décisions de la Réserve fédérale américaine de relever les taux intérêt (tableau 1.12). L’indice des cours des produits de base non énergétiques établi par le FMI a progressé de 8 % en dollars et en DTS depuis le début de l’année 2004 (tableau 1.13). La hausse de cet indice s’est interrompue récemment, en raison de la faiblesse des cours des produits alimentaires en particulier, qui résulte de l’effet des récoltes abondantes. Il a aussi été orienté à la baisse par la liquidation de nombreuses positions acheteurs spéculatives lorsque les cours de plusieurs produits de base ont atteint leur plus haut niveau depuis plusieurs années (graphique 1.23). Il est prévu que les cours des produits de base non énergétiques seront stables ou baisseront légèrement dans les mois à venir, mais qu’ils pourraient remonter vers la fin de 2004 en raison de l’épuisement des stocks (en particulier des métaux) et de la robustesse de l’économie mondiale.

Tableau 1.12.Échantillon de pays: consommation des produits de base1(Pourcentage de la consommation mondiale)
ChineÉtats-UnisJaponInde
Blé17,25,51,011,8
Haricots de soja16,024,72,12,7
Coton34,15,80,713,6
Cuivre19,814,97,82,0
Aluminum19,020,37,42,8
Acier26,511,98,0
Pétrole7,725,26,62,8
Sources: Commodity Research Bureau, U.S. Geological Survey, Département américain de l’agriculture, Comité consultatif international du coton, CRU International, Agence internationale de l’énergie, base de données COMTRADE (Nations Unies), World Bureau of Metal Statistics, estimations des services du FMI.

Dernières estimations.

Sources: Commodity Research Bureau, U.S. Geological Survey, Département américain de l’agriculture, Comité consultatif international du coton, CRU International, Agence internationale de l’énergie, base de données COMTRADE (Nations Unies), World Bureau of Metal Statistics, estimations des services du FMI.

Dernières estimations.

Tableau 1.13.Cours des produits de base non énergétiques(Variation en pourcentage de décembre 2003 à août 2004)
En

dollars
Contribution1En

DTS
Produits alimentaires2,743,11,9
Boissons5,23,05,4
Matières premières agricoles9,021,49,2
Métaux15,332,515,5
Ensemble des produitsde base non énergétiques8,2100,08,0
Sources: base de données du FMI (Primary Commodity Prices); estimations des services du FMI.

Contribution à la variation de l’indice global des cours des produits primaires non pétroliers en dollars, en pourcentage. Les contributions à la variation en DTS sont similaires.

Sources: base de données du FMI (Primary Commodity Prices); estimations des services du FMI.

Contribution à la variation de l’indice global des cours des produits primaires non pétroliers en dollars, en pourcentage. Les contributions à la variation en DTS sont similaires.

Graphique 1.23.Produits de base non énergétiques

Sources: FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.

Fin août, l’indice global des cours des produits alimentaires avait progressé de 3 % depuis le début de 2004. Après un parcours terne en 2003, le cours du riz a augmenté de 28 %, la Chine ayant dû importer plus qu’en moyenne après une récolte décevante. Le niveau relativement faible des stocks mondiaux de riz a orienté aussi les cours à la hausse. Le cours du maïs a continué de monter par rapport à 2003, avec une hausse de 10 % pendant la première moitié de l’année 2004. Cependant, les récoltes ayant été abondantes aux États-Unis, le cours a baissé de 7 % à la fin août. Après avoir atteint son plus haut niveau depuis plus de dix ans, le cours des haricots de soja a chuté de 21 % en raison du net repli des importations chinoises et de la livraison d’une nouvelle récolte au Brésil et en Argentine. Les bonnes récoltes aux États-Unis ont contribué aussi à la récente baisse du cours. Les prix de la viande ont augmenté de 24 % du fait de la vigueur de la demande, qui s’explique par la vogue des régimes pauvres en glucides.

Les cours des boissons étaient en progression de 5 % à la fin août. Le cours du café a progressé de 8 % pour atteindre son plus haut niveau depuis trois ans, du fait de spéculations à propos d’intempéries au Brésil. Il s’est cependant replié depuis, car ces spéculations se sont avérées sans fondement. La situation foncière sur le marché du café demeure médiocre, car la consommation reste statique, alors que les stocks mondiaux sont abondants. Le cours du cacao, qui avait baissé nettement en 2003, a augmenté de 5 % du fait de la vigueur de la demande et de la diminution des récoltes en Côte d’Ivoire.

Les cours des matières premières agricoles ont augmenté de 9 %, sous l’effet de la montée du cours du bois d’œuvre. Tandis que le différend commercial entre le Canada et les États-Unis se poursuit, le cours du bois d’œuvre a progressé de plus de 40 % du fait de la robuste demande du marché immobilier américain. Le cours du coton a beaucoup reculé, chutant de 27 %, car on s’attend à des récoltes records aux États-Unis et en Chine.

Après avoir atteint leur plus haut niveau depuis plusieurs années et avoir augmenté de près de 20 % au deuxième semestre de 2003, les cours des métaux ont progressé de 15 % au cours des huit premiers mois de 2004, mais ils sont restés très instables. Au second trimestre, la liquidation de positions acheteurs spéculatives a entraîné un net recul des cours, principalement du nickel, qui a plongé de 21 % en mai, en raison d’un phénomène de substitution, d’un déstockage et d’une augmentation de la production. Néanmoins, le cours du nickel vient de rebondir, et n’est plus inférieur que de 4 % à son niveau de 2003. On s’attend à ce qu’il se raffermisse, en raison de la diminution sensible des stocks, qui suscite de nouveau l’intérêt des spéculateurs. Le cours du cuivre a progressé de 29 %, du fait de la vigueur de la demande mondiale et de la baisse des stocks. Le cours de l’étain s’est apprécié de 49 %, l’offre étant restreinte et la demande vigoureuse. Étant donné le faible niveau des stocks de métaux et le dynamisme de la croissance mondiale, les analystes prévoient une deuxième envolée des cours des métaux plus tard dans l’année et jusqu’au début de l’année prochaine.

Semi-conducteurs

Les ventes sur le marché des semi-conducteurs ont continué de progresser au premier semestre de 2004, en faisant fond sur le net redressement observé en 2003. Les chiffres corrigés des variations saisonnières font état de quinze mois consécutifs de croissance substantielle des recettes—en particulier dans la région Asie–Pacifique hors Japon. Par ailleurs, les ventes de juillet sont supérieures de 15 % à celles de décembre 2003, tandis que les recettes non corrigées des variations saisonnières sont supérieures de 4 % aux ventes correspondantes de 2000, une année d’expansion—ce qui confirme que la reprise est effectivement montée en puissance. Les analystes prévoient que 2004 sera une très bonne année pour les ventes de semi-conducteurs. La bonne tenue des recettes tient dans une large mesure au nombre de produits vendus et non à une hausse des prix, tandis que l’augmentation du volume des ventes peut s’expliquer par la demande croissante de produits de communication sans fil en particulier (graphique 1.24).

Graphique 1.24.Marché des semi-conducteurs

Sources: World Semiconductor Trade Statistics; Semiconductor International Capacity Statistics; calculs des services du FMI.

Le taux d’utilisation des capacités dans les secteurs de pointe est extrêmement élevé—plus de 97 %—en raison de la montée de la demande de produits de communication sans fil. Si ces tensions au niveau des capacités avaient fait craindre que le marché ne serait pas en mesure de faire face à l’augmentation de la demande cette année, les cours moyens restent bien en deçà de ceux de 2000 et si les cours au comptant se sont redressés en raison d’une pénurie de circuits intégrés, ils ont fini par stagner ou même redescendre. Cependant, comme certains indicateurs d’activité économique et d’achats de technologie grand public restent solides, les cours devraient monter aux troisième et quatrième trimestres—qui sont traditionnellement les trimestres où les ventes sont les plus élevées. Même si 2004 sera probablement une bonne année pour le marché des semi-conducteurs, certains analystes ont des doutes sur les perspectives du marché en 2005. Par rapport au marché boursier dans son ensemble, un nombre relativement plus élevé d’entreprises du secteur des technologies annoncent des revenus inférieurs aux prévisions. L’investissement dans l’expansion des capacités est au plus haut. En particulier, les ventes mondiales de matériel à semi-conducteur restent solides (le ratio des commandes futures aux livraisons actuelles est de 1,05, ce qui implique de nouvelles augmentations des capacités de production). Le niveau élevé de la production effective devance aujourd’hui la demande, d’où une augmentation des stocks dans les principaux segments du secteur et une baisse des cours moyens à la vente. Certains observateurs craignent que les investissements supplémentaires et l’augmentation de la production qui en résultera entraînent une forte hausse des stocks, ce qui poussera les cours encore plus à la baisse au premier trimestre de 2005, lorsque la demande se situe à un plus bas saisonnier. Des stocks et/ou des capacités excédentaires pourraient faire baisser les prix pendant le reste de 2005.

Effets macroéconomiques de la hausse des cours du brut

Les cours du pétrole restent un facteur déterminant pour les perspectives économiques mondiales. Les effets de leur hausse se feront sentir de diverses manières:

  • Il y a un transfert de revenus des consommateurs aux producteurs de pétrole. Comme la propension à consommer de ces derniers est en moyenne moindre que celle des premiers, la demande mondiale baisse.
  • Le coût de production des biens et services augmente, ce qui pourrait réduire les marges bénéficiaires. Dans le cas des pays avancés, cette incidence sur l’offre, sensible durant les années 70, s’est estompée au cours des trois dernières décennies, car ces pays sont devenus moins dépendants du pétrole. Par contre, les pays en développement n’ont pas réduit leur dépendance autant que les pays industrialisés, et l’effet sur l’offre sera donc relativement plus prononcé.
  • L’inflation augmente, dans des proportions qui seront fonction du degré de resserrement monétaire face au renchérissement du pétrole et de la mesure dans laquelle les consommateurs parviendront à compenser la diminution de leurs revenus et les producteurs celle de leurs bénéfices.
  • L’évolution effective et attendue de l’activité économique, des bénéfices des sociétés, de l’inflation et de la politique monétaire pèse sur les cours boursiers et obligataires, les marchés financiers réagissant mal à la hausse du brut. Par ricochet, cela va affecter la confiance des investisseurs et la propension des entreprises à se lancer dans des projets d’investissement à long terme, ce qui pourrait assombrir encore les perspectives de croissance.
  • Selon la durée et l’ampleur de la hausse des cours, l’évolution des prix relatifs incite les four-nisseurs d’énergie à accroître leur production et leurs investissements, et les consommateurs à se tourner vers d’autres sources d’énergie.

D’après les estimations de l’impact des chocs pétroliers sur l’économie mondiale données par le FMI (2000), une hausse de 5 dollars du cours du pétrole réduira d’environ 0,3 point la croissance mondiale au bout d’un an (tableau 1.14). La réaction globale d’une région ou d’un pays donné varie en fonction de l’importance relative des (quatre premiers) liens à court terme entre l’activité et les cours du pétrole cités ci-dessus, ainsi que de la souplesse foncière avec laquelle l’économie peut absorber les chocs (notamment la rigidité des salaires réels). On estime que l’impact sera plus prononcé qu’ailleurs—0,4 point—aux États-Unis et dans la zone euro, en grande partie à cause de leur plus grande dépendance à l’égard du pétrole et, dans le cas de la zone euro, de la rigidité du marché du travail, qui restreint le rythme et l’ampleur des ajustements des salaires réels. L’impact sur les «autres pays industrialisés» serait moindre parce que les deux plus grands pays de ce groupe—Royaume-Uni et Canada—sont exportateurs nets de pétrole. Le Japon subirait pour sa part un impact équivalant à 0,2 point de croissance seulement, parce que la consommation d’énergie y est très efficiente et que le nucléaire fournit une part importante de l’énergie. Pour ce qui est des pays émergents, c’est en Asie que les effets sont les plus négatifs (0,4 point de croissance) parce qu’une plus grande part de l’activité globale est le fait de pays importateurs nets de pétrole. Les pays émergents d’Europe et d’Afrique sont moins touchés, car les pays exportateurs nets de pétrole y ont plus de poids. Certes, les pays exportateurs nets bénéficient directement de la hausse des cours, mais la baisse de la demande et les effets secondaires des chocs causent un ralentissement de l’activité dans certains d’entre eux (l’Argentine, par exemple)—voir FMI (2000) pour plus de détails.

Tableau 1.14.Effet d’une augmentation permanente de 5 dollars le baril du cours du brut après un an(En pourcentage du PIB)
PIB réelInflationSolde

courant
PIB mondial−0,3
Pays industrialisés−0,30,2−0,1
États-Unis−0,40,3−0,1
Zone euro−0,40,3−0,1
Japon−0,20,1−0,2
Autres−0,20,10,1
Pays en développement
Amérique latine−0,10,60,0
Argentine−0,20,10,1
Brésil−0,21,0−0,2
Chili−0,21,0−0,7
Mexique0,10,2
Asie−0,40,7−0,5
Chine−0,40,4−0,3
Inde−0,51,3−0,6
Pays émergents d’Europe et d’Afrique0,10,30,2
Afrique du Sud−0,41,2−0,9
Pologne−0,3−0,4
Russie0,71,8
Turquie−0,2−0,3
Sources: FMI (2000); estimations des services du FMI.
Sources: FMI (2000); estimations des services du FMI.

Quid du niveau général des prix? La hausse des cours pétroliers fait augmenter l’inflation de base dans tous les pays, dans des proportions qui dépendent en partie de la rigidité du marché du travail. On estime l’écart à 0,3 point aux États-Unis et dans la zone euro, 0,6 point en Amérique latine et 0,7 point en Asie—la hausse étant plus forte dans ce dernier cas parce que le renchérissement du pétrole est répercuté plus vite sur les prix intérieurs13.

À la mi-septembre 2004, les contrats à terme laissaient prévoir un cours moyen du pétrole sur l’année proche de 37 dollars le baril, soit 8 dollars (ou 30 %) de plus que le niveau moyen de 2003. D’après le FMI (2000), cette hausse, si elle se pérennise, amputerait la production mondiale d’environ ½ point au bout d’un an—ce qui est relativement peu au regard du rythme de croissance de 4,3 % pour 2005 dont fait état cette édition des Perspectives de l’économie mondiale14. Les effets négatifs de la hausse semblent en outre modérés en comparaison de l’impact des quatre chocs qui se sont produits depuis 1973 (tableau 1.15). Une hausse de 8 dollars le baril aurait sur le solde commercial net des pays avancés une incidence équivalant à –0,3 % du PIB, soit moins d’un dixième de l’effet moyen des deux chocs pétroliers des années 70. Cela tient, d’une part, à ce que les pays industrialisés sont moins dépendants du brut qu’il y a une trentaine d’années et, d’autre part, à ce que le pourcentage d’augmentation nominale (et donc réelle) des cours du brut est bien plus faible que lors des chocs pétroliers des années 70.

Tableau 1.15.Effet des augmentations nominales des cours du pétrole(En dollars EU, sauf indication contraire)
Cours du pétroleEffet direct sur la balance

commerciale des pays avancés
Avant hausse1Après hausse2VariationVariation

en pourcentage
Milliards de

dollars EU
En pourcentage

du PIB
1973–743,311,68,3252−88−2,6
1978–8012,935,923,1179−232−3,7
1989–9017,928,310,458−38−0,2
1999–200018,028,210,357−96−0,4
2003–0428,937,38,429−107−0,3
Source: estimations des services du FMI.

Cours moyen pendant la première année de chaque période.

Cours moyen pendant la dernière année de chaque période, sauf pour 1990 (cours moyen au deuxième semestre de l’année) et 2004 (cours prévu sur la base des données des marchés à terme).

Source: estimations des services du FMI.

Cours moyen pendant la première année de chaque période.

Cours moyen pendant la dernière année de chaque période, sauf pour 1990 (cours moyen au deuxième semestre de l’année) et 2004 (cours prévu sur la base des données des marchés à terme).

Quelles seront les répercussions de l’évolution récente des cours des produits de base sur les pays émergents et les pays en développement?

Bien que la part des produits de base dans la production mondiale ait diminué au cours des dernières décennies, l’évolution de leurs cours peut toujours exercer un effet notable sur l’économie mondiale et les économies nationales. Les répercussions de l’envolée récente et généralisée des cours des produits de base sont intéressantes, car elle a été aiguillonnée dans une large mesure par la vigueur de la demande mondiale (tableau 1.16). En particulier, il serait utile d’évaluer dans quelle mesure l’effet du net renchérissement du pétrole sur les pays producteurs de produits de base et importateurs nets de pétrole est compensé par le renchérissement des produits de base non énergétiques.

Tableau 1.16.Évolution de l’indice des prix des produits de base établi par le FMI(En dollars EU, 1995 = 100)
200320041Variation en

pourcentage
Tous les produits de base et énergie119,7148,824,3
Produits de base non énergétiques82,195,916,8
Alimentation86,198,914,9
Boissons66,565,0−2,2
Produits agricoles81,184,64,3
Matières premières
Métaux80,4105,631,3
Énergie160,6206,428,5
Pétrole brut (comptant)167,9216,529,0
Source: estimations des services du FMI.

Valeur prévue pour 2004.

Source: estimations des services du FMI.

Valeur prévue pour 2004.

L’évolution des cours de certains produits non énergétiques peut influer sur l’activité en accroissant les coûts de production, quoique généralement beaucoup moins que les cours du pétrole, étant donné leur plus faible part dans la production mondiale. Même si l’effet ultime sur l’activité mondiale est relativement mineur, une hausse des cours des produits de base non énergétiques provoquera évidemment une redistribution du revenu des pays importateurs nets aux pays exportateurs nets. Étant donné que la majeure partie des recettes d’exportation de bon nombre de pays en développement ne repose que sur quelques produits de base non énergétiques et que ces pays n’ont souvent qu’un accès limité aux marchés de capitaux, une hausse des cours de ces produits peut avoir de fortes répercussions sur leur produit intérieur brut, qui peuvent se transmettre aux autres pays en développement par le biais des échanges internationaux.

L’effet direct de l’évolution des cours des produits de base sur les pays peut être calculé par la variation initiale des recettes nettes d’exportation sans tenir compte des effets secondaires (tableau 1.17). Selon cette méthode, l’augmentation prévue du cours moyen du brut en 2004 depuis 2003—à savoir 8 dollars, soit 30 %—accroîtra la facture des importations des pays émergents et des pays en développement d’environ 0,6 % (du PIB nominal pour 2003). Cependant, cet effet négatif sera pour l’essentiel compensé par l’augmentation de 3,3 % des recettes pétrolières des pays exportateurs de pétrole. L’effet net devrait être d’environ 1 %.

Tableau 1.17.Gains et pertes commerciaux résultant de l’évolution des cours des produits de base: pays émergents et pays en développement(Pourcentage du PIB nominal pour 2003)
Hors énergie1PétroleTotal
PPTE
Exportateurs0,356,146,48
Importateurs0,80−1,02−0,22
CEI et Mongolie
Exportateurs0,793,354,14
Importateurs0,19−1,28−1,09
Autres pays émergents
Exportateurs0,343,223,56
Importateurs0,38−0,53−0,15
Effet global0,400,951,35
Exportateurs0,403,323,72
Importateurs0,40−0,56−0,16
Source: estimations des services du FMI.

Hors effet des augmentations des importations de produits de base non pétroliers.

Source: estimations des services du FMI.

Hors effet des augmentations des importations de produits de base non pétroliers.

Pour les pays importateurs nets de pétrole, l’effet négatif du renchérissement du pétrole sera bien entendu atténué par la hausse des cours des produits de base non énergétiques. En fait, pour quelques pays importateurs de pétrole, les gains résultant de l’évolution des cours des produits de base non énergétiques peuvent dépasser les pertes dues au renchérissement du pétrole brut. Les pays émergents et les pays en développement profitent généralement de l’augmentation des cours des produits de base non énergétiques, du fait en partie de leur dépendance vis-à-vis de ces produits pour leurs recettes d’exportation. Le gain global découlant de l’évolution des cours de produits non énergétiques est estimé à 0,4 % du PIB nominal pour 2003, et ne devrait avoir qu’un effet net modéré sur les pays émergents et les pays en développement. S’il y a en fait des perdants nets—essentiellement quelques pays de la CEI et de l’Afrique subsaharienne—leurs pertes sont généralement inférieures à 1 % de leur PIB nominal.

Un résultat similaire apparaît pour le groupe des «autres pays émergents», qui, pour l’essentiel, sont des exportateurs de produits de base non énergétiques. Cependant, par rapport aux pays pauvres très endettés et aux pays de la CEI-7, les perdants nets seront plus nombreux, l’effet négatif du renchérissement du pétrole sur le solde commercial s’avérant prépondérant. En tête des pays enregistrant une perte globale supérieure à 1 % du PIB nominal figure le Cap-Vert, qui est importateur net de pétrole et qui ne profite guère ou pas du tout de l’augmentation des cours des produits de base non énergétiques.

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1Comme il est noté à l’appendice 1.1, l’ampleur de ce choc est plus de dix fois inférieure à celle des chocs des années 70.
2Voir «The Accuracy of World Economic Outlook Growth Forecasts: 1991–2000», Box 3.1, World Economic Outlook, December 2001 (édition en anglais uniquement).
3Voir l’édition de septembre 2004 du Global Financial Stability Report pour un examen détaillé.
4Voir Martin Wolf, «Three Reasons To Be Cheerful About The World Economy», Financial Times, mercredi 30 juin 2004, pour une présentation éloquente de cette idée.
5Par exemple, l’invention de l’électricité, qui a permis d’introduire la chaîne de fabrication. Pour un examen détaillé de cette question, voir «La révolution des technologies de l’information», chapitre III, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2001.
6Voir «L’émergence de la Chine et ses retombées sur l’économie mondiale», Perspectives de l’économie mondiale, avril 2004.
7Voir le Rapport de suivi mondial de septembre 2004.
8Hors énergie, alimentation, alcool et tabac.
9Voir «Promouvoir les réformes structurelles dans les pays industrialisés», Perspectives de l’économie mondiale, avril 2004.
10Voir le discours de M. King, Gouverneur de la Banque d’Angleterre, au dîner de la Confédération du patronat britannique à Glasgow, le 14 juin 2004, disponible à l’adresse http://www.bankofengland.co.uk/speeches/speech221.pdf.
11Sauf indication contraire, le cours du pétrole, par lequel on entend le cours mondial, fait référence à la moyenne simple des cours au comptant (MSCC) de trois qualités de brut différentes: West Texas, Brent et Dubaï. Par définition, la MSCC diffère des cours individuels des trois qualités de brut; elle se situe généralement entre celui du West Texas et celui du Dubaï. Bien que les trois cours évoluent en parallèle, la MSCC donne probablement une meilleure estimation du coût du pétrole sur le marché mondial, puisque le monde puise son énergie à différentes sources de pétrole brut.
12Le Global Financial Stability Report de septembre 2004 décrit plus en détail l’activité des fonds d’arbitrage sur le marché pétrolier.
13Ces effets de la hausse des cours sur le niveau général des prix et l’activité sont calibrés pour une seule année, mais il est à noter qu’elle affectera aussi l’activité et l’inflation (de base et globale) les années suivantes.
14Les projections de la croissance mondiale établies dans les Perspectives seraient probablement révisées de moins de 0,3 point dans la mesure où le renchérissement du pétrole s’explique par une activité plus vigoureuse que prévu dans les dernières projections.

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