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Chapitre 2. Perspectives nationales et régionales

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
June 2010
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Alors que l’économie mondiale sort du plus profond repli qu’elle ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale, les perspectives de croissance diffèrent considérablement d’un pays et d’une région à l’autre (graphique 2.1). Les projections pour 2010–11 laissent entrevoir une croissance moyenne supérieure à 10 %, dans certains pays, et négative pour d’autres. Outre les différences de taux de croissance tendancielle, la carte de la croissance mondiale montre que la remontée vers un niveau de production à pleine capacité progresse plus ou moins vite selon les pays et les régions.

Graphique 2.1.Projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–11

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

Comme expliqué dans le chapitre premier, la reprise est favorisée par la détente financière, la normalisation des échanges commerciaux, le rebond des mouvements de capitaux, le tournant du cycle des stocks et, surtout, les mesures de relance. Dans certains cas, toutefois, le redressement est entravé par des systèmes financiers valétudinaires et la frêle santé financière du secteur public et des ménages. L’importance relative de ces facteurs varie beaucoup d’un pays et d’une région à l’autre.

Comment expliquer que le rythme de redressement économique diffère d’un pays à l’autre? Bien qu’il n’y ait pas de réponse simple à cette question, l’analyse des projections de croissance courantes (à court terme) conduit à plusieurs constats saisissants (graphique 2.2). Il en ressort en particulier que les pays dont la production a chuté davantage au cours de la Grande Récession vont se remettre plus lentement que ceux qui en ont moins pâti. De plus, les pays qui sont entrés dans la crise avec des déséquilibres intérieurs (vaste déficit extérieur courant, boom du crédit, etc.) vont, d’après les projections, connaître une reprise plus molle. Si la marge de manœuvre était étroite, parce que la dette publique était élevée, la reprise sera là encore atone. Bien entendu, il y a des exceptions à ces règles, et beaucoup d’autres facteurs spécifiques aux pays conservent leur importance.

Graphique 2.2.Décomposition de la variation des projections de croissance en 2010–11

Source : estimations des services du FMI.

1ALC : Amérique latine et Caraïbes; CEI : Communauté des États indépendants, Géorgie et Mongolie; MOAN : Moyen-Orient et Afrique du Nord; USA+Canada : États-Unis et Canada.

2PPA : parité de pouvoir d’achat.

3Sur la base d’une régression des projections de croissance moyenne du PIB en 2010–11 sur ces variables, ainsi que des projections de croissance du PIB des partenaires commerciaux et de la variation du taux de change effectif réel en 2008–09. Chaque nuage de régression partielle montre la relation entre les projections de croissance en 2010–11 et une variable, les effets des autres variables étant neutralisés.

Les projections amènent à deux autres observations. Premièrement, beaucoup des principaux pays avancés vont connaître un redressement moins marqué que la plupart des pays émergents et en développement. Par ailleurs, l’Asie aura la reprise la plus forte et les pays émergents d’Europe auront la plus faible.

Sur cette toile de fond, le chapitre 2 présente les perspectives économiques et les enjeux majeurs au plan national et régional, d’abord pour l’Amérique du Nord (Canada et États-Unis), puis l’Asie et les autres pays avancés (Australie et Nouvelle-Zélande), l’Europe, la Communauté des États indépendants (CEI), l’Amérique latine et les Caraïbes (ALC), le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MOAN) et l’Afrique subsaharienne.

Redressement étayé par des mesures de relance aux États-Unis

Un redressement étayé par des mesures de relance s’opère aux États-Unis, mais la demande privée reste molle. Une substantielle détente monétaire et financière, accompagnée de mesures visant directement le secteur financier et celui du logement, a donné un coup de fouet général à la croissance — les services du FMI estiment que la relance budgétaire a dopé d’environ un point la croissance du PIB réel en 2009. Sous l’effet du plan de relance et d’un robuste cycle des stocks, le PIB réel a progressé à un taux annualisé corrigé des variations saisonnières de 2,2 % au troisième trimestre de 2009 et de 5,6 % le trimestre suivant (graphique 2.3). Mais la demande privée est encore atone et demeure très en-dessous de son niveau d’avant la crise. Au quatrième trimestre, la consommation n’a augmenté que de 1,6 %, car les ménages ont continué à reconstituer leur patrimoine; les prélèvements sur les stocks réduits ont contribué pour plus de moitié à la croissance. Parallèlement, les exportations nettes ont aussi apporté une modeste contribution à la croissance, car le rebond des échanges internationaux et le redressement des partenaires commerciaux ont dopé les exportations américaines.

Graphique 2.3.États-Unis : reprise favorisée par la relance

Sources : Bloomberg Financial Markets; Haver Analytics et calculs des services du FMI.

1Variation trimestrielle des effectifs totaux hors agriculture, en milliers de personnes.

2Variation de la production en pourcentage par rapport à l’année précédente. Variation de l’emploi en points par rapport à l’année précédente.

3La marge LIBOR-OIS est la différence entre le taux interbancaire offert à Londres à trois mois et le taux à trois mois de swap indiciel au jour le jour.

4Indice : janvier 2002 = 100; Case-Shiller Composite 20; FHFA = Federal Housing Finance Agency; HS = mises en chantier en millions; NAR = National Association of Realtors.

5Toutes les séries proviennent de l’enquête auprès des responsables du crédit. CIL : restriction des crédits commerciaux et industriels aux grandes entreprises; CNC : restrictions des cartes de crédit à la consommation; CNM : restriction des crédits hypothécaires aux particuliers; CNMP : restriction des crédits hypothécaires de haut rang aux particuliers.

Le marché du travail reste inhabituellement frêle. Depuis le début de la crise, l’économie a perdu plus de 7 millions d’emplois et 8,8 millions de personnes travaillent à temps partiel sans le vouloir. Le rythme de destruction des emplois s’est ralenti, mais l’emploi continue à décroître et le taux de chômage atteignait 10 % à la fin de l’année 2009, encore qu’il ait marginalement diminué pendant le premier trimestre de 2010. La hausse du taux de chômage est un peu plus forte que prévu, au vu de la tenue du PIB. Comme expliqué plus en détail au chapitre 3, l’effondrement des prix des logements et l’extraordinaire degré de tension financière expliquent en partie cette évolution plus défavorable du chômage.

Les tensions du marché financier ont continué à s’apaiser, mais le crédit reste tendu. Les marges de liquidité telles que le LIBOR-OIS (différence entre le taux interbancaire offert à Londres à trois mois et le taux à trois mois de swap indiciel au jour le jour) sont revenues pour l’essentiel à leurs niveaux d’avant la crise. Les marchés boursiers, qui avaient sombré au début de 2009, se sont repris et les émissions d’obligations de sociétés tournent maintenant à un régime supérieur à celui d’avant la crise. Cependant, comme indiqué au chapitre premier du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report — GFSR) d’avril 2010, les enquêtes sur le crédit indiquent que la demande de prêts est faible, car beaucoup de secteurs continuent à réduire la voilure. Par ailleurs, les bilans des banques ne se sont pas encore complètement remis de la crise et, avec les pertes qui s’accumulent dans certains secteurs tels que l’immobilier commercial, la situation financière pourrait rester un frein à la croissance, en particulier pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont pas accès aux marchés de capitaux. En outre, la titrisation privée est encore pour une large part moribonde; au vu de l’importance de ce conduit de financement pour le crédit avant la crise, l’absence persistante de titrisation va entraver de plus en plus le développement financier et la croissance.

Dans ces conditions, il faut s’attendre à une reprise graduelle à l’avenir, en particulier lorsque les effets de la relance s’estomperont. Les projections donnent le PIB réel en hausse de 3 % en 2010 (tableau 2.1), soit une révision en hausse de ½ point par rapport à la mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale de janvier 2010 et de 1½ point par rapport à l’édition d’octobre 2009 des Perspectives de l’économie mondiale. Le redressement sera tempéré par la nécessité qui continue à s’imposer aux ménages de reconstituer leur patrimoine, le processus lent mais indispensable de réfection et de réduction de la voilure du secteur financier et la faiblesse persistante du marché du travail. L’effet de relance disparaissant, la croissance ralentira, se situant à 2,6 % en 2011. D’après les projections, le chômage restera élevé en 2010, tournant autour de 9½ % (en moyenne annuelle; tableau 2.2), avant de se replier à 8¼ % en 2011, du fait de la remontée de l’emploi. L’inflation devrait rester maîtrisée, au niveau de 2 % en 2010 et de 1¾ en 2011, étant donné l’atonie persistante de l’économie.

Tableau 2.1.Pays avancés : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
20082009Projections20082009Projections20082009Projections
201020112010201120102011
Pays avancés0,5−3,22,32,43,40,11,51,4−1,3−0,4−0,4−0,5
États-Unis0,4−2,43,12,63,8−0,32,11,7−4,9−2,9−3,3−3,4
Zone euro3,40,6−4,11,01,53,30,31,11,3−1,5−0,6−0,3−0,2
Japon−1,2−5,21,92,01,4−1,4−1,4−0,53,22,82,82,4
Royaume-Uni30,5−4,91,32,53,62,22,71,6−1,5−1,3−1,7−1,6
Canada0,4−2,63,13,22,40,31,82,00,5−2,7−2,6−2,5
Autres pays avancés1,7−1,13,73,94,31,52,22,23,15,14,44,3
Pour mémoire
Nouvelles économies industrielles d’Asie1,8−0,95,24,94,51,32,32,34,98,96,66,6

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A6 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Sur la base de l’indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A6 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Sur la base de l’indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Tableau 2.2.Pays avancés : chômage(En pourcentage)
20082009Projections
20102011
Pays avancés5,88,08,48,0
États-Unis5,89,39,48,3
Zone euro7,69,410,510,5
Allemagne7,27,48,69,3
France7,99,410,09,9
Italie6,87,88,78,6
Espagne11,318,019,418,7
Pays-Bas2,83,54,94,7
Belgique7,08,09,39,4
Grèce7,69,412,013,0
Autriche3,95,05,45,5
Portugal7,69,511,010,3
Finlande6,48,39,89,6
Irlande6,111,813,513,0
République slovaque9,612,111,610,7
Slovénie4,46,27,46,8
Luxembourg4,47,06,25,7
Chypre3,65,36,16,4
Malte5,87,17,37,2
Japon4,05,15,14,9
Royaume-Uni5,67,58,37,9
Canada6,28,37,97,5
Corée3,23,73,53,4
Australie4,35,65,35,1
Taiwan, province chinoise de4,15,95,44,9
Suède6,28,58,27,7
Suisse2,74,15,04,1
Hong Kong (RAS)3,55,14,84,5
République tchèque4,46,78,88,5
Norvège2,63,23,53,5
Singapour2,23,02,82,6
Danemark1,73,34,24,7
Israël6,17,77,47,1
Nouvelle-Zélande4,26,27,26,6
Islande1,68,09,78,6
Pour mémoire
Nouvelles économies industrielles d’Asie3,44,34,13,8

L’incertitude qui entoure les perspectives reste élevée, mais est moindre que dans l’édition d’octobre 2009 des Perspectives de l’économie mondiale, et les risques pesant sur les projections de croissance pour 2010 semble à peu près équilibrés. La faiblesse persistante de l’immobilier (y compris son compartiment commercial) ou de nouvelles turbulences sur les marchés financiers pourraient peser négativement sur l’activité. Il est toutefois possible que ces risques soient neutralisés par un cycle des stocks plus dynamique que prévu, par une relance supplémentaire ou par une demande privée plus robuste que prévu si la confiance s’améliore. Pour 2011 et au-delà, la balance penche toujours du côté d’une révision en baisse; une éventuelle relance supplémentaire doperait vraisemblablement la croissance surtout cette année, et une rechute du marché immobilier ou financier dans un avenir proche produirait sans doute l’essentiel de ses effets l’an prochain.

Tel est le cadre de la politique budgétaire, qui doit concilier deux impératifs : soutenir la croissance dans l’immédiat et assurer la stabilité des finances publiques à moyen terme. Compte tenu des faiblesses et risques détectés sur les marchés du travail et du logement, un soutien supplémentaire ciblé à ces secteurs semble indiqué. Cependant, l’ampleur des déséquilibres budgétaires des États-Unis étant ce qu’elle est, il faudra que ces mesures s’accompagnent d’un plan crédible pour assurer la viabilité des finances publiques, afin de limiter le risque d’une hausse des taux d’intérêt à long terme, qui freinerait la croissance. Ce plan ménagerait en outre une marge de manœuvre budgétaire en 2011 si la situation venait à se dégrader.

Une fois que le redressement sera en bonne voie, l’assainissement des finances publiques doit être la priorité des priorités. Les perspectives à moyen terme sont redoutables : d’après des projections basées sur des hypothèses prudentes concernant la croissance et les taux d’intérêt et en l’absence de nouvelles mesures, le déficit passerait à 8 % du PIB en 2020, tandis que l’endettement de l’État fédéral dépasserait 100 % du PIB, et un gros effort d’ajustement supplémentaire serait nécessaire pour mettre la dette publique sur une trajectoire viable. En outre, une réforme du système de santé sera essentielle pour maîtriser le coût des soins médicaux. Les récentes avancées de la réforme sont bienvenues, d’autant qu’il apparaît qu’elle pourrait contribuer modérément à la réduction du déficit à moyen terme, encore que le degré d’efficacité de la maîtrise des coûts reste incertain. Si la réforme de la sécurité sociale allait de pair, cela pourrait aider à circonscrire les dépenses au titre des prestations automatiques (ce qui permettrait des économies moins sensibles, mais plus prévisibles que dans le cas de la réforme de la santé publique).

Dans l’intervalle, il convient de poursuivre la politique monétaire actuelle extraordinairement accommodante pour soutenir la reprise. Bien que la Réserve fédérale ait exposé sa stratégie de sortie et continue à mettre au point les instruments dont elle aura besoin à cette fin, elle a aussi souligné qu’elle entend poursuivre sa politique d’accompagnement en tant que de besoin. Elle a en outre fait part de sa ferme intention de ponctionner les liquidités excédentaires et de normaliser graduellement la politique monétaire — ce qui est une bonne stratégie, compte tenu des incertitudes quant aux perspectives économiques et à la vigueur du mécanisme de transmission monétaire, en particulier au vu de l’ampleur des liquidités excédentaires et de la fragilité des bilans dans le secteur financier.

Par-delà le redressement de l’économie, il sera essentiel de remettre complètement sur pied le secteur financier et de combler les lacunes de la réglementation que la crise a mises en lumière pour assurer une croissance stable à moyen terme. Un consensus se forme sur les réformes propres à renforcer la supervision et la réglementation, dont l’élargissement de leur champ d’application; l’amélioration du système de résolution (des défaillances) des importants établissements financiers non bancaires, pour proposer d’autres options que la banqueroute ou le renflouement, et le renforcement de l’infrastructure des marchés financiers. Les réformes donneront en outre l’occasion de régler le problème du «too-big-to-fail» en encourageant la reconfiguration des établissements pour en réduire la taille et la complexité. Cela permettra de rationaliser l’appareil réglementaire américain, d’éviter les lacunes et les incohérences et de favoriser le renouveau de l’activité de titrisation (mais plus sûre).

Par ricochet, l’établissement de la croissance des États-Unis sur des bases plus fermes facilitera le rééquilibrage de la demande mondiale. Il est essentiel pour donner une assise plus solide à la croissance d’assainir les comptes patrimoniaux privés et publics, et en particulier l’épargne. Les ménages ont accru leur épargne afin de reconstituer leur patrimoine, mais l’avenir de l’épargne privé reste incertain. Il est d’autant plus nécessaire que les pouvoirs publics recentrent leur attention sur le rééquilibrage des finances publiques à moyen terme pour donner à l’épargne nationale le coup de fouet nécessaire afin de réduire le déséquilibre extérieur. Il est donc moins probable que les déficits extérieurs courants — qui ont sensiblement diminué au cours de l’année écoulée — reviennent aux niveaux inhabituellement élevés observés avant la crise.

Au Canada, le redressement devrait aussi prendre du temps, parce que la croissance de la demande est plus modérée qu’aux États-Unis et le dollar canadien s’est beaucoup apprécié. D’après les projections, la production croîtra de 3 % en 2010 et de 3¼ % en 2011 (tableau 2.1). Le Canada a abordé la crise mondiale en bonne forme, et la stratégie de sortie dans son cas semble moins problématique qu’ailleurs. Les principaux impératifs sont de ramener l’endettement sur une pente descendante, de veiller à préserver intacte la stabilité financière — alors que les prix des logements augmentent — et d’accroître la productivité du travail et le potentiel de croissance du Canada.

Reprise vigoureuse et équilibrée en Asie

Bien que le repli économique de la fin de l’année 2008 ait été plus marqué que prévu dans de nombreux pays asiatiques, le redressement a commencé rapidement et a été tout aussi prononcé. Dans presque tous les pays d’Asie, la croissance de la production a été plus forte en 2009 que prévu dans l’édition d’octobre 2009 des Perspectives de l’économie mondiale, à l’exception notable du Japon. La reprise en V est le signe que le ralentissement a été plus modéré que dans les autres régions. Le redressement a aussi été plus équilibré en Asie qu’ailleurs, la croissance de la production de la plupart des pays bénéficiant du soutien de la demande extérieure et intérieure. Et bien que la relance macroéconomique ait été non négligeable, la demande privée a aussi repris son essor dans beaucoup de pays. Comme la marge de manœuvre est vaste et les comptes patrimoniaux sectoriels solides, il y a lieu de penser que la reprise sera relativement vigoureuse dans beaucoup de pays de la région.

La reprise économique de l’Asie a été favorisée par quatre facteurs. En premier lieu, la normalisation rapide des échanges commerciaux à la suite de l’effondrement financier de la fin de 2008 a eu des effets très bénéfiques pour les pays à vocation exportatrice de la région. Deuxièmement, le creux du cycle des stocks est passé, à la fois dans les pays de la région et chez leurs principaux partenaires commerciaux tels que les États-Unis, ce qui dope la production industrielle et les exportations. Troisièmement, la reprise des afflux de capitaux dans la région — mue par le creusement des écarts de croissance et un nouvel appétit pour le risque — a créé une abondance de liquidités dans beaucoup de pays de la région. Enfin, la demande intérieure, tant publique que privée a bien résisté à la crise et est restée robuste dans de nombreux pays. Cette résilience est en partie attribuable au fait que les comptes patrimoniaux sectoriels, tant publics que privés, étaient plus solides au moment où la crise a éclaté. Le faible endettement public a permis à beaucoup de pays asiatiques de prendre en temps voulu de vigoureuses mesures de régulation conjoncturelle — les estimations des services du FMI indiquent que la relance budgétaire a majoré de 1¾ point le taux de croissance de l’Asie en 2009. L’assouplissement de la politique monétaire a en outre détendu la situation financière dans l’ensemble de la région — moyennant des réductions agressives des taux directeurs et, dans certains pays, des mesures visant à accroître les liquidités.

Sur cette toile de fond, les projections situent le taux de croissance de l’Asie à 7 % tant en 2010 qu’en 2011 (graphique 2.4; tableau 2.3). De nettes différences sont cependant observables au sein de la région :

  • Tant en Chine qu’en Inde, la vigueur de la demande intérieure va étayer la reprise. En Chine, le taux de croissance du PIB a dépassé en 2009 l’objectif gouvernemental (8 %) et il devrait être proche de 10 % tant en 2010 qu’en 2011. Principalement tirée jusqu’à présent par l’investissement public, surtout dans les infrastructures, la croissance devrait désormais être alimentée davantage par la consommation et l’investissement privés. En Inde, la croissance, soutenue par l’expansion de la demande privée, sera, d’après les projections, de 8¾ % en 2010 et de 8½ % en 2011. La consommation va s’affermir à mesure que le marché du travail s’améliorera et les investissements devraient être dopés par une forte rentabilité, une hausse de la confiance des entreprises et des conditions de financement favorables.

Graphique 2.4.Asie : projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–11

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

Tableau 2.3.Pays d’Asie (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
ProjectionsProjectionsProjections
200820092010201120082009201020112008200920102011
Asie5,23,56,97,05,82,04,12,84,03,63,43,3
Pays avancés d’Asie0,2−3,03,13,22,8−0,10,30,82,43,12,62,4
Japon−1,2−5,21,92,01,4−1,4−1,4−0,53,22,82,82,4
Australie2,41,33,03,54,41,82,42,4−4,4−4,1−3,5−3,7
Nouvelle-Zélande−0,1−1,62,93,24,02,12,12,5−8,6−3,0−4,6−5,7
Nouvelles économies industrielles d’Asie1,8−0,95,24,94,51,32,32,34,98,96,66,6
Corée2,30,24,55,04,72,82,93,0−0,65,11,62,2
Taiwan, province chinoise de0,7−1,96,54,83,5−0,91,51,56,211,28,57,7
Hong Kong (RAS)2,1−2,75,04,44,30,52,01,713,611,112,110,1
Singapour1,4−2,05,75,36,50,22,11,919,219,122,022,4
Pays en développement d’Asie7,96,68,78,77,43,15,93,75,74,14,14,1
Chine9,68,710,09,95,9−0,73,12,49,45,86,26,5
Inde7,35,78,88,48,310,913,25,5−2,2−2,1−2,2−2,0
ASEAN-54,71,75,45,69,32,94,84,62,75,13,32,2
Indonésie6,04,56,06,29,84,84,75,80,02,01,40,4
Thaïlande2,5−2,35,55,55,5−0,83,21,90,67,72,50,3
Philippines3,80,93,64,09,33,25,04,02,25,33,52,3
Malaisie4,6−1,74,75,05,40,62,02,117,516,715,414,7
Vietnam6,25,36,06,523,16,712,010,3−11,9−7,8−6,9−6,0
Autres pays en développement d’Asie33,93,74,35,012,911,59,17,4−2,3−0,8−1,0−1,3
Pour mémoire
Pays émergents d’Asie47,05,68,28,27,02,95,43,55,64,94,54,5

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées aux tableaux A6 et A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Bangladesh, Bhoutan, Brunéi Darussalam, Cambodge, Fidji, îles Salomon, Kiribati, Maldives, Myanmar, Népal, Pakistan, Papouasie Nouvelle-Guinée, République démocratique populaire lao, République islamique d’Afghanistan, Samoa, Sri Lanka, Timor-Leste, Tonga et Vanuatu.

Le groupe des pays émergents d’Asie comprend l’ensemble des nouvelles économies industrielles d’Asie et les pays en développement d’Asie.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées aux tableaux A6 et A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Bangladesh, Bhoutan, Brunéi Darussalam, Cambodge, Fidji, îles Salomon, Kiribati, Maldives, Myanmar, Népal, Pakistan, Papouasie Nouvelle-Guinée, République démocratique populaire lao, République islamique d’Afghanistan, Samoa, Sri Lanka, Timor-Leste, Tonga et Vanuatu.

Le groupe des pays émergents d’Asie comprend l’ensemble des nouvelles économies industrielles d’Asie et les pays en développement d’Asie.

  • La vigueur de la demande intérieure finale en Inde et surtout en Chine devrait avoir des retombées positives sur les autres pays d’Asie, notamment les exportateurs de produits de base et de biens d’équipement. On attend en Corée une expansion de l’activité économique de 4½ % en 2010 et de 5 % en 2011, en forte accélération par rapport à 2009 (¼ %). Cela tient non seulement à la vive progression des exportations — dont les exportations de biens d’équipement vers la Chine sont une importante composante —, mais aussi à l’impulsion du cycle des stocks et à l’essor des investissements favorisé par la forte utilisation des capacités et la solide confiance des entreprises. Tous ces facteurs devraient contribuer à neutraliser les effets de la cessation de la relance budgétaire prévue en 2010.
  • Les pays du groupe ASEAN-51 connaîtront en 2010 une croissance de 5½ % (projections). La demande intérieure privée sera sans doute le principal moteur de cette croissance, les exportations nettes jouant un rôle moins important que par le passé, ce qui s’explique par la progression des importations par rapport aux années antérieures. L’économie indonésienne a fait preuve d’un remarquable ressort, croissant de 4½ % en 2009, contre 1¾ % pour le groupe ASEAN-5 dans son ensemble, grâce à une demande vigoureuse et une moindre dépendance à l’égard des échanges internationaux. Le taux de croissance de l’Indonésie devrait passer à 6 % en 2010 et 6¼ % en 2011, sous l’effet de l’essor des investissements privés.
  • Les projections laissent entrevoir pour l’Australie une croissance de 3 % en 2010 et de 3½ % en 2011, grâce à la forte demande de produits de base, émanant en particulier de la Chine. En 2010, la croissance sera tirée par la demande intérieure, tant publique que privée, la hausse des cours des produits de base dopant les investissements dans le secteur des ressources naturelles. La Nouvelle-Zélande devrait pour sa part afficher des taux de croissance de 3 % en 2010 et 3¼ % en 2011, sous l’effet de la hausse des cours des produits de base à l’exportation, notamment des produits laitiers, ainsi que de la progression de la demande intérieure résultant de la hausse des revenus des exploitants agricoles, d’une réduction permanente de l’impôt sur le revenu et du redressement des prix des logements.
  • Au Japon, les exportations ont aidé à porter une reprise hésitante, mais les retombées positives sur la demande intérieure autonome ont été limitées jusqu’à présent; la demande intérieure va sans doute rester frêle à cause de plusieurs facteurs : réapparition de la déflation, excédents de capacité persistants et faiblesse du marché du travail. L’appréciation persistante du yen en 2010 pourrait amoindrir la contribution des exportations nettes à la croissance, surtout en comparaison du reste de l’Asie. Les perspectives sont donc crucialement tributaires de la relance budgétaire envisagée et du redressement de l’activité économique mondiale. Les projections donnent un taux de progression du PIB de 2 % en 2010, la croissance étant étayée par la relance budgétaire et la hausse des exportations. Une reprise plus généralisée est attendue en 2011, sous l’effet d’une hausse modérée des investissements des entreprises.

Les enjeux économiques diffèrent selon les pays de la région. Ceux dont la croissance était principalement tirée par les exportations vont avant tout devoir s’ajuster au ralentissement de la demande de leurs principaux partenaires commerciaux, dont les États-Unis. Ceux qui, comme l’Inde, sont relativement plus fermés et ont eu recours à la relance budgétaire pour soutenir la croissance devront surtout veiller à assainir les finances publiques au moyen de réformes budgétaires et structurelles. Le Japon, quant à lui, aura pour tâche doublement difficile de stimuler la demande intérieure et de lutter contre la déflation, étant donné qu’il est indispensable de réduire le niveau élevé de l’endettement public et que le taux directeur est proche de zéro.

Pour les dirigeants des pays asiatiques à vocation exportatrice, maintenant confrontés à la perspective d’un fléchissement de la demande extérieure, il sera essentiel de recentrer l’activité économique sur les sources de croissance intérieures. Les mesures de relance ont beaucoup contribué à fortifier la demande intérieure dans beaucoup de pays de la région (graphique 2.5) et, pour qu’elle reste robuste, il faudra renforcer encore la demande privée autonome. Le sevrage de la demande extérieure exigera cependant sans doute des mesures différentes d’un pays à l’autre. Il sera par exemple prioritaire de doper la consommation intérieure en Chine, en améliorant l’accès des petites entreprises et des ménages au crédit et en renforçant le gouvernement d’entreprise et la protection sociale afin de réduire l’épargne de précaution. Par contre, en Corée et au Japon, il est surtout nécessaire pour améliorer les perspectives de croissance de rehausser la productivité dans le secteur des services. Dans beaucoup de pays de l’ASEAN, notamment aux Philippines, en Thaïlande et en Malaisie, l’amélioration du climat de l’investissement privé peut énormément contribuer à stimuler la demande intérieure privée. L’assouplissement du régime des changes faciliterait le rééquilibrage dans de nombreux pays en accroissant le pouvoir d’achat des ménages et en transférant les ressources productives du secteur des biens échangeables à celui des biens non échangeables.

Graphique 2.5.Asie : reprise vigoureuse et équilibrée

Sources : Haver Analytics et calculs des services du FMI.

1Vietnam non compris.

2Nouvelles économies industrielles d’Asie : Corée, RAS de Hong Kong, Singapour et Taiwan, province chinoise de.

3Relance intérieure seulement : impact de la relance budgétaire opérée dans le pays ou groupe de pays; relance extérieure : impact des mesures de relance budgétaire régionales et mondiales. Les estimations sont basées sur les multiplicateurs du Modèle monétaire et budgétaire intégré mondial du FMI. AUS+NZ : Australie et Nouvelle-Zélande.

4Dans le cas de la Chine, trimestre de croissance la plus lente (T1–2009) à T3–2009.

5Malaisie non comprise.

6L’indice de tension du marché des changes est par définition la somme de la variation du taux de change nominal vis-à-vis du dollar EU et de la variation du ratio réserves de change/base monétaire. L’indice est une moyenne pour les pays suivants : Chine, Corée, RAS de Hong Kong, Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande.

Étant donné la vigueur du redressement économique de la région, il importe de songer en priorité à planifier le retrait graduel et en bon ordre des mesures de relance macroéconomique. Plusieurs pays ont maintenant la possibilité de mettre fin aux mesures d’accompagnement de la conjoncture, mais la fragilité de la reprise dans les principaux pays avancés donne à penser qu’il peut être risqué de s’engager trop rapidement dans cette voie. Parce que la conjoncture intérieure est encore très différente d’un pays à l’autre en Asie, il est aussi indiqué de programmer différemment les stratégies de sortie de la relance macroéconomique.

Sur le plan des finances publiques, en dépit d’efforts de relance budgétaire relativement plus marqués en 2009, seuls quelques pays d’Asie semblent avoir des problèmes de viabilité de la dette de même ampleur que beaucoup de pays avancés. Si la vigueur de la demande intérieure privée autonome fait encore quelque doute, il serait indiqué de maintenir le soutien budgétaire, surtout dans les pays qui voient diminuer la demande extérieure et ont du mal à rééquilibrer l’économie. Dans les pays où la dette publique est élevée et il est indispensable de poursuivre le soutien budgétaire — comme au Japon — il serait indiqué d’élaborer et de rendre public un plan crédible de rééquilibrage des finances publiques à moyen terme, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, le reste de la relance budgétaire serait encore plus efficace. Deuxièmement, cela permettrait de rétablir la marge de manœuvre nécessaire pour faire face aux chocs futurs et contribuerait à désamorcer les tensions liées au vieillissement démographique. Enfin, cela réduirait la probabilité de retombées négatives des difficultés budgétaires des autres pays avancés.

Pour ce qui est de la politique monétaire, il n’est peut-être pas trop tôt pour commencer à démonter le mécanisme incitatif si les écarts de production se rétrécissent et si des tensions inflationnistes se font jour. Cela semble déjà être le cas dans plusieurs pays de la région, dont l’Australie, l’Inde et la Malaisie, où les autorités ont commencé à durcir la politique monétaire. En Chine, le retrait de l’extraordinaire effort de relance monétaire mis en œuvre en 2009 va aussi limiter les risques liés à la détente excessive du crédit. Dans les autres pays de la région où la reprise de la demande privée est plus incertaine et où les écarts de production vont sans doute se rétrécir plus lentement, les décideurs devraient éviter de durcir prématurément la politique monétaire. Au Japon, où la déflation fait sa réapparition, l’actuelle politique monétaire accommodante reste appropriée, mais de nouvelles mesures de détente pourraient être nécessaires si la déflation persiste.

Bien que des considérations de conjoncture interne puissent militer en faveur d’un durcissement monétaire précoce dans certains pays, il convient de mettre en balance le risque que cela n’attire de nouveaux afflux massifs de capitaux. L’arrivée d’une grosse masse de capitaux peut compliquer la gestion macroéconomique, car elle peut engendrer des tensions inflationnistes, alimenter des cycles d’expansion-récession du crédit et des prix des actifs, et provoquer une soudaine et forte poussée à la hausse du taux de change réel. Bien que l’augmentation des prix des actifs semble jusqu’à présent à peu près comparable à ce qu’on a observé lors des précédentes reprises, comme expliqué dans l’édition d’avril 2010 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde, une situation de liquidité extérieure et intérieure élevée et d’expansion croissante du crédit pourrait se traduire par des bulles monétaires à moyen terme.

Face à des afflux massifs de capitaux, diverses mesures peuvent s’imposer, en fonction de la situation du pays — ainsi qu’il est expliqué plus en détail dans l’analyse présentée au chapitre 4 de l’édition d’avril 2010 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde. Dans les pays dont les excédents excessifs contribuent aux déséquilibres mondiaux, la solution aux deux problèmes consiste à ralentir l’effet des entrées de capitaux sur l’expansion du crédit en donnant plus de souplesse au taux de change. Les autres mesures possibles sont le renforcement du dispositif macroprudentiel, le durcissement de la politique budgétaire et, le cas échéant, une forme de contrôle des changes.

En Europe, reprise à plusieurs vitesses et choix complexes

L’Europe a été une des régions les plus éprouvées par la crise mondiale et sort de la récession plus lentement que les autres. Que ce soit parmi les pays avancés ou émergents, les dommages subis et les perspectives de redressement diffèrent considérablement. Un vaste effort de relance macroéconomique a favorisé la reprise dans les principaux pays avancés, encore que la demande privée ne se soit pas encore tout à fait rétablie. Dans le même temps, les déséquilibres prononcés des soldes courants et budgétaires compromettent le redressement des pays européens plus petits, ce qui pourrait avoir des répercussions dommageables sur le reste de la région.

Étant entrée dans la crise avec des déséquilibres prononcés, l’Europe en a beaucoup pâti. Les pays les plus touchés ont été les pays avancés et émergents ayant de graves déficits extérieurs courants et déséquilibres intérieurs. Les difficultés de financement extérieur ont entraîné une baisse prononcée de la production dans quelques pays émergents d’Europe, particulièrement ceux qui avaient de gros déficits extérieurs courants et étaient très tributaires des financements extérieurs (pays baltes, Bulgarie, Roumanie, par exemple). L’inversion de l’expansion des BTP et du crédit ainsi que les problèmes du secteur bancaire ont induit un effondrement de la production dans quelques pays de la zone euro. Les grosses pertes de production, les coûteuses mesures anticrise et d’autres facteurs ponctuels ont causé de vastes déficits budgétaires dans un certain nombre de pays (Espagne, Grèce, Irlande, Lituanie, Portugal, Royaume-Uni, par exemple). Et bien que les déséquilibres des comptes extérieurs courants aient été corrigés dans de nombreux pays émergents, ils demeurent considérables (et difficiles à rectifier) dans un certain nombre de pays de la zone euro qui ne peuvent pas jouer la carte de la dépréciation monétaire pour rehausser leur compétitivité.

Plusieurs forces puissantes entravent le redressement de l’Europe. Des déficits budgétaires et courants considérables freinent la reprise de l’activité dans plusieurs pays de la zone euro, ce qui peut avoir des répercussions négatives sur le reste de l’Europe. De fait, les inquiétudes quant à la solvabilité et à la liquidité de la Grèce (avec d’éventuels effets de contagion dans d’autres pays vulnérables de la zone euro) ont mis en péril la normalisation de la situation des marchés financiers. Par ailleurs les problèmes non résolus du secteur bancaire, qui joue un rôle de premier plan dans l’intermédiation financière en Europe, ont fait entrave au retour à la normale. De plus, les problèmes de financement extérieur persistants, la vulnérabilité des comptes patrimoniaux des ménages et des entreprises ainsi que la réduction de la voilure du secteur financier freinent le redressement des pays émergents les plus touchés.

Néanmoins, la reprise en cours en Europe a été étayée par plusieurs facteurs. Premièrement, le retournement du cycle des stocks a dopé l’activité dans la zone euro dans la deuxième moitié de l’année 2009. Deuxièmement, la normalisation du commerce international a beaucoup contribué à la croissance dans la zone euro et dans les pays émergents d’Europe. Troisièmement, des politiques énergiques ont favorisé le redressement, notamment les mesures d’accompagnement macroéconomiques et financières prises dans de nombreux pays et l’assistance coordonnée des institutions multilatérales accordée aux pays les plus éprouvés.

Dans ce contexte général, il faut s’attendre à une croissance modérée en Europe. Plus précisément, les projections donnent pour le PIB des pays avancés une progression de 1 % en 2010, qui passerait à 1¾ % en 2011. Pour les pays émergents d’Europe, le taux de croissance de l’activité réelle serait de 3 % en 2010, puis de 3½ % en 2011. Ces projections globales ne rendent cependant pas compte des perspectives très différentes qui s’offrent dans les divers pays de la région (graphique 2.6; graphique 2.7; tableau 2.4) :

  • Au sein du groupe des pays avancés d’Europe, la reprise sera graduelle et inégale parmi les pays de la zone euro. Le taux de croissance du PIB de l’ensemble de la zone devrait être de 1 % en 2010 et 1½ % en 2011. Au sein du noyau dur, la reprise sera modérée en Allemagne et en France, où la progression des exportations est tributaire de la demande extérieure, les investissements sont entravés par les excédents de capacités et les pénuries de crédit et la consommation est tempérée par la hausse du chômage. Dans les pays de la périphérie, les pays plus petits de la zone euro, où la croissance est entravée par de gros déficits budgétaires ou courants (Espagne, Grèce, Irlande, Portugal) sortiront encore plus lentement de la récession. Hors de la zone euro, les perspectives de reprise des pays avancés sont non moins diverses. Au Royaume-Uni, le redressement devrait se poursuivre à un rythme modéré, la précédente dépréciation de la livre favorisant les exportations nettes, tandis que la demande intérieure va sans doute rester atone.
  • Même tableau contrasté parmi les pays émergents d’Europe. Ceux qui ont relativement bien surmonté la crise mondiale (Pologne) et d’autres où la confiance intérieure s’est déjà remise du choc exogène initial (Turquie) vont connaître le rebond le plus marqué, sous l’effet du retour des flux de capitaux et de la normalisation du commerce mondial. Parallèlement, les pays qui sont entrés dans la crise en plein dans une phase d’expansion intenable, qui avait engendré des déficits courants excessifs (Bulgarie, Lettonie, Lituanie) et ceux qui avaient des comptes patrimoniaux publics ou privés vulnérables (Hongrie, pays baltes et Roumanie) devraient connaître un redressement plus lent, en particulier parce qu’ils disposent d’une moindre marge de manœuvre.

Graphique 2.6.Europe : projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–11

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

Graphique 2.7.Europe : reprise modérée, freinée par les déséquilibres budgétaires et extérieurs

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

1DE : Allemagne; ES : Espagne; FR : France; GB : Royaume-Uni; GR : Grèce; HU : Hongrie; IR : Irlande; IT : Italie; PO : Pologne; PR : Portugal.

Tableau 2.4.Pays européens (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
20082009Projections20082009Projections20082009Projections
201020112010201120102011
Europe1,0−4,01,31,94,01,22,01,7−0,70,20,30,4
Pays avancés d’Europe0,7−4,11,01,73,40,61,41,4−0,10,40,70,8
Zone euro30,6−4,11,01,53,30,31,11,3−1,5−0,6−0,3−0,2
Allemagne1,2−5,01,21,72,80,10,91,06,74,85,55,6
France0,3−2,21,51,83,20,11,21,5−2,3−1,5−1,9−1,8
Italie−1,3−5,00,81,23,50,81,41,7−3,4−3,4−2,8−2,7
Espagne0,9−3,6−0,40,94,1−0,31,21,0−9,6−5,1−5,3−5,1
Pays-Bas2,0−4,01,31,32,21,01,11,34,85,25,05,3
Belgique0,8−3,01,21,34,5−0,21,61,5−2,5−0,3−0,5−0,1
Grèce2,0−2,0−2,0−1,14,21,41,91,0−14,6−11,2−9,7−8,1
Autriche2,0−3,61,31,73,20,41,31,53,51,41,81,7
Portugal0,0−2,70,30,72,7−0,90,81,1−12,1−10,1−9,0−10,2
Finlande1,2−7,81,22,23,91,61,11,43,01,42,01,8
Irlande−3,0−7,1−1,51,93,1−1,7−2,0−0,6−5,2−2,90,4−0,1
République slovaque6,2−4,74,14,53,90,90,82,0−6,5−3,2−1,8−1,9
Slovénie3,5−7,31,12,05,70,81,52,3−6,2−0,3−1,5−1,2
Luxembourg0,0−4,22,12,43,40,81,01,35,35,711,211,6
Chypre3,6−1,7−0,71,94,40,22,72,3−17,7−9,3−11,4−10,9
Malte2,1−1,90,51,54,71,82,02,1−5,4−3,9−5,1−5,1
Royaume-Uni0,5−4,91,32,53,62,22,71,6−1,5−1,3−1,7−1,6
Suède−0,2−4,41,22,53,32,22,42,17,86,45,45,8
Suisse1,8−1,51,51,82,4−0,40,71,02,48,79,59,6
République tchèque2,5−4,31,72,66,31,01,62,0−3,1−1,0−1,7−2,4
Norvège1,8−1,51,11,83,82,22,51,818,613,816,816,7
Danemark−0,9−5,11,21,63,41,32,02,02,24,03,12,6
Islande1,0−6,5−3,02,312,412,06,23,8−15,83,85,41,8
Pays émergents d’Europe2,9−3,82,93,48,04,75,33,6−7,3−2,0−3,3−3,6
Turquie0,7−4,75,23,410,46,39,75,7−5,7−2,3−4,0−4,4
Pologne5,01,72,73,24,23,52,32,4−5,1−1,6−2,8−3,2
Roumanie7,3−7,10,85,17,85,64,03,1−12,2−4,4−5,5−5,5
Hongrie0,6−6,3−0,23,26,14,24,32,5−7,20,4−0,4−1,0
Bulgarie6,0−5,00,22,012,02,52,22,9−24,2−9,5−6,3−5,8
Croatie2,4−5,80,22,56,12,42,32,8−9,2−5,6−6,3−6,8
Lituanie2,8−15,0−1,63,211,14,2−1,2−1,0−11,93,82,72,6
Lettonie−4,6−18,0−4,02,715,33,3−3,7−2,5−13,09,47,06,3
Estonie−3,6−14,10,83,610,4−0,10,81,1−9,44,64,73,9

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées aux tableaux A6 et A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées aux tableaux A6 et A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Les incertitudes entourant les perspectives économiques de l’Europe se sont accrues depuis l’édition d’octobre 2009 des Perspectives de l’économie mondiale, et deux aléas négatifs se sont accentués. À court terme, le principal risque tient à ce que, si rien n’est fait pour les dissiper, les craintes du marché au sujet de la liquidité et de la solvabilité de la Grèce pourraient se transformer en une véritable crise de la dette souveraine, accompagnée de quelques effets de contagion (voir le chapitre premier du Rapport sur la stabilité financière dans le monde d’avril 2010). Il sera donc d’autant plus important que les autorités grecques s’efforcent de rétablir la crédibilité de leur politique budgétaire. Le plan de soutien financier que les pays membres de la zone euro, la Commission européenne et la Banque centrale européenne ont décidé de mettre en place si nécessaire est une avancée bienvenue et importante pour éviter que les frissons causés par la Grèce ne menacent la stabilité financière ou n’aient de graves retombées sur les bilans et les systèmes bancaires en Europe. Le second risque tient à la nécessité de corriger les déséquilibres budgétaires et courants des pays périphériques. Il faut certes s’attendre à ce que la correction de ces déséquilibres tire vers le bas la croissance globale, mais l’attentisme et le manque d’actions décisives pourraient déboucher sur un processus prolongé ponctué de crises occasionnelles.

Sur le plan budgétaire, il faut en priorité garantir de manière crédible la viabilité de la dette, tout en mettant en œuvre les mesures de relance prévues en 201<0 dans les pays où cela est faisable. Dans certains cas, il importe de corriger sans retard des déficits considérables pour dissiper les craintes concernant la viabilité de la dette (Espagne, Grèce, Irlande, Portugal). Par contre, dans les pays du noyau dur de la zone euro où la viabilité des finances publiques n’a pas été remise en question (Allemagne) il reste indiqué de mettre en œuvre l’intégralité des plans de relance actuels. Hors de la zone euro, plusieurs pays ont entrepris tôt le rééquilibrage des finances publiques (Hongrie, Islande, Lettonie, Turquie). Pour la plupart des pays européens, cependant, l’impératif premier sera de décider, définir et rendre publics des plans crédibles de rééquilibrage des finances publiques. Ces plans doivent avoir pour objectifs des excédents primaires suffisamment élevés pour d’abord stabiliser, puis en définitive faire baisser la dette publique.

Il convient dans la plupart des cas de conserver une politique monétaire accommodante. Les perspectives de reprises sont encore mornes, aussi les tensions inflationnistes restent-elles faibles. En fait, dans les pays avancés d’Europe, les projections indiquent que l’inflation hors alimentation et énergie restera faible et stable (environ 1 % dans la zone euro), car les anticipations inflationnistes sont bien maîtrisées. Il est donc indiqué, dans la zone euro, de maintenir les taux d’intérêt à un niveau exceptionnellement faible et de procéder très graduellement à la suppression des mesures quantitatives et à la révocation des amendements apportés aux règles de nantissement. Cela aidera à soutenir la reprise dans les pays du noyau dur tout en facilitant l’ajustement des finances publiques et de l’économie réelle dans les pays périphériques. Dans les pays émergents d’Europe, les anticipations inflationnistes sont en général maîtrisées, mais plus différenciées, du fait que le régime de change et les perspectives de redressement de la production varient d’un pays à l’autre (tableau 2.4). Dans la plupart de ces pays, (qui ont un régime de change flexible et une politique monétaire indépendante), la banque centrale pourrait aussi se permettre de maintenir les taux d’intérêt assez bas à court terme pour soutenir l’activité économique.

L’autre enjeu majeur a trait au secteur financier européen. Tant qu’ils resteront sans solution, les problèmes du secteur bancaire vont entraver l’offre de crédit (voir le chapitre premier du Rapport sur la stabilité financière dans le monde d’avril 2010). Il faut notamment continuer à inverser l’effet de levier pour reconstituer les liquidités et les volants de capitaux, dissiper les incertitudes qui pèsent sur la future restructuration bancaire et absorber les pertes de valeur supplémentaires. Par ailleurs, la montée des risques souverains met en péril les systèmes financiers de l’Europe. Pour régler ces dossiers, il faut parachever la restructuration et la recapitalisation des établissements financiers vulnérables, stabiliser les sources de financement et réévaluer les modèles bancaires.

À bien des égards, la tâche la plus importante pour l’avenir consiste à renforcer l’appareil communautaire pour mettre en place des mécanismes d’ajustement plus efficaces en périodes fastes et moins fastes. La crise mondiale et son onde de choc ont mis en lumière des faiblesses sur plusieurs fronts auxquelles il importe de remédier pour assurer la stabilité financière et la croissance futures de l’Europe.

  • Une réforme s’impose en vue d’établir un mécanisme plus efficace pour prévenir et corriger les déséquilibres des finances publiques. Elle pourrait aller dans le sens d’une réglementation budgétaire commune et inclure un suivi rigoureux des politiques budgétaires et des comptes patrimoniaux publics.
  • Il serait bon de renforcer la coordination des politiques structurelles pour rehausser la productivité, améliorer la compétitivité et réduire les déséquilibres au plan national. Le projet UE 2020 nécessitera des amendements majeurs avant de pouvoir être mené à bien de façon crédible et efficace. Il doit reposer sur une stratégie réalisable et non sur un ensemble d’objectifs rigides, et il faut à cet effet aller plus loin que la méthode ouverte de coordination.
  • Enfin, étant donné que beaucoup d’établissements financiers européens sont transfrontaliers et qu’il y a d’importants risques de débordements d’un pays à l’autre, il est fortement indiqué d’améliorer l’appareil financier. La nouvelle structure de supervision et de régulation envisagée devrait être mise en place comme prévu et complétée par des travaux approfondis sur un mécanisme de prévention, de gestion et de résolution des crises.

Les pays de la CEI se redressent à un rythme modéré

La CEI, qui a accusé une grosse chute de la production durant la crise, se remet de la récession à un rythme modéré. Comme en Europe, les perspectives économiques varient considérablement d’un pays à l’autre de la région.

Plusieurs facteurs sous-tendent le redressement de la CEI. Tout d’abord, les cours élevés des produits de base (pétrole, gaz, métaux), qui étayent à nouveau la production et l’emploi dans les pays exportateurs. Deuxièmement, la normalisation du commerce international et des flux de capitaux, qui favorisent la reprise économique de la CEI. Troisièmement, le retournement de l’activité réelle en Russie, qui profite au reste de la région car elle dope la demande extérieure d’emplois, de capitaux et de marchandises des autres pays. Quatrièmement, les programmes du FMI, qui soutiennent l’économie de plusieurs pays de la région et, lorsque c’est possible, les politiques intérieures expansionnistes, qui encouragent la demande intérieure. À côté de ces courants positifs, il y a aussi des facteurs négatifs, qui freinent la croissance dans plusieurs pays, notamment la vulnérabilité persistante du secteur financier et la forte dépendance à l’égard des financements extérieurs.

Dans ce contexte, il ressort des projections que l’activité réelle de la CEI va progresser de 4 % en 2010, puis baisser légèrement à 3½ % en 2011. Les perspectives varient toutefois beaucoup d’un pays à l’autre (graphique 2.8; tableau 2.5) :

  • La Russie va, semble-t-il, connaître une reprise modérée de l’ordre de 4 % en 2010. Cela tient en grande partie aux effets de base et au tournant du cycle des stocks. Malgré le niveau relativement élevé des cours du pétrole et le vigoureux effort de relance gouvernemental, la demande tendancielle privée sera vraisemblablement atone, car les créances improductives grèvent le système bancaire, ce qui va étouffer la progression du crédit et de la consommation.
  • Tirant parti des cours élevés des produits de base, l’Ouzbékistan, qui est exportateur d’énergie, va rester un des pays les plus performants de la région en 2010, avec un taux de croissance de 8 %. La hausse du volume des exportations de gaz du Turkménistan et ses investissements à grande échelle devraient se traduire par une croissance en hausse (12 %, selon les projections) en 2010. Plus généralement, ce sont les pays dont les secteurs financiers ont le moins de liens avec l’étranger qui continueront à se porter le mieux. Les aléas qui entourent les perspectives économiques de la CEI sont à peu près équilibrés.

Graphique 2.8.Communauté des États indépendants : projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–111

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

1 Géorgie et Mongolie comprises.

Tableau 2.5.Communauté des États indépendants : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
20082009Projections20082009Projections20082009Projections
201020112010201120102011
Communauté des États indépendants (CEI)35,5−6,64,03,615,611,27,26,14,92,64,03,6
Russie5,6−7,94,03,314,111,77,05,76,23,95,14,6
Ukraine2,1−15,13,74,125,215,99,28,9−7,1−1,7−2,3−2,3
Kazakhstan3,21,22,44,217,17,37,36,64,6−3,10,7−0,2
Bélarus10,00,22,44,614,813,07,36,2−8,6−12,9−10,4−9,2
Azerbaïdjan10,89,32,70,620,81,54,73,535,523,625,324,2
Turkménistan10,54,112,012,214,5−2,75,05,418,7−9,7−8,71,3
Mongolie8,9−1,67,27,126,86,37,35,3−14,0−5,6−6,6−16,5
Pays à faible revenu de la CEI8,64,74,53,915,86,26,86,312,07,98,68,1
Ouzbékistan9,08,18,07,012,714,19,29,412,55,15,15,0
Géorgie2,3−4,02,04,010,01,74,95,0−22,7−12,2−14,2−13,8
Arménie6,8−14,41,83,09,03,46,85,2−11,5−13,8−13,0−12,6
Tadjikistan7,93,44,05,020,46,57,08,3−7,7−7,3−8,0−8,3
République kirghize8,42,34,65,324,56,88,47,6−8,13,5−15,4−12,5
Moldova7,8−6,52,53,612,70,07,75,7−16,3−7,9−9,7−9,7
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie45,7−6,04,13,514,510,97,05,87,03,85,34,8
Importateurs nets d’énergie54,5−9,63,34,321,313,18,47,8−8,6−5,7−5,9−5,9

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

La Géorgie et la Mongolie, qui ne sont pas membres de la Communauté des États indépendants, sont incluses dans ce groupe pour des raisons de géographie et de similitude de structure économique.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, Mongolie, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

La Géorgie et la Mongolie, qui ne sont pas membres de la Communauté des États indépendants, sont incluses dans ce groupe pour des raisons de géographie et de similitude de structure économique.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, Mongolie, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

La croissance de la plupart des pays reste très tributaire de la rapidité du redressement de la Russie, qui pourrait créer la surprise en bien ou en mal.

La situation spécifique de chacun étant différente, les enjeux auxquels les pays sont confrontés sont également variés.

  • Sur le front financier, les grands impératifs ne sont pas du tout les mêmes partout. En Russie, par exemple, il importe de parachever le règlement des problèmes de liquidité engendrés par la crise et d’autres mesures en rétablissant une discipline réglementaire plus stricte, en élaborant des plans pour résorber la marge de tolérance déjà accordée et régler le cas des banques sous-capitalisées ou insolvables. Au Kazakhstan, il importe en premier lieu d’apporter une solution générale aux problèmes du secteur bancaire, moyennant notamment une évaluation indépendante approfondie des bilans des grandes banques.
  • Étant donné que la plupart des pays ont un régime de parité fixe ou de taux de change très dirigé, le principal enjeu de la politique monétaire est de la calibrer convenablement pour tenir compte des considérations internes et externes. Les projections donnent l’inflation en baisse dans de nombreux pays de la CEI, mais elle restera à des niveaux relativement élevés (graphique 2.9). Grâce à l’amélioration de la conjoncture extérieure, et, dans certains cas, aux programmes du FMI qui étayent la confiance, nombre de monnaies de la région ont inversé leur précédent mouvement de dépréciation, ce qui donne plus de marge que pendant la crise pour une politique monétaire accommodante face à la mollesse de la demande intérieure.
  • Sur le front budgétaire, certains décideurs ont à juste titre opté pour des mesures expansionnistes de stabilisation conjoncturelle (par exemple en Russie), encore que l’ampleur des dépenses et la question de savoir s’il sera possible d’inverser le mouvement continuent à susciter quelque appréhension. Dans certains des pays les plus éprouvés, cependant, la marge de manœuvre a été plus limitée, en dépit du soutien des institutions multilatérales et des bailleurs de fonds, ce qui a aidé à éviter des ajustements encore plus draconiens des soldes budgétaires.

Graphique 2.9.Reprise modérée en vue dans la Communauté des États indépendants (CEI)

Sources : Haver Analytics, IHS Global Insight; Système des cours des produits de base du FMI et estimations des services du FMI.

1Les exportateurs nets d’énergie sont les suivants : Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan et Turkménistan. Les importateurs nets d’énergie sont les suivants : Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, Mongolie, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

2AFFP : autres flux financiers privés; FO : flux officiels; IDP : investissements directs privés; IPP : investissements de portefeuille privés.

Robuste redressement en Amérique latine et aux Caraïbes

La région Amérique latine et Caraïbes (ALC) a comparativement bien surmonté la récession mondiale, et affiche une reprise vigoureuse. La croissance de la production, mieux équilibrée que dans la plupart des autres régions, est soutenue à la fois par la demande extérieure et la demande intérieure.

La bonne tenue de la région ALC s’explique par un certain nombre de facteurs. En premier lieu, des politiques accommodantes favorisent l’essor de la demande intérieure. Deuxièmement, la situation économique foncièrement bonne (systèmes financiers sains, bilans solides) aident la région à se redresser et à attirer des flux de capitaux alors que le climat financier international s’améliore. Troisièmement, la hausse des cours des produits de base et de la demande extérieure soutient la croissance dans de nombreux pays, qui sont très tributaires des recettes d’exportations de produits de base. La faiblesse de la demande extérieure de tourisme de l’Amérique du Nord et de l’Europe entrave toutefois la croissance de nombreux pays, des Caraïbes en particulier, et beaucoup de pays de la région ALC souffrent de la diminution des envois de fonds de l’étranger.

Cela étant, les projections laissent entrevoir pour la région ALC une progression du PIB de 4 % en 2010 et en 2011, encore que les perspectives soient très diverses d’un pays à l’autre (graphique 2.10; tableau 2.6).

  • Une reprise particulièrement vive est attendue dans beaucoup de pays exportateurs de produits de base financièrement intégrés, qui comptent pour les deux tiers environ du PIB de la région. On escompte au Brésil un rebond à 5½ % en 2010, grâce à la vigueur de la consommation et des investissements privés. Malgré un tremblement de terre dévastateur, le PIB du Chili progressera d’environ 4¾ % en 2010 et 6 % en 2011, sous l’effet de politiques très accommodantes, de la remontée des cours des produits de base et des efforts de reconstruction. La croissance du Mexique remonterait quand à elle à 4¼ % en 2010, en partie avec l’aide de la reprise aux États-Unis. Le Pérou, en tête du palmarès de la région, affichera un taux de progression du PIB d’environ 6¼ % en 2010, grâce essentiellement à une dynamique interne favorable et à la remontée des cours des produits de base.

Graphique 2.10.Amérique latine et Caraïbes : projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–11

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

Tableau 2.6.Pays de l’Hémisphère occidental : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
20082009Projections20082009Projections20082009Projections
201020112010201120102011
Hémisphère occidental4,3−1,84,04,07,96,06,25,9−0,6−0,5−1,0−1,2
Amérique du Sud et Mexique4,3−1,94,14,07,66,16,36,0−0,3−0,3−0,9−1,1
Brésil5,1−0,25,54,15,74,95,14,6−1,7−1,5−2,9−2,9
Mexique1,5−6,54,24,55,15,34,63,7−1,5−0,6−1,1−1,4
Argentine36,80,93,53,08,66,310,19,11,52,82,82,0
Colombie2,40,12,24,07,04,23,53,7−2,8−1,8−3,1−2,9
Venezuela4,8−3,3−2,60,430,427,129,733,112,32,510,510,8
Pérou9,80,96,36,05,82,91,51,8−3,70,2−0,7−1,8
Chili3,7−1,54,76,08,71,72,03,0−1,52,2−0,8−2,1
Équateur7,20,42,52,38,45,14,03,52,2−1,1−0,6−1,6
Bolivie6,13,34,04,014,03,53,33,712,13,52,62,0
Uruguay8,52,95,73,97,97,16,26,0−4,80,8−1,0−0,9
Paraguay5,8−4,55,35,010,22,63,93,6−2,4−0,2−1,5−1,2
Amérique centrale44,3−0,62,73,711,23,53,54,1−9,1−2,0−5,4−5,7
Caraïbes52,90,41,54,312,03,66,44,8−1,6−3,1−2,0−1,2

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Les analystes privés estiment que l’inflation mesurée par l’IPC a été bien plus élevée. Les autorités ont mis sur pied un groupe consultatif composé d’universitaires pour régler la question. Selon les analystes privés, la croissance du PIB réel a été inférieure aux chiffres figurant dans les rapports officiels depuis le quatrième trimestre de 2008.

Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et- Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République dominicaine, Saint Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Surinam, et Trinité-et-Tobago.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Les analystes privés estiment que l’inflation mesurée par l’IPC a été bien plus élevée. Les autorités ont mis sur pied un groupe consultatif composé d’universitaires pour régler la question. Selon les analystes privés, la croissance du PIB réel a été inférieure aux chiffres figurant dans les rapports officiels depuis le quatrième trimestre de 2008.

Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et- Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République dominicaine, Saint Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Surinam, et Trinité-et-Tobago.

  • Les perspectives de croissance sont plus mornes dans d’autres pays exportateurs de la région, avec des variations considérables au sein de ce groupe. Le rebond de la Bolivie et du Paraguay sera en effet particulièrement prononcé, alors que le redressement sera tardif et lent au Venezuela, à cause des pénuries d’énergie persistantes.
  • La reprise sera moins forte aussi dans de nombreux pays importateurs de produits de base qui ont un secteur touristique développé (Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Sainte Lucie). Le recul du tourisme, auquel s’ajoute le manque de marge de manœuvre pour soutenir l’activité, va peser sur la croissance à court terme.

Les aléas négatifs et positifs qui entourent la croissance de la région ALC sont substantiels mais globalement équilibrés. Les principaux facteurs négatifs sont externes. Ils se rapportent à la fragilité de la reprise dans les pays avancés et à un éventuel accès de faiblesse des cours des produits de base. Les éléments positifs ne manquent pas, cependant. L’un de ces atouts est une dynamique interne encore plus robuste, qui pourrait attirer des flux de capitaux plus élevés.

Comme les perspectives varient, les enjeux économiques sont aussi très divers d’un pays à l’autre. Pour beaucoup des pays les plus performants, la question centrale est de savoir quand et comment mettre fin aux mesures macroéconomiques d’accompagnement de la reprise. Dans la plupart des pays vivant essentiellement du tourisme, le problème est de gérer le redressement et de maintenir la stabilité macroéconomique avec des options limitées, étant donné le niveau élevé de la dette publique. Dans l’ensemble de la région, la gestion des abondants afflux de capitaux demandera du doigté.

Sur le front budgétaire, le manque d’éclat de la reprise dans les pays avancés appelle à maintenir en place les mesures de relance jusqu’à ce que le redressement économique intérieur soit fermement ancré, surtout si l’activité est en-dessous de son potentiel. Il faudra néanmoins mettre un terme à la stimulation budgétaire dès que les risques d’une surchauffe interne (Brésil) ou d’une évolution défavorable de la dette deviendront préoccupants. Les pays qui disposent d’une moindre marge de manœuvre budgétaire devraient s’employer à maintenir en place les mesures ciblées qui allègent les souffrances des plus démunis (aux Caraïbes par exemple). Dès lors que la reprise sera en bonne voie, il conviendra de commencer à donner un tour plus neutre à la politique monétaire actuellement très accommodante. À mesure que les écarts de production se rétrécissent et que les tensions inflationnistes montent à des rythmes différents, certains pays qui ciblent l’inflation (tels le Brésil) semblent plus près de ce tournant que d’autres (Colombie, Mexique). Au cas où les risques pesant sur la croissance se matérialiseraient, il faudra pouvoir ajuster prestement la politique monétaire dans un sens ou dans l’autre. Il est cependant indiqué aussi de maintenir les taux d’intérêt à un bas niveau plus longtemps que ne le justifient les considérations de conjoncture interne, parce que des taux plus élevés pourraient attirer des flux de capitaux spéculatifs.

Du fait de son redressement comparativement vif, la région ALC pourrait attirer davantage de flux de capitaux étrangers, ce qui pose un problème supplémentaire. En dépit du fait que, d’après les projections, le solde courant de la région va rester légèrement déficitaire, les pays clés ont déjà attiré des flux considérables de capitaux qui se sont investis dans les valeurs mobilières et les obligations publiques intérieures (graphique 2.11). Les réactions des pouvoirs publics récemment observées dans la région consistaient à laisser la monnaie s’apprécier, à accumuler des réserves de change ou à rétablir le contrôle des changes. La réponse appropriée à d’éventuelles nouvelles tensions à l’avenir continuera à dépendre de la situation spécifique de chaque pays. Outre les mesures susmentionnées, il y a moyen d’ajuster les leviers macroéconomiques, précisément en durcissant la politique budgétaire et en renforçant les mesures macroprudentielles.

Graphique 2.11.Amérique latine et Caraïbes : redressement robuste1

Sources : Bloomberg Financial Markets; Dealogic; Haver Analytics; IHS Global Insight; et calculs des services du FMI.

1 La région Amérique latine comprend les pays suivants : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Mexique, Pérou, Uruguay et Venezuela.

2 Amérique latine moins l’Uruguay.

3 Amérique latine moins l’Équateur et l’Uruguay.

4 Total des émissions.

5 BRA : Brésil; CHL : Chili; COL : Colombie; MEX : Mexique; PER : Pérou.

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord se rétablit à bonne allure

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) sort de la récession à bonne allure. Les perspectives économiques varient d’un pays à l’autre, du fait des différents ensembles de forces qui les sous-tendent (graphique 2.12).

Graphique 2.12.Moyen-Orient et Afrique du Nord : projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–11

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

Plusieurs facteurs influent sur la reprise économique de la région MOAN. Deux forces au moins lui donnent de l’élan. Premièrement, la hausse des cours des produits de base et la demande extérieure dopent la production et les exportations de nombreux pays. Deuxièmement, les programmes de dépenses publiques jouent un rôle majeur d’accompagnement de la reprise. Dans quelques pays, elle est entravée par la vulnérabilité du secteur financier et la faiblesse du marché immobilier (Émirats arabes unis, Koweït). La mollesse de la reprise en Europe pèse sur la croissance des exportations, les envois de fonds de l’étranger et les recettes du tourisme dans d’autres parties de la région MOAN (Maroc, Tunisie), encore que les données récentes indiquent une amélioration graduelle de ces flux.

Compte tenu de ces facteurs, entre autres, les projections indiquent pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord un taux de croissance du PIB de 4½ % en 2010, qui passerait à 4¾ % en 2011. Comme dans les autres régions, les perspectives sont très différentes d’un pays à l’autre (graphique 2.13; tableau 2.7).

  • Le Qatar est le plus performant des pays exportateurs de pétrole : l’activité réelle est, d’après les projections, promise en 2010 à une croissance de 18½ %, tirée par l’expansion persistante de la production de gaz naturel et par de fortes dépenses d’investissement. En Arabie Saoudite et au Koweït, on attend une progression du PIB d’environ 3¾ % et 3 %, respectivement, soutenue cette année par des investissements publics considérables dans les infrastructures. Pour les Émirats arabes unis, les projections font état d’une croissance atone de 1¼ %, du fait d’une nouvelle contraction des secteurs liés à l’immobilier.
  • Parmi les pays importateurs de pétrole, l’Égypte devrait connaître une croissance du PIB de 5 % en 2010 et de 5½ % en 2011, grâce à une politique de relance budgétaire et monétaire. Le Maroc et la Tunisie poursuivront une croissance de 3¼ à 4 % en 2010 et de 4½ à 5 % en 2011, sous réserve que les exportations, le tourisme, les envois de fonds et les investissements directs étrangers continuent à progresser.

Graphique 2.13.Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) : redressement et croissance1

Sources : Haver Analytics; FMI, International Financial Statistics et calculs des services du FMI.

1 Les pays exportateurs de pétrole sont les pays suivants : Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis (ÉAU), Iraq, Koweït, Lybie, Oman, Qatar, République islamique d’Iran et République du Yémen. Les pays importateurs de pétrole sont les pays suivants : Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, République arabe syrienne et Tunisie.

2Déflaté par l’indice des prix à la consommation.

3Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, Koweït, Jordanie, Liban, Maroc, Oman, Qatar et Tunisie.

Tableau 2.7.Pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
20082009Projections20082009Projections20082009Projections
201020112010201120102011
Moyen-Orient et Afrique du Nord5,12,44,54,813,56,66,56,415,51,85,27,0
Pays exportateurs de pétrole34,61,64,54,614,65,76,06,319,63,47,810,0
Iran, Rép. islamique d’2,31,83,03,225,410,38,510,07,22,42,31,7
Arabie Saoudite4,30,13,74,09,95,15,25,027,95,59,110,8
Algérie2,42,04,64,14,95,75,55,220,20,32,53,4
Émirats arabes unis5,1−0,71,33,111,51,02,23,08,5−3,17,87,7
Koweït6,4−2,73,14,810,54,74,54,040,825,831,632,6
Iraq9,54,27,37,92,7−2,85,15,015,1−19,4−21,0−5,5
Qatar15,89,018,514,315,0−4,91,03,033,016,425,139,4
Soudan6,84,55,56,014,311,310,09,0−9,0−12,9−8,4−8,5
Pays importateurs de pétrole46,54,74,65,210,19,18,06,7−3,4−4,2−4,4−4,1
Égypte7,24,75,05,511,716,212,09,50,5−2,4−2,6−2,1
Maroc5,65,23,24,53,91,02,02,6−5,2−5,0−5,0−4,4
République arabe syrienne5,24,05,05,515,22,55,05,0−3,6−4,5−4,0−3,5
Tunisie4,63,04,05,05,03,74,23,5−4,2−3,4−2,7−3,0
Liban9,09,06,04,510,81,25,03,4−11,5−11,1−12,8−12,8
Jordanie7,82,84,14,514,9−0,75,34,6−10,3−5,6−8,9−9,7
Pour mémoire
Israël4,00,73,23,54,63,32,32,60,73,73,93,7
Maghreb53,72,94,24,75,53,74,24,016,31,34,55,3
Mashreq67,04,85,05,412,311,910,08,1−2,5−4,0−4,4−4,0

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées aux tableaux A6 et A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Ce groupe comprend en outre Bahreïn, la Libye, Oman et la République du Yémen.

Ce groupe comprend en outre Djibouti et la Mauritanie.

Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées aux tableaux A6 et A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Ce groupe comprend en outre Bahreïn, la Libye, Oman et la République du Yémen.

Ce groupe comprend en outre Djibouti et la Mauritanie.

Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Une grande incertitude entoure ces perspectives, pour deux principales raisons. Premièrement, la croissance plus lente que prévu des pays avancés pourrait peser sur les cours des produits de base et le tourisme. Cela aurait des effets négatifs sur les exportations, les soldes courants et budgétaires ainsi que sur la croissance de la région. Le second risque se rapporte aux suites de la crise de la dette de Dubai World, dont les retombées économiques ont été limitées jusqu’à présent, mais dont le plein effet pourrait se faire sentir pendant quelque temps. Il est possible, en particulier, que le réajustement du prix de la dette quasi-souveraine ait des effets durables sur les systèmes financiers, les entreprises et, plus généralement, l’activité économique dans cette zone.

La relance budgétaire a beaucoup contribué à amortir l’impact de la crise mondiale dans la région et à soutenir la reprise. Les programmes d’investissements publics, dans les infrastructures surtout, continueront à doper la demande intérieure à court terme dans beaucoup de pays de la région MOAN. Il conviendrait que ces mesures restent en place pour affermir la reprise. Le niveau élevé de la dette limite toutefois la marge de relance budgétaire dans certains pays importateurs de pétrole.

Étant donné que les tensions inflationnistes restent sous contrôle, la politique monétaire doit continuer, si possible, à servir d’instrument de stabilisation conjoncturelle. Cela vaut pour les pays qui n’ont pas de régime d’ancrage monétaire (Égypte). Dans d’autres pays, dont la monnaie est fermement arrimée au dollar EU (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis), la politique monétaire est calquée sur celle des États-Unis et donne un élan approprié à l’activité.

Le soutien public aux systèmes financiers a contribué à circonscrire les vulnérabilités et les débordements, surtout dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe. Malgré ces aides publiques, les banques de la région sont devenues plus prudentes, à la suite des récents épisodes de difficultés financières induites par une forte correction des marchés immobiliers. Cela risque de diminuer les disponibilités de prêts bancaires et en fin de compte d’entraver la croissance du crédit.

Sur le plan des comptes extérieurs, les excédents courants de la région MOAN vont aller croissant à mesure que la reprise s’affermira. Plus précisément, l’excédent courant de la région dans son ensemble, qui avait chuté de 15½ % du PIB en 2008 à 1¾ % du PIB en 2009, devrait, d’après les projections, remonter à 5¼ % du PIB en 2010. Mais la récente hausse des dépenses publiques dans les secteurs non liés à l’énergie devrait aider à diversifier l’activité au bénéfice de ces secteurs, rééquilibrant la croissance de la région, ce qui aurait pour effet de réduire l’excédent courant. Il faut néanmoins poursuivre ces efforts de diversification, qui tourneront à l’avantage non seulement de la région MOAN, mais aussi de l’ensemble de l’économie mondiale.

L’Afrique se sort bien de la crise

L’Afrique subsaharienne a bien surmonté la crise mondiale et, après le ralentissement de 2009, devrait connaître un redressement plus vif que lors des précédentes récessions mondiales. Bien que certains pays à revenu intermédiaire et exportateurs de pétrole aient été durement éprouvés par l’effondrement des marchés d’exportation et de produits de base, la région a réussi à éviter une contraction en 2009, affichant une croissance de 2 % l’an dernier. Ce rythme de progression devrait s’accélérer, d’après les projections, passant à 4¾ % cette année, puis 6 % en 2011 (graphique 2.14; tableau 2.8). Cette rapide reprise tient au fait que la plupart des pays à faible revenu sont relativement en marge de l’économie mondiale, que leurs termes de l’échange n’ont guère souffert, que le commerce mondial et les cours des produits de base se sont rapidement normalisés et que des mesures de relance budgétaire ont contribué à la stabilisation conjoncturelle. Les envois de fonds de l’étranger et les flux d’aide publique ont été moins affectés que prévu par la récession des pays avancés (graphique 2.15). Les secteurs bancaires ont jusqu’à présent fait preuve de ressort, et les entrées de capitaux privés ont repris dans les pays mieux intégrés de la région.

Graphique 2.14.Afrique subsaharienne : projections de croissance moyenne du PIB réel en 2010–11

(En pourcentage)

Source : estimations des services du FMI.

Graphique 2.15.Afrique subsaharienne : vif redressement

Source : estimations des services du FMI.

1Croissance du PIB réel en 2009 par rapport à la croissance du PIB réel moyenne de la période 2003–07.

2Non compris le Libéria, São Tomé-et-Príncipe et le Zimbabwe.

Tableau 2.8.Pays d’Afrique subsaharienne (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde extérieur courant(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde extérieur courant2
20082009Projections20082009Projections20082009Projections
201020112010201120102011
Afrique subsaharienne5,52,14,75,911,610,68,06,90,9−2,1−1,7−2,0
Pays exportateurs de pétrole7,43,96,87,110,911,711,59,015,15,07,77,3
Nigéria6,05,67,07,311,612,411,59,520,411,612,412,0
Angola13,2−0,47,18,312,514,015,09,87,5−3,33,63,1
Guinée équatoriale10,75,30,92,14,37,17,16,69,9−13,8−5,0−10,8
Gabon2,7−1,45,44,95,32,17,59,021,311,62,12,3
Tchad−0,4−1,64,43,98,310,16,03,0−13,7−32,5−29,7−26,3
Congo, République du5,67,612,16,66,04,34,03,0−1,2−12,4−0,52,9
Pays à revenu intermédiaire3,6−1,82,83,711,57,15,75,7−6,5−4,2−5,4−6,9
Afrique du Sud3,7−1,82,63,611,57,15,85,8−7,1−4,0−5,0−6,7
Botswana3,1−6,06,35,112,68,16,16,24,9−5,1−7,6−7,7
Maurice4,21,54,14,79,72,52,12,4−10,4−8,2−8,6−8,3
Namibie3,3−0,71,72,210,09,16,55,92,7−2,2−6,6−5,0
Swaziland2,40,41,12,513,17,66,25,6−4,1−6,3−12,8−12,4
Cap-Vert5,94,15,05,56,81,21,42,0−12,4−19,4−25,1−24,3
Seychelles−0,9−7,64,05,037,031,83,22,5−44,7−23,1−32,5−28,8
Pays à faible revenu35,84,34,76,712,412,97,06,1−8,5−6,6−8,0−7,5
Éthiopie11,29,97,07,725,336,43,89,3−5,6−5,0−7,8−9,3
Kenya1,52,14,15,813,111,88,05,0−6,9−6,2−6,7−6,4
Tanzanie7,45,56,26,710,312,17,85,0−9,8−9,4−8,0−8,2
Cameroun2,92,02,62,95,33,03,02,7−1,8−2,7−4,3−4,9
Ouganda8,77,15,66,47,314,210,57,5−3,2−4,8−5,3−6,1
Côte d’Ivoire2,33,83,04,06,31,01,42,52,47,34,43,2

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Ce groupe comprend en outre les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Érythrée, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Rwanda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Togo, Zambie et Zimbabwe.

Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées au tableau A7 de l’appendice statistique.

En pourcentage du PIB.

Ce groupe comprend en outre les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Érythrée, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Rwanda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Togo, Zambie et Zimbabwe.

La crise mondiale s’est fait sentir en Afrique subsaharienne principalement par le canal des échanges commerciaux. Parce qu’ils sont plus ouverts au commerce international, les pays à revenu intermédiaire de la région ont été les plus touchés. En Afrique du Sud, la production a baissé de 1¾ % en 2009. Bien que le rebond du commerce international soutienne le redressement, le rythme de la croissance de l’Afrique du Sud — 2½ % en 2010 et 3½ % en 2011, d’après les projections — sera tempéré par le chômage élevé, la rareté du crédit et la récente appréciation du rand.

Le fléchissement de la demande mondiale et l’effondrement des cours du pétrole ont aussi durement frappé les principaux pays exportateurs de pétrole de la région. Leurs excédents budgétaires, parfois considérables, ont été sensiblement réduits et ont fait place à des déficits dans certains cas. De ce fait, le taux de progression de la production a ralenti de 3½ % points, tombant à 4 % en 2009, encore que la bonne tenue des secteurs non pétroliers ait permis au Nigéria, plus gros producteur de pétrole d’Afrique, d’éviter un ralentissement prononcé. Le rebond des cours du pétrole et l’affermissement de la demande mondiale vont porter la croissance de ces pays à 6¾ % en 2010 et 7 % en 2011.

Dans les pays à faible revenu de la région, le ralentissement de l’activité économique a été moins marqué, du fait de leur moindre intégration commerciale et financière. Le taux de croissance d’un certain nombre des pays les plus fragiles s’est même accéléré l’an dernier, principalement sous l’effet de politiques plus fermes et des aides à la reconstruction après des périodes de troubles civils ou d’instabilité économique et les précédents chocs exogènes. Pour l’ensemble des pays à faible revenu, les projections laissent entrevoir une progression de la production de 4¾ % en 2010 et de 6¾ % en 2011.

Ces perspectives s’entourent de divers risques, dont trois méritent une mention spéciale. Premièrement, en plus de l’effet direct de la reprise plus hésitante que prévu des pays avancés, une trajectoire de redressement induisant de larges fluctuations des cours des produits de base pourrait avoir divers effets sur la région. Une flambée plus forte que prévu des cours de l’énergie serait par exemple bénéfique pour les pays exportateurs de pétrole, mais freinerait la croissance des pays importateurs de pétrole, où l’inflation augmenterait. En deuxième lieu, bien que l’aide bilatérale se soit relativement bien maintenue durant la récession mondiale, des aléas pèsent sur l’évolution des flux d’aide publique en faveur de la région dans son ensemble, en raison de la diminution marquée de la production des grands pays donateurs, de leur reprise vraisemblablement poussive et de la hausse des tensions budgétaires. Enfin, les incertitudes politiques qui règnent dans plusieurs pays, d’Afrique de l’Ouest notamment, pourraient freiner leur croissance économique et déborder dans les pays voisins.

Le recours à des mesures budgétaires de stabilisation conjoncturelle durant la récente récession mondiale, à la différence des précédentes, a été un facteur positif dans la région. Dans la plupart des cas, la viabilité de l’évolution de la dette publique n’a pas été compromise, ce qui témoigne de l’affermissement de la situation des finances publiques dans un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne avant que la crise n’éclate. À mesure que la demande privée et extérieure se redressera, les pays vont devoir reconstituer une marge de manœuvre budgétaire, en privilégiant non plus la stabilisation de la production à cours terme, mais des objectifs à moyen terme, tels que l’accroissement des dépenses génératrices de croissance prioritaires dans les infrastructures, la santé et l’éducation publiques.

Enfin, il continuera à être essentiel d’attirer des flux de capitaux privés — et de veiller à ce que la politique macroéconomique en favorise l’absorption. Plus d’un tiers des pays d’Afrique subsaharienne restent en marge des marchés de capitaux internationaux et tributaires de l’aide publique extérieure. Dans ces pays, les réformes de nature à accroître le potentiel productif — promotion du commerce extérieur et développement du secteur financier, incitation à l’épargne et à l’investissement au niveau national et renforcement de la gouvernance et des institutions — sont aussi celles qui peuvent encourager durablement les entrées de capitaux privés. Dans les pays plus avancés de la région, la politique macroéconomique devra tenir compte de la reprise des apports de capitaux extérieurs de manière à éviter une surchauffe de l’économie, une appréciation indue de la monnaie et une flambée des prix des actifs.

1Sous-groupe de l’Association des nations du Sud-est asiatique comprenant l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam.

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