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Avant-propos conjoint pour les Perspectives de l’économie mondiale et le Rapport sur la stabilité financière dans le monde

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
June 2010
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La reprise économique progresse mieux que prévu, mais à des allures différentes — timidement dans beaucoup de pays avancés et vigoureusement dans la plupart des pays émergents et en développement. Les prévisions tablent maintenant sur un taux de croissance mondiale de 4¼ %. Parmi les pays avancés, les États-Unis ont pris un meilleur départ que l’Europe et le Japon. Parmi les pays émergents et en développement, ce sont les pays asiatiques qui sont en tête, tandis que beaucoup de pays émergents d’Europe et quelques pays de la Communauté des États indépendants sont à la traîne. Il faut s’attendre à ce que cette reprise à plusieurs vitesses perdure.

Comme la reprise s’est affermie, les risques pesant sur la stabilité financière mondiale se sont amoindris, mais la stabilité n’est pas encore assurée. Nous avons réduit nos estimations des pertes de valeur subies par les systèmes bancaires des pays les plus éprouvés par la crise jusqu’à 2010 inclus à 2,3 billions de dollars EU, contre 2,8 billions de dollars EU dans l’édition d’octobre 2009 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde. Ce tableau d’ensemble masque cependant des disparités considérables au sein des compartiments des systèmes bancaires, et il subsiste des poches qui se caractérisent par une pénurie de capitaux, de gros risques de nouvelle dégradation des actifs et une rentabilité chroniquement faible. Le principal moteur de l’inversion de l’effet de levier a jusqu’à présent été la dégradation des actifs qui a touché tant les revenus que les fonds propres. À l’avenir, cependant, les tensions du côté du financement, donc du passif des bilans des banques, vont sans doute jouer un rôle plus important à mesure que celles-ci vont réduire la voilure et accroître leurs volants de capitaux propres et de liquidités. La reprise du crédit au secteur privé va donc sans doute être atone, surtout dans les pays avancés.

Parallèlement, l’amélioration des perspectives de croissance dans nombre de pays émergents et le bas niveau des taux d’intérêt dans les grands pays avancés ont causé une résurgence des flux de capitaux à destination de certains pays émergents. Ces afflux de capitaux s’accompagnent toutefois de risques de tensions inflationnistes et de bulles des actifs. On ne décèle pour l’instant aucun signe de bulles systémiques, mais il y a quelques points chauds et les risques pourraient s’amonceler à longue échéance. Le rebond des flux financiers transfrontaliers a provoqué quelques mouvements de taux de change effectifs réels — dépréciation du dollar EU et appréciation des monnaies flottantes de divers pays avancés et émergents. Ces mouvements ont toutefois été limités, et il est à prévoir que les déséquilibres des comptes courants mondiaux vont de nouveau s’accroître.

Les perspectives d’évolution de l’activité demeurent inhabituellement incertaines et des aléas négatifs liés à la fragilité des finances publiques sont passés au premier plan. Il est à craindre en particulier que de nombreux pays avancés aient épuisé leur marge de manœuvre ou qu’elle soit désormais beaucoup plus limitée. De plus, les risques souverains apparus dans les pays avancés pourraient miner les progrès de la stabilité et prolonger la crise. Le rapide accroissement de l’endettement public et la dégradation des comptes patrimoniaux pourraient se propager aux systèmes bancaires ou au-delà des frontières.

Tout cela souligne la nécessité d’agir énergiquement pour étayer la reprise de l’économie et du système financier mondiaux. Le plan d’action doit comporter plusieurs éléments importants.

Il est essentiel de réduire les facteurs de vulnérabilité souveraine. Dans nombre de pays avancés, il est urgent d’élaborer des stratégies crédibles de rééquilibrage budgétaire et de les faire connaître. Il importe de fixer des horizons précis pour la réduction à moyen terme des ratios endettement brut/PIB et d’établir des mesures d’urgence si la dégradation des finances publiques est plus grave que prévu. Si l’évolution macroéconomique suit le cours attendu, la plupart des pays avancés devraient entamer le rééquilibrage de leurs finances publiques en 2011. Dans l’intervalle, étant donné que la reprise est encore fragile, il convient de mettre en œuvre dans leur intégralité les plans de relance budgétaire décidés pour 2010, sauf dans les pays confrontés à une forte augmentation des primes de risque où l’urgence est plus grande et où le rééquilibrage doit commencer tout de suite. Il convient de mettre en œuvre sans tarder des réformes des prestations automatiques qui ne freinent pas la demande à court terme — relèvement de l’âge de la retraite ou abaissement du coût des soins de santé, par exemple.

Les autres enjeux ont trait à la politique monétaire accommodante, à laquelle il convient de mettre fin partout dans le monde, ainsi qu’à la gestion des flux de capitaux en direction des pays émergents. Dans les principaux pays avancés, dans la mesure où les anticipations inflationnistes continuent à être bien maîtrisées, la politique monétaire peut rester accommodante parallèlement au rééquilibrage des finances publiques, alors même que les banques centrales commencent à supprimer les aides d’urgence mises en place pour les secteurs financiers. Les grands pays émergents et certains pays avancés resteront en tête du cycle de resserrement monétaire, puisqu’ils connaissent une reprise plus rapide et de nouveaux afflux de capitaux. Bien qu’il n’y ait guère de signes de tensions inflationnistes ni de bulles des actifs, la situation actuelle demande un suivi attentif et une action précoce. Dans les pays émergents dont les comptes extérieurs sont relativement équilibrés, la parade contre l’appréciation excessive de la monnaie doit comprendre un ensemble de mesures macroéconomiques et prudentielles, qui sont analysées en détail dans les Perspectives de l’économie mondiale et dans le Rapport sur la stabilité financière dans le monde.

La lutte contre le chômage est un autre enjeu majeur. Si le chômage reste élevé dans les pays avancés, il est à craindre que les sans-emplois temporaires ne se transforment en chômeurs de longue durée. En plus des mesures macroéconomiques de soutien à la reprise à court terme et de celles qui visent à restaurer la santé des systèmes bancaires (et l’offre de crédit aux secteurs à forte intensité de main-d’œuvre), des mesures spécifiques de promotion de l’emploi pourraient aussi aider à limiter le recul du marché du travail. Un système approprié de prestations de chômage est en particulier essentiel pour étayer la confiance des ménages et éviter une paupérisation à grande échelle, cependant que l’éducation et la formation peuvent favoriser la réinsertion des chômeurs.

Il faut aussi asseoir durablement la stabilité financière sur des bases solides afin que le stade suivant du processus d’inversion de l’effet de levier se déroule sans heurt et débouche sur un système financier plus sûr, concurrentiel et dynamique. Il est crucial de régler rapidement le dossier des institutions qui ne sont pas viables et de restructurer celles qui le sont. Il faudra prendre soin de veiller à ce que, dans tous les pays, les institutions trop importantes pour qu’on les laisse sombrer ne tirent pas parti des avantages financiers que leur importance leur donne pour consolider encore leur position. Il est aussi essentiel de placer la titrisation sur des bases plus sûres pour soutenir le crédit, en particulier pour les ménages et les petites et moyennes entreprises.

À plus longue échéance, il faudra convenir d’un programme de réforme de la réglementation financière. L’objectif est clair — une amélioration quantitative et qualitative des fonds propres et une meilleure gestion des risques de liquidité —, mais l’ampleur des réformes à effectuer fait débat. De plus, à cause des incertitudes entourant les réformes visant les institutions trop importantes pour qu’on les laisse faire naufrage, ainsi que les risques systémiques, les établissements financiers ont du mal à planifier. Les décideurs devront trouver le juste équilibre entre deux impératifs : assurer la sécurité du système financier et faire en sorte qu’il reste innovant et efficace. Des propositions visant spécifiquement à rendre le système plus sûr et à en renforcer l’infrastructure — par exemple sur le marché des produits dérivés de gré à gré — sont présentées dans le Rapport sur la stabilité financière dans le monde.

Au bout du compte, pour que l’économie mondiale puisse soutenir un rythme de croissance élevé à moyen terme, il faudra rééquilibrer la demande mondiale. Cela signifie que les pays qui avaient des déficits extérieurs excessifs avant la crise doivent assainir leurs finances publiques sans porter atteinte à la croissance et à la demande. Parallèlement, les pays qui affichaient des excédents courants excessifs devront promouvoir la demande intérieure pour soutenir leur croissance alors que la demande des pays à déficit excessif diminuera. De même que les monnaies des pays déficitaires se déprécient, celles des pays excédentaires doivent logiquement s’apprécier. Ce rééquilibrage doit aussi être étayé par des réformes du secteur financier et des mesures structurelles génératrices de croissance dans tous les pays, excédentaires comme déficitaires.

Olivier Blanchard

Conseiller économique

José Viñals

Conseiller financier

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