Information about Sub-Saharan Africa África subsahariana
Chapter

IV. Évolution de la structure des exportations de l’Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2007
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Introduction

La part de l’Afrique subsaharienne dans le commerce mondial (exportations plus importations) est tombée de quelque 4 % en 1970 à environ 2 % aujourd’hui (graphique 4.1). Ce repli sur la durée peut être attribué à des facteurs tels que l’instabilité macroéconomique, 2005 les structures tarifaires élevées et en cascade, les structures de coûts défavorables résultant d’un climat commercial peu porteur, l’étroitesse des marchés intérieurs et l’importance des coûts indirects (Gupta and Yang, 2006).

Figure 4.1.Part du commerce mondial, par région, 1970–2005

(en pourcentage)

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

Les perspectives d’exportation de la région se sont toutefois améliorées avec la récente envolée des cours des matières premières. Bien dotée en ressources naturelles, l’Afrique subsaharienne a bénéficié de ce boom qui a réorienté ses exportations vers les pays en pleine croissance. À la faveur de l’essor économique persistant de l’Asie, l’Afrique subsaharienne à la possibilité d’inverser le long mouvement de recul de sa part du commerce mondial. Compte tenu de la petitesse de la plupart des marchés intérieurs, les producteurs de l’Afrique subsaharienne peuvent élargir considérablement leurs débouchés en exportant vers l’Asie. Leur productivité paraît s’améliorer dès lors qu’ils exportent («effet d’apprentissage par l’exportation»), et un décollage des exportations contribuerait donc à jeter les bases d’une croissance soutenue (Bigsten and Söderbom, 2006)37. En théorie, les producteurs africains pourraient se diversifier du fait de l’augmentation du coût de la main-d’œuvre en Asie de l’Est et de l’évolution de la demande, sous l’effet de l’expansion des classes moyennes chinoises et indiennes. Par ailleurs, les efforts engagés pour améliorer le climat des affaires pourraient inciter les producteurs de l’Afrique subsaharienne à tirer profit de créneaux inexploités sur leurs marchés d’exportation traditionnels.

Ce chapitre décrit l’évolution actuelle de la structure des exportations de l’Afrique subsaharienne, ainsi que leur implications pour les politiques gouvernementales. Des études récentes (Banque mondiale, 2004; Broadman, 2006; Goldstein and others, 2006) font ressortir la croissance des échanges entre l’Afrique subsaharienne et l’Asie; celle-ci porte sur l’ensemble des partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne, y compris les pays industrialisés. Alors que les précédents travaux considéraient les pays de l’Afrique subsaharienne comme un groupe homogène, cette étude les distingue sur la base de leurs dotations en ressources et de leur situation géographique (enclavés ou côtiers) afin de déterminer l’incidence de ces facteurs sur leurs exportations. Les exportations de marchandises sont analysées d’après les groupes de produits qui trouvent des débouchés croissants dans les pays industriels et les pays émergents en plein essor et en fonction de la performance commerciale globale de la région, qui peut être positive ou négative. Le chapitre s’achève sur des suggestions quant aux politiques susceptibles d’aider l’Afrique subsaharienne à réaliser son plein potentiel commercial.

Évolution de la structure des exportations de l’Afrique subsaharienne jusqu’à 2005

Ventilation des échanges commerciaux par destination

La part des exportations de l’Afrique subsaharienne en direction des pays en développement a plus que doublé depuis 1990. La demande de matières premières de l’Asie s’accroît à mesure qu’elle s’industrialise, et l’Afrique subsaharienne a su profiter de ces nouveaux débouchés à l’exportation. Environ 25 % de ses exportations sont destinés à l’Asie. La Chine et l’Inde comptent à elles deux pour environ 10 % de ses exportations et de ses importations—soit 25 % de plus que la part de ces deux pays dans le commerce mondial (Broadman, 2006). Le commerce intrarégional constitue environ 10 % de l’ensemble des échanges de l’Afrique subsaharienne, pourcentage qui ne s’est pas accru durant les dernières années (graphique 4.2)38.

Graphique 4.2.Destination des exportations de l’AfSS

(en pourcentage)

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

Les relations économiques entre la Chine et l’Afrique subsaharienne se sont considérablement développées depuis quelques années (voir l’encadré 4.1). Au cours les 15 dernières années, la Chine est devenue une destination majeure pour les exportations de la région. En 2005, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, ses exportations vers la Chine se montaient à 19 milliards de dollars, alors qu’elles étaient négligeables en 1990, et atteignaient environ 5 milliards de dollars en 2000. Avec une croissance annuelle de 30 % depuis 2000, elles représentent 20 % environ de la hausse totale des exportations de la région depuis cette époque. Ses importations en provenance de la Chine sont elles aussi montées en flèche, passant de 3,5 milliards de dollars en 2000 à plus de 13 milliards de dollars en 2005. Il s’agit majoritairement de produits manufacturés, ce qui tient à la récente montée en puissance de la Chine en tant qu’exportateur de biens manufacturés.

En dépit de l’importance croissante de l’Asie, l’Union européenne (UE) et les États-Unis demeurent ses principaux partenaires commerciaux (graphique 4.3). Malgré la forte croissance de ses exportations vers la Chine—260 % entre 2000 et 2005—qui est devenue son principal partenaire commercial en Asie, ses exportations vers ses clients traditionnels se sont elles aussi fortement accrues.

Graphique 4.3.Exportations totales de marchandises, par destination, 1985 et 2005

(en milliards de dollars EU)

Sources: Comtrade (ONU).

Entre 2000 et 2005, ses exportations vers l’Europe des 1539 ont augmenté de 66 %, et celles destinées aux États-Unis de 112 %. Ses exportations de marchandises vers la Chine, soit environ 19 milliards de dollars en 2005, sont totalement éclipsées par celles destinées à l’Europe des 15, soit 56 milliards de dollars, et celles vers les États-Unis qui se montent à 52 milliards de dollars40. La part des États-Unis et de l’Union européenne dans les exportations de l’Afrique subsaharienne reste deux fois et demie supérieure à celle de l’Asie, et presque six fois plus élevée que celle de la Chine (graphique 4.4).

Graphique 4.4:Part des différentes destinations des exportations d’Afrique subsaharienne, 1990 et 2005

(en pourcentage)

Source: Comtrade (ONU); calculs des services du FMI.

Encadré 4.1.Relations financières de la Chine avec l’Afrique subsaharienne

La Chine fournit une aide financière importante à l’Afrique subsaharienne. Ses prêts et lignes de crédit s’élèvent, d’après les estimations, à environ 19 milliards de dollars, et la Chine a annoncé une assistance de l’ordre de 5 milliards de dollars à l’occasion du Sommet de Beijing, en octobre 2006. Les flux d’aide les plus importants concernent l’Angola, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République du Congo et le Nigéria; les lignes de crédit dont bénéficient l’Angola et la Guinée équatoriale totalisent environ 14 milliards de dollars. La part des dons est mineure mais, selon les estimations, la Chine a récemment effacé quelque 260 millions de créances sur la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Mali, le Sénégal, le Togo, le Rwanda, la Guinée et l’Ouganda.

Le degré de concessionnalité des prêts est très variable1. Même s’ils sont assortis de conditions plus favorables que celles du marché, certains gros emprunts et lignes de crédit ne sont pas réellement concessionnels. Cependant, une ligne de crédit de 2 milliards de dollars à la Guinée équatoriale et divers petits prêts récemment accordés à des pays de l’Afrique subsaharienne sont concessionnels. Le fait que seules les sociétés chinoises utilisant des produits chinois puissent soumissionner pour les projets affecte encore la concessionnalité (c’est le cas de 70 % des lignes de crédit chinoises à l’Angola). De plus, le remboursement des emprunts a parfois été lié aux approvisionnements pétroliers, en Angola par exemple.

L’aide de la Chine aux pays de l’Afrique subsaharienne est essentiellement destinée au financement de projets dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et des transport. Elle est souvent subordonnée à des accords d’exploitation des ressources minières et énergétiques. Ainsi, en contrepartie de droits d’exploration et d’exploitation des ressources naturelles, la Chine prête son concours à la République du Congo pour la construction d’infrastructures de transport, de production énergétique, de télécommunications et d’adduction d’eau, et l’appui à divers secteurs sociaux. Son intérêt pour la construction et les infrastructures est toutefois antérieur à ses investissements dans l’exploitation des ressources; les compagnies de BTP ont été les premières entreprises chinoises à prendre pied en Afrique. En 1970, la Chine a par exemple contribué à la construction de la ligne ferroviaire entre la Tanzanie et la Zambie.

Les entreprises publiques chinoises et celles de l’Afrique subsaharienne s’associent souvent dans le cadre de coentreprises d’exploitation des ressources. La société chinoise SINOPEC a injecté 3,5 milliards de dollars dans un partenariat avec l’angolaise Sonangol en vue d’un projet de pompage de pétrole sur un gisement marin récemment adjugé. SINOPEC a également fait connaître son intention d’investir 3 milliards de dollars dans la construction d’une raffinerie en Angola. Au Gabon, le consortium CMEC/Sinosteel—financé par la Banque chinoise d’import-export—a investi environ 3 milliards de dollars dans l’exploitation de gisements de minerai de fer; il a construit un chemin de fer, un port et une centrale hydroélectrique en contrepartie des droits exclusifs d’exploitation. Par ailleurs, une filiale de la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a récemment signé un contrat de partage de la production avec la société pétrolière nationale de Guinée équatoriale (GEPetrol). Les coentreprises sont toutefois plus rares dans le domaine de la construction.

Note: Cet encadré a été préparé par Volker Treichel.1Les prêts sont jugés concessionnels lorsque l’élément don est d’au moins 35 %, sur la base des taux d’intérêt du marché publiés par l’OCDE.

Composition des exportations par produit

L’essor des exportations de l’Afrique subsaharienne, en valeur, est principalement dû aux combustibles 2005 (graphique 4.5). Au total, ses exportations se sont accrues d’un peu plus de 75 % entre 1985 et 2000, soit un taux annuel d’environ 5 %. Depuis lors, elles ont encore grimpé de 75 %, avec un triplement du taux de croissance annuel pour 2000–05, qui est passé à presque 15 %. Les exportations de pétrole ont augmenté à elles seules de plus de 20 milliards de dollars entre 2004 et 2005. Les combustibles représentaient 65 % de l’accroissement global de la valeur des exportations entre 2000 et 2005, contre 24 % pour les produits manufacturés et 5 % pour les denrées alimentaires comme pour les matières premières. Les ressources naturelles transformées étant comprises dans les produits manufacturés, il est clair que l’envolée des exportations de l’Afrique subsaharienne est due à ses ressources naturelles.

Graphique 4.5.Exportations des principales catégories de marchandises, 1985–2005

(Années diverses; valeurs en milliards de dollars EU)

Source: Comtrade (ONU).

La composition des exportations ne témoigne guère d’une diversification des produits. En fait, la part des combustibles correspond maintenant à plus de la moitié des exportations totales de la région (tableau 4.1), avec des augmentations annuelles de plus de 40 % en 2004 et en 2005 (tableau 4.2). Les denrées alimentaires, les boissons et les matières premières sont depuis longtemps à la baisse bien que la part des produits manufacturés se soit améliorée depuis 1985; cette reprise a été occultée en 2005 par la forte poussée des exportations pétrolières.

Tableau 4.1.Composition sectorielle des exportations, 1985–2005(en pourcentage)
198519901995200020042005
Boissons et denrées alimentaires18,316,120,112,511,39,1
Matières premières12,314,914,510,29,27,9
Combustibles50,041,835,946,947,654,9
Produits manufacturés et produits chimiques18,626,028,629,631,026,4
Source: Comtrade (ONU).
Source: Comtrade (ONU).
Tableau 4.2.Taux de croissance des grandes catégories d’exportations, 1985–2005(croissance annualisée de la valeur nominale des exportations, en pourcentage)
1985–901990–951995–002000–032003–042004–05
Boissons et denrées alimentaires1,67,1-1,912,23,3-1,7
Matières premières9,71,10,41,934,34,6
Combustibles0,6-1,418,13,742,641,0
Produits manufacturés et produits chimiques14,43,910,18,430,54,2
Total4,01,99,25,932,222,2
Source: Comtrade (ONU).Note: Le total tient compte de certains articles figurant dans la CTCI 9 qui ne sont pas inclus dans les catégories sectorielles, en particulier les armes.
Source: Comtrade (ONU).Note: Le total tient compte de certains articles figurant dans la CTCI 9 qui ne sont pas inclus dans les catégories sectorielles, en particulier les armes.

L’importance croissante de la Chine en tant que partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne est manifeste principalement en ce qui concerne les combustibles et les matières premières (tableau 4.3). Alors qu’elle était minime en 1990, la part de la Chine s’est accrue, jusqu’à représenter un quart des matières premières et un sixième des combustibles en 2005. La part des exportations de combustibles de l’Afrique subsaharienne vers les États-Unis a également gagné quelques points. Ces augmentations sont dues à une réduction de la part de l’UE15. La configuration des exportations de boissons et de denrées alimentaires ne s’est quasiment pas modifiée entre 1990 et 2005.

Tableau 4.3.Part des différentes destinations des grandes catégories d’exportations, 1990 et 2005(en pourcentage)
UE15États-UnisPays

industriels

d’Asie
Chine
Boissons et denrées alimentaires
199078,97,610,90,7
200577,59,98,31,8
Matières premières
199069,68,213,22,6
200548,67,310,625,5
Combustibles
199048,648,62,80,0
200521,552,05,816,3
Produits manufacturés et produits chimiques
199063,817,115,20,4
200552,419,317,75,7
Source: Comtrade (ONU).
Source: Comtrade (ONU).

La part de l’Asie dans les exportations de produits manufacturés de l’Afrique subsaharienne a légèrement augmenté, d’environ 8 points, principalement en raison de la demande émanant de la Chine. Celle des États-Unis a aussi modérément augmenté suite à l’entrée en vigueur de la loi AGOA. Bien que la part de l’UE15 ait diminué, plus de la moitié des produits manufacturés exportés par l’Afrique subsaharienne lui est encore destinée; viennent ensuite les États-Unis et les pays industrialisés d’Asie; les exportations destinées aux autres partenaires asiatiques sont minimes.

Les exportations hors combustibles de la région ne sont plus aussi dépendantes des produits agricoles, et les exportations de produits manufacturés issus de ressources naturelles ont augmenté (voir le tableau A2 de l’appendice I). Ces exportations représentaient presque 60 % du total des exportations hors combustibles en 2005, contre 37 % en 1985. Les principales catégories de biens manufacturés sont les pierres précieuses, dont la part a plus que triplé depuis 1985, ainsi que l’argent et le platine dont la part a presque doublé. Le fer, l’aluminium, les vêtements et les véhicules sont aussi très présents dans les exportations. A contrario, la part de la plupart des autres produits non manufacturés, notamment le café et le cacao, a chuté. Les fruits frais et à coque et le poisson font figure d’exception bien qu’ils comptent au total pour à peine plus de 6 % des exportations hors combustibles.

Il est difficile de dire à quel point la croissance récente de l’Afrique subsaharienne est due à l’expansion de ses exportations, notamment de biens manufacturés. Entre 2000 et 2005, les importateurs de pétrole de la région ont enregistré en moyenne une augmentation d’environ 2 % de leur croissance annuelle et d’environ 2 points du ratio des exportations au PIB41, mais la corrélation est moins marquée à l’échelon des pays. Les pays à forte croissance comme la Tanzanie, la Zambie, l’Éthiopie et le Kenya ont accru la part de leurs exportations, mais d’autres, tels que le Ghana et la Namibie, ont aussi enregistré une croissance, bien que la part de leurs exportations ait chuté. De plus, la part des exportations a notablement progressé dans certains pays (par exemple le Lesotho et le Swaziland) sans que leur croissance augmente. De même, aucun lien ne peut être établi entre la croissance et la part accrue des produits manufacturés dans le total des exportations. Dans plusieurs pays (notamment en Afrique australe), la part des biens manufacturés dans les exportations a beaucoup progressé, tandis que d’autres pays (l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda) affichent une croissance rapide avec des parts allant jusqu’à 15 %.

Structure des exportations des différents groupes de pays de l’Afrique subsaharienne

On considère souvent que la structure des échanges, tout comme les perspectives de croissance, est influencée par les caractéristiques géographiques (Gallup and others, 1998). Suivant la classification de Collier et O’Connell (2006), les pays sont ici divisés en pays riches en ressources—avec les sous-groupes pays pétroliers et pays non pétroliers—ou pauvres en ressources, avec les sous-groupes pays côtiers et pays enclavés42.

Alors que les destinations des exportations pétrolières de l’Afrique subsaharienne ont changé, les exportations sont encore plus axées sur les combustibles (partie supérieure du tableau A3 de l’appendice). Depuis 1990, la part des combustibles dans le total des exportations des pays producteurs de pétrole de la région a augmenté d’environ 12 points, passant à près de 90 %. La part de l’UE15 dans les exportations de pétrole a régressé de plus de la moitié, tombant à environ 20 %; celle de l’Asie est passée à 23 %, tandis que celle des États-Unis a grimpé à 58 %, soit une augmentation de plus de 5 points. L’UE15 demeure la principale destination pour les autres groupes de produits bien que sa part ait reculé au profit des États-Unis (notamment pour les produits manufacturés, boissons et denrées alimentaires) et de l’Asie (surtout les matériaux bruts43 et, dans une moindre mesure, les produits manufacturés).

Les pays côtiers sont étroitement tributaires de leurs exportations vers l’UE15, notamment en ce qui concerne les biens manufacturés (milieu du tableau A3 de l’appendice I) qui sont passés à presque 60 % du total des exportations depuis 1990. L’UE15 demeure la première destination pour toutes les catégories d’exportation alors même que la hausse de la demande chinoise de produits manufacturés et de matières premières a réduit sa part comme celle des États-Unis. Hormis l’Afrique du Sud, les pays côtiers sont encore plus dépendants de l’Union européenne, et ils exportent presque autant de boissons et de denrées alimentaires que de produits manufacturés; pour ce groupe, la part des produits manufacturés a seulement progressé de 4 points depuis 1990.

Les pays enclavés sont eux aussi dépendants de l’Union européenne, mais l’Asie prend une importance croissante (parie inférieure du tableau A3). Par comparaison avec les pays côtiers, ils exportent moins de produits manufacturés, mais d’importants volumes de matières premières, de boissons et de denrées alimentaires; la part de ces deux dernières catégories est stable ou en hausse depuis 1990, tandis que celle des produits manufacturés a régressé. Durant les dernières années, les États-Unis sont devenus, tout comme l’UE15, une destination majeure pour les exportations de produits manufacturés suite à l’augmentation des exportations de textiles due à la loi AGOA. La Chine et d’autres pays d’Asie sont venus remplacer l’Union européenne comme première destination pour les matières premières, en particulier le coton. La configuration des échanges des pays côtiers et enclavés reste largement conforme au schéma traditionnel où les matières premières sont exportées vers les pays industrialisés. La progressivité des droits a moins affecté le commerce mondial que dans les années précédentes, partiellement en raison de l’extension du Système généralisé de préférences, notamment la loi AGOA et l’initiative européenne Tout sauf les armes. La structure traditionnelle des exportations perdure toutefois en raison de divers obstacles qui freinent l’efficacité de ces mesures de libéralisation.

Gros plan sur les exportations de produits manufacturés de l’Afrique subsaharienne

Dans tous les groupes de pays de l’Afrique subsaharienne, les exportations de produits manufacturés se limitent à quelques catégories (appendice I, tableau A.4, en haut à gauche). Sept branches d’activité44 comptent pour 75 à 80 % de ces exportations; les produits manufacturés à base de métaux non ferreux et de minéraux non métalliques (principalement les diamants) sont deux catégories qui représentent chacune environ 30 % du total. Le matériel de transport (10 %) et les vêtements (8 %) sont les catégories qui croissent le plus vite, et sont les seules à ne pas être directement rattachées à la transformation des ressources.

L’Europe demeure la première destination des exportations de produits manufacturés, mais l’Asie occupe une part croissante dans les exportations de produits manufacturés des pays pétroliers et des pays côtiers. Cette destination enregistre la plus rapide expansion pour les exportations de produits manufacturés des pays producteurs de pétrole, résultant généralement de la transformation de matériaux bruts comme le bois et le cuir; ces exportations représentent toutefois une proportion infime du total des exportations des pays pétroliers (tableau A4 de l’appendice I, dernière colonne). Pour les pays côtiers, l’UE15 est généralement la première destination des quatre grandes catégories de produits manufacturés, bien que les pays industriels d’Asie prédominent dans les exportations de produits à base de métaux non ferreux. Les exportations de produits manufacturés de certains pays enclavés traduisent également l’envolée des produits, mais la poussée des exportations de vêtements est le phénomène le plus marqué45. Les exportations de produits manufacturés à base de minéraux non métalliques prédominent dans les pays riches en ressources non pétrolières46.

L’Afrique du Sud et les autres pays d’Afrique australe prédominent dans la plupart des catégories de produits manufacturés exportés par l’Afrique subsaharienne (tableau 4.4). Onze catégories de produits représentent 84 % de l’ensemble des exportations de produits manufacturés. Pour huit d’entre elles, l’UE15 est la principale destination, tandis que l’Afrique du Sud est le premier fournisseur pour sept d’entre elles. L’absence de l’Afrique du Sud dans les deux premiers fournisseurs tient à la richesse en ressources d’autres pays (les diamants au Botswana, le cuivre en Zambie et l’hydroélectricité au Mozambique) et au développement d’une solide industrie textile dans certains pays de la région (Maurice et Madagascar)47.

Tableau 4.4.Exportations de produits manufacturés—Les deux principaux marchés et les deux premiers pays fournisseurs, 2005
IndustrieValeurCroissance

2000–05
Marché 1Marché 2Fournisseur 1Fournisseur 2
(en millions de $ EU)(annuelle)
Placages, contreplaqués et autres produits ligneux791,121,1UE15Asie ind.Afrique du SudGhana
Perles et pierres précieuses9.174,515,4UE15EUBotswanaAfrique du Sud
Fer, sous forme brute3.031,222,3UE15Asie ind.Afrique du SudZimbabwe
Lingots de fer645,317,6UE15Asie dév.Afrique du Sudn.d.
Fer en feuilles940,939,0UE15ChineAfrique du Sudn.d.
Argent et métaux de la mine de platine5.518,67,8Asie ind.EUAfrique du Sudn.d.
Cuivre890,633,5ChineAsie dév.ZambieAfrique du Sud
Aluminium2.632,023,4UE15Asie ind.MozambiqueAfrique du Sud
Matériels et appareils non électriques1.542,7UE15EUAfrique du Sudn.d.
Véhicules automobiles2.358,523,1Asie ind.UE15Afrique du Sudn.d.
Vêtements (hors fourrures)2.401,47,5EUUE15MauriceMadagascar
Source: Comtrade (ONU).Note: Les branches d’activité correspondent aux catégories de produits à trois chiffres de la CTCI. Lorsque la mention n.d. est indiquée pour le second fournisseur, le premier est réputé représenter l’ensemble des exportations.
Source: Comtrade (ONU).Note: Les branches d’activité correspondent aux catégories de produits à trois chiffres de la CTCI. Lorsque la mention n.d. est indiquée pour le second fournisseur, le premier est réputé représenter l’ensemble des exportations.

Les exportations de vêtements traduisent les retombées positives de la loi AGOA et les effets contrastés de l’élimination (suite à l’Accord de l’OMC sur les textiles et vêtements [ATV]) des contingents bilatéraux sur les textiles, les vêtements et les échanges toujours en vigueur à la fin de 2005. Bien qu’il ait eu des effets préjudiciables sur certains pays, l’ATV n’a pas éliminé l’industrie textile de l’Afrique subsaharienne48. Outre Maurice et Madagascar (voir le tableau 4.4), les exportations de textiles sont également importantes pour le Lesotho et le Swaziland. En vertu de la loi AGOA qui a été prolongée jusqu’à 2012, ces exportations bénéficient d’un accès non contingenté et en franchise de droits vers les États-Unis, même lorsque les vêtements sont fabriqués avec des tissus provenant de pays tiers49. Même pour leurs exportations vers l’Europe où la loi AGOA ne joue pas, les entreprises asiatiques se sont attachées à diversifier leur base de production en s’implantant en Afrique, entre autres raisons parce que leur pénétration «excessive» sur les marchés européens est une question sensible depuis la levée des contingents de l’ATV. L’industrie textile de Madagascar a bien progressé depuis lors, comme l’atteste l’exportation de produits à plus forte valeur ajoutée vers l’Europe. Maurice réalise la plus forte valeur ajoutée de tous les pays de l’Afrique subsaharienne exportant des textiles vers les États-Unis50.

Analyse comparative des résultats commerciaux des pays de l’Afrique subsaharienne

De nombreuses études examinent dans quelle mesure les pays ou régions ont des résultats commerciaux positifs ou négatif par rapport à un niveau de référence51 communément défini au moyen d’un modèle gravitationnel; le niveau des échanges bilatéraux (exportations et importations) est calculé d’après des déterminants naturels. Dans sa spécification la plus élémentaire, le commerce entre deux pays est supposé être directement fonction de leur importance économique (PIB) et de leur degré de développement (PIB par habitant), et inversement proportionnel à la distance qui les sépare. Lorsque le volume d’échanges observé est supérieur à la prévision du modèle, l’écart commercial entre les deux pays est réputé positif, quand il est inférieur à la prévision, l’écart est jugé négatif.

Les obstacles au commerce, en particulier les contraintes structurelles et celles résultant de politiques délibérées, peuvent engendrer un potentiel d’échanges négatif. La différence entre les échanges réels et prévus—le résidu—constitue la portion inexpliquée des flux commerciaux bilatéraux. La prévision tient compte du plus grand nombre possible de déterminants naturels. Outre les variables fondamentales de taille et de distance, ces facteurs comprennent les caractéristiques géographiques (par exemple pays enclavé ou côtier), la participation à des unions douanières ou monétaires et les liens historiques entre les partenaires commerciaux. Le résidu rend compte de l’effet des politiques commerciales et des obstacles au commerce tels que l’insuffisance des infrastructures ou des mesures de facilitation des échanges et le climat des affaires, par comparaison avec l’effet des variables entrant dans la prévision moyenne. Un résultat commercial positif reflète probablement des caractéristiques structurelles qui ne sont pas prises en compte par le modèle gravitationnel, par exemple le développement des échanges intrasectoriels (voir ci-après).

Selon une étude du commerce mondial réalisée par le FMI à la fin des années 90, l’Afrique subsaharienne aurait un résultat commercial légèrement positif (FMI, 2002)52. Un modèle gravitationnel a été utilisé pour évaluer les flux d’échanges bilatéraux de 1995 à 1999. Le résultat commercial de l’Asie de l’Est dépassait la prévision du modèle de plus de 40 %, contre environ 5 % pour celui de l’Afrique subsaharienne. A contrario, les pays en développement de l’hémisphère occidental avaient un résultat commercial inférieur d’environ 10 %, tandis que celui de l’Asie du Sud et de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord était inférieur d’environ 40 %. En outre, le résultat positif de l’Afrique subsaharienne au niveau mondial se situait au niveau modeste de 5 %, mais grimpait à 50 % lorsque les deux partenaires appartenaient à la région.

Un modèle gravitationnel a été estimé pour la période du récent boom du commerce africain. Les données et les spécifications utilisées étaient inspirées de celles définies par Rose (2002). Pour les dernières estimations, les variables macroéconomiques sont celles de 2005, exprimées en dollars de 2000, et proviennent des bases de données du FMI sur la composition des échanges (Direction of Trade Statistics) et des Perspectives de l’économie mondiale53.

De nouvelles estimations pour 2000–05 mettent en évidence des modifications notables dans la configuration des échanges régionaux (tableau 4.5)54. Tout en confirmant les conclusions du FMI (2002) et d’autres études selon lesquelles l’Asie de l’Est a une position largement excédentaire, elles montrent que le volume des échanges en sa faveur a quasiment doublé depuis l’étude précitée. En moyenne, l’Afrique subsaharienne passe d’un résultat commercial légèrement positif à une position négative de plus de 20 %. Elle a amélioré sa position dans les échanges intrarégionaux, mais atteint seulement aujourd’hui le niveau des prévisions antérieures.

Tableau 4.5.Résultat commercial négatif dans les pays en développement, 2000–05(Différence moyenne entre les échanges réels et prévus, en logarithmes)
Partenaires commerciaux
RégionEnsembleIntrarégionaux
Afrique subsaharienne0,21-0,04
Asie du Sud0,140,12
Asie de l’Est0,821,68
Amérique latine & Caraïbes0,030,43
Moyen-Orient & Afrique du Nord0,400,04
Pays à revenu élevé0,060,12
Source: estimations des services du FMI.Note: basé sur une équation gravitationnelle estimée à partir de données annuelles. Un chiffre négatif indique un résidu négatif, et donc un résultat commercial négatif; De même, un chiffre positif traduit un résultat commercial positif.
Source: estimations des services du FMI.Note: basé sur une équation gravitationnelle estimée à partir de données annuelles. Un chiffre négatif indique un résidu négatif, et donc un résultat commercial négatif; De même, un chiffre positif traduit un résultat commercial positif.

Les résultats confirment la poursuite des tendances précédemment observées. Suite à l’analyse couvrant la période 1995–99, le FMI (2002) a comparé les résultats commerciaux par période cinq ans, de 1980 à 1999. Il s’avère que le résultat commercial généralement positif de l’Afrique subsaharienne a fortement régressé, passant de presque 30 % en 1980–84 à seulement 5 % en 1995–99. L’écart positif de l’Asie de l’Est a diminué dans les années 80, tombant à 19 %, avant de remonter à nouveau, tandis que l’Asie du Sud réduisait son écart commercial négatif par rapport aux prévisions. Les derniers résultats—dont la validité est étayée par des tests de robustesse fondés sur d’autres techniques économétriques—confirment la poursuite de ces tendances55.

Les nouveaux résultats s’expliquent en partie par la plus grande importance accordée au niveau de développement dans l’analyse de la structure des échanges. À la différence de l’étude du FMI (2002), ils font une moindre part au PIB, mais donnent plus d’importance au PIB par habitant. Selon l’étude de 2002, la structure du commerce mondial est de plus en plus régie par la diversification de la demande de produits induite par la croissance économique, et la spécialisation est la structure de coûts la plus efficace. Les consommateurs des pays riches exigent donc une variété croissante de produits, qui sont fabriqués par des structures à intégration verticale réparties dans de nombreux pays. L’influence croissante du revenu par habitant dans le modèle s’explique probablement par ce rapport entre la configuration de la demande et celle du commerce. Les différences régionales systématiques indiquent que les régions ne sont pas toutes à même de tirer également profit de ce type d’échanges. En Afrique subsaharienne, les écarts de développement ont une moindre incidence sur les échanges intrarégionaux: comme il s’agit principalement de pays à faible revenu, les résultats commerciaux sont bien plus proches des prévisions.

Au cours des deux ou trois dernières années, les pays enclavés de l’Afrique subsaharienne ont réduit leur écart négatif par rapport aux prévisions, tandis que les pays côtiers et les pays riches en ressources ont enregistré un résultat commercial largement déficitaire depuis 2000. Le modèle gravitationnel permet d’analyser l’évolution des échanges par rapport à une valeur de référence. Il ressort de cette analyse que les pays enclavés ont amélioré leur position de 2000 à 2005, passant d’un résultat négatif (conforme à celui des autres groupes) en 2000 à une position supérieure aux prévisions de près de 10 % en 2004 et en 2005. Aucune évolution n’est à signaler pour les autres groupes pour lesquels l’écart d’une année sur l’autre avoisine la moyenne. Rien n’indique que la position déficitaire se soit améliorée du fait de l’expansion des exportations, ce qui montre que la croissance de la valeur des échanges s’explique en grande partie par des facteurs mondiaux et des caractéristiques nationales préexistantes (par exemple le fait d’exporter du pétrole).

En moyenne, les groupes de pays de l’Afrique subsaharienne ont un résultat commercial positif avec l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud, et un solde négatif avec la région Amérique latine et Caraïbes et la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (tableau 4.6). Ces résultats vont dans le sens de la précédente analyse, à savoir que les échanges de l’Asie de l’Est et du Sud—avec lesquelles l’écart est globalement positif—avec les sous-régions de l’Afrique subsaharienne sont eux aussi supérieurs aux prévisions; l’inverse est également vrai. Il n’est donc pas étonnant que les pays riches en ressources de l’Afrique subsaharienne aient un résultat commercial très négatif avec les pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord qui sont également bien dotés en ressources. L’écart positif marqué entre les pays côtiers et l’Asie du Sud tient en partie au fait que d’importantes communautés d’Indiens vivent dans les pays d’Afrique orientale et australe.

Tableau 4.6.Résultat commercial négatif dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2000–05(Différence moyenne entre les échanges réels et prévus, en logarithmes)
Partenaires

commerciaux
RégionPays

côtiers
Pays

enclavés
Pays riches en

ressources
Asie du Sud0,660,420,14
Asie de l’Est0,680,640,85
Amérique latine & Caraïbes-1,20-0,98-0,44
Moyen-Orient & Afrique du Nord-1,07-0,78-1,32
Pays à revenu élevé-0,38-0,25-0,46
Source: estimations du FMI.Note: Voir le tableau 4.5.
Source: estimations du FMI.Note: Voir le tableau 4.5.

L’expansion des échanges de l’Afrique subsaharienne n’a guère pallié le manque d’intégration de la région dans le commerce mondial. Par comparaison avec les pays d’autres régions présentant les mêmes caractéristiques, l’essor des exportations des pays riches en ressources de l’Afrique subsaharienne n’a pas comblé leur position commerciale déficitaire. De même, les pays côtiers de la région n’ont pas pu tirer profit des avantages conférés par la plus grande proximité des marchés mondiaux et les moindres coûts de transport.

Le commerce au service du développement

Les résultats de l’Afrique subsaharienne semblent inférieurs à son potentiel d’exportation. La croissance de ses exportations touche les combustibles comme les produits manufacturés, mais ces derniers se limitent à quelques produits transformés issus de ressources naturelles, et sont principalement concentrés en Afrique australe. Les échanges des pays enclavés sont relativement proches de la prévision, tandis que ceux des pays côtiers et des pays riches en ressources sont inférieurs. Combustibles et produits manufacturés exceptés, la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne sont tributaires de leurs exportations de produits primaires, qui ont très faiblement progressé en valeur.

Évolution de la structure des exportations et de la croissance du revenu en dehors de l’Afrique

L’expérience d’autres régions du monde montre que diverses structures d’exportation peuvent entraîner une hausse des revenus. Six pays dont la dotation initiale en ressources était analogue à celle des pays de l’Afrique subsaharienne ont été sélectionnés pour montrer comment la configuration des exportations de cette région pourrait évoluer. L’Argentine et la Nouvelle-Zélande ont un important secteur agricole, l’économie du Chili est dominée par l’industrie extractive, tandis qu’en Asie de l’Est, la Thaïlande, la Chine et l’Indonésie ont pris part au boom du commerce de produits manufacturés; leur exemple peut donc donner des indications sur la manière dont pourrait s’effectuer la transition vers des industries de transformation à forte intensité de main-d’œuvre en Afrique subsaharienne56. Le graphique 4.6 illustre l’évolution de la structure des exportations de 1985 à 2005 pour les pays précités; des chiffres plus détaillés sont fournis à l’appendice I.

Graphique 4.6.Part des grandes catégories de produits dans le total des exportations de divers pays

(en pourcentage)

Source: Comtrade (ONU).

La hausse du revenu par habitant n’implique pas nécessairement que les exportations doivent être réorientées vers les produits manufacturés. Aucun des trois pays non asiatiques n’a connu une forte poussée des exportations de marchandises. Si la part des produits transformés semble plus importante au Chili qu’en Argentine ou en Nouvelle-Zélande, c’est que l’industrie du cuivre au Chili est comprise dans le secteur manufacturier. En Argentine et en Nouvelle-Zélande où l’agriculture demeure importante, les produits transformés représentent environ un tiers des exportations, soit une modeste augmentation depuis 1985. Comme Johnson, Ostry et Subramanian (2007) le soulignent, la croissance des exportations de produits manufacturés est toutefois une caractéristique essentielle des pays en pleine essor d’Asie de l’Est. Il faut peut-être y voir l’effet des liens complexes entre le développement des institutions, la structure des exportations et les politiques favorables à la croissance; en particulier, l’incidence de la structure des exportations sur la croissance est fonction de la qualité des institutions qui évolue elle aussi à mesure que l’économie croît.

Les exportations de produits dérivés de ressources naturelles jouent un rôle majeur dans plusieurs pays à revenu intermédiaire ou élevé. Les produits agricoles peuvent constituer un volet important des exportations, y compris dans ces pays. En 2005, les boissons et les denrées alimentaires représentaient toujours 40 % du total des exportations de l’Argentine, 50 % de celles de la Nouvelle-Zélande et 20 % de celles du Chili. Le Chili se distingue des autres pays, car la part des matières premières dans ses exportations a augmenté depuis 1985, passant d’un quart à près d’un tiers du total des exportations. Bien que cette part ait reculé dans les autres pays, elle reste de l’ordre de 10 % en Argentine et en Nouvelle-Zélande.

Les produits manufacturés prédominent aujourd’hui dans les exportations des pays d’Asie de l’Est. En 1985, les boissons et les denrées alimentaires représentaient quasiment la moitié des exportations de la Thaïlande, tandis que les combustibles constituaient un tiers des exportations de la Chine et près de 70 % de celles d’Indonésie (Appendice I, graphique A1). Depuis lors, la part des produits manufacturés dans les exportations d’Asie de l’Est est montée en flèche; elle a presque doublé en Thaïlande, et triplé en Indonésie et en Chine. En 2005, elle représentait en fait presque 90 % des exportations totales de la Chine.

La bonne performance de l’Asie de l’Est est due à l’instauration d’un climat propice à l’accumulation du capital et des compétences, à une moindre protection commerciale et à la réduction des coûts de transport (Martin, 2005). L’amélioration du système éducatif facilite l’acquisition des compétences, mais celles-ci ne peuvent être mises à profit sans apports de capitaux. L’investissement direct étranger a joué un rôle, mais l’épargne intérieure et l’efficience du secteur financier contribuent aussi à stimuler l’investissement privé. La libéralisation des échanges encourage les exportations de produits manufacturés, notamment parce que les réseaux modernes de transformation reposent souvent sur l’importation et l’exportation de produits apparentés (Jones, 2000).

Contraintes pesant sur le secteur manufacturier de l’Afrique subsaharienne

L’expansion des échanges est souvent freinée par les déficiences des infrastructures et l’absence d’économies d’échelle sur les marchés intérieurs. Les marchés de l’Afrique subsaharienne sont souvent caractérisés par un nombre relativement important de petites entreprises locales à prix de revient élevé ou, au contraire, par quelques entreprises bien implantées sur le marché intérieur et sans grande motivation pour accroître leur efficacité. Les entreprises locales sont aussi gênées par les coûts indirects habituels, comme les dysfonctionnements de la distribution d’électricité et des télécommunications, l’accès limité au financement et les déficiences de la gouvernance. Selon les données des Évaluations du climat d’investissement de la Banque mondiale, ces dépenses indirectes représentent plus de 20 % du total des coûts au Mozambique, en Zambie, en Érythrée, en Tanzanie, au Kenya et en Éthiopie, et moins de 10 % en Chine, au Nicaragua et au Bangladesh (Eifert, Gelb, and Ramachandran, 2005). Comme ces problèmes ne peuvent guère être tous corrigés en même temps, les pays ont parfois essayé de les contourner en créant des zones franches industrielles qui ne sont pas protégées pour autant d’une conjoncture médiocre, et peuvent susciter des comportements de recherche de rentes, sans compter qu’elles érodent l’assiette des revenus du pays.

Les obstacles extérieurs au commerce ont un impact considérable bien que difficile à quantifier. Signalons notamment les coûts de la recherche et de l’étude de nouveaux marchés, la mise en place des réseaux de distribution, l’accès aux systèmes de communication et à la logistique nécessaires aux commandes et aux livraisons. Les entreprises indiennes de l’Afrique subsaharienne ont souvent résolu ces problèmes par des moyens informels, par exemple en faisant appel aux réseaux communautaires et à leurs contacts personnels; les entreprises chinoises ont davantage tendance à s’en remettre aux relations entre gouvernements, ou à réaliser des investissements ciblés dans le secteur des ressources naturelles, mais pour elles aussi, les réseaux communautaires prennent une importance croissante57.

Les déficiences des infrastructures de transport, la multiplicité des passages de frontières et des contrôles administratifs sont très préjudiciables aux échanges. Ainsi, selon une entreprise indienne implantée au Ghana, le coût de transport d’un conteneur d’Accra à Lagos est si élevé (1.000 dollars) qu’il est préférable d’investir directement au Nigéria (Broadman, 2006). Limão et Venables (2001) ont constaté que les coûts de transport vers les pays enclavés sont supérieurs à ceux liés aux seuls transports terrestres, ce qui laisse à penser que ces pays sont encore désavantagés par les retards aux frontières, les problèmes de logistique et les taxes de transit.

Par certains aspects, les politiques commerciales de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne ont été peu propices au développement des exportations de produits manufacturés. Les mesures de protection longtemps érigées contre les importations ont modifié les prix relatifs dans un sens défavorable aux secteurs d’exportation et découragé la production locale. Les droits prélevés sur les intrants intermédiaires importés ont augmenté le coût de production des marchandises destinées à l’exportation; par ailleurs, les dispositions des accords commerciaux régionaux visant à favoriser l’achat des intrants dans la région, en application des règles d’origine, ont handicapé les produits d’exportation sur les marchés mondiaux en raison de leur coût. Tokarick (2006) a mis en évidence dans divers pays des taxes à l’exportation qui tiennent lieu de barrières tarifaires (sur la base de données de 2001), et a constaté que les régimes tarifaires de la Tanzanie, du Mozambique et du Malawi imposent une taxe d’environ 10 % sur leurs exportations.

L’intégration de l’Afrique subsaharienne dans les réseaux mondiaux de production pourrait contribuer à stimuler ses exportations hors du secteur primaire. La structure des échanges mondiaux rend compte de l’importance croissante du commerce intrasectoriel, car la production peut désormais être plus dispersée que dans le passé (Banque mondiale, 2004; Broadman, 2006). Les chaînes d’approvisionnement se divisent en deux catégories selon qu’elles sont dictées par les producteurs ou par les acheteurs, et respectivement dirigées en amont ou en aval. La seconde catégorie pourrait mieux convenir à l’Afrique subsaharienne, car elles exigent moins d’intégration verticale et moins de capitaux, et concernent souvent des secteurs dans lesquels la région dispose déjà de certaines capacités, comme le tourisme, l’habillement, l’alimentation et l’ameublement. Toutefois, l’intégration dans les réseaux de production de l’Afrique subsaharienne reste globalement le fait d’entreprises étrangères et non locales. Pour l’essentiel, les difficultés d’intégration dans les réseaux mondiaux de production sont généralement les mêmes que les obstacles pesant sur le développement.

Les efforts engagés pour développer l’industrie textile dans la région ont mis en évidence des problèmes structurels qui neutralisent ses avantages comparatifs. En tant que producteur de coton, la région pourrait améliorer sa position dans la chaîne de valeur de la production textile. Le système commercial mondial favorise l’industrie textile, notamment avec la loi AGOA et les producteurs asiatiques qui choisissent de délocaliser leur production en Afrique subsaharienne pour contourner les contingents industriels. L’industrie textile se débat pourtant encore avec des coûts de production élevés (transport, électricité, etc.), une offre insuffisante et plus coûteuse du fil produit localement et des règles d’origine contraignantes. Même lorsque l’utilisation de fil asiatique meilleur marché est autorisée, par exemple dans le cadre de la loi AGOA, la structure des coûts de l’industrie textile, comme au Lesotho, est extrêmement fragile et vulnérable à l’appréciation des taux de change.

Les pays côtiers sont les mieux placés pour tirer profit du boom mondial des exportations de produits manufacturés, mais à l’exception de l’Afrique du Sud, ils n’ont guère progressé58. L’industrie manufacturière qui existe est souvent liée à l’exploitation des ressources naturelles, et ne peut être considérée comme un commerce intrasectoriel émergent, même s’il est peu étonnant que les infrastructures productives de la région exploitent l’avantage comparatif dû aux ressources naturelles. Les pays enclavés sont tributaires des exportations de produits agricoles et de matières premières; les coûts de transport jusqu’aux ports sont une sérieuse entrave au développement du secteur de la transformation. Les pays riches en ressources ont été les grands bénéficiaires du boom mondial des cours des produits primaires, ce qui a toutefois limité leurs tentatives de diversification alors même que le commerce régional s’est diversifié.

Compte tenu de l’orientation actuelle du système commercial mondial, l’Afrique subsaharienne ne peut guère tirer profit des accords préférentiels; cela étant, ses propres politiques de commerce extérieur ne lui sont pas favorables. La tendance à la régionalisation du commerce mondial crée une structure d’échanges en étoile dont les pays de l’Afrique subsaharienne constituent, dans le meilleur des cas, l’une des branches pour un grand partenaire commercial (Yang and Gupta, 2005). Seuls les pays les moins développés de la région tirent pleinement profit des grands accords préférentiels, à savoir la loi AGOA et l’initiative Tout sauf les armes. Leurs exportations vers les États-Unis et l’Union européenne ne font théoriquement l’objet d’aucune restriction, mais ces pays sont les plus mal lotis pour se doter de réelles capacités de transformation. Du fait des dispositions restrictives sur le contenu des produits (à l’exception de la loi AGOA sur les textiles), les pays bénéficiaires ne peuvent pas nouer des partenariats avec des fournisseurs d’intrants à bas prix (probablement asiatiques) qui ont de plus grandes capacités de production, mais ne peuvent bénéficier de la loi AGOA ou de l’initiative Tout sauf les armes. En tant que base d’exportation, les pays de l’Afrique subsaharienne sont moins intéressants dès lors que les chaînes d’approvisionnement incluent des pays qui ne peuvent se prévaloir des conditions préférentielles d’échange; ces opérations tombent alors sous le coup d’un régime commercial moins favorable (par exemple, progressivité des droits et contingents tarifaires) qui entrave la croissance des secteurs de la fabrication et de la transformation59. En tant qu’exportateurs de produits agricoles, les pays de l’Afrique subsaharienne supportent les coûts du protectionnisme et des subventions agricoles qui freinent leur accès aux marchés et tirent à la baisse les prix des produits exportés, comme le coton. Il demeure que les mesures restrictives pesant sur le commerce extérieur des pays d’Afrique, notamment les droits élevés et autres barrières commerciales, contribuent au résultat commercial négatif signalé dans la section «Analyse comparative des résultats commerciaux des pays d’AfSS».

Recommandations stratégiques

La plupart des pays de la région ne sont pas parvenus à développer leurs exportations de produits manufacturés à forte intensité de main-d’œuvre, ou à améliorer leur position sur la chaîne de valeur des exportations de produits. Certaines politiques pourraient toutefois améliorer leurs perspectives.

Le maintien de la stabilité économique, la mise en place d’infrastructures de qualité et l’abaissement du coût d’intervention économique sont des facteurs essentiels pour stimuler la croissance et les échanges. Par ailleurs, ils permettraient à la région de mieux profiter de l’externalisation croissante des services par les pays industriels (voir l’encadré 4.2).

Dans toute l’Afrique subsaharienne, les pays doivent libéraliser leurs échanges en réduisant progressivement mais nettement les droits de douane sur la base de la nation la plus favorisée (NPF) ainsi qu’en abaissant les tarifs extérieurs fixés par les accords commerciaux régionaux60. Ceci permettrait d’améliorer l’affectation des ressources, de freiner les tentatives de contournement des règlements douaniers et de réduire le risque de détournement de trafic dans les accords commerciaux régionaux et les accords de partenariat économique avec l’Europe.

Les accords commerciaux régionaux devraient essayer d’élargir leur portée à l’ensemble des biens et des services. Ils devraient aussi promouvoir des règles d’origine libérales, car les exportateurs de l’Afrique subsaharienne ne peuvent guère se plier aux exigence d’une forte valeur ajoutée, locale ou régionale. Les communautés liées par des accords commerciaux régionaux sont aujourd’hui trop peu développées ou diversifiées pour produire la plupart des intrants nécessaires aux entreprises de la région, les coûts d’importation élevés réduisent d’autant leur compétitivité et incitent au repli sur les marchés intérieurs. Les accords de partenariat économique en cours de négociation avec l’Union européenne seront peut-être l’occasion de lever les obstacles non tarifaires des accords commerciaux régionaux. Des réformes doivent en outre être engagées pour attirer davantage d’entreprises dans le secteur formel et stimuler ainsi les exportations; en effet, la logistique des exportations constitue un obstacle difficile, voire impossible à surmonter pour toute entreprise du secteur informel (Krueger, 2007).

Encadré 4.2.Externalisation internationale des services vers l’Afrique subsaharienne

L’expression «externalisation internationale des services» renvoie à l’achat local de services par des entreprises étrangères (Amiti and Wei, 2004). Selon les estimations, cette pratique représenterait une valeur annuelle de 160 à 200 milliards de dollars, pour un taux de croissance annuelle de plus de 20 % (Bartels, 2005). L’externalisation des services peut aller du codage de données et des services à la clientèle (centres d’appel), activités à valeur ajoutée relativement faible, à des processus administratifs complexes (facturation, traitement de demandes de remboursement), voire des services spécialisés ou axés sur les technologies de l’information à forte valeur ajoutée (comptabilité, soins de santé, ingénierie).

L’externalisation de services vers l’Afrique subsaharienne est restée jusqu’ici marginale. Elle est concentrée dans quelques pays, et concerne des activités à faible valeur ajoutée. Plusieurs milliers de personnes sont employés dans des centres d’appels au Ghana, au Kenya et au Sénégal (Day, 2006; Lacey, 2005). Plus de 30.000 emplois dans des centres d’appels ont été créés en Afrique du Sud, qui vient en tête de la région, mais ces chiffres ne représentent que 0,5 % de l’ensemble de ces emplois dans le monde (Lacey, 2005).

L’Afrique subsaharienne est considérablement désavantagée pour le développement de ce secteur, bien qu’elle dispose de certains avantages qui font défaut dans d’autres pays mieux connus pour l’externalisation des services. Elle doit relever des défis considérables: coût élevé des télécommunications, distribution électrique peu fiable, déficiences des infrastructures de transport, pénurie de personnel qualifié et cherté relative des salaires (Zachary, 2004). Pourtant, les tarifs téléphoniques des pays de l’Afrique subsaharienne ont baissé depuis la mise en place d’un nouveau système de télécommunications par fibre optique avec l’Europe et les pays du même fuseau horaire. L’Afrique du Sud notamment pourrait exploiter l’expérience et les compétences des secteurs de la banque et de l’assurance qui sont aujourd’hui bien développés (McLaughlin, 2004; Farrell, 2006).

L’accroissement des dépenses publiques dans l’équipement et l’éducation est la clé qui permettra à la région d’attirer davantage d’activités externalisées. Pour la plupart des entreprises, des infrastructures de qualité contribuent à réduire les coûts d’installation et d’exploitation, et cet aspect est d’autant plus important que l’externalisation des services doit pouvoir compter sur des liaisons fiables. Comme les pays de l’Afrique subsaharienne sont à la traîne d’autres régions du monde du point de vue des infrastructures et de l’éducation, les investissements publics réalisés dans ces secteurs permettraient d’attirer plus d’activités de services externalisées tout en profitant à l’ensemble de l’économie.

Note: Cet encadré a été préparé par Dmitry Gershenson.

La réduction des coûts de transport est un objectif majeur pour l’Afrique subsaharienne. Les coûts de transport directs ont progressivement baissé, et sont l’élément le moins contraignant des relations commerciales de l’Afrique subsaharienne, mais il existe des coûts indirects liés aux infrastructures et aux institutions, tels que les frais portuaires, les droits de dédouanement et le fret interne. Ces coûts, qui sont souvent très supérieurs aux frais d’expédition internationaux, sont à l’origine d’importantes différences des prix relatifs entre les pays (Martin, 2005). De plus, une réduction globale des coûts de transport n’implique pas nécessairement un manque à gagner équivalent pour l’Afrique subsaharienne étant donné que l’Asie de l’Est a réaffecté ses flottilles vers le Pacifique suite à l’expansion de ses échanges. Selon les estimations d’Hummels (2001), chaque journée supplémentaire de transport ajoute 0,8 % au coût ad valorem, une considération de taille quand le chargement d’une cargaison dans un port de l’Afrique subsaharienne impose de quitter une ligne de navigation régulière. En s’appuyant sur des données des études Doing Business de la Banque mondiale, Djankov, Freund, Pham et leurs collaborateurs (2006) ont estimé que chaque jour de retard pris avant l’expédition réduit la valeur des échanges de 1 %. Les retards sont particulièrement coûteux pour les denrées périssables qui figurent en bonne place dans les exportations de l’Afrique subsaharienne.

Les pays côtiers doivent améliorer leur image pour attirer les chaînes d’approvisionnement internationales. Pour ce faire, ils devront s’attaquer à la composante intérieure des coûts indirects tels que le transport et la logistique, notamment au niveau des goulets d’étranglement comme le dédouanement. La libéralisation des échanges pourrait contribuer à attirer des entreprises dont les opérations sont disséminées dans le reste du monde. S’ils libéralisaient leurs échanges avec les pays enclavés voisins, les pays côtiers pourraient devenir des centres régionaux de distribution ou de montage. Les accords commerciaux régionaux ont un rôle à jouer, mais il faut améliorer les dispositions constituant des obstacles non tarifaires plutôt que d’adopter de nouveaux accords61. L’amélioration des infrastructures régionales contribuera également à développer les marchés, mais uniquement lorsque les procédures aux frontières et autres points de contrôle auront été allégées. Il est en outre essentiel d’améliorer les télécommunications dans la mesure où, au-delà des marchandises, le commerce international porte de plus en plus sur les services.

Les pays enclavés devraient s’attacher à réduire les coûts de transport et à améliorer l’intégration régionale, notamment avec les pays côtiers. Leurs exportations traditionnelles gagneraient en valeur, et ils pourraient ainsi tirer un meilleur parti de leur accès préférentiel à l’Union européenne et aux États-Unis. Même s’ils ne sont pas encore en mesure de développer pleinement leur secteur manufacturier, ils pourraient développer la transformation locale des matériaux bruts et agricoles, comme l’ont fait des pays à revenu plus élevé qui restent spécialisés dans l’agriculture. Ainsi, le thé et le café ne représentent plus qu’une faible part des exportations de l’Afrique subsaharienne alors qu’ils sont vendus comme produits fins dans les pays industrialisés. Les exportateurs de boissons pourraient relever leur valeur ajoutée en assurant eux-mêmes le triage, le conditionnement et le marquage de ces exportations, mais il leur faudra l’aide de leurs partenaires pour développer leurs capacités62. La promotion des produits manufacturés doit reposer sur les avantages existants, et viser à améliorer les capacités locales plutôt que s’appuyer sur des mesures telles que les subventions ou les taxes à l’exportation. Ainsi, la production de fil de coton soulagerait la pression exercée par les règles d’origine pour le commerce préférentiel, et lèverait certaines incertitudes quant au renouvellement de la loi AGOA dont les règles d’origine sont moins contraignantes. Les efforts menés dans le secteur public pour intensifier la production de fil n’ont pas porté leurs fruits, et les résultats ont montré que les taxes à l’exportation sur le coton brut pénalisent les cultivateurs.

Les pays riches en ressources doivent s’attacher à stimuler la productivité des secteurs manufacturiers voués à l’exportation. Nombre des pays exportateurs de ressources sont peu peuplés, ce qui les empêche de diversifier leur économie et, dans bien des cas, ils n’ont pas les capacités nécessaires pour valoriser leurs ressources naturelles. Les diamants sont expédiés d’Afrique australe vers l’Europe (et de plus en plus souvent vers l’Inde) où ils sont calibrés et polis. Le pétrole est exporté brut, raffiné dans un pays tiers, puis réimporté pour être vendu au détail. Les métaux et les minerais quittent la région dès après l’extraction et sont transformés dans d’autres régions du monde. L’expérience d’autres régions montre qu’un pays à revenu élevé peut être relativement spécialisé dans l’exportation de produits de ressources naturelles, mais ceci implique qu’il améliore sa position sur la chaîne de valeur. Les mesures engagées pour encourager la valorisation locale au moyen de taxes à l’exportation ou du contrôle des exportations de produits bruts n’ont cependant pas donné de bons résultats: une partie de la charge administrative est supportée par les fournisseurs locaux, tandis que les subventions implicites à la transformation sont gaspillées en rentes. Les choix d’orientation devraient être fondés sur des analyses détaillées des obstacles à aplanir ainsi que des coûts et avantages des interventions envisagées, d’autant que le coût des mesures agressives est souvent difficile à discerner63.

Les pays de l’Afrique subsaharienne auront besoin d’aide pour mieux se positionner sur les marchés mondiaux d’exportation, en particulier pour se conformer aux normes internationales en matière de produits. Nombre des obstacles à l’exportation tiennent aux spécifications techniques et aux normes de qualité exigées pour s’implanter sur certains marchés; c’est notamment le cas pour la valorisation des produits primaires. Les pays de l’Afrique subsaharienne pourraient développer leurs capacités en coopérant avec des partenaires de pays industrialisés, et pourraient aller de l’avant en se conformant aux normes internationales pour le plus grand nombre de biens et de services possible. Les possibilités de partenariat avec des entreprises asiatiques sont en pleine expansion du fait de l’augmentation des coûts de la main-d’œuvre en Asie, notamment si l’on considère qu’elles sont parvenues à s’implanter sur les marchés occidentaux; toutefois, en tant que base d’exportation, l’Afrique subsaharienne ne les intéressera que si le climat général des affaires s’améliore. L’harmonisation régionale des normes pourrait aussi contribuer à réduire les coûts de commercialisation, et développer les marchés jusque-là très fragmentés des entreprises de l’Afrique subsaharienne.

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