Information about Sub-Saharan Africa África subsahariana
Chapter

1. Entretenir la croissance dans un climat mondial d’incertitude

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2012
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Information about Sub-Saharan Africa África subsahariana
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Introduction et RÉsumÉ

La croissance économique reste vigoureuse en Afrique subsaharienne malgré l’affaiblissement de la conjoncture économique mondiale. La production régionale a augmenté de 5 % en 2011, et cette croissance devrait s’accentuer légèrement en 2012 grâce à la persistance de prix élevés pour les produits de base, à l’exploitation de nouvelles ressources et à l’amélioration des conditions intérieures qui a déjà rendu possibles plusieurs années de croissance tendancielle ininterrompue dans les pays à faible revenu de la région. Les résultats varient toutefois d’un pays à l’autre. En effet, la production des pays à revenu intermédiaire évolue davantage en phase avec le ralentissement mondial de l’activité et certaines sous-régions pâtissent, au moins temporairement, des effets de la sécheresse. Parmi les menaces qui pèsent sur les perspectives économiques de la région figurent le risque qu’une intensification des tensions financières dans la zone euro n’entraîne un nouveau ralentissement de l’activité au niveau mondial et la possibilité d’une flambée des cours du pétrole sous l’effet d’une recrudescence des tensions géopolitiques.

En dépit d’une conjoncture extérieure difficile, l’activité économique s’est développée à un rythme soutenu en Afrique subsaharienne en 2011; la production de la région a ainsi progressé de 5 %, c’est-à-dire plus vite que la production mondiale dans son ensemble, mais bien moins vite que pendant la période antérieure à la crise (2004–08), lorsque le taux de croissance régional avait atteint 6½ % en moyenne.

La plupart des pays ont participé à cette expansion, même si la sécheresse a ralenti la croissance dans un grand nombre de pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et les troubles civils qui ont suivi les élections ont entraîné une baisse de près de 5 % du PIB en Côte d’Ivoire. Les politiques macroéconomiques d’accompagnement ont joué un rôle important en soutenant la croissance dans beaucoup de pays de la région.

La hausse des prix mondiaux des produits alimentaires et pétroliers a contribué aux tensions inflationnistes dans un grand nombre de pays, encore que les prix alimentaires aient été aussi sensiblement influencés dans la région par les conditions locales d’approvisionnement. Les poussées d’inflation prononcées et soutenues ont été concentrées essentiellement en Afrique de l’Est et ont donné lieu, dans plusieurs des pays concernés, à un resserrement sensible de la politique monétaire qui devrait faire baisser l’inflation d’ici à la fin de 2012.

En 2012, la croissance régionale devrait s’accentuer légèrement grâce à la production de nouvelles ressources dans plusieurs pays et au redressement de l’activité après la sécheresse et les conflits civils dans des pays de l’UEMOA; en l’absence de ces facteurs ponctuels, le rythme de croissance serait légèrement plus faible qu’en 2011. Pour les deux plus grandes économies de la région, à savoir l’Afrique du Sud et le Nigéria, la croissance devrait ralentir (et tomber en dessous de 3 %) dans le premier, en raison du recul des exportations à destination des pays avancés, et rester à peu près inchangée dans le second (à environ 7 %), malgré des mesures de rééquilibrage budgétaire. Pour la plupart des pays de la région, les taux de croissance resteront stables, ou baisseront légèrement par rapport à 2011.

Si la région continue d’obtenir de bons résultats, c’est grâce, en particulier, au niveau favorable des cours des produits de base, à la réorientation plus marquée des exportations vers les marchés asiatiques dynamiques et à des systèmes financiers qui, pour la plupart, sont à l’abri des effets immédiats des tensions sur les marchés financiers mondiaux (voir chapitre 2). Dans un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne, les exportations de ressources naturelles contribuent dans une large mesure aux recettes d’exportation et budgétaires, et la demande dont ces produits font l’objet reste assez robuste, tout particulièrement pour ce qui est du pétrole (chapitre 3). Dans l’ensemble, les politiques macroéconomiques sont restées accommodantes, même si le rééquilibrage des finances publiques se poursuit dans plusieurs pays, et la politique monétaire, on l’a vu, a été durcie sensiblement dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Il semblerait que les flux d’aide aient diminué légèrement en 2011 et que les envois de fonds vers la région aient bien résisté. Néanmoins, les effets sur les flux d’aide d’une récession mondiale se font sentir sur plusieurs années.

Compte tenu des incertitudes qui planent sur l’économie mondiale, les perspectives économiques de la région sont exposées à plusieurs risques baissiers. Une recrudescence des tensions financières dans la zone euro pourrait entraîner un ralentissement plus généralisé de l’activité à l’échelle mondiale, avec une baisse des cours des produits de base, des flux d’échanges commerciaux et de l’investissement étranger. L’impact sur les pays d’Afrique subsaharienne dépendrait dans une large mesure des liens plus ou moins directs de leurs systèmes économiques et financiers avec l’Europe. Un autre facteur de risque est une flambée des cours du pétrole, sous l’effet de tensions géopolitiques: l’effet sur les pays subsahariens importateurs de pétrole dépendrait à la fois de l’ampleur de la hausse des cours et de la gravité du ralentissement mondial que provoquerait sans doute une montée en flèche des cours du pétrole. Il existe aussi des risques propres à l’Afrique, notamment une intensification des troubles politiques dans certains pays et la possibilité de nouveaux chocs climatiques.

Il n’existe pas de remèdes macroéconomiques universels qui seraient applicables à tous les pays d’Afrique subsaharienne sans distinction, mais il est possible de tracer des orientations générales:

  • Dans la plupart des pays de la région, les finances publiques sont plus fragiles qu’avant le début de la crise économique mondiale de 2008–09. La poursuite d’une croissance économique vigoureuse en 2012 devrait permettre un rééquilibrage des finances publiques en vue de reconstituer à terme les marges de manœuvre budgétaires. En l’absence de contraintes financières, il conviendrait d’éviter un resserrement prononcé dans les pays où la croissance reste fragile et qui sont largement tributaires de l’Europe.
  • Dans les pays où l’inflation a fait un bond en 2011, la priorité absolue doit rester de ramener le taux d’inflation en dessous de 10 %, pour éviter que l’inflation ne s’installe durablement à un niveau élevé et soit encore plus difficile à résorber par la suite. Tant la politique monétaire que la politique budgétaire doivent être mises à contribution dans ces pays.
  • Des plans de contingence sont nécessaires pour être prêt à réagir rapidement à l’évolution de la conjoncture économique mondiale. Un moyen efficace de soutenir la demande intérieure face à un ralentissement de l’activité mondiale consiste à laisser les déficits budgétaires se creuser, notamment en prenant des mesures temporaires, pour autant qu’existe une marge de financement suffisante pour le faire. Lorsque cela est possible, des ajustements de la politique monétaire et du taux de change offrent une marge de manœuvre supplémentaire aux autorités.
  • Une envolée des cours du pétrole pénalisera fortement les pays importateurs, en particulier si la hausse se prolonge. Si les financements extérieurs peuvent être utiles pour aider les pays à affronter une hausse de courte durée, le moyen le plus efficace d’éviter une déstabilisation des finances publiques est en général de répercuter l’augmentation des prix du pétrole sur les prix à la pompe et de promouvoir une utilisation efficiente des carburants. Des mesures budgétaires ciblées seront nécessaires pour protéger les populations les plus démunies et devraient être prévues dans les plans d’intervention.

Maintenir le cap Pour que la Dynamique de la Croissance se Poursuive en 2012

Jusqu’à présent, l’Afrique subsaharienne a réussi à maintenir une croissance économique vigoureuse face à une reprise mondiale hésitante, même si les résultats diffèrent d’un pays à l’autre. En 2011, comme pendant la décennie écoulée, la plupart des pays subsahariens—en particulier les pays à faible revenu et les pays exportateurs de pétrole—ont figuré parmi les pays les plus dynamiques au monde en termes de croissance. Globalement, les perspectives pour 2012 demeurent favorables, car certains facteurs ponctuels contribueront à une modeste accélération du rythme de croissance, même si des risques d’origine externe et interne menacent de saper en partie la dynamique de croissance de la région. Il existe aussi des problèmes sous-régionaux, notamment la sécheresse au Sahel, une inflation persistante en Afrique de l’Est, une reprise molle en Afrique du Sud et une montée de l’insécurité dans certaines régions d’Afrique occidentale.

Alors que la croissance ralentit au niveau mondial, elle est restée robuste en Afrique subsaharienne, où elle a atteint 5 % en 2011 (tableaux 1.1 et 1.2 et graphiques 1.1 et 1.2)1 et devrait avoisiner 5½ % en 2012, c’est-à-dire plus que dans les autres grandes régions du monde, hormis les pays d’Asie en développement.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004-0820092010201120122013
Afrique subsaharienne (total)6,52,85,35,15,45,3
Dont:
Pays exportateurs de pétrole8,65,26,66,07,16,1
Pays à revenu intermédiaire15,0-0,83,74,33,44,0
Dont: Afrique du Sud4,9-1,52,93,12,73,4
Pays à faible revenu17,35,56,35,85,95,9
États fragiles3,12,93,81,76,65,8
Pour mémoire:
Croissance économique mondiale4,6-0,65,33,93,54,1
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Hors États fragiles.

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Hors États fragiles.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne: autres indicateurs macroéconomiques
2004-0820092010201120122013
(variation en pourcentage)
Inflation, fin de période8,68,46,99,78,67,0
(en pourcentage du PIB)
Solde budgétaire global2,3-5,3-3,8-1,5-0,7-0,5
Dont: Hors pays exportateurs de pétrole-0,7-4,6-4,5-4,5-4,1-3,5
Solde extérieur courant0,9-3,1-2,4-1,8-2,0-2,6
Dont: Hors pays exportateurs de pétrole-5,0-5,3-4,8-5,5-6,8-6,7
(mois d'importations)
Couverture des importations par les réserves4,94,94,24,44,75,1
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel par groupe de pays

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.2.Pays à faible revenu d’AfSS et autres régions du monde: croissance du PIB réel

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

La divergence apparente entre la croissance en Afrique subsaharienne et la tendance générale au niveau mondial est en partie trompeuse. Premièrement, l’accélération de la croissance en 2012 est due à la mise en exploitation de nouveaux gisements de ressources naturelles dans plusieurs pays (dont l’Angola, le Niger et la Sierra Leone), à un redressement partiel de l’activité après la sécheresse au Sahel et dans certaines zones d’Afrique de l’Est (dont le Kenya) et à un net redressement de l’activité en Côte d’Ivoire au lendemain des troubles civils. En l’absence de ces facteurs ponctuels, le taux de croissance de la région aurait fléchi d’environ ½ % entre 2011 et 2012. Deuxièmement, les perspectives de croissance pour 2012 sont un peu moins favorables que dans l’édition d’octobre 2011 des Perspectives économiques régionales, les projections de croissance pour 2012 ayant été abaissées de près de ½ point de pourcentage en raison essentiellement de la dégradation des perspectives économiques de l’Afrique du Sud.

La situation, les perspectives et les risques économiques varient énormément au sein de la région2. Les indicateurs récents révèlent un ralentissement généralisé des exportations (graphique 1.3), mais des facteurs sous-régionaux et propres à certains pays jouent aussi un rôle déterminant. L’Afrique de l’Ouest, par exemple, a souffert en 2011 de ce qui s’est passé au Sahel et en Côte d’Ivoire, mais on s’attend à un redressement marqué de l’activité en 2012 (encadré 1.2). En Afrique de l’Est, plusieurs pays ont enregistré des taux d’inflation très élevés l’année dernière, et le resserrement de la politique monétaire qui s’en est suivi freinera la croissance de la production en 2012 (encadré 1.3). Pour l’Afrique du Sud et ses voisins immédiats, l’évolution de la demande chez les partenaires commerciaux est particulièrement importante, dans la mesure où une demande faible de la part des pays européens compromet les perspectives de croissance (encadré 1.4).

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne: indicateurs macroéconomiques

Sources: FMI, bases de données de International Financial Statistics et du Département Afrique.

Des différences apparaissent aussi si l’on groupe les pays de la région en fonction de leurs principales exportations et de leur niveau de revenu.

  • Dans les pays producteurs de pétrole de la région, la croissance du PIB devrait atteindre 7 % en 2012, grâce à la mise en service de nouvelles installations de production en Angola et à l’augmentation des niveaux de production au Tchad. Dans la plupart des cas, le secteur non pétrolier devrait enregistrer une croissance vigoureuse—c’est le cas depuis plusieurs années déjà en Angola et au Nigéria—même s’il faut s’attendre à un certain repli de l’activité au Cameroun et en Guinée équatoriale.
  • Selon les projections, la croissance devrait ralentir cette année dans la plupart des pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne. Dans la plupart des cas—notamment en Afrique du Sud, au Botswana et à Maurice —, le ralentissement trouve son origine dans l’intégration étroite de ces pays au commerce et aux marchés financiers mondiaux. Au Ghana, la croissance restera élevée (proche de 9 %), mais en recul par rapport à 2011, année où le PIB est monté en flèche grâce à la mise en service de nouvelles installations de production pétrolière. Au Sénégal, la production devrait recommencer à croître après le ralentissement de 2011 dû aux effets de la sécheresse.
  • L’activité reste généralement robuste dans les pays à faible revenu (hormis les États fragiles), encore qu’elle ait légèrement fléchi ces derniers temps3. À l’exception du Niger et de la Sierra Leone—où les grandes exploitations minières (et pétrolières dans le cas du Niger) vont faire monter les taux de croissance du PIB à 14 % et à 36 %, respectivement —, les taux de croissance devraient baisser en moyenne d’environ ¾ point de pourcentage entre 2011 et 2012. Au Mali, l’activité devrait se remettre des effets que la sécheresse de 2011 a eus sur l’agriculture, mais ce rebond pourrait être neutralisé par les effets des troubles politiques récents. La croissance continue de ralentir au Malawi, où la surévaluation du taux de change et le contrôle strict de l’accès aux devises dont elle s’accompagne perturbent l’activité économique.
  • Huit des douze pays d’Afrique subsaharienne qualifiés de fragiles en raison de la persistance de carences institutionnelles ou de conflits devraient connaître une croissance plus forte en 2012 qu’en 2011. On notera en particulier i) le rebond prononcé de l’activité économique en Côte d’Ivoire depuis les violences liées aux élections pendant le premier semestre de 2011 (la croissance devrait atteindre 8 % en 2012), et ii) le redressement de la croissance au Libéria (où elle devrait frôler 9 %), grâce à l’augmentation de la production de minerai de fer. En Guinée, les investissements miniers devraient accuser une forte hausse et créer les conditions d’une croissance vigoureuse de la production à moyen terme, compte tenu de l’abondance des richesses naturelles du pays.

Encadré 1.1.Afrique subsaharienne: groupes de pays1

L’Afrique subsaharienne est une région très variée, qu’il s’agisse de la population, des niveaux de revenu, ou de la composition de la production. Pour en analyser les évolutions, les services du FMI ont jugé utile de répartir les quarante-cinq pays qui composent la région en quatre grands groupes2.

  • Les pays exportateurs de pétrole, où la place du pétrole en tant que produit d’exportation est suffisamment importante pour que les cours mondiaux influent de manière déterminante sur l’évolution économique du pays. Ce groupe est composé de l’Angola, du Cameroun, de la République du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Nigéria et du Tchad.
  • Les pays à revenu intermédiaire, au sens de la classification de la Banque mondiale, qui repose sur le revenu par habitant et la qualité des institutions. Il est parfois utile de subdiviser encore ce groupe entre les pays qui en font partie depuis longtemps déjà et ceux qui ont atteint récemment le seuil de revenu par habitant pour y être inclus. L’Afrique du Sud est le pays dominant dans le premier sous-groupe, qui comprend aussi le Botswana, le Cap-Vert, le Lesotho, Maurice, la Namibie, les Seychelles et le Swaziland; le second sous-groupe est composé actuellement du Ghana, du Sénégal et de la Zambie.
  • Les États fragiles, définis comme tels en raison de la qualité relativement médiocre de leurs institutions selon l’indice d’allocation des ressources IDA de la Banque mondiale. Ils sont traités comme un sous-groupe à part parce que leur évolution économique peut être fortement influencée par des événements non économiques, notamment des conflits civils ou des périodes de reprise au lendemain de troubles civils. Ce groupe comprend actuellement le Burundi, les Comores, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Érythrée, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, la République centrafricaine, São Tomé-et-Príncipe, le Togo et le Zimbabwe.
  • Les pays à faible revenu non fragiles, où l’évolution de l’économie est en général explicable par des facteurs économiques plus conventionnels. Ce groupe rassemble le Bénin, le Burkina Faso, l’Éthiopie, la Gambie, le Kenya, Madagascar, le Malawi, le Mali, le Mozambique, le Niger, l’Ouganda, Rwanda, la Sierra Leone et la Tanzanie.

Graphique 1.Afrique subsaharienne: revenu national brut par habitant par groupe de pays, 2010

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Le RNB par habitant varie considérablement d’un groupe à l’autre: en 2010, il a atteint près de 4.000 dollars en moyenne dans les pays à revenu intermédiaire et environ 1.500 dollars dans les pays exportateurs de pétrole. Les RNB par habitant des pays à faible revenu et des États fragiles sont comparables; ils s’élèvent à environ 400 dollars pour les premiers et à 500 dollars pour les seconds, la moyenne légèrement plus élevée des États fragiles étant due à l’inclusion de la Côte d’Ivoire et de São Tomé-et-Príncipe.

1La définition précise des différents groupes de pays est donnée à l’appendice statistique.2À l’heure actuelle, on ne dispose pas de données macroéconomiques pour le Soudan du Sud.

Une Nouvelle RÉSilience

Au cours de la décennie écoulée, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré durablement des taux de croissance qui leur semblaient auparavant hors de portée. Mais pourront-ils maintenir ce rythme soutenu?

Malgré les risques de dégradation de la situation, le tableau global pour l’Afrique subsaharienne est nettement plus encourageant que pour les autres régions du monde, notamment les pays avancés d’Europe et d’Amérique du Nord. Cela tient en partie aux caractéristiques que beaucoup de pays de la région ont en commun avec les autres pays en développement. L’augmentation de la population en âge de travailler, le développement de l’urbanisation et l’intégration des progrès technologiques (tels que les technologies de l’information et des communications) sont autant de bases solides pour une croissance soutenue. Le dynamisme de la croissance en Afrique subsaharienne trouve son équivalent dans les pays en développement d’Asie et une grande partie de l’Amérique latine.

La croissance vigoureuse et soutenue que la région a enregistrée dernièrement—en particulier dans les pays à faible revenu—tranche nettement avec le passé, lorsque l’Afrique subsaharienne était largement distancée par les autres parties du monde en développement.

Comme le mentionnaient des éditions antérieures de ce rapport, les pays les plus performants de la région ont fait montre de diverses caractéristiques qui expliquent en partie cette rupture avec le passé:

  • La mise en œuvre des politiques macroéconomiques et structurelles s’est considérablement améliorée au cours de la décennie 2000. Les soldes budgétaires se sont renforcés, l’inflation a reculé, le taux de couverture des importations par les réserves a progressé et, grâce en partie aux initiatives internationales d’allégement de la dette, les ratios d’endettement public ont été réduits (graphique 1.4). Les marchés ont été libéralisés et le climat s’est amélioré pour les entreprises privées—même s’il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine.

    Graphique 1.4.Afrique subsaharienne: ratios d’endettement public, 2000–11

    Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

  • Les dépenses d’investissement—tant dans le secteur des ressources naturelles que dans les autres secteurs—se sont considérablement accrues en pourcentage du PIB au cours de la décennie écoulée (graphique 1.5), ce qui traduit en partie l’augmentation des taux d’épargne intérieure. Mais le manque d’infrastructures reste criant dans un grand nombre de pays, d’où la possibilité de stimuler davantage la production et la productivité en lançant des projets d’équipement soigneusement choisis et exécutés avec efficacité.

    Graphique 1.5.Afrique subsaharienne: investissements en capital, 2000–11

    Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

  • Les capacités institutionnelles continuent de s’améliorer. La plupart des indicateurs de gouvernance révèlent que l’Afrique subsaharienne est encore distancée par le reste du monde dans ce domaine, mais la région rattrape son retard à certains égards, notamment pour ce qui est de la représentation et de la responsabilisation vis-à-vis du public. L’impact économique des violences politiques et des conflits armés a fortement diminué ces vingt dernières années même si la montée de l’insécurité continue de menacer la croissance dans plusieurs pays.
  • Bien que les systèmes financiers de la plupart des pays restent peu développés par rapport aux autres régions, les marchés financiers se sont considérablement diversifiés ces dix dernières années, de sorte que, en proportion du PIB, le crédit intérieur est passé d’environ 14 % en 2000 à plus de 20 % en 2010 (graphique 1.6). La diversification financière est, en partie, une conséquence de la croissance soutenue, mais elle en a aussi été un facteur important.

    Graphique 1.6.Afrique subsaharienne hors Afrique du Sud: crédit au secteur privé, 1995–2010

    Sources: FMI, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

  • Ces deux dernières décennies, la productivité moyenne de la main-d’œuvre, mesurée par le PIB réel par adulte, a suivi une progression régulière dans la région, même si l’écart par rapport à la croissance de la productivité dans les pays en développement d’Asie reste très prononcé (graphique 1.7).

    Graphique 1.7.Principales régions: croissance moyenne de la productivité de la main-d’œuvre, 1990–2009

    Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

  • L’évolution favorable des cours des produits de base, suscitée par l’accroissement de la demande asiatique, et la découverte de nouvelles ressources ont été des moteurs importants de la croissance dans la vingtaine de pays où les ressources naturelles non renouvelables constituent une proportion importante des exportations (voir chapitre 3). Mais la croissance a aussi été vigoureuse dans les nombreux pays qui, jusqu’à présent, ont davantage misé sur les matières premières agricoles, les envois de fonds et l’aide étrangère pour conforter leur balance des paiements (par exemple l’Éthiopie, le Mozambique et le Rwanda).

Outre l’accélération soutenue de la croissance au cours de ces dix dernières années, la région a aussi fait preuve d’une forte résilience cyclique face aux turbulences financières mondiales depuis 2008 et au ralentissement de l’activité économique qui s’en est suivi dans le monde. Plusieurs facteurs y ont contribué:

  • Les systèmes financiers de la région sont encore relativement préservés de ce qui se passe sur les marchés financiers mondiaux, car le financement des banques repose sur un volume important de dépôts intérieurs plutôt que sur des sources extérieures (voir chapitre 2). Ainsi, pendant la crise financière mondiale de 2008–09 ou le second semestre de 2011, peu de pays ont souffert directement et de façon sensible des perturbations de l’accès au crédit ou des flux de capitaux. Les pays subissant les effets des amples fluctuations des flux de capitaux ont utilisé leurs réserves de change (Nigéria) ou ajusté leur taux de change (Afrique du Sud) pour amortir les chocs.
  • En Afrique subsaharienne, les politiques budgétaires continuent d’accompagner la croissance depuis le ralentissement mondial de 2009. En dehors des pays exportateurs de pétrole, le déficit budgétaire global moyen exprimé en pourcentage du PIB s’est creusé de 3 points en 2009, dont 0,5 point devrait être résorbé en 2012. Dans les autres régions, la politique budgétaire est généralement axée sur le rééquilibrage des comptes depuis 2010.
  • Depuis leur rebond en 2010, les cours des principaux produits de base, dont le pétrole, sont restés relativement élevés, ce qui a bénéficié à certains pays exportateurs.

L’inflation, ProblÈme SÉlectif?

L’un des principaux thèmes de l’édition d’octobre 2011 des Perspectives économiques régionales était la hausse perceptible de l’inflation dans toute la région, qui était liée à la flambée des prix mondiaux des produits alimentaires et énergétiques au premier semestre de 2011. En décembre 2011, l’inflation s’établissait en moyenne à 9¾ % dans la région, contre environ 7 % un an plus tôt. Cette hausse était répartie de façon assez inégale dans la région, l’Afrique de l’Est étant la plus durement touchée: l’inflation sur douze mois dans les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CEA) avait augmenté de près de 16 points de pourcentage (pour atteindre 20 %) par rapport à fin 2010, et avait même grimpé de 15 % à 36 % en Éthiopie au cours de la même période. En revanche, certains pays n’ont connu qu’une hausse modérée de l’inflation qui s’est vite résorbée après que les cours mondiaux se sont stabilisés. Ainsi, au sein de l’UEMOA, les taux d’inflation sur douze mois ont à peine dépassé 5 % et ont généralement terminé l’année à un niveau très voisin de leur point de départ, tandis que les pays producteurs de pétrole, et tout particulièrement l’Angola, ont enregistré une légère baisse de l’inflation au cours de l’année.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de ces résultats disparates. Comme l’illustre le graphique 1.8, les prix de l’alimentation—qui peuvent constituer plus de la moitié des dépenses d’un rôle clé dans l’augmentation de l’indice des prix à la consommation (IPC) en 2011. Cela dit, les pondérations des produits alimentaires et des boissons dans les paniers de l’IPC—et, par conséquent, la sensibilité de cet indice à l’évolution des prix alimentaires—diffèrent largement d’un pays à l’autre au sein de la région. En outre, la hausse des prix alimentaires mondiaux n’a pas concerné tous les produits de façon uniforme, ce qui fait que les importateurs de produits alimentaires ont été touchés à des degrés divers en fonction des produits qu’ils importent. Enfin, les conditions d’approvisionnement internes ont varié à l’intérieur de la région; ainsi, la sécheresse qui a sévi dans certaines parties du continent (notamment dans la Corne de l’Afrique) a accentué les tensions sur les prix, tandis que les bonnes récoltes dont ont bénéficié d’autres sous-régions (notamment en Afrique australe) ont aidé à contenir les hausses de prix.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne: indice des prix à la consommation et inflation des prix alimentaires, moyenne 2011

Sources: FMI, Système des avis d’information, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

1Comprend tous les pays d’AfSS dont les régimes de change ne sont ni des régimes classiques de rattachement à une ou plusieurs monnaies, ni des caisses d’émission, et vont d’un régime de facto de parité ajustable à un régime de change flottant complet, au sens du Rapport annuel 2011 du FMI sur les régimes et les restrictions de change (AREAER).

Encadré 1.2.Impact sur l’Uemoa du redressement de la Côte d’Ivoire et de la sécheresse au Sahel1

En 2011, la croissance économique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a été influencée par deux événements majeurs: i) la crise politique en Côte d’Ivoire, et ii) la sécheresse au Sahel.

Après une décennie d’instabilité politique et de stagnation économique, la Côte d’Ivoire a connu un conflit armé pendant plusieurs mois au lendemain de l’élection présidentielle de novembre 2010. Ce conflit a pris fin en avril 2011, mais il a eu de graves répercussions: l’activité économique s’est fortement contractée au début de 2011 et, malgré le redressement qui a suivi, le PIB annuel a diminué de 4,7 % d’après les estimations. La croissance devrait rebondir et atteindre environ 8 % en 2012, avant de revenir autour de 6 à 6,5 % à moyen terme. Étant donné que la Côte d’Ivoire compte pour environ 30 % dans le PIB de l’UEMOA, ces fluctuations ont un impact majeur sur la croissance de la région (graphique 1). Au-delà de l’effet mécanique sur les agrégats régionaux, le redressement de la Côte d’Ivoire aura un impact positif sur les autres pays de la région (en particulier les pays enclavés de l’UEMOA) grâce à la reprise des échanges commerciaux, des envois de fonds et des investissements. Cependant, l’ampleur des besoins de financement de la Côte d’Ivoire pourrait avoir des retombées négatives sur le marché financier régional. Pourtant, le redressement du pays ouvre de nouvelles possibilités pour accélérer l’intégration régionale au sein de l’UEMOA et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à moyen terme.

Graphique 1.Afrique de l’Ouest: croissance du PIB réel, 2010–13

Sources: FMI, bases de données des Perspectives de l’économie mondiale et du Département Afrique.

La sécheresse récente a durement éprouvé le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Sénégal (pays membres de l’UEMOA), ainsi que la Gambie, la Mauritanie et le Tchad. On estime qu’entre 8 et 10 millions de personnes souffrent aujourd’hui de l’insécurité alimentaire et ont besoin d’assistance. L’aide humanitaire est dirigée par le Programme alimentaire mondial, qui en évalue le coût final à environ 800 millions de dollars. D’après les estimations, la production d’aliments de base dans les pays touchés a diminué d’environ un tiers, encore qu’il y ait de grands écarts entre pays et entre récoltes. Pour la plupart, les effets de la sécheresse sur le PIB se sont fait sentir en 2011. À condition que les principaux intrants soient disponibles pour la saison des semailles et que la production agricole redémarre, la fin de la sécheresse devrait se traduire par une accentuation de la croissance régionale en 2012. Cependant, c’est en 2012 que la population subit les effets les plus aigus de la sécheresse sous forme d’une aggravation de la faim et de la malnutrition. Les prix alimentaires pourraient aussi augmenter avant l’arrivée des nouvelles récoltes. Les déficits budgétaires globaux vont vraisemblablement se creuser en 2012 dans les pays touchés, la dégradation étant de l’ordre d’au moins 2 % du PIB au Mali et de 2 à 2½ % du PIB en Gambie. Les déficits extérieurs courants devraient aussi s’accentuer. Sous l’effet de tous ces facteurs, la croissance de l’UEMOA a été très faible en 2011 (environ 1 %), mais devrait vivement rebondir en 2012 (et atteindre environ 6,5 %), malgré l’affaiblissement de la conjoncture extérieure.

Cet encadré a été préparé par Hervé Joly et Doris Ross.1On trouvera de plus amples informations dans le rapport établi par les services du FMI pour les consultations de 2012 avec l’UEMOA, disponible à l’adresse suivante: http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2012/cr1259.pdf.

En ce qui concerne les effets de la hausse des cours mondiaux du pétrole, les différences entre pays en matière de politique des prix des produits pétroliers ont joué un rôle déterminant: de nombreux pays (notamment en Afrique australe et en Afrique de l’Est) ont laissé la hausse se répercuter entièrement sur les prix intérieurs, tandis que d’autres pays (notamment les pays producteurs de pétrole et les pays membres de l’UEMOA) ont limité la répercussion de la hausse ou l’ont empêchée par des mesures budgétaires (en relevant les subventions ou en abaissant les taux effectifs des taxes). C’est en raison de ces différences structurelles que la flambée des cours mondiaux du pétrole n’a pas eu le même effet direct sur tous les pays—mais, pour ce qui est de l’inflation, ce n’est là qu’un des facteurs à prendre en considération pour 2011.

Tout aussi importante a été la diversité des réactions des autorités monétaires face à la flambée des prix, qui ont influencé la répercussion de la hausse initiale sur les autres prix intérieurs et le taux de change. Dans les pays à régime de change fixe, on n’a guère relevé d’effets inflationnistes de cette nature, même là où le taux de change effectif s’est un peu déprécié. Dans les pays pratiquant le ciblage de l’inflation, telle l’Afrique du Sud, l’impact en matière d’inflation a été limité aux effets immédiats de la hausse des prix des importations.

Encadré 1.3.Afrique de l’Est: persistance de la crise alimentaire et énergétique

Nous examinons ici la montée en flèche de l’inflation dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est en 2011 (graphique 1). Selon une analyse récente, l’inflation intérieure des prix de l’alimentation et des autres produits est plus sensible dans ces pays à une flambée des prix alimentaires mondiaux que dans les autres pays d’Afrique subsaharienne1. Cela peut être dû à des facteurs structurels, tels que le degré d’autosuffisance alimentaire ou l’importance relative de la fixation administrative des prix. Des effets secondaires plus importants comparés à d’autres pays à la suite de chocs sur les prix alimentaires et non alimentaires, sont attribuables à l’orientation trop accommodante de la politique monétaire et aux tensions sur la demande au moment où ces chocs ont eu lieu.

Graphique 1.Afrique de l’Est: inflation IPC, janv. 2010–déc. 2011

Sources: FMI, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

En 2011, l’inflation des prix alimentaires a culminé au Kenya (22 %) et en Éthiopie (52 %), sous l’effet en partie de la pénurie locale de denrées alimentaires due à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique. L’inflation des prix alimentaires a aussi nettement augmenté au Burundi, en Ouganda et en Tanzanie. En même temps, l’inflation des prix à la consommation a été influencée par la montée de l’inflation hors alimentation au Burundi, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. La hausse des coûts de transport consécutive à l’augmentation des cours mondiaux du pétrole a joué un rôle particulièrement important dans les pays enclavés que sont le Burundi et l’Ouganda, et le prix de l’électricité s’est fortement accru en Tanzanie.

La dépréciation des monnaies et l’orientation accommodante de la politique monétaire ont aussi joué un rôle. Les taux directeurs, qui étaient descendus jusqu’à des niveaux jamais atteints auparavant pendant la récession mondiale de 2009, n’ont pas été sensiblement relevés jusqu’à fin 2011, malgré le dynamisme de l’économie et la hausse de l’inflation. Au Burundi, en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, les agrégats monétaires se sont accrus de plus de 20 % dans la période qui a précédé la poussée inflationniste.

Pour contenir les effets secondaires potentiels, le Burundi, le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie ont relevé leurs taux directeurs fin 2011, tandis que l’Éthiopie a comprimé sa base monétaire. Les taux directeurs sont montés de 17 points en 2011 en Ouganda et de 11 points, en chiffres cumulés, au dernier trimestre au Kenya (graphique 2). Les autorités tanzaniennes ont durci leur politique monétaire fin 2011 en relevant les réserves obligatoires et en diminuant les positions ouvertes nettes. La croissance de la masse monétaire au sens large a ainsi ralenti au Kenya et en Tanzanie et s’est stabilisée en Ouganda, tandis que, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, les taux de change s’appréciaient et les hausses de prix à la consommation commençaient à se stabiliser.

Graphique 2.Afrique de l’Est: taux directeurs, janv.–déc. 2011

Sources: FMI, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

Sous l’effet de ces mesures, les perspectives se sont améliorées sur le plan de l’inflation, mais se sont détériorées pour ce qui est de la croissance. Les prévisions de croissance de l’Ouganda pour 2012 ont été révisées en baisse (de ¾ %) par rapport à octobre dernier. La banque centrale ougandaise a commencé à assouplir les taux d’intérêt, qui avaient atteint récemment des niveaux élevés, mais la persistance de la poussée inflationniste pourrait nécessiter un nouveau durcissement monétaire en Éthiopie et au Burundi. En général, le resserrement des politiques budgétaires permettrait de moins recourir à la politique monétaire et de maintenir durablement l’inflation à des niveaux bas dans la région.

Cet encadré a été préparé par John Shields et Oral Williams.1Stepanyan, Ara, à paraître, 2012, «Second-Round Effects of Common versus Idiosyncratic Shocks of Food and Non-food Prices in sub-Saharan Africa», Fonds monétaire international.

Il en est allé tout autrement dans certains pays à croissance rapide et à régime de change flottant qui avaient maintenu leurs taux d’intérêt proches des niveaux bas qu’ils avaient atteints pendant le ralentissement mondial. La croissance vigoureuse du crédit laissait déjà entrevoir la perspective de pressions inflationnistes dans ces pays, et ceux qui avaient subi de fortes tensions sur les prix alimentaires se sont révélés particulièrement vulnérables aux effets induits. Dans plusieurs cas, les taux de change se sont dépréciés sous l’effet de l’orientation souple de la politique monétaire, ce qui a contribué d’autant aux pressions inflationnistes; les taux d’inflation ont avoisiné ou ont dépassé 20 % au quatrième trimestre de 2011 au Burundi, en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Un resserrement de la politique monétaire dans la plupart de ces pays a fini par mettre un terme à l’emballement des prix. Comme cela est expliqué à l’encadré 1.3, des relèvements des taux directeurs et des réserves obligatoires (un contrôle plus strict de la base monétaire dans le cas de l’Éthiopie) ont soutenu les taux de change et atténué en partie les tensions sur les marchés du crédit et des produits. Les taux d’inflation ont commencé à retomber, mais sont restés élevés, tout particulièrement en Éthiopie, en Ouganda et en Tanzanie, et il faudra un certain temps (et une politique monétaire suffisamment restrictive) pour qu’ils reviennent en dessous de 10 %.

Selon les projections, l’inflation devrait continuer de s’atténuer dans toute la région en 2012. Une hypothèse importante à cet égard est que la croissance relativement faible de l’économie mondiale empêchera les cours des produits de base de repartir à la hausse pendant cette année—encore que la montée des cours du pétrole pendant les premiers mois de 2012, provoquée en grande partie par des inquiétudes concernant l’offre, rappelle que des risques subsistent dans ce domaine.

Comme le montre la présence d’un grand nombre de pays à droite de la diagonale du graphique 1.9—qui compare la baisse prévue de l’inflation en 2012 à l’évolution correspondante en 2011 —, il ne faut pas s’attendre à ce que les taux d’inflation de la plupart des pays retrouvent leur niveau de fin 2010 à brève échéance. Même la légère amélioration indiquée ici repose sur l’hypothèse d’une certaine fermeté des taux d’intérêt dans les pays où les taux directeurs restent bas compte tenu de la conjoncture.

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne: évolution de l’inflation IPC à partir de 12 mois plus tôt, fin 2012 comparé à fin 2011

Sources: FMI, base de données du Département Afrique, Système des avis d’information et International Financial Statistics.

Le RÉÉquilibrage BudgÉTaire se Fait de FaÇon Progressive et InÉgale

La politique budgétaire a contribué au climat généralement accommodant qui a régné dans la région en 2011 (graphique 1.10). La plupart des pays exportateurs de pétrole et des pays à revenu intermédiaire ont commencé à résorber les effets de l’expansion budgétaire mise en œuvre pendant la crise mondiale en réduisant les déficits budgétaires hors ressources naturelles. Dans un grand nombre de pays à faible revenu, les déficits ont continué de s’accroître ou se sont lentement stabilisés. Il n’y avait pourtant pratiquement pas de stimulus budgétaire. Mais même cette évolution légèrement défavorable des déficits budgétaires ne répondait pas en général à un besoin de politique anticyclique. Les déficits budgétaires sont restés dans l’ensemble supérieurs aux niveaux qui seraient nécessaires pour stabiliser la dette.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne: solde budgétaire global, 2004–12

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Dans les pays exportateurs de pétrole, le redressement des recettes liées à l’exploitation des hydrocarbures et des autres recettes fiscales a permis que s’enclenche une dynamique positive. Malgré la croissance des dépenses publiques, les déficits budgétaires hors pétrole ont diminué dans tous les pays hormis le Cameroun et le Gabon (où des élections nationales avaient lieu) et les excédents budgétaires globaux sont devenus la norme.

Les pays à revenu intermédiaire ont aussi procédé dans l’ensemble à un rééquilibrage modeste des finances publiques. Les pays de ce groupe figurent parmi ceux qui ont été le plus durement touchés par la crise mondiale, mais, dans la plupart des cas, ils ont été à même d’utiliser la politique budgétaire pour contrer les effets du ralentissement de l’activité. Plus récemment, ils ont commencé à retirer les mesures de relance budgétaire. Un cas exceptionnel a été celui du Swaziland, où la baisse des recettes de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU) a fortement contribué au déficit budgétaire.

Malgré la détérioration de 1 point de PIB du solde budgétaire global en 2011, les pays à faible revenu et les États fragiles ont été presque aussi nombreux à enregistrer une amélioration qu’une aggravation de leur déficit. Dans la plupart des cas, les déficits budgétaires globaux sont restés bien inférieurs à 5 % du PIB. En outre, bien souvent, le creusement du déficit a été le résultat d’une poussée des dépenses publiques d’investissement liées à des projets à forte rentabilité potentielle ou à des événements ponctuels (le conflit consécutif aux élections en Côte d’Ivoire). Dans les pays à faible revenu non exportateurs de ressources naturelles, les recettes fiscales exprimées en proportion du PIB ont retrouvé leur trajectoire ascendante sur le long terme (graphique 1.11).

Graphique 1.11.Pays à faible revenu d’AfSS non exportateurs de ressources naturelles: recettes totales, hors dons, 2000–12

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

On s’attend à ce que le tableau soit à peu près aussi contrasté en 2012. Dans la plupart des cas, les marges de manœuvre budgétaires resteront moins élevées qu’au cours de la période 2004–08 (avec un solde budgétaire moyen pour la région d’environ 3 points de PIB), mais il est probable que certaines mesures de rééquilibrage budgétaire seront prises dans environ la moitié des pays à faible revenu et des États fragiles par rapport à 2011. Dans bien des cas, ce rééquilibrage annulera l’expansion de 2011, en s’appuyant sur le ralentissement, ou au moins la stabilisation, de la croissance des dépenses amorcée pendant la récession mondiale, l’amélioration des recettes jouant aussi un rôle important dans certains cas. Un processus similaire de rééquilibrage des finances publiques devrait avoir lieu dans les pays à revenu intermédiaire. Quant aux pays exportateurs de pétrole, ils répéteront dans une large mesure le schéma de 2011.

Il existe des différences notables entre les pays à faible revenu. Dans un grand nombre de pays où les déficits devraient se creuser, cette évolution devrait être due une fois encore à de nouveaux grands projets d’investissement (en particulier dans les infrastructures), comme en Éthiopie, au Rwanda et en Tanzanie.

Des Comptes ExtÉrieurs GÉNÉRalement Robustes

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont bénéficié du redressement de la demande d’exportations, qui s’était effondrée à la suite du ralentissement de l’activité en 2009, et de la flambée des cours des produits de base en 2010 et au début de 2011. Cela dit, comme la croissance du commerce mondial a marqué le pas au second semestre de 2011 et que les échanges commerciaux devraient continuer à manquer de dynamisme cette année, il faut s’attendre à ce que les exportations contribuent moins à l’activité économique en 2012. Il est probable que cette évolution sera particulièrement manifeste dans les pays à revenu intermédiaire, en raison notamment de la dépendance de l’Afrique du Sud à l’égard des exportations de produits manufacturés et de produits de base ainsi que de la dépendance du Botswana à l’égard des exportations de diamants. Cependant, étant donné que la zone euro acquiert aujourd’hui moins d’un cinquième des exportations subsahariennes—et que la Chine et d’autres pays émergents deviennent les principales destinations des exportations de la région —, les pays à faible revenu et les États fragiles sont mieux équipés pour supporter les effets d’un ralentissement des flux commerciaux internationaux centré sur la zone euro, mais ils restent vulnérables à un repli généralisé du commerce mondial (graphique 1.12).

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne: répartition des exportations par partenaire

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

1Les pays exportateurs de pétrole sont l’Angola, le Cameroun, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigéria et le Tchad.

Parmi les pays à faible revenu et les États fragiles, deux grandes tendances se dégagent. Pour un petit nombre de pays producteurs de ressources naturelles non renouvelables—notamment le Libéria, Madagascar, le Niger et la Sierra Leone —, l’exploitation de nouvelles mines (ainsi que du pétrole dans le cas du Niger) va fortement stimuler les exportations, en ajoutant près de 3 points de pourcentage à la croissance en volume des exportations totales du groupe en 2012 et presque 1 point à la croissance de son PIB. Ailleurs, les exportations suivront à peu près les tendances mondiales.

En ce qui concerne la plupart des pays subsahariens non pétroliers, étant donné que leurs termes de l’échange devraient se détériorer par rapport aux niveaux records atteints en 2011, les importations devraient généralement croître plus vite que les exportations en 2012. Compte tenu aussi de la stabilité des envois de fonds en termes nominaux depuis 2007—malgré l’instabilité de l’environnement économique dans lequel les migrants travaillent, aussi bien en Afrique subsaharienne qu’en dehors de la région —, le solde extérieur courant global des pays à revenu intermédiaire et à faible revenu devrait se dégrader légèrement. Cette évolution sera compensée par une modeste progression des excédents des pays exportateurs de pétrole, qui s’ajoutera à l’amélioration considérable enregistrée en 2011 (graphique 1.13).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne: solde extérieur courant, 2004–12

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Les investisseurs des pays avancés et des pays émergents ayant élargi leur recherche de rendements plus élevés, l’Afrique du Sud, Maurice, le Nigéria et quelques pays producteurs de ressources naturelles (Ghana, Zambie, Zimbabwe) ont continué d’attirer un volume important d’investissements de portefeuille. En revanche, l’intérêt suscité par les autres marchés pionniers d’Afrique subsaharienne est resté nettement inférieur au niveau d’avant la crise, ce qui s’explique peut-être encore par l’absence de taux d’intérêt élevés et par l’instabilité des taux de change (FMI, 2011; chapitre 2). L’augmentation du nombre de fonds d’investissement centrés sur l’Afrique subsaharienne est toutefois un signe prometteur.

Des AvancÉes Dans la Lutte Contre la PauvretÉ

Des estimations récentes de la Banque mondiale confirment que la baisse tendancielle de l’indice de pauvreté depuis le milieu des années 90 s’est poursuivie jusqu’à la fin de la décennie 2000. Si l’on prend comme référence un seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour calculé aux prix de 2005, la proportion estimative de la population de la région qui vit dans la pauvreté est tombée de 56,5 % en 1990 à 47,5 % en 2008. Mais, en ce qui concerne le premier objectif du Millénaire pour le développement (OMD), à savoir la réduction de moitié des taux de pauvreté, la région a encore beaucoup de chemin à parcourir et reste la partie du monde où l’incidence de la pauvreté est, de loin, la plus forte (graphique 1.14). Compte tenu des progrès accomplis ces dernières années dans la réduction de la pauvreté, l’Afrique subsaharienne, comme l’Asie du Sud, n’atteindra pas l’OMD en question à l’horizon 2015.

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne: indice de pauvreté sur la base d’un seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Les Risques Pesant sur les Perspectives ÉConomiques

Jusqu’à présent, notre raisonnement s’est appuyé sur l’hypothèse fondamentale que la croissance économique mondiale ralentira légèrement en 2012 et ne se redressera que modérément jusqu’à fin 2013 (tableau 1.1 et graphique 1.2)4. Il existe des risques considérables que la situation évolue de façon moins favorable, les menaces immédiates étant une nouvelle aggravation de la crise de la zone euro et la possibilité d’une flambée des cours du pétrole sous l’effet d’une accentuation des incertitudes géopolitiques. Chacun de ces deux événements aurait de profonds effets négatifs sur l’Afrique subsaharienne.

L’édition d’avril 2012 des Perspectives de l’économie mondiale prévoit que la croissance mondiale va ralentir davantage en 2012 (en glissement annuel), en raison surtout du manque de dynamisme des pays avancés. Ce scénario de référence est toutefois entouré d’importantes incertitudes. Comme le montre le graphique 1.15 représentant le profil de risque pour les perspectives de croissance en Afrique subsaharienne, il paraît très probable que la croissance de la production sera soutenue en 2012, mais on ne peut exclure un ralentissement de l’activité par rapport à 2011. Pour mieux comprendre les risques baissiers, nous considérons deux scénarios comportant des chocs négatifs au niveau mondial.

Graphique 1.15.Afrique subsaharienne: perspectives de croissance, 2012 et 2013

Sources: FMI, bases de données des Perspectives de l’économie mondiale et du Département Afrique; estimations des services du FMI.

Intensification des tensions dans la zone euro

Le premier scénario moins favorable est celui où les tensions financières en Europe s’intensifient sensiblement sous l’effet d’un resserrement du crédit bancaire et d’un regain d’inquiétude quant aux finances publiques et à la qualité des actifs bancaires. Cela se traduirait par une forte contraction de la production dans la zone euro, avec des effets induits sur les autres parties de l’économie mondiale. Ce scénario, qui est envisagé dans les Perspectives de l’économie mondiale, entraînerait une baisse de la production mondiale (par rapport aux projections de référence) d’environ 2 % d’ici à 2013, qui engendrerait elle-même une chute de 17 % des cours du pétrole et de 10 % des cours des autres produits de base5.

Qu’est-ce que cela signifierait pour l’Afrique subsaharienne?

  • Étant donné que la plupart des secteurs financiers sont relativement coupés des marchés financiers mondiaux, les retombées de cette évolution prendraient essentiellement la forme d’une baisse des exportations, du tourisme, de l’investissement direct, des envois de fonds et, à terme, des flux d’aide.
  • Deux évaluations des effets de ce fléchissement de l’économie mondiale sur l’Afrique subsaharienne—l’une réalisée à l’aide du modèle économique mondial du FMI, l’autre étant une évaluation par pays de l’impact probable sur un groupe composé des plus grandes économies de la région—aboutissent à des conclusions convergentes: la croissance de la production diminuerait dans la région de 0,5–0,6 point de pourcentage en 2012 et en 2013. Cependant, l’impact varierait considérablement selon le groupe de pays.
  • Le ralentissement de la croissance serait plus prononcé (environ 0,7 point de pourcentage chaque année) en Afrique du Sud, dont les exportations souffriraient sensiblement de la contraction de la demande en Europe. L’impact direct éventuel sur le secteur financier serait modeste, encore que les fluctuations des flux de capitaux (et le faible niveau des exportations) influeraient sur la valeur du rand. Le ralentissement en Afrique du Sud se répercuterait sur les autres pays membres de l’Union douanière d’Afrique australe, peut-être avec un certain décalage.
  • Malgré la baisse des cours du pétrole, il est probable que les principaux pays exportateurs de pétrole ne seraient guère touchés, hormis par un léger impact sur leur production hors pétrole, le principal effet prenant la forme d’une accumulation moindre de réserves de change. Dans l’ensemble, les budgets pour 2012 ont été élaborés sur la base d’hypothèses prudentes concernant les cours du pétrole, de sorte que les dépenses budgétaires ne devraient pas être mises à mal par la baisse prévue. Les pays dont les réserves sont plus fragiles pourraient subir des sorties de capitaux spéculatifs. Le Cameroun, dont les exportations non pétrolières à destination de l’Europe sont importantes, est le seul pays où la croissance ralentirait de façon sensible (d’environ 0,5 point de pourcentage chaque année).
  • L’impact prévu sur les pays à faible revenu dépend de la situation particulière de chaque pays. Le Kenya est fortement tributaire de l’Europe pour ses exportations de marchandises et ses recettes touristiques, de sorte que la croissance pourrait y ralentir de façon assez prononcée (au moins 0,5 point de pourcentage) en 2012 et 2013. L’Éthiopie ne serait que modérément touchée, à condition que les envois de fonds et les exportations de services soient aussi résilients qu’en 2009; l’effet favorable de la baisse des cours du pétrole neutraliserait la diminution éventuelle des exportations de marchandises. Cela dit, les perspectives seraient moins favorables si les flux d’aide, qui sont aussi une source importante de devises, étaient remis en question.
  • Le Ghana, pays émergent producteur de pétrole, serait touché par le biais de ses exportations, encore que les cours de l’or resteraient élevés dans ce scénario et les prix des exportations de cacao sont couverts jusqu’à fin 2012. Mais il y aurait aussi des effets négatifs sur les flux de capitaux, dans la mesure où les investisseurs étrangers délaisseraient le marché des titres publics et où l’investissement direct se contracterait quelque peu en raison du tarissement des financements consentis par les banques européennes. Globalement, un fléchissement de la croissance de l’ordre de 0,5 point de pourcentage chaque année est plausible. En République démocratique du Congo, la croissance pourrait ralentir dans les mêmes proportions en 2012 si la baisse des cours des produits de base et les contraintes de financement venaient à décourager les investissements étrangers dans le secteur des ressources naturelles.

Dans un scénario de «crise de la zone euro», les effets sur les autres pays d’Afrique subsaharienne seraient très variés, mais les cas examinés ci-dessus mettent en évidence les éléments déterminants: la dépendance à l’égard des marchés européens pour les exportations autres que les produits de base (y compris le tourisme); l’importance des réserves de change; les effets partiellement compensateurs d’une baisse des cours mondiaux du pétrole pour les pays importateurs; la solidité des envois de fonds; et l’importance des flux de portefeuille étrangers. Une évolution négative des flux d’aide aurait des effets importants sur les pays qui en dépendent, tels que le Burundi, l’Éthiopie, le Malawi et le Rwanda.

Flambée des cours du pétrole

Le second scénario est celui d’une flambée des cours mondiaux du pétrole sous l’effet de tensions géopolitiques. Il est utile de distinguer deux cas: un choc modéré (une hausse de 20 % des cours du pétrole en 2012–13, par rapport aux projections actuelles, avec un impact limité sur la production mondiale) et un choc fort, comme celui qui est envisagé dans l’édition d’avril 2012 des Perspectives de l’économie mondiale (un bond de 50 à 60 %, engendrant un repli de 1¼ % de la production mondiale par rapport au scénario de référence des PEM).

Dans le premier cas, l’impact sur les pays d’Afrique subsaharienne ne sera naturellement pas le même selon que le pays considéré est exportateur ou importateur de pétrole.

  • Pour les pays exportateurs de pétrole, la montée des cours sera une source de recettes inattendues pour les budgets nationaux (comme en 2008), mais son effet sur l’économie nationale dépendra dans une très large mesure de l’usage que feront les autorités de ces ressources exceptionnelles («dépense» ou «épargne»)6. Si les recettes inattendues sont épargnées (sous forme d’une augmentation des réserves de change), l’impact à court terme sur la croissance sera limité et concentré sur le secteur pétrolier ainsi que sur les sous-secteurs auxquels il achète ses intrants7. Si ces recettes étaient dépensées, il y aurait une poussée à court terme de la croissance et de l’inflation—mais, à plus long terme, l’impact dépendra de la mesure dans laquelle les nouvelles dépenses servent à financer des investissements productifs.
  • Pour les pays importateurs de pétrole, les effets de la flambée des cours dépendront à la fois de la politique des autorités en matière de prix des produits pétroliers et de l’action qu’elles mèneront éventuellement par la suite sur le plan monétaire:
    • En Afrique australe et de l’Est, où la hausse des prix d’importation est généralement répercutée sur les prix de détail, il est probable que les banques centrales s’accommoderaient des effets directs de la flambée des cours et qu’elles ne resserreraient leur politique monétaire que pour empêcher une hausse plus généralisée de l’inflation. Les analyses des équipes–pays du FMI laissent entrevoir des effets négatifs sur la croissance de l’ordre de 0,3–0,5 point de pourcentage en 2012 et en 2013, avec un surcroît d’inflation de l’ordre de 2 à 4 points de pourcentage étalés sur deux ans8.
    • Il est probable que l’Afrique de l’Ouest chercherait à protéger les consommateurs nationaux des effets de la hausse des cours du pétrole; l’impact direct sur l’inflation serait donc minime, au prix toutefois d’une aggravation des déficits budgétaires (de l’ordre de 1 % à 1½ % du PIB) et des déficits courants9.

Il va de soi que, dans le scénario prévoyant un choc plus sévère, l’impact sur les économies nationales serait bien plus marqué compte tenu des retombées négatives pour la production mondiale (et, partant, pour la demande d’exportations africaines). Globalement, les effets seraient à peu près les mêmes que ceux qui sont décrits ci-dessus, à cette différence près que le choc sur les revenus réels serait proportionnellement plus prononcé dans les pays importateurs de pétrole et que les exportations non pétrolières diminueraient dans tous les pays. En Afrique australe et de l’Est, l’effet négatif sur la croissance et l’inflation serait naturellement beaucoup plus marqué, la réaction des autorités monétaires jouant un rôle déterminant à cet égard. L’aggravation des déficits budgétaires et extérieurs des pays d’Afrique de l’Ouest privilégiant un contrôle strict des prix de détail serait prononcée et nécessiterait à la fois d’entamer les réserves de change, de recourir davantage à l’emprunt extérieur (à supposer que les bailleurs de fonds soient disposés à prêter) et, presque certainement, d’ajuster les prix des produits pétroliers pour limiter les besoins d’emprunt.

Les risques intérieurs pesant sur les perspectives économiques

Les risques ne découlent pas tous des incertitudes qui caractérisent actuellement la conjoncture économique mondiale. Parmi les principaux facteurs de risque intérieurs, on citera: i) la montée des tensions internes, tout particulièrement au Mali, mais aussi dans plusieurs pays du Sahel et, plus généralement, dans les pays où la croissance est atone ou mal partagée; ii) les tensions politiques liées aux élections et aux transferts éventuels de pouvoir; et, comme toujours, iii) les chocs climatiques.

Les Choix MacroÉConomiques Dans un Monde Incertain

Pour la plupart, les économies d’Afrique subsaharienne devraient connaître une croissance vigoureuse en 2012 et au-delà. Étant donné que les déficits budgétaires sont nettement plus élevés qu’avant la crise dans la plupart des pays importateurs de pétrole, et supérieurs au niveau qui serait nécessaire pour stabiliser l’endettement dans un grand nombre d’entre eux, un rééquilibrage des finances publiques serait indiqué dans la plupart des pays à faible revenu—pour reconstituer les marges de manœuvre budgétaires, renforcer la capacité d’affronter les chocs négatifs et contenir l’accumulation de dette. En revanche, la nécessité de l’ajustement ne paraît pas impérieuse dans les pays où la croissance reste faible ou dont la vulnérabilité à ce qui se passe en Europe menace la croissance. Cela dit, la gestion de la demande n’est qu’un des facteurs à prendre en compte pour définir l’action à mener: l’adéquation des réserves de change, le rythme d’accumulation de la dette ainsi que le volume et la qualité de l’investissement public sont autant de facteurs qui jouent aussi un rôle fondamental dans la détermination des choix budgétaires. Les pays qui jouissent d’une large autonomie monétaire—c’est-à-dire environ la moitié des pays d’Afrique subsaharienne—disposent d’un outil supplémentaire plus souple pour la gestion macroéconomique, mais, dans plusieurs d’entre eux, la politique monétaire devra être axée avant tout sur la réduction des taux d’inflation, qui atteignent des niveaux très élevés.

Les décideurs politiques d’Afrique subsaharienne font encore face à une conjoncture extérieure caractérisée par un degré inhabituel d’incertitude, dû au ralentissement de la reprise économique mondiale et à la perspective de difficultés potentielles au cours de la période à venir. Dans le domaine budgétaire, il est indiqué d’élaborer des plans d’intervention à mettre en œuvre en cas d’imprévus, surtout dans les pays où les autorités ne peuvent pas recourir à un ajustement du taux de change ou des taux d’intérêt. Compte tenu de la diversité des situations nationales, il n’existe pas de remèdes universels, qui seraient applicables à tous sans distinction, mais il est possible de tracer des orientations générales:

  • Dans les pays où les déficits budgétaires sont supérieurs au niveau nécessaire pour stabiliser la dette, où les marges de manœuvre budgétaires (y compris la capacité d’emprunt) sont limitées et où la croissance gardera probablement sa vigueur, des mesures de rééquilibrage sont indiquées pour renforcer à terme les finances publiques. À moins que les risques baissiers ne se concrétisent, l’année 2012 n’est pas la «période difficile» type pendant laquelle une relance budgétaire s’impose, mais plutôt une période propice à un renforcement des finances publiques.
  • En revanche, dans les pays où la production est inférieure à la tendance et où la croissance ralentit, ou qui sont très vulnérables à ce qui se passe dans la zone euro, il ne serait pas indiqué à ce stade de procéder à de fortes restrictions budgétaires—qui ne feraient que réduire encore la demande. Cela dit, comme dans les pays avancés, des plans crédibles d’ajustement à moyen terme s’imposent si le niveau de la dette publique est préoccupant. Pour ces pays, une politique monétaire accommodante est le meilleur moyen de soutenir l’activité économique, à supposer que l’inflation soit suffisamment maîtrisée.
  • Dans les pays où les taux d’inflation sont montés en flèche en 2011, provoquant un resserrement sensible de la politique monétaire, les autorités devraient continuer d’avoir comme principale priorité de ramener l’inflation à un niveau «normal». La politique monétaire ne devrait être ajustée que si de nets progrès sont accomplis dans la réalisation des objectifs d’inflation.
  • Il convient de préparer des plans de contingence appropriés à mettre en œuvre en cas d’évolution défavorable de l’économie mondiale. En l’absence d’outils monétaires ou de change, l’accent doit être mis sur l’élaboration de mesures budgétaires temporaires de nature à soutenir la demande (dans les pays où les stabilisateurs automatiques sont pratiquement inopérants et où l’État peut encore emprunter) et sur un meilleur ciblage des dispositifs de protection sociale pour ouvrir la voie à la répercussion du renchérissement du pétrole sur les prix intérieurs. Là où cela est possible, la politique monétaire peut être ajustée rapidement pour répondre aux chocs extérieurs.

Encadré 1.4.La dynamique de la croissance dans les pays de la SACU au lendemain de la crise financière1

Depuis plusieurs années, les pays membres de la SACU (Union douanière d’Afrique australe) enregistrent des taux de croissance du PIB inférieurs à ceux des autres pays d’Afrique subsaharienne (graphique 1). Au sein de l’union, il existe une corrélation assez prononcée entre les taux de croissance des pays membres, qui tient à leur exposition aux mêmes chocs extérieurs et à la transmission de ces chocs au sein de la région, qui est influencée par les règles de partage des recettes de la SACU.

Graphique 1.Afrique subsaharienne et Union douanière d’Afrique australe: croissance du PIB réel

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Après un fort rebond en 2010, la croissance du PIB réel de l’Afrique du Sud tourne autour de 3 % en s’appuyant sur la consommation privée et publique. Le chômage, qui a grimpé à environ 25 % pendant la crise, commence seulement à redescendre. La croissance est entravée par la lenteur du redressement des exportations et de l’investissement privé (graphique 2), due en partie au manque de dynamisme de l’Europe (principal partenaire commercial) et à la perte de compétitivité extérieure du pays (induite par la hausse des coûts intérieurs). Des grèves dans les secteurs miniers et manufacturiers ont aussi pesé sur la production en 2011.

Graphique 2.Afrique du Sud: volume des exportations, investissement privé et emploi

Source: autorités nationales.

Compte tenu de la faiblesse de la conjoncture extérieure, le PIB de l’Afrique du Sud devrait croître de 2½–3 % en 2012, puis atteindre progressivement 3½–4 % à moyen terme. Cette évolution affectera les autres pays membres de l’union (avec un certain décalage) à travers son impact sur les paiements. Les perspectives économiques des pays de la région sont aussi déterminées par la situation particulière de chacun.

  • Au Botswana et en Namibie, la croissance du PIB a fortement rebondi en 2010 pour s’établir à 6½–7 %, grâce au redressement de la demande extérieure de produits miniers. Depuis, la croissance a ralenti au Botswana, sous l’effet à la fois du recul de la demande de diamants (principale exportation) et de goulets d’étranglement du côté de l’offre. En Namibie, l’expansion de la production en 2011 a pâti de graves inondations, qui ont pénalisé aussi bien l’agriculture que le secteur minier. Compte tenu de la conjoncture extérieure, les deux pays devraient enregistrer une croissance de l’ordre de 3 à 4 % en 2012.
  • Le Swaziland a gravement souffert en 2011 de l’effondrement des paiements de la SACU au titre du partage des recettes (résultat décalé de la récession de 2009 en Afrique du Sud), ce qui a fragilisé la situation budgétaire déjà tendue du pays et contribué à l’apparition d’importants arriérés intérieurs. Sur fond de tensions budgétaires persistantes, le PIB devrait régresser de 2,7 % en 2012.
  • Le Lesotho a aussi subi une forte baisse des recettes de la SACU en 2010–11, ce qui a engendré un ajustement budgétaire prononcé, mais la croissance est restée robuste, grâce au développement de la production de diamants et au lancement de grands projets d’infrastructure. Le PIB devrait atteindre 5 % en 2012–13.
Cet encadré a été préparé par Nir Klein.1Les pays membres de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU) sont les suivants: Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Namibie et Swaziland; les recettes douanières collectées par l’union sont réparties entre les cinq pays membres selon une formule qui ne tient pas strictement compte de la taille relative de leur économie, ce qui assure des recettes substantielles (par rapport au PIB) aux petits pays.

Encadré 1.5.L’exposition de l’Afrique subsaharienne au ralentissement économique de la zone euro par le biais des échanges commerciaux

Jusqu’à présent, la contraction de l’activité économique en Europe n’a guère influé sur la croissance de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, à l’exception notable de l’Afrique du Sud. Pour autant que les cours des produits de base se maintiennent à des niveaux relativement élevés, les exportations subsahariennes ne devraient pas diminuer sensiblement. En revanche, si le ralentissement en Europe provoque un repli beaucoup plus accentué de la croissance mondiale, l’effet négatif sur les cours des produits de base sera sans doute bien plus prononcé. L’Europe reste le principal partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne (elle a absorbé environ 30 % des exportations de marchandises de la région sur la période 2000–10), mais la plupart des pays subsahariens ne sont pas exposés aussi directement au ralentissement économique de l’Europe par le biais des échanges commerciaux qu’ils l’étaient dans le passé ou par rapport à d’autres régions, et ce pour deux raisons.

Premièrement, comme le montre le graphique 1.12 du texte, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont diversifié leurs exportations en les réorientant vers les pays émergents et le commerce intrarégional, plutôt que vers l’Europe. En proportion des exportations totales, les exportations subsahariennes de marchandises vers l’Union européenne sont passées de 33 % sur la période 1995–2004 à 26 % pour la période 2005–10. Cela implique qu’une baisse de même ampleur des exportations vers l’Europe aurait un effet moindre sur la croissance de la région et que les exportations vers d’autres régions à plus forte croissance (y compris en Afrique) est une source de vigueur supplémentaire.

Deuxièmement, si les exportations ont contribué en moyenne pour environ 36 % au PIB pendant la période 2000–10, 80 % de ces exportations étaient composés de produits de base. Étant donné que l’Europe a moins contribué à la croissance de ces exportations que le reste du monde (graphique 1), la décélération de la croissance des exportations vers l’Europe n’aura qu’un effet limité sur l’Afrique subsaharienne.

Graphique 1.Afrique subsaharienne: contribution moyenne à la croissance des exportations de produits de base, par destination

Source: calculs des services du FMI d’après les données de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.

De fait, après le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne est la région qui est le plus tributaire des exportations de produits primaires, comme en témoigne le faible niveau des exportations de produits manufacturés en proportion du PIB (graphique 2). En conséquence, une baisse des exportations hors produits de base n’aurait qu’un effet limité sur la plupart des pays de la région.

Graphique 2.Exportations de produits manufacturés, par grandes régions

Sources: calculs des services du FMI d’après les données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale.

Cet encadré a été préparé par Rodrigo Garcia-Verdu.

Pays exportateurs de pétrole

Pour la plupart des pays exportateurs de pétrole, les perspectives de croissance sont favorables, même si les cours fléchissent; les marges de réserves de change doivent être reconstituées, notamment au Nigéria, ce qui nécessitera d’économiser les recettes pétrolières (en dégageant des excédents budgétaires). Cela dit, les énormes déficits d’infrastructures que connaissent la plupart des pays (par exemple l’Angola) militent en faveur d’une augmentation des investissements publics, à condition que les projets soient bien conçus et effectivement exécutés sans surcharger les capacités internes. Chaque pays devra trouver l’équilibre qui lui convient entre accumulation de réserves et augmentation judicieuse des investissements publics.

Il convient de noter que l’Angola et le Nigéria entendent tous deux réduire leurs soldes hors pétrole en 2012, ce qui facilitera l’accumulation de réserves, tout en s’efforçant d’orienter davantage leurs dépenses publiques vers les investissements (en capital physique et humain). C’est aussi la voie que compte suivre le Cameroun, mais une sous-estimation du coût des subventions aux carburants et la capacité incertaine du marché régional d’absorber les titres qu’il est prévu d’émettre pourraient engendrer des arriérés budgétaires considérables. En Guinée équatoriale et en République du Congo, la politique budgétaire vise à développer les investissements pour combler le déficit d’infrastructures, mais l’exécution des projets est rendue moins efficace par les carences dans la gestion des finances publiques.

Pays à revenu intermédiaire

En Afrique du Sud, l’ampleur de l’écart de production et la lenteur de la croissance, assorties au départ d’un niveau modéré d’endettement public, ont justifié un assouplissement sensible de la politique budgétaire depuis le début de la récession mondiale de 2008–09; la politique monétaire, basée sur le ciblage de l’inflation, a aussi suivi une orientation accommodante. Compte tenu de l’affaiblissement prévu de la croissance et de l’important facteur de risque que constitue la vulnérabilité du pays à l’égard de l’Europe, le maintien de ce dosage de politique économique se justifie en 2012—mais un rééquilibrage des finances publiques s’imposera à moyen terme pour arrêter l’accumulation de dette.

Dans les pays à revenu intermédiaire de moindre taille, un resserrement budgétaire est possible cette année, à moins d’une évolution très défavorable de la demande extérieure, sachant qu’un ajustement sensible est impératif au Swaziland et que l’ajustement est déjà engagé au Botswana.

Parmi les pays qui ont rejoint récemment la tranche inférieure du groupe des pays à revenu intermédiaire, la poursuite de la croissance au Sénégal et en Zambie rend possible un resserrement budgétaire; au Sénégal, le déficit budgétaire dépasse largement le seuil de viabilité et, en Zambie, il est nécessaire de reconstituer les marges budgétaires et de réserves de change. Au Ghana, où la croissance du secteur non pétrolier est vigoureuse et où l’inflation s’est atténuée, il importe aussi de reconstituer les marges budgétaires et de réserves de change, qui se sont amoindries.

Pays à faible revenu

Les pays à faible revenu et les États fragiles d’Afrique subsaharienne forment un groupe varié, au sein duquel les moteurs de la croissance économique diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre. L’exploitation de nouvelles ressources naturelles est à l’origine d’une poussée spectaculaire de la croissance au Niger et en Sierra Leone, les événements politiques influencent l’activité économique dans plusieurs pays (par exemple en Côte d’Ivoire, au Mali et à Madagascar), et l’afflux d’aide concession-nelle permet de financer des déficits budgétaires d’une ampleur appropriée dans d’autres pays (tels que le Mozambique, São Tomé-et-Príncipe et la Tanzanie). Dans la plupart des cas, les graves déficits d’infrastructures justifient le niveau élevé des investissements publics, qui sont financés par l’emprunt extérieur là où l’épargne intérieure est insuffisante. Cependant, étant donné que les capacités d’exécution et d’absorption de ces pays sont limitées, il est préférable qu’ils évitent d’«en faire trop à la fois», au risque de gaspiller des ressources et d’alourdir leur dette de nouveau. Compte tenu de ce qui précède, l’évaluation de la politique macroéconomique nécessite un examen attentif de la situation particulière de chaque pays, y compris, dans les États fragiles, tout en prenant en compte explicitement les mesures qui s’imposent pour renforcer la stabilité interne.

Dans la plupart des pays de la CAE, la priorité absolue consiste à ramener en dessous de 10 % les taux d’inflation, qui ont atteint des niveaux élevés en 2011 (encadré 1.3): la politique monétaire a été fortement resserrée, un relâchement progressif n’étant indiqué que lorsque cet objectif aura été atteint de façon crédible. De même, l’inflation reste un problème important en Guinée (après la gabegie économique qu’a connue le pays pendant le régime militaire en 2009–10) et en Sierra Leone (en raison des dérapages budgétaires qui ont soumis la banque centrale à d’intenses pressions en faveur de la monétisation des déficits). Une politique budgétaire restrictive sera indispensable pour contenir la croissance monétaire et, partant, faire baisser l’inflation.

En Côte d’Ivoire, l’action des autorités s’articule autour d’un double objectif: faciliter la reprise économique et gérer l’impact social de la crise qui a suivi les élections. Les déficits budgétaires ont considérablement augmenté en 2011–12 pour permettre la réalisation de ces objectifs et ont été financés en grande partie par des aides extérieures en 2011 et l’émission d’obligations sur le marché régional (UEMOA) en 2012, la stabilité des prix étant assurée par l’appartenance à l’union monétaire. Au Libéria, la politique budgétaire a été conçue autour du principe d’équilibre budgétaire sur base encaissements–décaissements jusqu’à ce que le pays atteigne le point d’achèvement de l’initiative PPTE en juin 2010; depuis, des déficits modérés sont apparus, ce qui s’explique surtout par le fait que l’aide sous forme de dons (au-dessus de la ligne) des partenaires au développement a fait place à des prêts concessionnels à long terme (en dessous de la ligne). Un creusement des déficits serait justifié pour financer des projets d’investissement bien conçus et à haut rendement, tout particulièrement dans le secteur de la production d’électricité.

Pendant une période prolongée, l’Éthiopie a connu une croissance économique rapide, alimentée en partie par de lourds investissements publics dans les infrastructures. La viabilité à moyen terme de ce modèle de croissance est incertaine, compte tenu des obstacles au développement du secteur privé, de l’absence d’incitations à épargner (puisque les taux d’intérêt réels sont fortement négatifs) et de la contraction, en proportion du PIB, du système bancaire. La réforme du secteur financier, notamment l’évolution vers un système d’allocation du crédit fondé sur le marché, constitue une priorité importante.

Pays où des ajustements fondamentaux de la politique économique s’imposent

Dans certains pays, des ajustements plus fondamentaux de la politique économique s’imposent pour rehausser ou maintenir la croissance et réduire les déséquilibres macroéconomiques. En Érythrée, des réformes globales sont nécessaires pour placer l’économie sur une trajectoire de croissance solide et soutenue, notamment une libéralisation du marché interne, l’ajustement du taux de change et une plus grande ouverture au commerce international. Au Malawi, l’activité économique a ralenti en raison de la surévaluation du taux de change qui, ajoutée au rationnement de facto des devises, a provoqué des perturbations économiques croissantes: le premier impératif est de libéraliser le marché des changes, tout en resserrant suffisamment la politique monétaire et la politique budgétaire pour contenir l’inflation. Au Swaziland, il est indispensable de comprimer sensiblement les dépenses, notamment la masse salariale du secteur public qui atteint des niveaux exceptionnels, pour aligner le niveau des dépenses sur le niveau moyen des recettes (qui varient amplement d’une année sur l’autre, compte tenu des fluctuations des recettes communes de la SACU).

Au Zimbabwe, des mesures fermes s’imposent pour empêcher que la masse salariale du secteur public n’évince les autres dépenses prioritaires, et il faut réduire les incertitudes qui entourent la politique économique pour que la croissance hors ressources minérales puisse se poursuivre. Le surendettement considérable du Zimbabwe continue de faire gravement obstacle à la viabilité budgétaire et extérieure à moyen terme du pays; c’est un problème qu’il convient de régler dans le cadre d’une stratégie globale d’apurement des arriérés.

Le Programme de DÉveloppement Pour L’afrique Subsaharienne

Dans ce chapitre, nous avons examiné les perspectives économiques à court terme et ce qu’elles impliquent pour les politiques macroéconomiques des pays considérés; cela est justifié par la situation actuelle de l’économie internationale, caractérisée par nombre de difficultés et d’incertitudes. La mise en œuvre de politiques macroéconomiques avisées ne peut que créer des conditions favorables au développement économique. Celles-ci doivent être complétées par un appareil d’État capable, qui fournit les services essentiels (tels que la sécurité) et un niveau élevé d’investissements publics bien exécutés dans le domaine des infrastructures et du capital humain, qui s’autofinance grâce à une politique fiscale bien conçue et qui assure l’instauration d’un climat des affaires propice au secteur privé, avec notamment un système financier efficace et stable. Il va de soi qu’un environnement politique globalement stable est une condition fondamentale de la croissance—l’expérience de pays naguère déchirés par des conflits civils a montré que le meilleur moyen de maintenir la stabilité politique est d’assurer une croissance soutenue et partagée. L’histoire nous apprend que ce lien de causalité circulaire peut être vertueux ou vicieux, selon la manière dont il est géré.

Ces dix dernières années, l’Afrique subsaharienne a accompli des progrès spectaculaires à la fois en améliorant la capacité de l’État (y compris son financement par la mobilisation de recettes) et en instaurant un environnement plus propice au secteur privé. De nouveaux progrès seront nécessaires dans ces deux domaines pour que la croissance vigoureuse de ces dix à quinze dernières années, qui s’est appuyée sur la forte demande mondiale de ressources naturelles africaines, puisse se poursuivre et se généraliser pendant les années à venir.

Ce chapitre a été rédigé par Rodrigo Garcia-Verdu, Maitland MacFarlan, Sean Nolan et Jon Shields, avec le concours de Cleary Haines et Luiz Oliveira en matière de recherche, de Jenny Kletzin DiBiase pour la mise en forme, ainsi que de Natasha Minges et Anne O’Donoghue pour l’assistance administrative.
1Sauf indication contraire, les données pour la région et les sous-groupes sont exprimées en moyennes pondérées, les pondérations reflétant la taille relative du PIB de chaque pays pendant l’année considérée, selon des estimations effectuées à parité de pouvoir d’achat.
2Les sous-groupes de pays considérés ici sont définis à l’encadré 1.1.
3Au sein de ce groupe, la Gambie fait exception: ce pays a subi les plus lourdes pertes agricoles de tous les pays d’Afrique de l’Ouest touchés par la sécheresse (voir encadré 1.2).
4Voir l’édition d’avril 2012 des Perspectives de l’économie mondiale du FMI pour une analyse plus détaillée.
5Si ces événements étaient accompagnés d’une forte accentuation généralisée de l’aversion mondiale pour le risque, l’impact sur l’économie mondiale et, partant, sur l’Afrique subsaharienne serait plus prononcé.
6Voir, au chapitre 3, une analyse de l’usage qui a été fait des recettes exceptionnelles dans le passé.
7Il est probable que l’inflation des prix à la consommation ne serait guère affectée, compte tenu de la propension de la plupart des pays producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne à limiter la répercussion de la hausse des cours mondiaux du pétrole sur les prix de détail intérieurs.
8Dans les pays à régime de change flottant (tels que l’Afrique du Sud et les grands pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est), la dépréciation du taux de change ferait partie du processus d’ajustement.
9La pratique consistant à éviter que la hausse des prix du pétrole ne se répercute sur les consommateurs, même si elle paraît contenir l’inflation, est en général un choix malavisé, car elle a pour effet de déplacer la charge des consommateurs de produits pétroliers vers tous les contribuables (ce qui favorise les populations les plus aisées) et de créer d’importantes distorsions économiques.

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