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Chapitre 1. Introduction

Author(s):
Charlotte Lundgren, Alun Thomas, and Robert York
Published Date:
December 2013
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Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne (AfSS) sont dotés d’abondantes ressources naturelles dont l’exploitation pourrait procurer des avantages considérables en offrant à ces pays une chance inédite d’assurer leur croissance et leur développement économiques. Les recettes tirées de ces ressources peuvent en effet servir à combler les déficits qui, tant en ce qui concerne le capital humain que les infrastructures, font obstacle à une croissance soutenue, généralisée et profitant à tous, et à améliorer les indicateurs sociaux. Dans un grand nombre de pays d’AfSS, les ressources naturelles représentent déjà une part appréciable des exportations et des recettes publiques, et plusieurs autres pays de la région sont sur le point de devenir d’importants exportateurs de matières premières. Pourtant, les preuves empiriques suggèrent qu’il n’est pas simple de mettre ces richesses au service du développement économique et de l’amélioration des niveaux de vie. Une exploitation avisée des ressources naturelles peut se révéler très bénéfique, mais une gestion et une gouvernance déficientes peuvent aussi empêcher qu’elle se traduise par une accélération de la croissance et du développement économiques.

L’exploitation des richesses naturelles n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes—parfois économiques, souvent politiques—qui, s’ils ne sont pas bien gérés, peuvent avoir une influence négative sur les résultats macroéconomiques à court et long terme des pays concernés. Ces problèmes tiennent aux caractéristiques particulières des ressources naturelles:

  • L’instabilité et l’imprévisibilité des prix des ressources naturelles et, par conséquent, des recettes provenant de ces ressources, compliquent la gestion macroéconomique et la planification budgétaire, et donnent souvent une orientation nettement procyclique à la politique économique. De fait, l’instabilité macroéconomique est un facteur important de la « malédiction des ressources » qui freine la croissance, et les dépenses publiques qui accusent d’amples fluctuations sont généralement moins efficaces et moins productives.
  • Le caractère épuisable de ces ressources et des recettes qui en découlent soulèvent des questions économiques et politiques complexes concernant la solidarité entre générations et la viabilité à long terme des finances publiques et des comptes extérieurs. Immanquablement, la question se pose de savoir non seulement quand dépenser les recettes procurées par les ressources naturelles, mais aussi comment les dépenser. Dans les pays d’Afrique subsaharienne qui manquent de capital, les dépenses publiques donnent souvent la priorité à l’investissement, en particulier dans les infrastructures économiques et le capital humain.
  • Les pays d’AfSS ont du mal à transformer leurs richesses naturelles en atouts humains, physiques et financiers productifs parce que, bien souvent, ils n’ont pas les moyens institutionnels et administratifs de bien gérer leurs finances publiques. De ce fait, les ressources publiques sont fréquemment gaspillées ou détournées.

Pour surmonter ces difficultés tout en tirant parti au maximum des recettes issues des ressources naturelles, un pays a besoin d’un cadre macroéconomique approprié soutenu par une bonne gouvernance et un système budgétaire solide. Une bonne gouvernance permet d’éviter que les recettes ne soient détournées ou accaparées par des intérêts particuliers, tandis qu’un système budgétaire solide contribue à ce que les pouvoirs publics allouent les ressources de façon transparente et soient comptables de leur utilisation.

Nous nous proposons d’examiner ici—en tenant compte du contexte économique—ce que peuvent faire les pouvoirs publics face à ces défis. Chaque chapitre comporte deux volets. Tout d’abord, nous présentons les principales considérations de politique économique et les options envisageables pour gérer les ressources naturelles, en nous appuyant sur l’expérience des pays d’AfSS et d’autres régions, la dernière analyse du FMI et ses conseils en la matière ainsi que sur des études de la Banque mondiale et les travaux d’éminents universitaires. Les conseils de politique économique s’inspirent aussi des échanges de vues qui ont eu lieu lors d’une conférence sur « La gestion des ressources naturelles en Afrique subsaharienne », organisée conjointement par le FMI et les autorités de la République démocratique du Congo à Kinshasa, les 21 et 22 mars 20121. Ensuite, chaque chapitre se termine par un encadré dans lequel nous donnons une liste de documents dont la lecture est recommandée aux décideurs et autres parties prenantes pour les informer plus en détail des fondements théoriques et analytiques des travaux récents. La présente étude n’a pas l’ambition de couvrir de façon exhaustive l’ensemble complexe des questions qui touchent à la gestion des ressources naturelles, mais plutôt de donner une vue d’ensemble des principales considérations et réflexions sur lesquelles se centre le débat aujourd’hui, et de fournir des conseils sur les documents à lire pour approfondir l’examen de ces questions.

En ce qui concerne la gestion des ressources naturelles, il n’est pas inutile de s’attarder sur l’expérience des pays d’Afrique subsaharienne et sur les difficultés qu’ils rencontrent à cet égard, car, en général, ils n’ont tiré que de maigres avantages de l’exploitation de ces ressources. En conséquence, leurs richesses naturelles ne les ont pas aidés à accélérer leur croissance économique ni à rehausser leurs niveaux de vie. Au lieu de cela, ils ont connu une succession calamiteuse de périodes d’expansion et de récession, en fonction des fluctuations des prix des produits de base; des difficultés pour mettre en œuvre leurs politiques macroéconomiques; des tensions sur les taux de change réels; des investissements publics inefficients, et une gouvernance défaillante, qui a souvent permis aux intérêts particuliers d’accaparer les rentes économiques qui auraient dû revenir à l’État.

La présente étude s’articule de la façon suivante: le chapitre 2 présente certains effets stylisés pour poser les paramètres du débat et met en lumière l’importance relative des ressources naturelles pour de nombreux pays d’AfSS, ainsi que le rôle que celles-ci ont joué à ce jour dans la croissance et le développement économiques de la région. Le chapitre 3 expose les principales considérations de politique macroéconomique, notamment l’instabilité et le caractère épuisable de ces ressources, l’équilibre à trouver entre consommation immédiate ou différée, et la meilleure manière d’investir les rentes provenant de ces ressources. Dans les pays riches en ressources naturelles, des cadres budgétaires bien conçus sont la clé de voûte d’une politique économique solide; cette question fait l’objet du chapitre 4. Le chapitre 5 est consacré au problème épineux de la gestion des investissements publics, compte tenu de la nécessité d’« investir dans la capacité d’investissement » pour garantir la qualité et l’efficience des dépenses d’investissement. Dans le chapitre 6, nous examinons les mesures qui peuvent être prises pour accroître les recettes, avec comme objectif de tirer autant de recettes que possible des ressources naturelles en jouant sur la fiscalité et en améliorant l’administration des impôts, tout en préservant la compétitivité internationale. Enfin, le chapitre 7 traite de la question de la bonne gouvernance, qui est indispensable pour assurer que les ressources ne soient pas gaspillées, que les richesses naturelles soient gérées dans la transparence et avec l’obligation de rendre des comptes, et que l’intérêt général soit préservé lors de la prise de décision.

1La conférence de Kinshasa était aussi généreusement parrainée par le Fonds fiduciaire thématique multi-bailleurs spécialisé dans la gestion des ressources naturelles (MNRW-TTF) et le Département pour le Développement International du Royaume-Uni. Les autorités de vingt-huit pays d’AfSS ont assisté à cette manifestation, à laquelle ont participé des orateurs venant d’organisations internationales, du monde universitaire, des organisations de la société civile et du secteur privé (le programme de la conférence et les exposés peuvent être consultés à l’adresse http://www.imf.org/external/np/seminars/eng/2012/kinshasa/index.htm).

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